Evidemment, ici comme ailleurs, la cocotte minute bout après un été de canicule, de mégafeux, de sollicitations toujours plus fréquentes et plus intenses… Malgré leurs qualités, dévouement, courage, abnégation, disponibilité, engagement, les 528 pompiers professionnels et les 1 900 volontaires des 47 casernes du SDIS 84 (sans oublier les 136 agents techniques et administratifs) souffrent, eux aussi. Subissent fatigue, stress, lassitude, usure, désarroi voire parfois découragement.
Si l’aide aux personnes représente en moyenne 81% de leur activité et les incendies 7%, depuis le 1er juin, ils sont intervenus 506 fois pour des feux d’espaces naturels (+9,1% par rapport à 2025). « À ce jour, 113 hectares — contre 65 ha l’an dernier — sont partis en cendres mais 99% des flammes ont été stoppés avant de parcourir 5 hectares, précise le Colonel Christophe Paichoux, directeur du SDIS 84 depuis presque 3 ans. Pour le feu à Sorgues du 23 juillet dernier, nous avons engagé 250 hommes, l’hélicoptère bombardier d’eau loué par le Conseil Départemental de Vaucluse (qui a effectué 269 largages en juillet-août) et des Canadair et des Dasch. Cela nous a permis de préserver les habitations, les zones d’entreprises et les sites classés Seveso. »
En tout, 2 358 sapeurs-pompiers vauclusiens ont été mobilisés sur le terrain, nombre d’entre eux sont allés appuyer leurs homologues pour des feux qui ont marqué cet été suffocant, que ce soit à Fontainebleau, dans le Var, le Gard, les Landes, l’Hérault, en Gironde, en Corse, en Lozère, dans la Drôme où la chaleur du soleil s’ajoutait à celle des brasiers. D’autres sont également partis renforcer le commandement dans les Hautes-Alpes ou les Pyrénées Orientales.
« Nos sapeurs-pompiers sont plus motivés que jamais. »
Colonel Christophe Paichoux
« Toutes ces interventions ont montré que nos sapeurs-pompiers sont plus motivés que jamais. Ils ont prouvé leur engagement maximal malgré une mise à l’épreuve intense, de plus en plus de sollicitations à une fréquence croissante », explique le commandant du SDIS 84. Une intervention toutes les 10′, 50 000 par an.
Et l’été n’est pas fini avec la menace de la fameuse « Règle des trois 30 » pour évaluer les risques de départ et de propagation des feux. Quand la température est supérieure à 30°, les rafales de vent à plus de 30km/h et le taux d’humidité de l’air à -30%… Or c’est ce justement ce que prévoit la météo en ce début septembre.
Des moyens insuffisants
La reconnaissance de la population envers nos valeureux soldats du feu, heureusement est de mise face à l’ampleur des risques physiques et psychologiques qu’ils courent. Mais les moyens en hommes et matériels sont devenus insuffisants face au changement climatique qui s’accentue au fil des ans. Une grande réforme nationale de la Sécurité Civile s’impose pour lutter à armes égales. Sous la décennie Macron, pas moins d’une demi-douzaine de ministres de l’Intérieur se sont succédés à Beauvau, Gérard Collomb, Edouard Philippe qui a assuré l’interim le temps qu’on déniche Castaner, puis Darmanin, Retailleau et aujourd’hui Laurent Nunez. Une instabilité qui ne favorise pas une réforme de fond pourtant indispensable.
Aujourd’hui ce sont les communes et les conseils départementaux qui financent les pompiers, les casernes, les camions-citernes, les fourgons-pompes, les véhicules de soutien sanitaire, le matériel hydraulique de désincarcération qui sauve des vies. Mais comme les collectivités locales voient leur dotation figée avec l’endettement du pays, elles ne peuvent pas tout payer. Du coup, certains se demandent si on ne pourrait pas trouver d’autres sources de financements. Le Colonel Paichoux évoque le secours urgence à personne. « Chaque année, nous transportons vers l’hôpital 6 000 personnes blessées à la place d’ambulances privées, on nous paie 200€ par intervention alors que le coût réel est de 600€, le Ministère de la Santé pourrait nous aider. » Autre dépense subie par le SDIS 84, « pour cotiser à la Caisse de Retraite des collectivités locales, la facture s’est élevée en 4 ans à 6M€ sur 70M€ de financement, c’est beaucoup », précise-t-il.
« Depuis les feux qui ont ému le monde entier cet été, nombre de jeunes se sont manifestés pour s’engager. »
Colonel Christophe Paichoux
Il insiste sur le modèle d’engagement viscéral des pompiers. « Ils sont acteurs de la sécurité pour tous, ils sont solidaires envers leurs concitoyens, ils leur viennent en aide nuit et jour. C’est un modèle de don de soi viable, admirable, qui a fait ses preuves depuis longtemps. D’ailleurs depuis les feux qui ont ému le monde entier cet été, nombre de jeunes se sont manifestés par internet pour s’engager, pour donner de leur temps, pour être recrutés, leur nombre a doublé, c’est bon signe ». Il faut quand même savoir qu’en intervention un pompier volontaire de base touche 8€. Et quand il est d’astreinte, 80 centimes/h ».
Un préavis de grève a été lancé par l’intersyndicale à partir du 8 septembre prochain, lors de la présentation du texte de modernisation de la Sécurité Civile jusqu’au 20 octobre, jour de vote de la première partie du budget.
Les soldats du feu, souvent usés par les entrainements et l’exercice de leur métier, qui côtoient régulièrement la mort, qui sont parfois victimes de maladies professionnelles, qui inhalent gaz et fumées toxiques, ne demandent qu’une chose, exercer leur engagement de manière plus sereine. Le département de Vaucluse avec Thierry Lagneau, en charge du SDIS 84 est depuis longtemps sensibilisé à leurs problèmes. Il a été pionnier en la matière pour le nettoyage immédiat des tenues de retour des feux et pour les stocker loin des espaces de vie. Et pour ceux qui ont déploré les températures caniculaires relevées dans certains CSP en juillet… Qu’ils soient rassurés : dès l’an prochain, des chambres climatisées sont prévues pour les soldats de garde. D’ores et déjà, d’ailleurs, chacune des 47 casernes de Vaucluse est équipée d’un espace de vie à l’abri des 30° pour le personnel.
N’oublions pas que malgré les milliers d’hectares dévastés par les flammes cet été, malgré les maisons, les commerces et les campings rayés de la carte, on n’a dénombré aucun mort, sauf chez les sapeurs-pompiers. « Sauver ou périr », disait un slogan. Merci à tous ceux qui veillent sur nous et nous protègent au péril de leur vie.
