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(Vidéo) Deux médecins vauclusiens luttent contre les déserts médicaux dans la Creuse

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Le centre-ville d’Avignon n’a pas l’apanage des déserts médicaux, il existe d’autres territoires où le manque de médecin ce fait cruellement sentir. Notamment dans la Creuse où deux médecins vauclusiens pionniers participent à l’opération ‘Une semaine pour soigner nos villages’ qui vise à faciliter l’accès aux soins des patients dans les déserts médicaux en zone rurale.

C’est à Ajain dans le département de la Creuse que le collectif Médecins Solidaires a lancé son premier centre médical solidaire à l’automne dernier.
Le principe : basé sur le concept de ‘temps partagé solidaire’ des médecins venus de toute la France se succèdent chaque semaine, auprès d’une population dépourvue de médecin généraliste depuis plus de 2 ans après le départ à la retraite de ce dernier.
Une aventure novatrice qui a séduit deux praticiens vauclusiens, le docteur Pierre Aubois et le docteur Perrine Molinié qui se sont directement portés parmi les premiers volontaires pour participer à cette action reposant sur principe simple : demander peu à beaucoup de médecins plutôt que beaucoup à peu.

Les 7 médecins pionniers du Centre médical solidaire d’Ajain dont les médecins vauclusiens Perrine Molinié (au centre en pull vert) et Pierre Aubois (2e à droite) ainsi que le docteur Martial Jardel, co-fondateur du collectif Médecins Solidaires.

Les praticiens de la Tour d’Aigues en première ligne
Agé de 68 ans, Pierre Aubois, est un médecin généraliste au statut de retraité actif, et médecin sapeur-pompier volontaire depuis 40 ans. Installé de 1984 à 2021 à la Tour d’Aigues, dont il est à l’origine de la création de la Maison de santé, il effectue aujourd’hui des missions de remplacement. Au centre médical d’Ajain, le docteur vauclusien a exercé une semaine en novembre 2022, puis à nouveau en janvier 2023.
Pour sa part, Perrine Molinié a effectué son internat de médecine à la faculté d’Aix-Marseille, dont elle sort diplômée en 2018 d’un DES de médecine générale. Exerçant principalement dans le Vaucluse, la praticienne de 34 ans originaire des Yvelines y effectue diverses missions de remplacements avant de rejoindre comme collaboratrice le docteur Pierre Aubois à la Tour d’Aigues, de 2020 à 2022. Si elle aussi est intervenue en novembre dernier dans la Creuse, elle est revenue le mois dernier au centre médical solidaire d’Ajain.

« C’est vraiment gratifiant d’avoir un tel sentiment d’utilité. »

Docteur Perrine Molinié

Retour aux fondamentaux de la médecine
« Avec ce dispositif, nous revenons aux fondamentaux de notre métier de généraliste : nous prenons le temps de discuter avec les patients de leur cas, insiste le docteur Perrine Molinié. Nous n’avons pas l’impression de travailler à la chaine, comme cela est devenu la norme dans de nombreux cabinets, mais de faire de la médecine qualitative. C’est vraiment gratifiant d’avoir un tel sentiment d’utilité. »
Même satisfaction pour le docteur Pierre Aubois pour qui « il est très enrichissant de pouvoir assurer une prise en charge cohérente et pérenne des patients en harmonisant nos pratiques médicales, grâce à un système de transmission très bien conçu. C’est bluffant de voir qu’une telle qualité de prise en charge est possible. Les patients sont très satisfaits et ne cessent de nous remercier ! »

Comment marche ce concept unique en France ?
Imaginé par le docteur Martial Jardel, jeune médecin généraliste de 32 ans, de retour de son ‘Tour de France des remplacements’ entrepris en 2021, où il était parti plusieurs semaines en camping-car à la rencontre de ses confrères en zone rurale, ce projet collectif a pris corps avec la rencontre avec Emmanuel et Christophe Brochot. Ensemble avec ces derniers, fondateurs de l’association Bouge ton Coq, qui agit depuis plus de deux ans en apportant des réponses innovantes aux besoins essentiels des habitants des territoires ruraux, ils ont donc cofondé en 2022 l’association Médecins Solidaires afin d’ouvrir ce premier centre médical expérimental en temps partagé solidaire dans la Creuse.
Pour cela, ils se sont entourés de 7 médecins pionniers, dont les généralistes vauclusiens que le docteur Martial Jardel avait rencontrés lors de son Tour de France des remplacements.
Ouvert depuis octobre 2022, le centre médical d’Ajain a permis de viabiliser de manière opérationnelle le bon fonctionnement du concept, lui permettant de remporter l’adhésion des patients et d’assurer la continuité des soins. Il peut accueillir plus de 20 patients par jour de 9h à 19h en semaine et de 9h à 12h le samedi.


« Nous avons su créer en quatre mois un modèle organisationnel inédit en fédérant un collectif de partenaires publics, collectivités et entreprises en soutien de notre  solution innovante » souligne Emmanuel Brochot.
Tout a ainsi était mis en place au centre de santé Médecins Solidaires d’Ajain pour assurer la continuité des soins et permettre aux généralistes d’exercer dans les meilleures conditions : logistique coordonnée par une équipe permanente, outils novateurs de transmission, logement et voiture mis à disposition.

100 médecins volontaires pour près de 2 000 consultations
Les retours des premiers médecins généralistes à avoir rejoint l’aventure sont unanimes sur la qualité du dispositif et nombreux sont ceux à vouloir réitérer l’expérience. En tout, 100 médecins généralistes de tous les profils (âge, origine géographique, statut) se sont désormais portés volontaires. De quoi assurer plus de 2 000 consultations depuis l’ouverture du Centre médical solidaire. Dans le même temps, 600 patients, sur les 1 200 habitants du village, ont également choisi le cabinet Médecins Solidaires d’Ajain comme médecin traitant.
La mobilisation d’une population significative de médecins généralistes a par ailleurs déjà permis de remplir le calendrier du centre médical jusqu’en octobre prochain.
« Beaucoup de nos confrères sont heureux de pouvoir contribuer à une initiative qui porte un message d’espoir, d’action et d’enthousiasme, se réjouit le docteur Martial Jardel. On est très nombreux à avoir choisi ce métier par humanisme et par envie d’aider les patients. La situation actuelle est très compliquée mais on se doit de trouver une nouvelle voie. Au sentiment d’impuissance, on veut opposer l’enthousiasme. A la tétanie, on veut opposer le mouvement. Et tenter de proposer des solutions, à notre échelle, en misant sur le collectif et la solidarité, dans un esprit de confraternité bienveillante. »

Etendre ce concept de laboratoire de ruralité
Le Collectif Médecins Solidaires envisage d’étendre le dispositif dans les prochains mois sur d’autres territoires ruraux sous dotés. « Avec ce projet innovant, notre souhait est de contribuer à répondre aux besoins criants des territoires ruraux, confirme Gabriel du Passage, porteur du projet Médecins Solidaires au sein de l’association Bouge ton Coq. Nous sommes déjà prêts à dupliquer le modèle et entamons des discussions avec plusieurs collectivités. »
« Nous avons une forte ambition et beaucoup de détermination mais pas encore d’objectif chiffré, explique le docteur Paul-Henri Lambert, médecin pionnier de la première heure. C’est le nombre de médecins qui nous rejoindront qui définira le nombre de centres médicaux que l’on pourra ouvrir. Les besoins sont énormes, partout. »

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