22 juin 2026 | Ce que les visiteurs emportent de l’expo Pignon-Ernest à l’Inguimbertine

Ecrit par Echo du Mardi le 18 juin 2026

Ce que les visiteurs emportent de l’expo Pignon-Ernest à l’Inguimbertine

Carpentras, vendredi 12 juin. Ce vendredi après-midi, plusieurs groupes de visiteurs se succèdent à la bibliothèque-musée L’Inguimbertine. Certains ont fait plusieurs heures de route depuis Cannes, Aix-en-Provence… Tous ont une chose en commun : ils connaissaient déjà Ernest Pignon-Ernest, et ont tenu à voir cette exposition.

Une immersion
Dès la première salle, le ton est donné. Les murs sont peints en rouge bordeaux, les dessins de Pignon-Ernest s’affichent en grand format.
Philippe, venu d’Aix-en-Provence explique qu’après avoir traversé les salles permanentes, il a senti un certain basculement : « Ces salles sont absolument incroyables, lumineuses, accueillantes et d’un seul coup on rentre dans un ventre. On rentre dans un intérieur. »

La scénographie joue sur les contrastes. Des panneaux disposés en dédale obligent le visiteur à zigzaguer, à voir les œuvres de près puis de loin. « Tu l’as vu de loin et puis tu l’as de près, ça restitue vraiment les proportions, tu te rends donc mieux compte de l’effet produit dans les rues de Naples », explique une autre visiteuse, Michèle, qui avait déjà découvert le travail de Pignon-Ernest dans des magazines d’art, mais également lors de la présentation avignonnaise au Palais des Papes de 2019 à 2020 (Exposition ‘Ecce homo’). Par ailleurs une seconde exposition de mai à septembre 2020 à l’Église des Célestins avait été organisée (Exposition ‘Extases’).

Crédit : Zélie Bienaimé

« Toutes ces œuvres parlent de violence, de douleur »

Michèle

Pourquoi le rouge ?
Le choix de la couleur rouge revient dans toutes les conversations. Pour certains, c’est une évidence. « Au vu du thème, c’est obligé, toutes ces œuvres parlent de violence, de douleur », a dit Michèle. Martine, venue spécialement depuis Cannes, fait des photos et nous confie : « Le bleu est froid et le rouge est une couleur chaude. Je fais des expos photos et je mets mes photos en noir et blanc sur fond rouge… ça marche très bien ensemble. »

Comparaison qui fait débat
Michèle nous parle de l’arrivée d’Ernest Pignon-Ernest dans le milieu de l’art de rue : « Je me souviens de l’effet que ça avait fait de voir ses dessins dans les rues, on voit les gens qui passent, qui observent, c’est l’art dans la rue, ça ne se faisait pas avant. 
Et en même temps, je pense qu’il y avait une sorte de respect vis-à-vis de des choses qu’il créé, ce n’était pas des tags, c’était autre chose. »

Crédit : Zélie Bienaimé

« J’ai pensé à Banksy… »

Martine

La question du street art ne tarde pas à arriver dans chacun des discours. Martine nous fait part du lien spontané qu’elle a vu avec Banksy : « Et c’est vrai que tout de suite j’ai fait un rapprochement avant même de voir l’exposition, j’ai pensé à Banksy… Il y a une certaine filiation. » Mais Philippe n’est pas d’accord : « Le street art, c’est une étiquette un peu facile que l’on colle sur Pignon-Ernest. Lui, a une démarche souvent politique, religieuse, il y a beaucoup de métaphores, il y a des convictions très fortes derrière. Cette association, pour moi, est un peu dévoyée. 
Et évidemment, l’artiste demeure pour moi aujourd’hui un artiste contemporain français majeur. »

Naples vue depuis Carpentras
Beaucoup de visiteurs connaissent Naples en touristes, mais pas sous l’angle que montre l’exposition. « On ne fréquentait pas forcément toutes ces petites ruelles, ce côté populaire et religieux, c’était pas vraiment mon abord », admet Martine. L’exposition montre une ville de Naples plus sombre : les quartiers pauvres, les croyances mélangées, la mort omniprésente. « Il y a un côté populaire à Naples qui est bien rendu dans toute cette représentation. »

Michèle, très tôt, a fait le rapprochement avec Caravage, peintre napolitain du XVIIe siècle connu pour ses scènes violentes, ses personnages du peuple décrit par Michèle comme quelqu’un de ‘torturé’. Avant même de constater que l’artiste est effectivement cité dans le parcours de l’exposition. « Il y a une espèce de tragédie autour de Naples, dit-elle. Caravage, Pasolini… »

Crédit : Zélie Bienaimé

« L’artiste ne ment pas. »

Philippe

Ce qu’ils retiennent de Pignon-Ernest
Ce qui marque le plus les visiteurs, c’est la force du dessin. « Il y a une puissance dans le trait qui est remarquable », dit Martine. Philippe, lui, parle de sincérité : « Chacun va y trouver, je dirais non pas une part de lui-même, mais de ce qu’il recherche dans l’artiste. Et l’artiste ne ment pas. Donc tout ce qu’on voit ici n’est qu’une réalité, une interprétation. C’est extrêmement audacieux et surtout c’est la vérité, la vérité du trait de l’artiste. »
Enfin Michèle nous rappelle que ses créations ont « chamboulé le monde de l’art parce que nous n’étions plus dans l’abstrait, nous étions dans le concret. Ses œuvres parlaient de souffrance et de rédemption. »
Ernest Pignon-Ernest sera à nouveau présent à Carpentras pour rencontrer le public le 26 septembre à 15h.

Zélie Bienaimé (stagiaire info com Avignon université)

Exposition « Ombres de Naples », Ernest Pignon-Ernest, L’Inguimbertine à Carpentras. Jusqu’au 1er novembre 2026.

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