Le départ de Thierry Francou de la tête du leader européen des poudres et explosifs basé à Sorgues sonne comme un désaveu pour l’Elysée qui venait de le reconduire dans ses fonctions. Il met surtout en lumière le rôle incontournable de Bercy.
L’annonce aussi hâtive qu’inattendue de son départ avait surpris tout le secteur de l’industrie hexagonale de la défense. Après 8 ans à la tête du groupe Eurenco, un communiqué nous apprenait fin septembre que Thierry Francou aller quitter, à sa demande, ses fonctions de PDG de l’entreprise spécialisée dans les poudres et les explosifs dont le siège social se situe à Sorgues depuis 2023. Commune vauclusienne où se trouve également l’un des principaux sites de production du groupe. Le PDG d’Eurenco devant officiellement abandonner son poste le 31 décembre prochain.
Coup de tonnerre dans la BITD hexagonale
Un véritable coup de tonnerre au sein de la BITD (Base industrielle et technologique de défense) française avec le départ de celui qui a été l’artisan du redressement du leader européen des explosifs.
A tel point que certains, vu la soudaineté de l’annonce, avaient même craint que ce soit un problème de santé qui ait pu éloigner son PDG de la direction d’Eurenco. Fort heureusement, il n’en serait rien puisque selon nos confrères de Challenges c’est un désaccord profond sur la stratégie et l’avenir du groupe qui en serait la cause.
Le patron vauclusien aurait été particulièrement exaspéré par les blocages de l’Agence des participations de l’État (APE) concernant ses projets de croissance et d’acquisitions. La goutte d’eau de trop ? Les ‘costumes slim’ de Bercy se seraient montrés extrêmement frileux à l’achat d’Explosia, une société en cours de privatisation en République tchèque.
Un CA multiplié par 3 et des effectifs doublés
Thierry Francou semble pourtant savoir ce qu’il fait. Depuis sa prise de fonction en 2019, Eurenco a multiplié par trois son chiffre d’affaires (570M€ en 2025). Sous son impulsion, les effectifs du groupe sont passés dans le même temps de 900 salariés à 1750 salariés aujourd’hui.
Entre 2025 et 2030, Eurenco visait un doublement de son chiffre d’affaires et un doublement de ses capacités industrielles d’ici 2027.
C’est également lui qui avait rapatrié en 2023, depuis Massy en région parisienne, le siège social du groupe en Vaucluse, juste en face du site industriel historique de Sorgues.
Entretemps, il a aussi supervisé les acquisitions des français Thiot Ingénierie et Manuco.
Il a également multiplié les accords de partenariat avec les acteurs de la défense européenne comme le géant français Thales, le suédois Saab, l’italien Beretta, le tchèque Sellier & Bellot ou bien encore les polonais Mesko et Polska Grupa Zbrojeniowa (PGZ)…
Objectif : investir en France et en Europe afin d’accroître les capacités de production, sécuriser les approvisionnements et répondre aux enjeux de souveraineté industrielle.
Localement, cet ancien élu de la mandature Gilbert Marcelli à la CCI de Vaucluse avait notamment soutenu la création du Campus Pyro, structure dédiée au développement de compétences pyrotechniques à l’aide de formations initiales et continues, au sein du Campus de la chambre consulaire. Il apparaît aussi dans le top 10 régional des leaders de l’innovation 2024 du journal Les Echos. Côté ressources humaines il a obtenu avec Marc Goussal, le Prix Coup de Cœur du jury 2025 du binôme DG-DRH Grand Sud.
Un camouflet pour l’Elysée, une victoire pour Bercy ?
Au final, sous sa présidence Eurenco visait 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2028 et 1,5 milliard en 2030. Au moment où l’usine de poudre et d’explosifs de Sorgues lance la production de munitions pour les drones, Thierry Francou claque donc la porte avec pertes et fracas alors qu’il quitte ses fonctions avec un carnet de commandes de 3 milliards d’euros, soit plus de 4 années d’activités.
Un véritable camouflet pour l’Elysée puisque son mandat venait à peine d’être reconduit par le Président de la République et son premier ministre en juillet dernier car l’Etat est 100% actionnaire d’Eurenco.
Et pour bien signifier que ce ne sont bel et bien pas des problèmes personnels qui ont initié son départ, Thierry Francou va prendre la tête, à partir du 1er janvier 2017, de Mecachrome, équipementier aéronautique basé à Blagnac près de Toulouse où il succèdera à Christian Cornille.
« Notre ambition sera d’accélérer le développement du Groupe. »
Thierry Francou, futur président de Mecachrome
« Je suis très heureux de rejoindre Mecachrome, groupe industriel de référence aux savoir-faire, aux talents et aux positions de marché remarquables, explique Thierry Francou. Dans un contexte marqué par les enjeux de souveraineté, de réindustrialisation et de montée en cadence, notre ambition sera d’accélérer le développement du groupe, notamment dans la défense et le spatial, tout en poursuivant l’excellence opérationnelle au service de nos clients. »
Pour Mecachrome, qui emploie 5 000 personnes sur 24 sites répartis dans 5 pays pour un chiffre d’affaires 2025 de 670M€, la nomination de Thierry Francou s’inscrit dans l’ambition du groupe « de consolider ses positions dans la mécanique de haute précision et les assemblages complexes tout en poursuivant l’excellence opérationnelle au service de ses clients ».
Outre la poursuite du développement des activités de Mecachrome dans l’aéronautique civile, Thierry Francou aura aussi pour mission d’accélérer la croissance du groupe dans la défense et le spatial. A 58 ans, son expérience de dirigeant industriel au sein d’ArianeGroup, Safran et désormais Eurenco, devrait lui être grandement utile pour atteindre ces objectifs.
Laurent Garcia


