C’est un adage bien connu : « Seul on va plus vite mais ensemble on va plus loin » et les Banques Alimentaires des six départements de Provence-Alpes-Côte d’Azur ont décidé de s’unir en association régionale pour peser davantage dans son combat contre la précarité.
Depuis des années, face à l’inflation, à la crise, la précarité progresse, y compris chez nous en Vaucluse, 5e département le plus pauvre de France. « Depuis le Covid, on est passé de 25 000 bénéficiaires à 65 000 », explique Pascale Hémard, la Présidente de la BA 84 à Avignon. « Beaucoup de gens avant la crise sanitaire avaient honte de recourir aux associations que nous fournissons en aide alimentaire. Ils n’osaient pas aller aux Restos du Coeur, du Secours Catholique, du Secours Populaire. Pendant le confinement, petit à petit, étudiants, retraités, chômeurs, smicards, travailleurs à temps partiel, mamans solos ont sauté le pas. » En 2025, 1648 tonnes de nourriture ont été redistribuées par la BA 84, l’équivalent de 2 707 000 repas. Sont aussi collectés des produits de première nécessité, alimentaires non périssables et articles d’hygiène.
Longtemps, on a craint une baisse de bénévoles, finalement on en trouve. « Des jeunes, des étudiants par exemple qui n’ont pas les moyens de rentrer chez eux pendant les vacances et qui donnent de leur temps et un sens à leur vie, des chômeurs, même des tatoueurs viennent passer quelques heures par semaine chez nous pour aider à manipuler les colis », explique la présidente.
L’union fait la force
En s’alliant au sein d’une association régionale, les BA vont optimiser besoins et ressources, faciliter les échanges de bonnes pratiques, par exemple dans les dons de la grande distribution, mutualiser certaines activités. « Notre camion de 26 tonnes fait le circuit Avignon – Marseille – Toulon, c’est plus efficace, ça fait baisser les coûts logistiques, ça libère de la place dans les entrepôts, ajoute Pascale Hémard. La Région Sud vient en aide à 300 000 bénéficiaires. Du coup, les professionnels de l’agroalimentaire préfèrent livrer deux semi-remorques de denrées plutôt que quelques palettes, pour eux, c’est plus efficace. Mais ça nous demande plus d’organisation pour coordonner la distribution. Pareil dans la recherche de mécènes privés, on les cite, on les met en valeur et pas seulement dans un département, mais dans toute la région, l’effet est démultiplié, leur visibilité aussi. »
Et ils sont nombreux, des banques (BNP, Crédit Mutuel, Caisse d’Epargne, BPMed, la Fondation Crédit Agricole) mais aussi la Compagnie Nationale du Rhône ou encore Givaudan (Ex-Naturex à Agroparc) qui se donnent une belle image de RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) et bénéficient de défiscalisation, donc tout le monde y gagne. L’État aussi préfère avoir un seul interlocuteur régional avec une vraie force de frappe pour attaquer massivement la pauvreté. Dans le Vaucluse, la subvention de la Préfecture est de 140 000€. On se souvient aussi que l’ancien président du Grand Avignon, Joël Guin, plutôt que de payer une cérémonie des vœux, avait préféré faire un chèque annuel de 10 000€ à la BA 84.
En mutualisant certaines activités (approvisionnement, formation, prospection), cette nouvelle Banque Alimentaire Région Sud, dont Pascale Hémard est la trésorière, va se battre pour aider les plus pauvres, les plus précaires, les plus vulnérables, femmes et hommes, jeunes et séniors, pour qu’ils mangent à leur faim.
