10 mars 2026 | Agriculture : le cri d’alarme de Lucien Stanzione pour le Vaucluse

Ecrit par Mireille Hurlin le 10 mars 2026

Agriculture : le cri d’alarme de Lucien Stanzione pour le Vaucluse

Au Sénat, le sénateur Lucien Stanzione a alerté sur la fragilité croissante du modèle agricole méditerranéen. Entre dérèglement climatique, concurrence européenne et retrait progressif de certains pesticides, les producteurs de fruits et légumes se retrouvent pris entre urgence économique et temps long de la recherche. Un défi stratégique qui pose la question des moyens accordés à l’innovation agricole.

Au cœur des débats sur la crise agricole française, la voix du Vaucluse s’est récemment fait entendre au Sénat. Le sénateur Lucien Stanzione y a défendu un modèle agricole souvent discret dans les grandes politiques publiques : celui du Sud-Est méditerranéen, fait d’exploitations familiales de petite taille, spécialisées dans les fruits et légumes tels que la cerise, fraise ou pomme, et historiquement tournées vers les circuits de négoce.

Un modèle économique vulnérable
Ce modèle, qui a longtemps prospéré sans dépendre fortement des aides de la Politique agricole commune, apparaît aujourd’hui particulièrement vulnérable. Les aléas climatiques à répétition, la pression sanitaire sur les cultures et les fluctuations économiques fragilisent des exploitations déjà étroites dans leurs marges. À cela s’ajoute un autre facteur, moins visible mais tout aussi déterminant : l’écart croissant entre le rythme de la recherche scientifique et l’urgence économique à laquelle sont confrontés les producteurs.

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La réglementation européenne
L’agriculture française traverse une mutation profonde. Sous l’effet des réglementations européennes et des attentes environnementales, de nombreuses substances phytosanitaires sont progressivement retirées du marché. Or, sur les quelque 290 substances actives utilisées aujourd’hui, près de 75 pourraient perdre leur autorisation dans les prochaines années, obligeant les filières à trouver rapidement des solutions alternatives pour protéger les cultures.

Le temps long de la recherche
La recherche travaille précisément à ces alternatives. Les solutions de biocontrôle -utilisant des organismes vivants, des mécanismes naturels ou des substances d’origine biologique pour lutter contre les ravageurs- apparaissent comme l’une des pistes les plus prometteuses. Ces travaux sont notamment soutenus par le plan stratégique Parsada, conçu pour anticiper le retrait des pesticides et financer des projets scientifiques sur trois à cinq ans. Mais entre la promesse scientifique et l’application concrète dans les champs, le temps reste long. Les premières solutions opérationnelles ne devraient être pleinement déployées que dans plusieurs années. Pour les producteurs, confrontés à la pression des marchés et aux pertes de récoltes, ce décalage constitue un véritable gouffre.

L’impasse technique des alternatives
C’est précisément ce hiatus que le sénateur du Vaucluse a mis en lumière. Selon lui, l’enjeu consiste à « faire gagner quelques années » aux agriculteurs, afin d’éviter que la disparition de certains outils phytosanitaires ne laisse les filières dans une impasse technique. Une transition qui suppose, insiste-t-il, un soutien massif et durable à la recherche. Or les arbitrages budgétaires interrogent. Le plan Parsada, qui mobilisait environ 146M€ en 2024 pour financer des projets d’innovation et de recherche appliquée, repose aujourd’hui sur des appels à projets plus restreints, dans un contexte de contraintes financières.

Manifestation des agriculteurs en décembre 2025 Cours Jean Jaurès Avignon Copyright MMH

Le changement climatique
Les exploitations fruitières et maraîchères, très présentes dans les régions méditerranéennes, sont parmi les plus exposées aux changements climatiques, aux nouvelles maladies des plantes et aux restrictions sur les produits phytosanitaires. La transition vers une agriculture moins dépendante des intrants chimiques est largement partagée comme objectif. Mais elle suppose un triptyque difficile à équilibrer : innovation scientifique, viabilité économique des exploitations et sécurité alimentaire. Pour les territoires agricoles du Sud-Est, l’équation est particulièrement sensible. Sans investissements suffisants dans la recherche et les solutions de terrain tels que les filets de protection, le biocontrôle, les nouvelles variétés ou techniques culturales, la transition pourrait fragiliser durablement des filières déjà sous tension. Derrière le débat technique se profile ainsi une question politique majeure : comment accompagner la transformation écologique de l’agriculture sans sacrifier ceux qui la font vivre au quotidien.
Mireille Hurlin

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