Alors que l’assemblée départementale va élire son nouveau président suite au départ de Dominique Santoni devenue sénatrice, Anthony Zilio, maire de Bollène, vient de se déclarer officiellement candidat. Avec un mot d’ordre rassembler le Vaucluse afin d’éviter le ‘mur’ du RN en 2028.
« Lundi 2 novembre, à 9h30, je serai candidat à la présidence du conseil départemental de Vaucluse », vient d’annoncer Anthony Zilio, conseiller départemental du canton de Bollène depuis 2021.
« Cette candidature n’a pour seul but que de rassembler le Vaucluse », poursuit celui qui est aussi maire de Bollène depuis 2020 et qui regrette le ‘timing’ de cette élection.
En effet, en remportant fin septembre les dernières élections sénatoriales en Vaucluse aux côtés du LR Jean-Baptiste Blanc, Dominique Santoni, la présidente actuelle du Conseil départemental, a été obligée d’abandonner sa fonction en raison de la loi sur le non-cumul des mandats même si elle reste conseillère départementale.
En conséquence, l’assemblée départementale va donc se doter d’un nouveau président alors que le calendrier électoral national ne prévoyait une élection qu’en mars 2028. Ce lundi, le Conseil départemental va donc élire celui ou celle qui va le diriger pour une quinzaine de mois seulement.
« Si la présidente était restée jusqu’en 2028, il n’y aurait pas eu de sujet »
L’effet domino des sénatoriales
« Ma candidature s’inscrit dans un calendrier qui n’est pas celui que les élections départementales prévoient, regrette Anthony Zilio. C’est un calendrier qui a été imposé par les choix de la présidente au regard des élections sénatoriales. Si elle ne s’était pas présentée à cette élection, la question ne se serait pas posée et nous serions allés jusqu’en 2028. Mais aujourd’hui, une nouvelle page s’ouvre puisque Dominque Santoni a choisi le Palais du Luxembourg. Il n’y a donc aucune préméditation de ma part et ce n’est pas, non plus, le fruit d’une ambition personnelle. Ce sont bien ces enjeux électoraux et sénatoriaux qui viennent mettre cette élection à l’agenda des conseillers départementaux. Si la présidente était restée jusqu’en 2028, il n’y aurait pas eu de sujet », martèle-t-il.
« Nous devons nous appuyer sur ce qui a été réalisé par Dominique Santoni. »
Pour autant, le maire de Bollène salue le bilan de Dominique Santoni : « En 2021, lorsque j’ai choisi de rejoindre Dominique Santoni, je l’ai fait parce que je croyais sincèrement à son projet pour le Vaucluse. Je ne le regrette pas une seule seconde. Je n’ai jamais cherché à obtenir une fonction et j’ai d’ailleurs refusé plusieurs fois des vice-présidences. Je veux ici saluer ce qu’a accompli la présidente durant son mandat. Ce travail l’honore. Son bilan est positif et j’ai voté tous ses budgets. Je considère que nous devons nous appuyer sur ce qui a été réalisé par Dominique Santoni. »
Puisque cette dernière semble avoir adoubé, Christian Mounier, l’un de ses vice-présidents actuels, pourquoi alors ne pas s’inscrire dans cette continuité, au moins jusqu’aux prochaines échéances départementales de 2028 ? Pourquoi ce qui serait vrai avec Dominique Santoni, ne le serait pas avec son éventuel successeur ?
« Nous ne sommes pas dans l’adhésion à une sensibilité politique, justifie le maire de Bollène. Nous sommes dans l’adhésion à un projet conduit par une personne. Par ailleurs, je sens que nous allons vers une certaine forme d’immobilisme. Moi, je veux m’inscrire dans une continuités, pas dans l’immobilisme. Et puis, une politique doit être incarné. Dominique Santoni a voulu être présidente et elle a bien joué son rôle. Je ne suis pas certain que son potentiel successeur, non-encore déclaré à ce jour, le veuille véritablement. Aujourd’hui, il faut quelqu’un pour incarner cette collectivité comme d’autres le font à Avignon et au Grand Avignon. »
Une allusion à peine voilé à l’élection d’Olivier Galzi à la tête de ces deux collectivités. « C’est vrai qu’il y a un alignement des planètes », reconnaît Anthony Zilio qui « veut arrêter de tout politiser et qu’il n’y a pas besoin de mettre une étiquette politique pour une action ».
Evoquant même « le bon sens » si chère au nouveau maire d’Avignon, il n’hésite pas à mettre en avant la cité des papes, et son rayonnement culturel tout particulièrement, dans sa lettre de déclaration de candidature en appelant un renforcement « entre Avignon et l’ensemble de nos territoires ruraux ».
