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À Rochefort-du-Gard, un geste symbolique pour faire entendre la colère agricole

Le drapeau européen a été retiré du fronton de la mairie de Rochefort du Gard Copyright Ville de Rochefort du Gard

Dans le contexte de la mobilisation nationale du monde agricole, la commune de Rochefort-du-Gard a choisi un acte fort et volontairement symbolique : le retrait temporaire du drapeau européen du fronton de l’hôtel de ville. Une décision assumée par le maire, Rémy Bachevalier, pour relayer les inquiétudes des agriculteurs, en particulier autour de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur.

À l’instar de plusieurs communes du territoire, Rochefort-du-Gard a procédé au retrait provisoire du drapeau européen hissé devant la mairie. Une initiative voulue comme un acte de soutien au monde agricole, durement mobilisé depuis plusieurs semaines face à la dégradation de ses conditions économiques.

Un signal politique, sans rupture institutionnelle
La municipalité insiste sur le caractère strictement symbolique et temporaire de cette décision, qui ne remet ni en cause l’appartenance de la France à l’Union européenne ni les valeurs européennes portées par la commune. Il s’agit avant tout d’un outil d’interpellation, destiné à faire remonter les préoccupations locales dans un débat perçu comme trop éloigné du terrain.

Le Mercosur, cristallisation des tensions agricoles
Au cœur des revendications figure l’accord de libre-échange négocié entre l’Union européenne et le Mercosur, un marché commun regroupant notamment le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay. Pour de nombreux agriculteurs français, cet accord incarne les déséquilibres d’une mondialisation jugée défavorable aux productions européennes.

La concurrence des produits importés
Les organisations agricoles dénoncent une concurrence accrue de produits importés : viande bovine, volaille, sucre ou soja, issus de pays soumis à des normes sanitaires, environnementales et sociales souvent moins exigeantes que celles imposées aux exploitants européens. Une situation vécue comme une distorsion de concurrence, dans un contexte déjà marqué par la hausse des coûts de production et la pression sur les prix agricoles.

Rémy Bachevalier Copyright MMH

Un malaise agricole qui dépasse le cadre local
Si le geste de Rochefort-du-Gard est symbolique, il s’inscrit dans un mouvement plus large de remise en question du modèle agricole européen. Les agriculteurs pointent un écart croissant entre les objectifs affichés, transition écologique, souveraineté alimentaire, et les accords commerciaux internationaux, perçus comme contradictoires avec ces ambitions.

De la cohérence des politiques commerciales
Pour les élus locaux, cette mobilisation traduit un malaise profond : celui d’un monde agricole qui peine à vivre de son travail et demande une cohérence accrue entre politiques commerciales, exigences environnementales et rémunération des producteurs.

Zoom sur le Mercosur
Le Mercosur (Marché commun du Sud) est un bloc économique sud-américain créé en 1991. L’accord de libre-échange avec l’Union européenne, négocié depuis plus de 20 ans, vise à faciliter les échanges entre les deux zones en réduisant droits de douane et barrières commerciales.

Le danger des denrées à bas coût
S’il promet des débouchés pour certaines industries européennes, il suscite de vives oppositions dans le secteur agricole, qui redoute l’arrivée massive de produits à bas coût ne respectant pas les mêmes normes que celles en vigueur en Europe. En France, le débat reste ouvert et l’accord n’a, à ce stade, pas été ratifié.

Un geste local pour une question européenne
En retirant temporairement le drapeau européen, la commune de Rochefort-du-Gard a voulu donner une visibilité concrète à une inquiétude largement partagée dans les campagnes. Un geste mesuré, destiné à rappeler que derrière les accords commerciaux se jouent des enjeux humains, économiques et territoriaux majeurs, bien au-delà des seuls chiffres du commerce international.
Mireille Hurlin

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