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L’appel à bâtir de Daniel Léonard, président de la Fédé BTP de Vaucluse

Copyright Mireille Hurlin

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Malgré un premier mandat traversé par les crises politiques, géopolitiques et économiques, la Fédération du BTP de Vaucluse affiche la volonté de continuer à construire. Réunis, la semaine dernière, en assemblée générale, le président du syndicat Daniel Léonard alerte toutefois sur une conjoncture devenue critique. Logement en panne, investissements publics en recul, rénovation fragilisée, explosion des coûts : pour les entreprises, l’heure n’est plus au constat mais aux décisions.

Alors que le secteur connaissait l’une des périodes les plus difficiles de son histoire récente, la Fédération BTP84 a mené à bien la construction de son nouveau siège. Livré dans les délais et sans dépassement budgétaire, le bâtiment est devenu le fil conducteur du premier mandat de Daniel Léonard. « Nous voulions démontrer qu’il était possible d’investir malgré les crises », explique le président, réélu en 2025 pour un second mandat de trois ans. Un message, aussi, envoyé à tous : élus, collectivités territoriales et entreprises : ‘ne pas céder à l’attentisme lorsque la conjoncture se dégrade.’

De gauche à droite Jean-Max Diaz, trésorier ; Denis Mathelin président branche Travaux publics ; Philippe Ponzoni, président branche Gros oeuvre et Daniel Léonard président de la fédé BTP84 Copyright Mireille Hurlin

Une crise qui rappelle les années 1990
Entre 2022 et 2025, l’activité nationale du bâtiment a chuté de plus de 12%. Un recul d’une ampleur rarement observée depuis la grande crise immobilière des années 1990, période durant laquelle près de 300 000 emplois avaient disparu dans la profession. Aujourd’hui encore, la Fédération française du bâtiment estime que la reprise reste extrêmement fragile malgré quelques signaux d’amélioration pour 2026. En Vaucluse, les entreprises ont jusqu’à présent réussi à préserver l’essentiel de leurs effectifs et de leurs apprentis. Mais cette résistance repose sur des trésoreries de plus en plus tendues.

Les carnets de commandes se vident
Si les travaux publics ont bénéficié ces dernières années des grands chantiers du Département, notamment Bonpas ou la déviation d’Orange, les entreprises observent désormais un ralentissement marqué de la commande publique. Les élections municipales, les contraintes budgétaires des collectivités et les hésitations des investisseurs privés provoquent un trou d’air. « Les projets existent, mais ils restent dans les cartons », résume Daniel Léonard. Pour les entrepreneurs, chaque mois perdu fragilise davantage un tissu économique composé majoritairement de PME -Petites et moyennes entreprises- familiales implantées, souvent, depuis plusieurs générations.

Construire coûte toujours plus cher…
Jamais les entreprises n’ont autant subi la hausse de leurs coûts de production alors que les prix des marchés sont, eux, orientés à la baisse sous l’effet d’une concurrence accrue. Inflation des matériaux, renchérissement des carburants, surcoûts liés à la réglementation environnementale RE2020 (Réglementation environnementale), augmentation des salaires, écotaxe REP (Responsabilité élargie des producteurs) : les charges s’accumulent tandis que les marges se réduisent.

Copyright Fédé BTP 84

Les tensions internationales
Les tensions internationales -Ukraine, Gaza, Pakistan, Israël, Liban, Russie, Etats-Unis, Iran, Groënland – : aggravent encore la situation. Le conflit au Moyen-Orient, notamment autour du détroit d’Ormuz, continue d’alimenter les inquiétudes sur les prix du pétrole et du transport. Pour les travaux publics, la facture est particulièrement lourde : le bitume a connu des hausses spectaculaires, renchérissant fortement les coûts des chantiers routiers. 

… mais la France ne construit toujours pas assez
C’est l’un des grands paradoxes français. Pourtant, les besoins sont estimés autour de 450 000 logements par an, alors que la production oscille désormais entre 200 000 et 320 000 logements selon les années. La disparition du dispositif Pinel, les difficultés d’accès au crédit et l’incertitude permanente des politiques publiques ont fortement ralenti les programmes immobiliers.

