8 juin 2026 | Gisèle Pelicot, l’éveilleuse qui s’autorise le bonheur était l’invitée du Festival d’Avignon

Ecrit par Michèle Périn le 8 juin 2026

Gisèle Pelicot, l’éveilleuse qui s’autorise le bonheur était l’invitée du Festival d’Avignon

Tiago Rodrigues, directeur du Festival d’Avignon, et Aurélien Ficot du café-librairie Youpi !, organisaient une rencontre avec Gisèle Pelicot, à l’occasion de la parution de son livre Et la joie de vivre, écrit avec Judith Perrignon.

Si certains esprits chagrins ont pu – encore une fois – s’étonner de l’invitation du Festival d’Avignon à l’adresse de Gisèle Pelicot à l’occasion de la sortie de son livre Et la joie de vivre, cette invitation de concert avec le café-librairie Youpi ! est cependant en cohérence avec la mission du Festival d’être à l’écoute du bruit du monde et de particulièrement s’interroger sur la banalisation du viol et des violences faites aux femmes. Après le chœur des Déferlantes qui a accueilli dans la cour de la FabricA celle que désormais tout le monde nomme simplement « Gisèle », c’est Tiago Rodrigues qui a introduit cette rencontre historique, un an après le Procès de Mazan : « vous êtes ici chez vous et vous serez jusqu’en 2030 – fin de mandat du directeur – l’invitée d’honneur du Festival d’Avignon ! » Les six cents places de la FabricA ont été prises d’assaut : beaucoup de femmes, beaucoup de jeunes et surtout une émotion palpable. Pour animer cette rencontre autour du livre co-écrit avec la journaliste Judith Perrignon  également présente sur le plateau, Aurélien Ficot du café-librairie Youpi ! d’Avignon, lieu de conférence et de rencontres citoyennes, et Muriel Trichet, psychologue clinicienne. 

La 81e question du Festival d’Avignon : comment continuer à vivre, à aimer, à avancer, après l’impensable ?

On l’a traitée d’icône, de symbole, de star, elle préfère le terme d’amie, de sœur ou d’éveilleuse. Éveilleuse des consciences collectives car en levant le huis clos au bout de 4 ans de réflexion, elle a permis de mettre au grand jour et de faire le procès d’un système, le patriarcat. « En décidant de rendre public le procès de ses agresseurs, elle a refusé la honte et choisi la lumière. Son histoire, intime et universelle, raconte la sidération, la faille, la reconstruction et la reconquête d’une joie possible. À travers cette parole rare, c’est une question essentielle qui nous rassemble : comment continuer à vivre, à aimer, à avancer, après l’impensable ? » Des éléments de réponse ont été donnés très simplement et humblement par Gisèle Pelicot tout au long de cette rencontre d’une heure et demie : « J’ai tenu grâce à vous les femmes qui m’attendaient au tribunal chaque jour, aux messages de soutien, aux chants des Déferlantes… J’ai eu une aide et un soutien psychologique indispensable pour me réapproprier ma vie… Obligation de vaincre sa peur car ça empêche d’avancer… J’ai rencontré l’amour d’un nouveau compagnon… J’ai eu la chance d’être crue grâce aux preuves des vidéos donc la justice a été rendue. » Sous ces faits glaçants, la preuve vivante sous nos yeux d’une Gisèle Pelicot sereine et gaie était sans appel. 

©Michèle Périn / L’Echo du Mardi

Le murmure d’une voix face au tsunami d’une vie

‘Pourquoi un livre ?’, était une des premières questions. « Pendant 4 mois, le monde entier a entendu parler de Gisèle Pelicot mais finalement personne ne me connaissait. Ce livre a été une manière de me connaître, ma famille, ma mère, ma grand-mère, faire entendre ces voix de femmes. Je voudrais par ce livre mettre des mots sur ce que j’ai traversé. Dire que je n’ai plus peur d’être seule, que j’ai retrouvé la joie de vivre. Dire que je suis vivante. » Judith Perrignon a voulu que ce livre soit un murmure mais aussi une voix forte. Quand elle a lu des extraits, ce n’était plus Gisèle Pelicot  parlait mais bien des milliers de femmes qui se reconnaissaient. 

S’autoriser au bonheur

« Car si je n’aime pas c’est le vide qui gagne et je ne suis rien ! » Ainsi se termine sur cette dernière phrase le livre co-écrit avec Judith Perrignon. Phrase lue dans un silence bouleversant pour conclure cette rencontre qui a été d’une haute tenue, dans la dignité mais aussi dans la joie d’une parole libérée. 

Et la joie de vivre. Gisele Pelicot co-écrit avec Judith Perrignon. Édition Flamarion.

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