Implantée à Avignon depuis 2021, mais aussi à Paris, Angoulême et Strasbourg, La Station Animation est une société de production spécialisée dans la création et la fabrication de films et de séries d’animation 2D et 3D. Pour débuter l’année 2026, Christian Ronget, producteur et gérant, et Florence Biansotti, directrice des productions, font le point sur les projets à venir.
Fondée en 2002 à Paris, La Station Animation s’est implantée en Vaucluse, à Avignon, en 2021. Une volonté du fondateur Michel Cortey, qui vivait à Saint-Rémy-de-Provence et enseignait à MoPA, école du film d’animation 3D à Arles.
« Malheureusement, Michel est décédé l’année dernière, annonce tristement Christian Ronget, gérant de l’entreprise. Ça a été un choc, on est tous très tristes, donc on a décidé de continuer à développer ce qu’il a construit. » C’est ainsi que la Station Animation poursuit son développement et continue de s’affirmer au sein du paysage du cinéma d’animation français. Une belle façon de rendre hommage à son créateur.
Un studio à la double casquette
La Station Animation, c’est en réalité deux entreprises : une société de production qui développe les projets, cherche à les financer et à les monter, et une société qui exécute la fabrication desdits projets. « Il existe des studios qui font de la prestation, explique Christian Ronget. Nous on fait à 90% la fabrication des projets qu’on développe nous-mêmes, mais il nous arrive aussi de faire de la fabrication pour d’autres sociétés de production. »
« On a la chance de travailler avec beaucoup de talents de la région. »
Florence Biansotti
Ainsi, grâce au succès remporté par les derniers projets, que La Station Animation a réussi à la fois à développer et à faire naître, l’entreprise peut faire accroître ses antennes provinciales, notamment celle d’Avignon, qui comptabilise aujourd’hui 33 postes de travail. « On compte aussi des storyboarders, des réalisateurs ou encore des scénaristes dans la région PACA qui travaillent depuis chez eux et qui n’ont pas forcément besoin de venir dans les locaux », ajoute Florence Biansotti, directrice des productions.
Un studio qui prend de l’ampleur…
Si La Station Animation se développe aussi bien depuis quelques années, c’est non seulement grâce au travail de ses équipes, mais aussi grâce à son emplacement. « On a la chance à Avignon d’avoir une école de renom, l’École des Nouvelles Images, qui se hisse parmi les meilleures écoles françaises et qui forment les talents de demain », développe le gérant du studio d’animation. La Cité des Papes accueille aussi Grand Avignon animation, un hôtel d’entreprises dédié aux industries créatives au sein de la Villa Créative.
« Il y a une vraie envie d’agrandir cet écosystème à Avignon et ses alentours. »
Christian Ronget
C’est un véritable écosystème qui s’est créé en Vaucluse, et plus particulièrement au sein de la Cité des Papes, autour de l’animation. « On prêche aussi la bonne parole pour inciter d’autres personnes, des collègues de studio par exemple, à venir s’installer ici où il y a suffisamment de société dans le secteur pour leur permettre de trouver du travail, explique Christian Ronget. Nous on offre des postes à chaque fois qu’on a des projets, mais il y a des périodes où on en a moins. En ce moment, ils sont nombreux, on est obligés de pousser les murs. »
…malgré un secteur en crise
Ainsi, La Station Animation semble avoir une bonne allure de croisière, notamment grâce au soutien des institutions publiques et des acteurs privés. Mais ce n’est pas pour autant que le secteur de l’animation est au meilleur de sa forme. « Il y a une belle synergie et on est dans une bonne période, même si le contexte général en ce moment est à la sinistrose parce que le marché de l’animation connaît une crise depuis trois ans », affirment Christian Ronget et Florence Biansotti. Et ce, malgré le fait que la France soit le leader européen du cinéma d’animation
« Il y a un fort chômage dans le milieu de l’animation en France actuellement. »
Christian Ronget
Cette crise concerne surtout les studios qui avaient dans leur chiffre d’affaires une forte proportion de projets destinés aux plateformes américaines telles que Paramount, Netflix, Disney+, etc. Ces plateformes avaient beaucoup investi dans des projets européens il y a quelques années pour pallier l’ascension de Netflix, mais après avoir fait un état des lieux de leurs comptes, elles ont dû faire marche arrière. « Beaucoup d’entreprises en souffrent aujourd’hui, mais peu à peu, ça va reprendre des couleurs », dit le producteur avec espoir.
