Le mardi 19 mai, l’entreprise Brun de Vian-Tiran, située à L’Isle-sur-la-Sorgue, a invité les éleveurs de Mérinos d’Arles Antique à découvrir la manufacture et a remis à certains d’entre eux les Prix de la finesse.
Alors que le cortège d’éleveurs de Mérinos d’Arles Antique, race ovine élevée pour les agneaux et la laine, suit Jean-Louis Brun, dirigeant de Brun de Vian-Tiran représentant la huitième génération de cette entreprise familiale née en 1808, la fraicheur de la manufacture contraste avec la chaleur extérieure.
À l’intérieur, pas un bruit. Toutes les petites mains qui contribuent au savoir-faire authentique de cette entreprise et à son rayonnement ont terminé leur travail du jour, laissant place à l’imagination des éleveurs qui écoutent attentivement leur guide qui explique l’histoire de la manufacture, mais aussi le travail des fibres nobles.
L’Isle-sur-la-Sorgue, autrefois une terre de textile
À l’époque où Charles Tiran et son gendre Laurent Vian installent la Manufacture de Vian-Tiran à L’Isle-sur-la-Sorgue, la ville compte une soixantaine d’entreprises textiles grâce à un environnement qui y est favorable, permettant à chacune de travailler la laine, appelée en réalité « le poil » dans le milieu, avec l’argile locale et l’eau de la Sorgue.
Aujourd’hui, Brun de Vian-Tiran, qui porte ce nom depuis le mariage de la petite fille Vian avec Emile Brun en 1886, est la seule manufacture textile encore en activité à L’Isle-sur-la-Sorgue et est aussi la plus ancienne manufacture lainière de France. Une entreprise familiale qui perdure depuis huit générations.
Une entreprise alliant tradition et modernité
Au fil de la visite, les éleveurs s’émerveillent devant les machines utilisées au sein de la manufacture qui racontent une histoire, un savoir-faire. Les machines anciennes côtoient les plus modernes et demandent une connaissance particulière en mécanique. « Même celles qui ont 40, 50 ans ou plus sont encore parfaitement fonctionnelles », ajoute Jean-Louis Brun.
« Les métiers à tisser ont la même mécanique que celle utilisée dans l’aéronautique. »
Jean-Louis Brun
Cette visite, elle a surtout pour but de montrer aux éleveurs de Mérinos d’Arles Antique tout le parcours qu’effectue la laine une fois la tonte passée. De son arrivée à la manufacture jusqu’à sa forme finale, en plaid, en couverture, en étoffe ou autre.
Des machines, des hommes et des femmes
Au total, les laines traversent quinze étapes de transformation : assemblage, ensimage, cardage, filature, bobinage, teinture, ourdissage, tissage, épincetage, foulonnage, lavage, chardonnage, rame, apprêts secs, confection.
« Notre mission est de transmettre aux futures générations ce que nous avons reçu, préserver nos savoir-faire et inscrire dans son temps une manufacture unique. »
Jean-Louis Brun
Pour chaque étape, ce sont les mains d’une quarantaine d’hommes et de femmes qui interviennent et qui travaillent la laine. Et même au niveau des salariés, le savoir-faire se transmet parfois de génération en génération. « Ça nous arrive fréquemment qu’un enfant de salarié, qui est régulièrement venu voir son père ou sa mère à la manufacture quand il était petit, finisse par nous rejoindre une fois adulte », affirme le dirigeant de l’entreprise. Tous les salariés sont d’ailleurs formés en interne.
Les laines de France mises en lumière
En invitant les éleveurs de Mérinos d’Arles Antique avec qui elle travaille, l’entreprise n’a pas souhaité mettre uniquement en avant le savoir-faire de sa manufacture, mais aussi la passion des éleveurs pour leurs bêtes, cette dernière constituant le point de départ. « Si un éleveur fait des efforts pour bien croiser les brebis et les béliers qui ont les laines les plus douces, après des analyses, pour obtenir des bébés qui auront aussi une laine douce et pour stabiliser cette douceur, on peut, nous, faire des produits plus doux, plus qualitatifs, pour ensuite vendre les produits plus chers et mieux rémunérer la laine », explique Jean-Louis Brun.
Aujourd’hui, Brun de Vian-Tiran veut participer à la valorisation des laines de France en mettant en lumière ce travail effectué en amont par les éleveurs, puis en travaillant la laine le mieux possible sans altérer sa douceur par la suite pour en faire un produit luxueux.
En quête de douceur
Il y a 36 ans, Pierre Brun, le père de Jean-Louis, s’est associé à Claude Gutapfel, négociant en laine local et grand connaisseur des bergers et de leurs bêtes sur le territoire. Ensemble, ils se sont mis en quête de retrouver le Mérinos d’Arles d’origine, pour les qualités exceptionnelles de douceur et de frisure de sa laine. C’est en Camargue qu’ils l’ont trouvé. Aujourd’hui, ce sont plus de 25 000 bêtes qui produisent exclusivement pour la manufacture Brun de Vian-Tiran la laine la plus fine d’Europe, la laine Mérinos d’Arles Antique.
Ce pourquoi ont été créés les Prix de la finesse, qui sont remis tous les deux ans aux éleveurs de cette race, récompensant la finesse de la laine, qui se mesure en microns, c’est à dire en millièmes de millimètre de diamètre, et est directement liée à la douceur des laines ainsi qu’à leur pouvoir de chaleur et de régulation de l’humidité.
Les lauréats des Prix de la finesse
Ce sont donc plusieurs éleveurs, dont le Vauclusien Aloïs Doche, situé à Velleron, qui ont été récompensés lors de cette cérémonie de remise de prix, qui a suivie la visite de la manufacture et s’est tenue à la Filaventure, qui regroupe le musée et la boutique de l’entreprise :
- 1er prix : Mellado/Audemard, Jean-Luc Tavan et Benoît Fils, et Aloïs Doche avec une finesse s’élevant à 19 microns
- 2e prix : Benoît Villard/Michel Tavan avec une finesse s’élevant à 19,2 microns
- 3e prix : Delplanque et Jean et Luc Bourgeois avec une finesse s’élevant à 19,3 microns
« La finesse de la laine fonctionne un peu comme le vin, il y a des millésimes avec des années où la laine n’est pas spécialement fine et d’autres où elle l’est particulièrement », explique Jean-Louis Brun. Pour atteindre ce niveau de finesse, ce sont surtout les facteurs écologiques qui jouent, notamment la pluviométrie et la richesse de l’herbe. « On aime la nervosité de la laine de France, elle a quelque chose de caractériel que la clientèle recherche et que nous on souhaite mettre en lumière avec ces Prix de la finesse », conclut le dirigeant cette Entreprise du Patrimoine Vivant, qui a reçu le Prix de la plus belle entreprise familiale du monde en 2023.
