16 février 2026 | Les Hivernales nous endansent encore jusqu’au 21 février

Ecrit par Michèle Périn le 16 février 2026

Les Hivernales nous endansent encore jusqu’au 21 février

Entrons dans la danse

Le coup d’envoi de cette 48e édition qui se veut vivante et réconciliante a été donné pour la première soirée par Nans Pierson. À l’instar des ateliers qu’il mène toute l’année au Centre de Développement Chorégraphique National d’Avignon (CDCN) le danseur avignonnais a entraîné une soixantaine de spectateurs – de 12 à 80 ans — à ne plus l’être justement (spectateur) et à vivre une danse immersive électro. Cette performance collective participative a eu lieu dans la pénombre tamisée du Grenier à Sel. Guidé à la voix pour un petit échauffement, le set proposait ensuite d’explorer « une danse à soi » c’est-à-dire de danser sur une musique électro pré-enregistrée sans être gêné par le regard des autres. Une heure de libres déhanchements sans contrainte sinon le plaisir de se connecter à soi ou aux autres avant une relaxation bien méritée.

Voyez comme on danse

A contrario, avec ‘Kill me’, la chorégraphe argentine Marina Otero a montré au grand jour et dans une mise à nu radicale ses fragilités et celles de ses cinq acolytes. Devant le public conquis de la Garance de Cavaillon, elle a transformé son introspection en un spectacle bouleversant où l’âme meurtrie trouve un apaisement dans les mots dits et les corps montrés. 

Musique live avant tout

La première semaine s’est conclue par deux spectacles magnifiques : ‘Branle’ de Madeleine Fournier et ‘Carcaça’ du Portugais Marco da Silva Ferreira où la musique en live a pris toute sa place dans les propositions chorégraphiques, s’avérant même indispensable pour structurer le récit ou l’espace. 

Avec ‘Branle’, la bourrée n’a qu’a bien se tenir ! 

La circularité du plateau de la Scierie, la disposition des spectateurs autour des six danseurs et danseuses nous entraînent de fait dans la danse : nous ne pouvons pas tout voir donc nous attrapons au vol un geste, un regard, un sourire quelquefois une invitation. Ce pas de six étonnant, virtuose et joyeux, inspiré des danses traditionnelles part cependant d’une lecture de ‘L’Ethique’ de Spinoza. « Une façon de poser la pièce sur cette grammaire des émotions », précise la chorégraphe et interprète Madeleine Fournier. La chanteuse et musicienne Marion Cousin  déclame dès l’ouverture quelques uns de ces affects parmi la cinquantaine identifiée par le philosophe : le désir, l’avarice, la peur, la colère… Libre à nous de chercher à les identifier ou au contraire se perdre dans l’ostinato de la cornemuse de Julien Sesailly et le mixage expérimental de Marion Cousin. C’est sacrément jubilatoire.

Avec ‘Carcaça’, la résistance et l’espoir ont un bel avenir

Sur la scène de l ‘Opéra Grand Avignon, ce fut une explosion de joies, de peines et de luttesportée par  dix danseurs et danseuses et  deux musiciens (électro et batterie) présents sur le plateau. On peut y voir défiler une partie de l’histoire du Portugal de son coq emblématique à sa révolution des Oeillets par des tableaux subtils de couleurs et de rythme où la tradition affronte sans arrêt nos temps modernes. On peut aussi s’extasier sur ce jeu de jambes original et permanent qui évolue au gré des tableaux, et qui synthétise à lui seul tout le message de ce spectacle : un manifeste joyeux quoique quelquefois douloureux d’une quête de liberté toujours à conquérir, la nécessité de défendre son identité tout en rejoignant la communauté. La danse devient ainsi le temps d’une soirée une transe engagée qui nous exulte .

Les spectacles à venir en vagabondage

La semaine débute au Cinéma Utopia avec la projection ‘Danser ensemble’ qui présente la « vidéo danse » où le partenaire n’est pas celui que l’on croit ! Franck Boulegue et Marisa Hayses du Festival International de vidéo Danse de Bourgogne animeront le débat en fin de projection. La réalisatrice et performeuse Flora Détraz investit le Grenier à Sel pour déconstruire les archétypes de la féminité et nous offre aussi en soirée un concert-performance. La lumière et son univers poétique ont guidé Vania Vaneau pour ‘Heliosfera’. Chloé Zamboni va faire danser les objets du quotidien au Théâtre des Halles avec ‘Quelques choses’. ‘Le Margherite’, — un spectacle très attendu  car effleuré déjà l’an passé en sortie de résidence aux Doms — nous est proposé  à la salle BenoitXII. Marion Blondeau rend  visibles les corps vieillissants en mettant en mouvements trois femmes âgées de 60 à 70 ans dans ‘Organicitées’ à La Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon. Quelen Lamouroux nous fait entrer dans l’intimité de son capharnaüm d’objets pour un seul en scène poétique nommé ‘L’imprévue’. On retrouvera la compagnie de Nacim Battou à l’Autre Scène de Vedène pour vivre une dernière nuit ? Le festival se clôturera avec pas moins de quatre propositions dans la journée du samedi allant d’une conférence évoquant les bals clandestins pendant la Seconde Guerre Mondiale aux ‘Eclats’ de Léa Vinette, au seul en scène de Julien Andujar pour finir par une totale carte blanche à l’artiste complice Massimo Fusco pour un Bal Magnétique à la Scierie. 

Jusqu’au 21 février. De 5 à 27€. Les Hivernales. CDCN. 18 rue Guillaume Puy. 0490 82 33 12.
Billetterie : 04 90 11 46 45. Points de vente. 3-5 rue Portail Matheron. Avignon.

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