Muriel Le Rollier est une jeune couturière qui confectionne des vêtements pour hommes de qualité et faits pour durer. Au rebours de la fast-fashion, représentative dans tous ses excès de la société de consommation, la confection artisanale s’appuie sur un autre modèle, qui elle ne connaît pas vraiment la crise.
Avant de créer sa petite entreprise, Muriel Le Rollier était costumière d’opéra pour les plus grandes scènes françaises. En tant qu’intermittente du spectacle elle intervenait à Paris, Bordeaux, Nice ou Aix-en-Provence. Pour chacune de ses missions elle devait s’absenter plusieurs semaines. Cette organisation est vite devenue incompatible avec sa vie de jeune maman. Muriel décide, alors, en 2018, d’installer un atelier de confection artisanal à son domicile, à Cadenet. Elle s’oriente dans la création de vêtements pour hommes, une spécialité qu’elle avait développée quand elle était costumière de théâtre. « J’ai appris cette technique des tailleurs pour hommes, j’en ai conservé les gestes, même si les vêtements sont moins travaillés » explique-t-elle. Elle rejoint alors la CUC Factory, une boutique d’artisans installée à Cucuron. Ses productions y sont proposées : chemises, vestes, gilets, tabliers, caleçons… Très vite une deuxième boutique à Saint-Rémy-de-Provence et une troisième à Marseille référencent ses vêtements estampillés « Le Rollier ».

Il est important de noter que l’activité de Muriel s’est développée grâce aux boutiques physiques. Bien qu’elle dispose aujourd’hui d’un site internet, c’est le contact du client avec le produit dans les boutiques qui a été déterminent dans le lancement de son activité. C’est d’ailleurs par ce biais qu’elle réalise encore aujourd’hui l’essentiel de ses ventes. Comme quoi…
Un moyen sans doute de ne pas perdre le fil de sa vocation et son engagement
« Je ne souhaite pas lancer une marque et passer à un stade industriel ou encore sous-traiter une partie de mon travail » ajoute-t-elle. Muriel souhaite rester dans la confection artisanale locale. Elle fait tout de A à Z et chaque pièce est confectionnée à l’unité. C’est un choix. « Faire quelque chose avec ses mains, c’est donner du sens à ce que l’on fait … d’ailleurs je me pose toujours la question sur le sens de ce que je fais » affirme-t-elle. Un moyen sans doute de ne pas perdre le fil de sa vocation et son engagement. Autrefois, beaucoup de familles fabriquaient eux-mêmes leurs vêtements et il n’était pas rare de retrouver le même modèle sur toute une fratrie. Au fond, Muriel ne fait que poursuivre une pratique ancienne. « Je conserve en quelque sorte le savoir-faire » ajoute-t-elle.
Muriel travaille à flux tendu, tout ce qui est fabriqué est aussitôt exposé et vendu
Il faut à Muriel entre 2 et 4 heures pour fabriquer un vêtement. Elle utilise des matières première de qualité comme les cotons naturels ou le lin. Ce dernier reste la matière qu’elle préfère. Toutes les pièces sont découpées dans le sens du fil pour garantir une tenue et un assemblage de qualité. Tous les pièces de ses vêtements sont travaillées au fer-à-repasser avant assemblage pour le bon maintien de leurs formes. Muriel travaille à flux tendu, tout ce qui est fabriqué est aussitôt exposé et vendu. « Aujourd’hui j’ai un peu de mal à suivre, il faut fournir trois boutiques » reconnait-elle.

En fait, il s’agit là aussi d’une obsolescence programmée des vêtements…
Ces clients sont de deux natures : les trentenaires soucieux de porter des vêtements de qualité et durables, et les 50 ans et plus, qui aiment les beaux vêtements qu’on ne voit pas ailleurs. Les prix des vêtements confectionnés par Muriel sont évidemment plus chers que ceux proposés par les boutiques de fast fashion. Mais si on devait les comparer avec ceux des vêtements de grandes marques de mode masculine les prix sont quasi identiques. Il est important de préciser qu’aujourd’hui beaucoup de ces grandes marques de luxe n’utilisent plus uniquement, pour des questions de rentabilité, des fibres longues pour le tissage de leurs pièces, mais un mélange où la présence de fibres courtes crée des points de fragilité dans les vêtements. En fait, il s’agit là aussi d’une obsolescence programmée des vêtements…
Pour beaucoup de personnes le vêtement n’est pas anodin. C’est une forme de langage, un moyen d’afficher son appartenance à certaines corporations ou catégories sociales. Cela peut aussi être une façon d’afficher ses idées ou ses croyances. Avec les vêtements confectionnés par Muriel le message est clair : on joue la carte du local et du durable et en plus on est élégant. Qui dit mieux ?


