Dans le cadre d’une rencontre organisée par le Département de Vaucluse à la Cave de Lumières à Goult, Julie Demarigny a pu présenter son entreprises Agritech Provence, basée à Apt, à des viticulteurs locaux.
Après de nombreuses années passées dans le domaine de la tech aux États-Unis à travailler pour Warner Bros ou encore Union Bank, Julie Demarigny est revenue en France pour enseigner aux universités d’Aix-Marseille et d’Avignon, puis pour conseiller les entreprises souhaitant s’implanter en Provence-Alpes-Côtes d’Azur sur leur stratégie digitale, avant de fonder Agritech Provence.
Installée à Apt, l’entreprise permet, avec un drone équipé d’une caméra multispectrale et une intelligence artificielle, de détecter les foyers de maladies de la vigne. Une expertise que le Département de Vaucluse a souhaité mettre en avant le jeudi 22 octobre à la Cave de Lumières. « On a souhaité présenter et montrer la réalité de ce système qui peut et qui doit servir au monde agricole », a affirmé Christian Mounier, vice-président du Département en charge de la commission agriculture – eau – alimentation.
Une implantation qui fait sens sur un territoire agricole
« On a plaisir à dire que le Vaucluse est la terre d’agriculture de notre région », a ajouté Christian Mounier. L’activité agricole de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur génère 38 000 emplois équivalents temps plein et près de 3,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel. En Vaucluse, c’est un pilier économique majeur avec plus de 118 000 hectares de surface agricole dont près de 50 000 hectares pour la viticulture.
Il faisait donc sens pour Julie Demarigny d’implanter son entreprise dans la région en 2025. Cette année, Agritech Provence a vécu sa première saison aux côtés de neuf domaines viticoles et caves coopératives qui lui ont « ouvert » leurs vignes : Les Béates à Lambesc, le Domaine de Belambrée à Aix-en-Provence, le Château de Beaupré à Saint-Cannat, le Château La Canorgue à Bonnieux, le Château de Mille à Apt, le Domaine Les Vadons à Cucuron, la Cave de Lumières à Goult, le Château de Beaulieu à Orange et la cave Louérion à Cucuron. « Je tiens à remercier tous les viticulteurs qui m’ont accueillie avec plein de générosité pendant les six mois de cette campagne de détection », a déclaré la cheffe d’entreprise.
Un procédé pour détecter les maladies de la vigne
Ainsi, pendant cette saison, Julie a fait voler son drone au-dessus des vignobles permettant le comptage de ceps manquants, mais aussi de détecter trois maladies de la vigne : le mildiou, l’oïdium, et la flavescence dorée. « Je ne peux pas faire grand chose en matière de baisse de consommation et de contraintes administratives, mais je peux faire gagner du temps et de l’argent aux viticulteurs en prévenant les maladies », a-t-elle expliqué.
Pour ce faire, c’est un travail en neuf étapes qu’effectue Agritech Provence :
- Cartographier chaque parcelle
- Planifier les différents vols
- Demander les autorisations de vol
- Survoler chaque parcelle une fois par mois (aux mêmes heures et à la même hauteur)
- Reconstituer chaque parcelle avec les différentes images obtenues
- Mesurer la lumière que renvoie la vigne pour observer la quantité de feuillage et la chlorophylle
- Apprendre vol après vol grâce aux données amassées
- Produire une carte de foyers
- Vérifier au sol, cep par cep
L’alliance entre un drone et une intelligence artificielle
Les viticulteurs et invités présents lors de cette présentation ont pu assister à une démonstration sur une petite parcelle près de la Cave de Lumières. Julie Demarigny a démarré son drone qui, grâce à une cartographie préalable, a survolé l’entièreté de la parcelle en autonomie en une vingtaine de minutes. Sur sa télécommande, l’entrepreneuse a pu vérifier l’avancée du drone qui a pris des photos de la parcelle tout au long du vol.
« Le drone ne remplace pas la prospection. Il dit où aller pour gagner du temps. »
Julie Demarigny.
En 2026, ce sont 27 000 données qui ont été collectées par l’entreprise et qui lui seront utiles pour les prochaines saisons. Ce procédé est possible grâce à un drone de la marque DJI doté d’une caméra multispectrale. L’intelligence artificielle, quant à elle, est alimentée grâce aux données recueillies. « Plus on a de données, plus ça va être précis et on va pouvoir détecter et traiter au plus tôt », a affirmé Julie Demarigny qui travaille aussi avec les étudiants de l’Institut Agro Dijon et de Polytech Lyon pour la recherche et le développement.
Une entreprise récompensée en 2026
Le travail d’Agritech Provence porte ses fruits puisqu’elle a déjà pu détecter du mildiou sur une parcelle de Marsanne et de la flavescence dorée sur une parcelle de Marselan. Julie Demarigny compte bien continuer de travailler main dans la main avec les viticulteurs et amener Agritech Provence plus loin. « À terme, l’objectif serait de pouvoir détecter la maladie avant même qu’elle ne se développe, a-t-elle conclu. L’autre objectif serait d’obtenir une autorisation pour traiter les parcelles par drone, qui est beaucoup plus précis que l’hélicoptère, mais ce n’est aujourd’hui qu’autorisé sur les zones avec des pentes de 20%. »
L’entreprise a cette année été mise en lumière en étant désignée lauréate vauclusienne du concours 101 Femmes Entrepreneures, organisé par Bpifrance à l’initiative du Ministère chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes, qui a pour objectif de valoriser la diversité des parcours, encourager l’entrepreneuriat féminin et inspirer de nouvelles vocations.
