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Manu Lanvin : « J’aime bien l’idée de continuer à prendre le maquis en faisant de la musique »

Manu Lanvin By Patrick Swirk

Qualifié comme un des piliers du blues en France, Manu Lanvin fera étape au Sonograf, le dimanche 5 avril, pour un concert qui s’annonce, pour la salle associative du Thor, comme un événement majeur de ce printemps. En marge de ce rendez-vous l’Echo du Mardi a pu échanger avec celui qui n’a mâche pas ses mots (il a de qui tenir). Morceaux choisis.

Écho du Mardi :
Vous faîtes beaucoup de concerts partout en France et en Europe, qu’est-ce que représente pour vous la scène ?

Manu Lanvin :
La scène c’est ma passion première. J’ai toujours fait de la musique pour la musique live. Je ne rentre pas dans cette catégorie d’artistes qui font du « produit musical ». On fait une musique vivante. Le blues et le rock sont des musiques qui se jouent en live. Après, on fait des pauses en studio, c’est juste pour faire une photo de là où on en est dans nos expériences, nos émotions. Nos créations sont faites pour être défendues en live. Vous savez j’ai commencé à jouer quand j’étais ado et très vite j’ai eu la conviction que s’il y avait une place à prendre ce serait sur scène.

Dans toutes les religions et à toutes époques ce qui m’a toujours déplu c’est la musique.“

EdM :
Comment définissez-vous le plaisir à être sur scène ?

ML :
La scène c’est le seul moment où vous vous libérez de votre égo. Le seul moment où vous êtes dans le moment présent, où vous êtes au service des autres. C’est un moment de bonheur énorme. C’est en définitive une magnifique thérapie. On est là pour échanger des émotions positives. Aucune autre activité permet cela. A part le sport, sauf dans le foot surtout quand je vois comment ils se foutent sur la gueule à la fin des matchs. Avec la musique ce n’est pas le cas. On ne fait qu’un avec le public. Ce sont des moments de communion magnifiques et qui de plus se font dans la joie.

On pourrait finalement presque comparé cela à ce que les gens vont chercher quand ils vont dans un lieu de culte. Mais je ne suis pas du tout dans la religion. Dans toutes les religions et à toutes époques ce qui m’a toujours déplu c’est la musique. Nous étions pour eux les ennemis jurés. Normal on leur piquait des fidèles. Avec une guitare et des mots d’amour on la attiré tous les jeunes. Ils auraient préférés les garder sous contrôle dans leurs lieux de culte. Dans mes albums je parle souvent de ce sujet.

Je respecte la spiritualité de chacun mais je vois qu’au fond de moi je fais du bien. Et ça me fait du bien que de faire du bien aux autres.

©Visuel Tour

EdM :
A chaque génération il y a une musique porte-parole, dans les années 60 c’était le rock-n-roll, maintenant c’est le rap, quelle place a aujourd’hui le blues, et quels messages a-t-il à faire entendre ?

ML :
C’est un réflexion que j’ai toujours eu : est-ce que je ne suis pas démodé ? Je joue une musique qui n’est pas celle de ma génération. Mais elle est dans notre patrimoine de ce qu’ont laissé des gens comme les Stones ou Jimi Hendrik. Ca reste des modèles à suivre. C’est une musique qui traversera le temps. Elle est peut-être moins en vogue en ce moment quoique… Lorsque vous voyez aux US ce que représente l’économie d’un artiste comme Joe Bonamassa c’est énorme. C’est un business incroyable, c’est hors norme. Je pourrai aussi parler de John Mayer ou Garry Clark Junior. La Grande-Bretagne, le pays qui a donné la plus part des guitar heros, le blues est toujours bien vivant avec beaucoup de jeunes talents qui émergent.

Le rap s’est aujourd’hui beaucoup appauvri, c’est même devenu caricatural.“

Ce qui m’amuse c’est que le rock au début était une musique plutôt en marge, aujourd’hui la musique urbaine est en plein dans le système. Elle en profite alors qu’elle l’a totalement critiqué au début. Ils sont tous dedans aujourd’hui. Moi, j’aime bien me retrouver finalement dans les courants marginaux. Si on additionne tous les billets vendus par des artistes de blues ou de rock je peux vous assurer que c’est énorme. J’aime bien cette idée de continuer à prendre le maquis en faisant de la musique. Car c’est pour moi un moteur de créativité. Le rap s’est aujourd’hui beaucoup appauvri, c’est même devenu caricatural. J’aime le hip-hop, c’est la musique de ma génération. J’ai adoré Run DMC ou Das EFX ils étaient novateur de quelque chose. Aujourd’hui beaucoup de jeunes veulent faire du rap pour être dans la lumière, aller dans des défilés de mode de chez Chanel ou Vuitton. Ils se sont perdus.

Manu Lanvin By Klaus Guchelaar

EdM :
Quel est le profil de ceux qui viennent vous écouter en concert ?

ML :
Plutôt des personnes qui ont la quarantaine ou la cinquantaine. Mais ce qui est génial c’est qu’il y a de plus en plus de jeunes, souvent amenés par leurs parents. Et certains mordent à l’hameçon.

Avec l’IA on est dans le fast-food de la musique.“

EdM :
Comment réagissez-vous au développement de l’IA et en particulier dans le domaine de la musique ?

ML :
Ce sont des outils magnifiques. Je les utilise. Dans le studio où je travaille, on y fait des essais c’est intéressant. On voit où cela peut nous emmener. Dans un processus de création ça permet de faire un ping-pong avec l’ordinateur. Il suggère mais on doit décider. Mais quand on est un créatif on n’a pas envie de confier sa création à un ordinateur. Ca ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse c’est de vibrer c’est de créer nos propres histoires, d’écrire nos chansons à nous. C’est aussi de garder nos défauts de langage. L’album que j’ai écrit pour mon père (« Ici-bas ») nous avons conservé tout ce qui fait son phrasé et sont style. L’IA n’aurait jamais pu écrire un album pour mon père. Les mots choisis n’auraient jamais pu fonctionné avec l’IA.

Moi, j’aime créer. Après s’il y a des mecs qui trouvent des combines pour faire travailler l’IA et gagner de l’argent c’est leur histoire et je ne les condamne pas. Ce qui m’intéresse c’est de créer des choses qui sont à moi. Je n’ai pas envie d’être un faussaire. Avec l’IA on est dans le fast-food de la musique. Quand vous écrivez une chanson vous l’avez l’impression d’être John Lennon, le temps d’une soirée, c’est un bonheur énorme. Je ne supprimerai jamais le bonheur de créer.

©Eric MARTIN

EdM :
Qu’est-ce qu’on entendra lors de votre concert au Sonograf le 5 avril ?

ML :
Ce sera un mélange des titres de mon dernier album (« Man On a mission » octobre 2025) et de morceaux plus anciens. Dans mes concert je fais toujours ce type de mélange. Nous serons 4 musiciens sur scène.

Manu Lanvin au Sonograf le dimanche 5 avril à 18h30
D901 Le Thor,
Prix des places de 19 à 25 €
Pour en savoir plus :
www.lesonograf.fr/concerts/manulanvin
https://www.manulanvin.com

Réservations en ligne : ICI

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