À Avignon, l’Institut Sainte-Catherine, Institut du cancer Avignon-Provence (ICAP), célèbre cette année ses 80 ans. Un anniversaire qui marque moins un regard rétrospectif qu’un changement de cap stratégique, avec le lancement du projet d’établissement ‘ICAP 2030’. Qualité des soins, prévention personnalisée, innovation en radiothérapie, coopération ville-hôpital et retour à l’équilibre financier à l’horizon 2027 constituent les axes structurants de cette nouvelle feuille de route. Les interventions du docteur Daniel Serin, président du conseil d’administration, du docteur Nicolas Albin, directeur général, et de Patrice Sapey, directeur général administratif, dessinent les contours d’une cancérologie qui entend conjuguer performance clinique, responsabilité sociale et continuité des parcours de soins.
Né en 1946 à Avignon sous l’impulsion du docteur Georges Reboul, l’Institut Sainte-Catherine s’est construit sur une culture de l’innovation et de l’accès aux soins. Dès 1956, il installe un télécobalt dans le secteur privé, puis se dote en 1976 d’un accélérateur linéaire, inscrivant durablement l’établissement dans l’histoire de la radiothérapie française, rappelle le docteur Daniel Serin.
D’un établissement pionnier à un acteur territorial structurant
Huit décennies plus tard, l’ICAP revendique une activité à la hauteur de son ancrage territorial : près de 19 500 patients pris en charge chaque année, 48 000 séances de radiothérapie, 20 500 séances de chimiothérapie et 36 000 consultations médicales. Depuis 2021, l’Institut est affilié au GCS Unicancer, intégrant ainsi le réseau national des centres de lutte contre le cancer.
ICAP 2030 : six engagements, une colonne vertébrale
Alors que le cancer demeure un enjeu majeur de santé publique avec 433 136 nouveaux cas estimés en France en 2023 selon l’INCa (Institut national du cancer), le projet ICAP 2030 s’affirme comme à la fois clinique, social et organisationnel. Il repose sur six engagements structurants pour les cinq prochaines années.
Responsabilité sociétale et environnementale
Le premier concerne la responsabilité sociétale et environnementale : réduction de l’empreinte écologique et amélioration du bien-être des équipes. La qualité de vie et des conditions de travail devient un levier stratégique, dans un secteur hospitalier marqué par la tension sur les ressources humaines. Sans personnel, les lits ne peuvent être ouverts ; l’enjeu est à la fois sanitaire et économique.
Sciences humaines et sociales
Autre inflexion notable : l’intégration des sciences humaines et sociales dans les soins, mais aussi dans la prévention, la recherche et l’enseignement. Un message clair est martelé : soigner un cancer ne se résume pas à une procédure technique, c’est accompagner une trajectoire de vie.
Fluidifier les parcours pour tenir la promesse de soin
ICAP 2030 revendique une organisation plus lisible, articulée autour d’un pilotage médico-administratif resserré et d’une structuration par unités fonctionnelles d’organes. L’objectif est la fluidité des parcours : réduire les ruptures, raccourcir les délais et renforcer la coordination, notamment avec la médecine de ville et les partenaires du territoire. Une réponse directe à une réalité nationale, marquée par l’augmentation continue des besoins de prise en charge, portée notamment par le vieillissement démographique.
Retour à l’équilibre financier en 2027
Le projet assume également une exigence de lucidité budgétaire. L’Institut vise un retour à l’équilibre financier dès 2027, dans le cadre d’un plan de maîtrise des dépenses élaboré avec l’Agence régionale de santé. Une condition présentée comme incontournable : sans soutenabilité financière, pas de trajectoire durable. En parallèle, l’ICAP prévoit de retrouver sa pleine capacité d’accueil des nouveaux patients, avec une projection de 3 200 nouveaux cas par an à l’horizon 2030.
Capacité, ambulatoire et nouveaux métiers
Pour absorber cette montée en charge, plusieurs leviers sont activés, tout d’abord le renforcement de l’hospitalisation, avec un objectif de 85 lits, contre une exploitation actuellement contrainte par le manque de personnel ; Le développement des lits identifiés de soins palliatifs ; La consolidation de l’ambulatoire, notamment en chimiothérapie et en hospitalisation de jour ‘médecine’, et enfin, le déploiement des infirmiers en pratique avancée (IPA), présentés comme une réponse concrète à la raréfaction du temps médical, en assurant un suivi renforcé et la gestion des complications.
