Programmé (trop peu) en début de festival, Island Story permet d’asseoir des repères historiques avant de nous entraîner dans une Corée plus moderne mais où les divisions et les blessures de l’histoire transpirent.
Langue invitée du 80e festival d’Avignon, le coréen se découvre par ce premier spectacle de Kyung-Sung qui dévoile un épisode sanglant de l’histoire coréenne : le massacre en 1948 sur l’Ile de Jeju de dizaines de milliers de manifestants commémorant la fin de l’occupation japonaise. Pendant des années, cet épisode a été oublié, étouffé jusqu’à la découverte près de l’aéroport de restes humains.
Sur le plateau, cinq personnages (dont un habitant de cette île) pour porter la voix et le témoignage des descendants de ces disparus qui ont été jetés dans les fosses communes, mains liées. La mise en scène joue sur une évocation pudique mais réaliste du massacre : monticule de sable, douilles, ossements en bois, vidéos de paysages de toute beauté. Les acteurs se présentent d’une manière légère et inutile (leur taille, longueur des mains) manière de s’effacer devant l’inutile et de marquer la distance avec les faits : ils ne jouent pas un rôle si ce n’est celui de transmettre afin que rien ne tombe dans l’oubli. Deux acteurs pédalent inlassablement, sans émotion, sur leur bicyclette, ils éclairent réellement avec leur dynamo le plateau dé- roulant ainsi le récit qui devient une véritable enquête.
Ce théâtre documentaire de par sa construction rigoureuse et archéologique a la froideur des faits. On s’émeut peu : tant de charniers, tant de guerre dans le monde depuis… L’histoire est terrible et se répète. Mais par ce témoignage, ce spectacle est nécessaire puisqu’il contribue à la mémoire collective de l’humanité.