L’IA, une menace pour l’animation ?
S’ajoute à cette crise le sujet de l’intelligence artificielle. « Il y a un véritable problème juridique et moral en ce qui concerne l’IA, affirme Christian Ronget. Premièrement, on n’a pas envie que ça tue nos métiers parce qu’on aime nos métiers. Deuxièmement , se dire qu’on va faire tout un projet en utilisant l’IA qui a volé tout son savoir-faire aux artistes, ce n’est pas normal. »
« J’ai la naïveté de penser que pour l’instant, l’IA n’est pas au niveau pour nous surprendre et pour nous raconter des histoires qui ne soient pas en fait des condensées ou des copies d’histoires déjà existantes », ajoute-t-il.
Savoir se démarquer
Le marché américain étant moins accessible pour le moment pour les studios d’animation de l’Hexagone, le marché français, par conséquence est saturé. La concurrence se fait rude. Il faut donc tirer son épingle du jeu pour vendre ses projets.
« Il faut développer les projets au maximum, jusqu’à ce qu’on n’y trouve plus rien à améliorer parce que les partenaires potentiels reçoivent plus de 100 projets d’animation par an, et c’est sans parler des chaînes de télévision qui elles, en reçoivent beaucoup plus, développe Christian Ronget. Il faut connaître les lignes éditoriales des chaînes, pour leur proposer des choses cohérentes, donc ce n’est pas facile pour les studios d’animation, qui sont plus de 100 en France, de voir leurs projets naître et de s’en sortir. »
De son côté, La Station Animation peut jouir d’une réputation bien ficelée grâce à des projets qualitatifs qui ont su trouver leur public tels que les longs métrages Sahara, sorti en 2017, ou encore Chien et Chat, en 2024. De plus, le studio propose différents types d’animation : 2D, 3D, stop-motion…


De nombreux projets à venir
En ce moment, le studio implanté à Avignon travaille sur six productions qui sortiront au cours des prochains mois ou des prochaines années, un projet pouvant prendre jusqu’à environ cinq ans entre le moment où le concept émerge et sa sortie.
Ainsi, La Station Animation a plusieurs projets en cours de production :
- la saison 3 des Plus belles comptines d’Okoo, une collection de comptines animées interprétées par les plus grands artistes français, diffusée sur Okoo, l’offre jeunesse de France Télévisions ;
- la saison 2 de Partie de campagne, diffusée sur France 2 et qui suit une bande d’enfants qui vivent dans un petit village de campagne, et qui débordent d’imagination et remplissent leur quotidien d’aventures trépidantes ;
- la série Griott & Mungo, adaptée de la BD éponyme, qui raconte l’histoire d’une petite fille qui va trouver un œuf duquel sort un dinosaure, tous deux vont devenir inséparables ;
- le long-métrage Inspecteur Croquettes, avec les voix de Philippe Katerine, Esteban et Camille Lellouche, suit un chien qui enquête sur le trafic d’un chat sournois qui grossi et disparait sans cesse ;
- la série Louca (pour laquelle La Station Animation fait de la prestation de fabrication), destinée à être diffusée sur TF1 à l’occasion de la Coupe du Monde de football 2026 et adaptée de la BD à succès, suit les aventures de Louca, un garçon qui cumule mauvaises notes, gaffes et impopularité auprès des filles, et son ami Nathan, un beau et talentueux footballeur qui est en réalité un fantôme et qui va aider Louca en devenant son coach sur les terrains de football comme dans la vie ;
- le long-métrage Les Extra-Terriens, prévu pour Canal+, raconte l’histoire d’une famille qui, malgré son apparence banale, cache des secrets bien étranges.
En plus de ces projets qui vont bientôt voir le jour officiellement, d’autres sont encore en cours de développement, étape qui englobe la partie financement, les premiers design, le scénario, etc. Ainsi, la Station Animation n’est pas prête de quitter nos écrans de sitôt.