« Le bon sens, je le porte sans étiquette depuis 12 ans, ni avec une clef de 13, ni depuis 6 mois. »
« Le bon sens n’appartient à personne. Moi, le bon sens, je le porte sans étiquette depuis 12 ans, ni avec une clef de 13, ni depuis 6 mois. Je le porte au quotidien, sans faire de vagues, , tempère-t-il aussi sec afin de se démarquer d’Olivier Galzi. Mais effectivement, je discute avec tout le monde, avec d’anciens présidents du département, avec des maires qui n’ont pas les mêmes sensibilités que moi… C’est n’est pas parce que vous discutez avec quelqu’un que vous êtes d’accord. Pour la première fois depuis 12 ans J’ai rencontré le nouveau maire d’Orange (ndlr : le RN Jean-Dominique Artaud). Il a été élu démocratiquement. Nous avons convenu qu’il y avait des choses à faire sur le tourisme dans le Nord-Vaucluse. »
Un appel à une majorité stable
« Je crois profondément que cette nouvelle page peut s’écrire autrement, avec davantage de dialogue et de transversalité. Autour d’une majorité composée d’élus qui ne pensent pas nécessairement la même chose sur tous les sujets, mais qui partagent une même volonté, celle de défendre le Vaucluse. Le contexte actuel de notre pays ne nous permet pas de nous diviser. Nos concitoyens nous demandent simplement de trouver des réponses. Les étiquettes politiques ne changent rien à la difficulté des habitants. Et c’est cet état d’esprit que je souhaite porter à la tête du département. Cette incarnation doit se mettre au service de l’attractivité de nos territoires. Accélérer son développement économique, créer de la richesse et de l’emploi, porter des ambitions… A Bollène, nous avons su le faire avec la municipalité et l’intercommunalité. Nous avons multiplié par deux et demi l’investissement depuis que nous sommes arrivés, tout en diminuant de 6M€ la dette. C’est donc possible de désendetter des collectivités tout en renforçant l’investissement. »
Du siège de maire à celui de président du Département
En cas de victoire à la présidence du Conseil départemental de Vaucluse, Anthony Zilio devra abandonner son siège de maire de Bollène en raison de la législation sur le non-cumul des mandats. En revanche, il pourra rester conseiller municipal comme il le souhaite.
« Je n’ai pas vocation à quitter Bollène où je serai toujours très actif au conseil municipal. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui, j’ai tout à perdre en présentant ma candidature. Il y a 6 mois, j’ai été élu maire au 1er tour avec près de 53% des voix », reconnaît celui qui pourrait effectivement se contenter de son fauteuil de maire jusqu’en 2032 plutôt que de prendre le risque de perdre une éventuelle présidence du Département en 2028.
« Cette candidature ne m’arrachera pas à cette ville que j’aime passionnément, mais je ne suis pas certain que les Bollénois comprennent ma démarche. Je le fais pourtant dans l’intérêt supérieur du département afin de sauver l’essentiel. Cela ne peut durer que 15 mois, mais si en 2028 nous sommes capables de conserver le département de Vaucluse dans l’arc républicain, alors nous aurons réussi notre mission. »
Une méthode qu’il entend dupliquer désormais à l’échelle départementale. « Au sein de ma municipalité, je suis à la tête d’une majorité de gens qui sont à la fois LR, PS, Renaissance… J’ai toutes les sensibilités dans ma majorité. Cela se passe très bien et c’est ce fonctionnement, à l’image des intercommunalités, que je veux mettre en place avec des vice-présidents, de droite comme de gauche, capablent de dépasser les appartenances politiques pour travailler dans l’intérêt des Vauclusiens. »
Le tout en mettant particulièrement l’accent sur 6 axes prioritaires qu’il a décliné dans un courrier aux conseillers départementaux à qui il demande leur soutien. Ces thèmes que porte le candidat du Haut-Vaucluse concernent ainsi la santé et l’accès aux soins, la sécurité, les solidarités et la protection de l’enfance, l’accès à la culture et la défense de l’identité provençale, la préservation de l’agriculture et de la ruralité ainsi que le renforcement de l’accompagnement des communes.
« C’est quand cela va mal qui faut accompagner les politiques publiques en renforçant l’investissement. »
Augmenter l’aide aux communes
Sur ce dernier point, Anthony Zilio insiste : « Dans un contexte de contraintes budgétaires toujours plus importantes et de désengagement constant de l’État, le département doit devenir plus que jamais un partenaire essentiel pour les communes, particulièrement pour les plus petites et les plus rurales. Il doit renforcer les aides octroyées pour réaliser les équipements et les projets indispensables à la vie quotidienne. »
Actuellement, le montant de cet accompagnement s’élève à 28M€ par an. Il souhaite augmenter cette aide à 30M€ pour commencer.