Soutenir le dispositif Jeanbrun
La Fédération BTP84 soutient donc le nouveau dispositif Jeanbrun destiné à relancer l’investissement locatif, tout en demandant son extension à la maison individuelle afin de ne pas opposer habitat collectif et pavillonnaire. « Sans logements, c’est toute l’économie qui finit par se bloquer : salariés, étudiants, jeunes ménages ou personnes âgées peinent à se loger,» rappelle Daniel Léonard.

Chantier Batri Diaz à Cairanne Copyright Batri Diaz

La rénovation ne suffit plus
Longtemps présentée comme le moteur de demain, la rénovation traverse elle aussi une période d’instabilité. MaPrimeRénov’ modifiée à plusieurs reprises, la baisse du Fonds vert, la suppression de certains travaux aidés, l’évolution permanente des Certificats d’économie d’énergie : les entreprises dénoncent un manque total de visibilité.Nombre d’entre elles avaient pourtant investi, recruté et obtenu la qualification RGE (Reconnu garant de l’environnement) pour répondre aux objectifs de rénovation énergétique. Aujourd’hui, certaines filières spécialisées se retrouvent brutalement privées de marchés.

La REP, une taxe qui fait toujours grincer des dents
Autre sujet de crispation : la Responsabilité élargie du producteur (REP). Sur le principe, la profession ne remet pas en cause l’objectif de recycler davantage les déchets du bâtiment. Mais elle dénonce un dispositif qui prélève une écocontribution sans offrir les infrastructures promises. Les entreprises continuent ainsi de payer la taxe… tout en finançant elles-mêmes la gestion de leurs déchets. La Fédération réclame une refonte complète d’un système jugé « coûteux, complexe et inefficace ». 

Canicule : adapter plutôt qu’interdire
Les fortes chaleurs sont désormais devenues un enjeu majeur d’organisation du travail sur les chantiers. En Vaucluse, l’arrêté préfectoral autorisant exceptionnellement les chantiers entre 6 heures et 21 heures est accueilli favorablement. Mais la Fédération souhaite aller plus loin. Elle demande une harmonisation nationale des horaires décalés, la suppression des pénalités de retard lorsqu’un chantier est interrompu pour protéger les salariés, ainsi qu’une meilleure coordination avec les maîtres d’ouvrage. Par ailleurs, les entreprises vauclusiennes rappellent avoir largement anticipé ces épisodes climatiques : horaires avancés, distribution quotidienne d’eau, équipements rafraîchissants, vêtements adaptés et actions de prévention sont désormais devenus la norme.

Copyright Fédé BTP 84

« Il faut remettre les territoires en mouvement »
« 
Routes, réseaux d’eau, logements, écoles, bâtiments publics, infrastructures : repousser les investissements revient à créer une dette technique qui coûtera beaucoup plus cher demain, » rappelle Daniel Léonard. Maintenant que les nouvelles équipes municipales prennent leurs fonctions, la Fédération lance donc un appel aux élus. Le Vaucluse dispose d’entreprises expérimentées, d’artisans qualifiés, d’architectes, de bureaux d’études et de centres de formation reconnus. Encore faut-il leur donner des perspectives, notamment en termes d’emplois, d’apprentis, d’entreprises familiales et, plus largement, tout l’enjeu de l’attractivité d’un territoire tout entier.

Les trois priorités de BTP84
Elles sont de relancer durablement la construction de logements ; de préserver l’apprentissage et les compétences ; de maintenir les investissements publics dans les infrastructures et les réseaux.

Les chiffres 
450 000 logements nécessaires chaque année en France contre 200 000 à 320 000 produits ; 210 M€ d’investissements maintenus par le Conseil départemental de Vaucluse ; 12 500 salariés dans le BTP vauclusien ; Plus de 12 % de hausse moyenne des matériaux ces dernières années ; –12 % d’activité du bâtiment entre 2022 et 2025.
Mireille Hurlin

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