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Le Festival d’Avignon n’est pas neutre ? La question ne s’est même pas posée à ‘L’aube des questions’

©Michèle Périn / L'Echo du Mardi

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La 80e édition du Festival d’Avignon s’est achevée ce samedi 25 juillet. Fin de l’édition ? Non ! Car un dernier spectacle commençait à 5h du matin dans la Cour d’Honneur ce dimanche 26 juillet : ‘L’Aube des questions’, une fête plus qu’un spectacle, coordonnée par le directeur du festival Tiago Rodrigues, l’historien Patrick Boucheron et la journaliste Aurélie Charon.

Comment rendre une fin de Festival joyeuse et prometteuse, qui soit une ouverture et non pas une fin, un début de combats, un début de réponses ? Le Festival d’Avignon réaffirme par cette rencontre matinale l’importance de l’Art et le refus de se taire face aux coupes budgétaires, à la montée des fascismes, au déni de démocratie. Que va-t-on devenir ? L’avenir nous le dira, mais nous qu’avons nous à lui dire ?

Au petit matin toutes sortes de noctambules se sont croisés pour tenter une réponse. Ceux qui ont fêté comme il se doit la dernière représentation d’un des 1700 spectacles du Off, ceux qui ne se sont pas couchés et qui rejoignent la Cour d’Honneur, dès la sortie du Mahabharata, bar du Festival ouvert toute la nuit pour l’occasion, ceux qui se lèvent après s’être couchés malheureusement un peu plus tôt que d’habitude pour cause d’annulation due à la pluie du merveilleux spectacle ‘Le Pas du monde’. 

Il fait encore nuit, il fait chaud, il ne pleut plus si ce n’est une pluie de questions

Sur scène les pupitres installés attendent les musiciens de l’Orchestre National Avignon-Provence conduit par la cheffe Debora Waldman, les chaises vides laissent présager beaucoup d’invités, d’interventions d’artistes ou de personnalités de la société civile qui sont annoncés autour du théâtre, de la vidéo, de la musique, de la danse. Edgar Morin est parmi nous grâce à un extrait de son documentaire projeté en ouverture « chroniques d’un été » qui pose la question essentielle « comment vis-tu ? », la voix de Marguerite Duras nous interpelle  sur l’enfance, Florence Aubenas sur l’Ukraine.

Le Soleil se lève à Kiev, à Beyrouth, à Gaza

« Chaque matin, le soleil réveille le monde. Mais qu’est-ce qui réveillera ceux qui dorment encore devant l’injustice ? »

Il sera beaucoup question de soleil qui se lève en France et dans le monde. Pourtant il n’est pas le même pour tout le monde. Philippe Martinez ( secrétaire général de la CGT 2015-2023) portera la voix de Jacques Prévert « Dis donc camarade Soleil, tu ne trouves pas que c’est plutôt con de donner une journée pareille à un patron ? », la comédienne Oksana Leuta nous parle en direct de Kiev au petit matin et se demande qu’est ce qu’il restera d’elle après plusieurs années de guerre, de même le journaliste Rami Abou Jamous en direct de Gaza décrit son lever de soleil « gazastrophique » et se demande comment parler de fraternité aux enfants de Gaza. Le pendant du Soleil, notre ombre, sera également interrogée par la romancière Blandine Rinkel, qui par le biais du conte de Pierre Schlemihl, l’homme qui a vendu son ombre, met en avant le Peuple des ombres. En direct de Beyrouth, le journaliste Anthony Samrani propose de résister en plantant des tomates, pour défier le chaos du monde.

Une pensée en marche

Les chorégraphes Régine Chopinot et Boris Charmaz ont posé des questions en dansant, Camille de Toledo a alimenté le débat sur l’Europe, ça performe avec les écrits de Rébecca Chaillon, la poésie de Laura Vasquez, un texte de Carolina Bianchi. La jeunesse n’est pas en reste avec le savoureux débat filmé des élèves du lycée Philippe de Girard d’Avignon qui cherchent et trouvent leurs mots pour dénoncer « l’exploitation des systèmes. » Il a été question de servitude volontaire avec le philosophe Marc Crepon, de résilience avec Maria Melchior.  Tant de mots et d’idées qui se bousculent pour nous ouvrir le plus de réponses diverses possibles. Impossible de citer tous les intervenants. Bien sûr le fil conducteur était quelquefois tenu mais la prestation finale de Christiane Taubira, digne et juste, a replacé le combat à mener : « qu’en sera-t-il de la joie quand l’Internationale autoritaire persistera à se répandre ? Où va tomber la terre ? Il faut protester ? Alerter ? Désobéir ? »

Pourquoi l’être humain ne peut-il pas vivre sans musique ? 

Fabien Cali, artiste en résidence à l’Orchestre national Avignon-Provence (ONAP) a composé le livret de cette rencontre. Sa musique, délicatement mise en œuvre par la cheffe Debora Waldman, a suivi l’enrichissement du débat, additionnant les instruments, superposant les points de vues, déroulant un récit, provoquant le silence. 

Un programme pas comme les autres

À la sortie, 3 heures après, sourire aux lèvres et traits tirés, une bonne surprise — avant un café salutaire — nous attendait : la distribution d’un livret blanc de 84 pages. Au recto, l’affiche du festival, en quatrième de couverture un extrait de Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke qui nous encourage, en 1903,  à aimer et à vivre pleinement nos questions. Chaque page porte une question, entendue dans la Cour d’Honneur, à charge d’y répondre et de ramener ce carnet au Festival d’Avignon. Les absents pourront se le procurer tout au long de l’année. Une première action concrète et réponse à la dernière question posée : Et que ferons-nous quand nous nous disperserons ?

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