« Aujourd’hui, le département de Vaucluse se porte bien financièrement. Mais à quoi bon thésauriser ? A l’heure où l’Etat se désengage financièrement partout, il faut augmenter la contribution du département à l’aide des communes pour développer les territoires. Nous devons renforcer les aides octroyées pour réaliser les équipements et les projets indispensables à la vie quotidienne. Le Département doit intervenir partout où on aura des difficultés dans nos communes, je pense notamment à la question de l’assainissement, je pense à la question de l’eau, je pense à la question des rivières. Sans ça, nos villes vont ressembler à des chambres d’enregistrement qui vont gérer les cimetières et les états-civils. C’est quand cela va mal qui faut accompagner les politiques publiques en renforçant l’investissement car on fait avant tout de la politique pour les habitants qui vivent sur notre territoire. Il faut rendre beaucoup plus humaine les politiques publiques que nous menons. »
« Je ne suis pas le favori et je n’ai pas la prétention de l’être. »
Défendre l’arc républicain
Anthony Zilio en appelle également à tous ceux « qui défendent les valeurs de la République et qui peuvent travailler ensemble. L’avenir du département se noircit. En 2028, il faut avoir conscience que l’extrême droite peut remporter au moins 5 cantons supplémentaires dans le Vaucluse. A Apt, Cavaillon, Pernes-les-Fontaines, Valréas et Vaison-la-Romaine… le mur se rapproche à grande vitesse. Si ces territoires basculent, alors nous n’aurons plus de questions à nous poser pendant très longtemps sur le département de Vaucluse. C’est ça l’enjeu et c’est pour cela que je dis à mes collègues ‘Réveillez-vous !’ »
Et le maire de Bollène de rappeler qu’il est un des rares maires à avoir a chassé l’extrême droite d’une ville dans laquelle elle était bien enracinée.
« Ce qui se passe au niveau national avec la montée des extrêmes montre qu’il faut arrêter de tout politiser. Nos concitoyens ne nous demandent pas de quelle famille politique vient une solution. On doit faire les choses parce qu’elles doivent être faîtes. Dans l’intérêt du territoire. Et j’insiste là-dessus, parce que c’est la méthode que j’ai mis en place dans tous mes mandats, celle de rassembler. Je ne suis là, ni pour plaire à un parti, ni par dogmatisme. Je suis là pour apporter des réponses et redonner du sens à l’action publique. Je pense que l’intérêt du Vaucluse passe au-dessus des considérations partisanes. Je ne suis pas le favori et je n’ai pas la prétention de l’être. Par contre, j’ai la volonté de changer l’état d’esprit de cette élection départementale. Je dis simplement que je souhaite fédérer et rassembler, inlassablement rassembler. »
Laurent Garcia
Décryptage d’une élection : la preuve par 13
Jusqu’alors Dominique Santoni, la présidente sortante, disposait d’une majorité relative au sein de l’assemblé départementale constituée de 34 élus. En effet, cette dernière s’appuyait sur un socle de 12 conseillers départementaux issus des rangs de la droite ‘classique’. Face à elle, 12 élus de gauche ainsi qu’Anthony Zilio et Christine Lanthelme, son binôme du canton de Bollène.
« Nous sommes des élus indépendants, rappelle celui qui vient d’annoncer sa candidature. Nous sommes le seul groupe non inscrit à l’assemblée départementale et nous y sommes très attachés. » En 2021, c’est le ralliement du duo qui avait permis à Dominique Santoni d’être élu. Au grand dam des élus de gauche qui avait alors crié à la trahison, puisqu’Anthony Zilio est un ancien socialiste classé divers gauche aujourd’hui.
« Parmi ceux qui m’ont alors accusé il n’y en a un qui a été député ‘En marche’ (ndlr : Jean-François Lovisolo). Tout est possible et je ne lui en ai jamais voulu. » Pas sûr que la réciproque soit vraie…
« Globalement, ces 5 années se sont bien passées, assure pourtant le maire de Bollène sur un ton rassembleur. Bien sûr, il y a eu quelques abstentions mouchetées mais dans l’ensemble cela s’est bien passé collectivement. Je crois qu’il existe dans notre département des personnes, des élus, des candidats qui, au-delà des sensibilités politiques, veulent porter un projet, travailler ensemble, assurer une majorité stable. »
Si à droite la candidature de Christian Mounier semble définitivement acquise, la gauche aurait pu miser sur Max Raspail, le doyen de l’assemblée. Un atout pour le maire de Blauvac qui, au bénéfice de l’âge (77 ans), aurait pu l’emporter en cas d’égalité dans ce scrutin qui s’annonce particulièrement serré. « J’ai demandé à Max Raspail s’il voulait être président du département, il m’a répondu non, assure Anthony Zilio. Alors je lui ai dit que je serai candidat, sinon je n’y serais pas allé. »
En attendant, la gauche pourrait envoyer la socialiste Sophie Rigaut afin d’être représentée lors de cette élection où la victoire pourrait se gagner avec seulement 13 voix.
De son côté, avec 4 cantons, l’extrême droite vauclusienne et ses 8 élus solidement implantée dans l’hémicycle départemental (7 RN ainsi qu’un conseiller Ligue du Sud) pourrait se positionner en faiseur de roi. Au final, elle devrait se contenter de jouer les observateurs en attendant 2028 dans les starting-blocks où elle espère ravir le département. Comme en 2021, elle ne devrait même pas présenter de candidat.
