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Avignon : Philippe Caubère nous offre Alphonse Daudet

Philippe Caubère, credit photo DR

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Avignon, le Théâtre de la condition des soies accueille l’enfant terrible, Philippe Caubère, avec lui on redécouvre Alphonse Daudet, l’auteur chéri de notre enfance, dès le 15 juillet.

Philippe Caubère. Acteur et comédien de renom mais pas seulement. Celui qui se bat pour que la Corrida reste dans notre culture et que l’on ne doive pas nous empêcher d’y aller et d’aimer regarder Eros et Thanatos se livrer bataille dans l’arène, même s’il on est un enfant. Il est aussi celui qui ose dire qu’il fréquente les dames qui vendent leur charme, parce qu’il les aura approchées toute sa vie, n’en déplaise à messieurs et mesdames les censeurs et à la Loi aussi. Un homme vertical, construit comme çà, une bibliothèque sur pattes, aussi.

70 ans au compteur, droit dans ses bottes

70 ans au compteur, droit dans ses bottes. Sa vie ? Un roman. Comment approcher le bougre ? En faisant comme le petit poucet tout d’abord. En s’immisçant sur Youtube. Chaque vidéo nous en dit un peu plus sur lui. Puis, paf, là, tout de suite, on a drôlement envie de le rencontrer pour de vrai. Et pour approcher l’animal dans ce qu’il a de plus vrai il n’y aura que la scène. Un plateau nu. Une chaise. Des costumes d’époque. Lui sur le plateau. Lumière et tout un monde éclot.

Entretien

Dehors le soleil cogne déjà sévère. Il arrive avec plusieurs bouquins sous le bras. «J’avais un peu de temps avant l’interview alors j’ai été chercher des bouquins. Là, juste devant les Halles, vous connaissez ? » « Oui.» Il y a des ouvrages d’Alphonse Daudet, de Frédéric Mistral, son maître et ami. Des biographies, de quoi poser les grands artistes dans leur contexte pour mieux les incarner. «Vous avez remarqué que lorsque l’on lit un texte, quand celui-ci est donné en lecture -ou joué- on y met au jour ce que l’on n’avait pas discerné avant ?» « Oui, c’est magique.»

«J’avais envie de renouer avec Alphonse Daudet, ce grand écrivain provençal»

Comment tout a commencé ?

Sur une colline, dans l’ancienne demeure de ses grands-parents, puis de ses parents, que le comédien Philippe Caubère s’est imprégné d’Alphonse Daudet donnant la vie à deux spectacles : «Comme un retour sur mon enfance et peut-être celle des spectateurs qui viendront les découvrir avec leurs enfants et petits-enfants. Ces spectacles peuvent être appréhendés à partir de 7,8 ans, mais les textes s’adressent tout autant aux adultes car Alphonse Daudet n’a pas écrit que des textes légers et amusants mais aussi des textes puissants qui révèlent une réalité parfois sombre.»

J’ai relu Alphonse Daudet

«J’ai relu les œuvres d’Alphonse Daudet il y a un an de cela, par simple curiosité, comme ça, pour voir si je ressentirais le même plaisir, le même trouble que pendant mon enfance, relate Philippe Caubère. Emporté par la force de cette écriture, de cette pensée, par ce sens du drame et de la comédie, l’idée m’est venue d’en faire un spectacle. Et même deux différents pour que l’œuvre puisse être donnée dans sa plus grande partie, sans que chacune des deux soirées ne dure trop longtemps.»

J’avais envie de m’amuser

«J’avais envie de m’amuser, comme celle d’amuser et de toucher les autres, petits et grands. Egalement, après ‘Adieu Ferdinand’, je savais qu’un vide se ferait sentir et qu’il me faudrait quelque chose de fort pour ne pas y sombrer ; qui me ramène à l’enfance, la mienne comme celle de tout le monde. L’enfance de l’art aussi.»