Ville-hôpital : une clé de désengorgement
Au cœur du dispositif figure la création d’une plateforme d’interface ville-hôpital, destinée à offrir un point d’entrée unique aux professionnels de ville, et à terme aux patients, afin de limiter les hospitalisations évitables et renforcer le maintien à domicile. Deux outils de ‘désaturation’ complètent cette stratégie : Le développement de l’hospitalisation à domicile (HAD), en lien avec les CPTS (Les communautés professionnels territoriales de santé constituent des réseaux de médecins et soignants choisissant, à leur initiative, de travailler ensemble au sein d’un même bassin de population), et la création, en partenariat avec le Centre hospitalier d’Avignon, d’un hôtel hospitalier d’environ 80 chambres, accessible sur prescription médicale, implanté face à l’Institut et dont les travaux devraient débuter fin 2026.
Annonce et après-cancer : sécuriser les temps sensibles
Par ailleurs, le projet formalise également des étapes clés du parcours, longtemps implicites : l’annonce du diagnostic, l’orientation vers les soins de support, l’après-cancer. Une unité dédiée au dispositif d’annonce rassemble infirmiers, manipulateurs, pharmaciens et équipes paramédicales. La place des patients partenaires y est affirmée : écouter, rassurer, guider. Objectif ? Humaniser sans improviser. Un renforcement du programme personnalisé après cancer est également annoncé, afin d’éviter toute rupture brutale avec le système de soins.
Radiothérapie adaptative : un marqueur identitaire
L’ICAP revendique un leadership en radiothérapie, conforté par le déploiement de technologies de pointe, dont la radiothérapie adaptative guidée par l’imagerie. Cette dynamique s’inscrit dans les évolutions documentées des pratiques oncologiques. Elle s’accompagne d’un renforcement de l’imagerie, avec l’ouverture d’un deuxième scanner et d’un second mammographe, ainsi que d’un enjeu fort en ressources humaines. Un projet d’école de manipulateurs radio à Avignon est à l’étude pour répondre aux besoins futurs.
le futur hôtel composé de 80 lits pour les patients ne nécessitant pas d’être hospitalisés. Copyright MMH
Entre mémoire et méthode
À 80 ans, l’Institut Sainte-Catherine transforme son héritage en méthode. ‘ICAP 2030’ articule une triple promesse : mieux soigner, mieux organiser, mieux travailler, au sein d’un établissement qui compte 550 équivalents temps plein. Le tout sous une contrainte désormais centrale : préserver l’équilibre pour garantir la mission.
Une trajectoire alignée sur la stratégie nationale
Comme l’a rappelé Nicolas Albin, directeur général, le projet s’inscrit pleinement dans la stratégie décennale nationale de lutte contre le cancer, dont la phase 2026-2030 est attendue. Prévention personnalisée, dépistage ciblé des populations à risque, parcours de soins renforcés par le numérique et accès équitable à l’innovation en constituent les piliers. Ancré dans son territoire tout en s’ouvrant à une dynamique européenne, Sainte-Catherine entend consolider sa place de centre de référence en cancérologie, au service des patients comme de l’innovation médicale.
La mémoire et l’esprit de 1946 à nos jours
En 2021, Sainte-Catherine a publié son tout premier ouvrage : La mémoire et l’esprit de 1946 à nos jours. Un livre pensé comme un geste de transmission, destiné à préserver une histoire collective et à nourrir l’avenir de l’établissement. « L’histoire de Sainte-Catherine devait être écrite pour ne pas tomber dans l’oubli. Et pour que la mémoire du passé continue de servir de socle au futur », écrit François Reboul. Fruit d’un travail partagé, l’ouvrage rassemble des récits et des souvenirs portés par celles et ceux qui ont fait vivre l’institut au fil des décennies. Fort de 295 pages, le livre traverse les métiers et les époques : témoignages d’anciens et de jeunes professionnels, récits de la radiologie, de la radiothérapie, de l’hospitalisation, des soins, de la pharmacie, de la recherche clinique, du service qualité, de la gestion administrative du patient, de l’informatique et des ressources humaines.
Mireille Hurlin
