À Avignon, l’Institut du cancer Sainte-Catherine a célébré huit décennies de soins, de recherche et d’innovation. De la modeste structure fondée par le Docteur Georges Reboul en 1946 à l’ambition d’un oncopole avignonnais reconnu en Europe, l’établissement continue à faire du collectif sa force. Plus de 500 personnes étaient présentes pour saluer la place d’excellence de l’établissement : médecins, spécialistes, personnalités du monde politique, économique, institutionnel, associatif...
Patients, proches, soignants, chercheurs, élus, mécènes et partenaires ont célébré les 80 ans de l’Institut du cancer, devenu au fil du temps un acteur majeur de la santé. L’établissement, affilié à Unicancer depuis 2021, accueille près de 19 500 patients chaque année. Il compte 85 lits d’hospitalisation, 61 places ambulatoires, réalise 48 000 séances de radiothérapie et 18 700 séances de chimiothérapie par an. Derrière ces chiffres, une histoire locale. En 1946, le Docteur Georges Reboul ouvrait rue Sainte-Catherine un cabinet d’électroradiologie. Son intuition était simple et audacieuse : permettre aux patients du territoire d’accéder aux traitements les plus avancés sans devoir partir à Marseille, Montpellier ou Lyon. « Mettre le progrès médical à la portée des patients de notre territoire », résume aujourd’hui la direction de l’Institut.
De la radiothérapie aux soins personnalisés
L’histoire de Sainte-Catherine épouse celle des grandes mutations de la cancérologie. Radiothérapie, chimiothérapie, médecine de précision, recherche clinique et soins de support ont progressivement transformé la prise en charge. L’Institut fut notamment pionnier dans plusieurs techniques de radiothérapie et dans l’organisation des parcours de soins. Son unité de recherche clinique, certifiée ISO 9001 depuis 2018, comptait en 2025 plus d’une centaine d’essais actifs ou suivis. La recherche n’est pas cantonnée aux laboratoires : elle s’intègre directement au parcours des patients. « Les plus grands progrès sont obtenus lorsqu’on applique au mieux les standards de prise en charge des patients », a rappelé le professeur Jean-Yves Blay, président d’Unicancer. À Sainte-Catherine, les soins de support : psycho-oncologie, douleur, nutrition, activité physique adaptée, accompagnement social ou soins palliatifs, occupent une place importante depuis toujours. La présidente de l’Institut national du cancer, le Docteur Suzette Delaloge, a salué « cette alchimie territoriale » qui permet à un établissement de taille maîtrisée de faire émerger des idées et de les porter loin.

Un territoire appelé à travailler davantage ensemble
Le prochain défi se joue à l’échelle de l’agglomération. Sainte-Catherine souhaite renforcer ses coopérations avec le Centre hospitalier d’Avignon, les cliniques, les professionnels libéraux, l’université, les associations et les acteurs de la prévention. Mission ? Construire un véritable pôle intégré de cancérologie pour un bassin de population d’environ 700 000 habitants. Le projet doit fluidifier les parcours, réduire les ruptures de prise en charge et rapprocher l’innovation des patients. « Personne ici ne peut tout faire tout seul », a insisté Thierry Philip, membre de l’Organisation of European Cancer Institutes. « Ensemble, nous pourrions constituer un véritable Comprehensive Cancer Center pour une agglomération de 700 000 habitants. »
Trop peu de femmes se font dépister
Cette stratégie répond aussi à une réalité moins flatteuse : l’accès au dépistage demeure inégal dans la région. Bénédicte Martin, vice-président de la Région Sud-Paca, a rappelé que seulement 36,8% des femmes concernées participent au dépistage organisé du cancer du sein en Provence-Alpes-Côte d’Azur, contre plus de 48% au niveau national. La prévention devient donc une priorité. Le programme Interception, destiné à repérer les personnes présentant un risque accru de cancer et à leur proposer un accompagnement personnalisé, sera renforcé. Sainte-Catherine vise aussi le statut de « lieu de santé sans tabac ».
Bientôt, une nouvelle machine de radiothérapie
Lors de la présentation du projet d’établissement, Patrice Sapet, directeur général-adjoint de Sainte-Catherine, a annoncé que l’Institut serait le premier centre français à accueillir une nouvelle machine de radiothérapie au premier trimestre 2027. « Sainte-Catherine sera le premier centre français à accueillir une toute nouvelle machine au premier trimestre 2027 dont je n’ai pas le droit de vous parler aujourd’hui. » Cette future acquisition permet à Sainte-Catherine de maintenir son avance en matière de radiothérapie. En effet, la radiothérapie adaptative renforce la précision des traitements ; ajuste les irradiations à l’anatomie réelle du patient au moment de chaque séance et préserve davantage les tissus sains. Elle permet, en outre, de modifier le traitement en fonction de l’évolution de la tumeur et de la position des organes entre deux séances. L’établissement réalise déjà environ 48 000 séances de radiothérapie par an et entend conserver son rôle moteur dans l’innovation thérapeutique.

ICAP 2030, une feuille de route ambitieuse
Le projet d’établissement ICAP 2030 projette l’Institut autour de cinq priorités : améliorer le parcours du patient, développer l’excellence médicale, accélérer la transformation numérique, renforcer l’engagement des équipes et construire un institut davantage ouvert sur son territoire. La médecine de précision, la télésurveillance, la téléexpertise, l’intelligence artificielle et la valorisation des données de santé complètent l’ambition de soin. Avec une exigence posée par le Docteur Nicolas Albin, directeur général de l’établissement : « L’innovation doit bénéficier à tous les patients. » L’institut prévoit également de développer la radiothérapie adaptative, d’intensifier la recherche clinique, de créer une école du cancer et de participer à la constitution d’un futur oncopole avignonnais. Une accréditation européenne dédiée aux établissements de cancérologie est visée à l’horizon 2027. Mais la technologie ne devra pas effacer la relation. Le président du conseil d’administration, le Docteur Daniel Serin a mis en garde contre une médecine trop désincarnée : « L’intelligence émotionnelle, l’intelligence relationnelle, ça c’est utile et c’est important. »
Parrainez un olivier contre le cancer
À l’occasion de ses 80 ans, Sainte-Catherine plante 80 oliviers dans son parc : 55 ont été offerts par Didier Cornille, 25 autres le seront par Éric Bayol. L’Institut propose aux particuliers et aux entreprises de parrainer un arbre par un don. Ce mécénat original contribuera à financer ses actions de lutte contre le cancer, notamment la recherche, l’innovation et l’amélioration du quotidien des patients. La première récolte est prévue en 2027, avec les salariés de Sainte-Catherine et des mouliniers partenaires. Les habitants pourront également donner les olives de leur jardin afin de participer à la production d’une huile solidaire Sainte-Catherine.
Mireille Hurlin



