Départ de Christine Gord d’un côté, nouveau départ pour l’établissement bancaire installé en Vaucluse depuis 1850, de l’autre. Ce double événement s’est traduit ce lundi 29 juin par une cérémonie au 406 Route de l’Aérodrome, là où se dresse le bâtiment flambant-neuf de la Banque de France.
Après avoir trôné sur l’emblématique Place de l’Horloge, l’Hôtel particulier Calvet de Palun jusqu’en 2010, le siège historique a été remodelé, les coffres-forts blindés éparpillés façon puzzle pour laisser théoriquement la place à un futur site dédié à l’hôtellerie-restauration de luxe avec une terrasse somptueuse à l’étage. Mais de mésaventure en mésaventure, seule une brasserie avec oenothèque et école des vins est opérationnelle aujourd’hui, la justice en charge d’un dossier qui traîne en longueur depuis une décennie…
Dans un premier temps, la Banque de France avait quitté le centre historique intra-muros pour migrer à Avignon Sud, sur le site d’Agroparc. Avec un bâtiment de 2 500m², un autre de 11 50m², parking et ascenseur au milieu des vignes sur une parcelle de 8 000m². Un site finalement jugé trop grand qui avait débouché sur la décision d’une autre implantation, plus ramassée, inaugurée hier.
Un cadre de travail amélioré
Lundi 29 juin, en présence du Préfet de Vaucluse Thierry Suquet, du Directeur Départemental des Finances Publiques Michel Laffitte, du patron de la Police Nationale de Vaucluse Emmanuel Desjars de Keranrouë, de la directrice générale de Vaucluse Provence Attractivité (VPA) Cathy Fermanian, du Président de la CPME 84, désormais rebaptisée ‘Les Entrepreneurs’, Denis Duchêne, la cérémonie s’est déroulée entre émotion et pragmatisme.
Denis Beau, le 1er sous-gouverneur de la Banque de France, a fait l’historique de la présence de cet établissement de renom sur l’ensemble du territoire, créé en 1800 par Napoléon dont une succursale existe dans chacun des départements français, « Ce qui l’ancre dans l’économie locale. Le Vaucluse bénéficie de deux autres implantations, à Orange et Carpentras. Ici, depuis le mois de mars travaillent 23 collaborateurs dans des locaux adaptés, fonctionnels, partagés, ouverts au public, qui facilitent la fluidité, la cohésion du personnel et la transversalité. Le cadre de travail a été amélioré, avec végétalisation et climatisation, un bâtiment classé haute performance environnementale. »
Le départ de la directrice départementale
Dans le Vaucluse, un département où le taux de pauvreté flirte avec les 20%, où on gère par exemple 277 000 dossiers de surendettement par an, l’humain occupe une place à part. Christine Gord, la Directrice Départementale qui fera valoir ses droits à la retraite le 13 juillet, l’a toujours pris en compte depuis le début de sa carrière en 1984 à Lyon. Denis Beau a d’ailleurs salué « son exigence élevée mais juste, sa loyauté, son attention sincère portée aux autres, les hommes et les femmes qu’elle a embarqués avec elle. Elle incarne à elle seule tout le service public. Un très grand merci et le meilleur pour la suite. »
Émue avant de sécher quelques larmes et de prendre la parole, Christine Gord a alors cité la phrase de l’une de ses professeurs qui lui avait prédit : « & la Banque de France, tout est possible. Et c’est vrai, je l’ai vécu depuis mon premier poste à Lyon, puis à Toulon où on est passé du franc à l’euro, où il a fallu sécuriser les convois de nouveaux billets entre la Seyne-sur-Mer et La Garde. » Elle a alors évoqué sa famille : « Mon mari qui a retrouvé du travail, mes enfants qui se sont fait des copains aux clubs de foot et de voile. » Au gré des mutations, les déménagements ne sont pas toujours faciles pour les ados… À Troyes, puis à Marseille, au cœur du site historique de la Place Estrangin à deux pas de la Préfecture de Région, à Avignon une 1re fois, puis à Orléans à l’époque du Covid où elle a été confinée trois mois avec masque, loin de ses proches. « Quand j’ai pu rentrer à la maison en voiture, personne sur la route, pas un moteur, juste le son des oiseaux et la présence d’animaux sauvages à éviter sur la chaussée. »
De retour dans la Cité des Papes, elle participe aux Journées du Patrimoine en septembre, aux 8 mars et organise par exemple un débat sur la transmission des entreprises aux filles. Elle tisse des liens avec les Vauclusiens et elle compte bien rester ici à l’avenir, à s’engager dans le caritatif, comme à l’APESA, une association qui accompagne la prise en charge de la souffrance aigüe et psychique des patrons en plein burn-out.
« Au bout de 226 ans d’existence, la Banque de France reste ancrée dans le présent et tournée vers le futur. »
Thierry Suquet
Pour conclure la cérémonie, c’est le préfet qui a pris la parole. Thierry Suquet a souligne le côté « chaleureux » des liens tissés par Christine Gord. « Ensemble, nous avons ‘compagnonné’ dans la commission de surendettement, la lutte contre la vie chère, le prix des carburants. Nous avons travaillé main dans la main avec les acteurs économiques, les entreprises locales pour échanger nos indicateurs et donner de la visibilité aux investisseurs. Merci pour votre attachement au territoire, vous n’avez pas dématérialisé vos services. Au bout de 226 ans d’existence, la Banque de France reste ancrée dans le présent et tournée vers le futur. »