Des histoires, des personnages, des paysages et des accents

«Voilà, juste ça, des histoires, des paysages, des personnages, des accents. Et un pays, le mien : la Provence. En assistant à un spectacle à la Condition des Soies, l’idée du spectacle s’est concrétisée. ‘On dirait un moulin!’, me suis-je dit. Et…toc ! Le lien s’est fait. Il se trouve que ce lieu a pour moi une histoire particulière : j’y ai créé mon premier spectacle en solo, La Danse du Diable, en 1981.»

Théâtre à vendre

«Quelques années plus tard, son ancienne propriétaire m’a dit au téléphone : «Je dois me séparer du théâtre, vous êtes la seule personne à qui je voudrais le vendre !» —«Vous me touchez et m’honorez», lui répondis-je —«hélas, je ne pense pas que j’aurais les moyens de réaliser votre vœu. Je connais quelqu’un, en revanche, qui les aura peut-être…»  C’est ainsi qu’Anthéa Sogno et sa famille décidèrent d’acheter le lieu et d’y réaliser les travaux qu’il fallait pour rendre à cet endroit, devenu presque un taudis, sa splendeur originelle. Depuis, le théâtre fonctionne du feu de Dieu et je devais y créer les deux spectacles cet été, au Festival.»

Pour Théodora

«Et puis… Et puis. Sauf que, voilà, l’impossible, non, l’impensable, s’est produit : on peut jouer ! Moins de fois que prévu certes, sans le barouf habituel —tant mieux! —, ni le public non plus —tant pis. On fera sans, c’est à dire avec qui sera là. Mais le théâtre aura lieu et le spectacle verra le jour où je voulais, où je le voyais. Ah, j’oubliais ! Anthéa est la mère de ma fille, Théodora, à qui je dédie ces deux soirées.» 

Fin d’entretien

«Vous avez tous les renseignements que vous vouliez ?» «Oui.» Il se replonge dans ses livres qu’il ouvre avec sérieux, comme on ouvre un cadeau précieux. Son corps est là, assis sur le banc, accoudé à l’immense table en chêne. Ses mains empoignent les pages déjà usés par d’autres. Son âme parcourt déjà les lignes et d’autres destins s’animent derrière ses yeux. Il est l’insatiable. L’enfant de cette maman si spéciale qu’il aurait sans doute aimée s’il l’avait rencontrée ; l’étudiant entré au Théâtre du Soleil et le grand ami de la grande Ariane Mnouchkine.

Quelque chose à ajouter ?

«Oui, insistez sur le fait que ce n’est pas une lecture ! C’est vraiment joué !» «Ça a dû être incroyablement difficile à apprendre tous ces textes, non ?» Il se raidit, un brin surpris, même plus interloqué. «C’est mon métier ! Le BA ba c’est d’apprendre son texte !» Puis il se pose, réfléchit. Silence. «Oui, parce que l’écriture d’Alphonse Daudet est très simple et que l’on dit facilement un mot pour un autre et moi je veux être précis. Dire les mots du texte. Alors oui, cela a été plus dur que je ne le pensais. L’écriture d’Alphonse Daudet est si belle et parait si simple. C’est parce qu’il utilise les mots du quotidien mais c’est mon métier !» «Autre chose ?» « Oui. Venez tous, venez tous !»

 

Les infos pratiques

1er spectacle, les mercredi 15, samedi 18, mardi 21 et vendredi 24 juillet, durée 1h30, reprenant : Installation, La diligence de Beaucaire, Le secret de Maître Cornille, La chèvre de Monsieur Seguin, L’Arlésienne, La légende de l’homme à la cervelle d’or, (Le curé de Cucugnan), Le poète Mistral.

2e spectacle, vendredi 17, dimanche 19, mercredi 22 et samedi 25 juillet, durée 1h30. La mule du Pape, Les deux auberges, (Le curé de Cucugnan), Les trois messes basses, L’élixir du révérend père Gaucher, Nostalgie de casernes. 10 € adultes et 5 € moins de 20 ans. Réservation et renseignements : 06 66 04 00 61 & 04 90 22 48 43 Condition des soies. 13, rue de la Croix à Avignon. www.conditiondessoies.com

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