Du sol à l’assiette, de la fourche à la fourchette, l’alimentation est au coeur des préoccupations face aux aléas climatiques, à la transition écologique, au développement durable et à la survie des paysans.
Sur le site Agroparc de l’Isara-Isema, Christian Couturier, un ingénieur toulousain qui a créé le pôle « Solagro » une association qui soutient les agriculteurs, insiste sur la nécessaire évolution des pratiques en matière d’environnement, de gestion des ressources, d’économie solidaire. « Ce que nous mangeons a un impact sur notre santé, nous devons réduire pesticides et effets de serre par 4 », martèle-t-il, « Cela préservera la biodiversité, la ressource en eau, la fertilité des sols, tout en équilibrant nos besoins en alimentation ».
Avec « Afterres« , il a aussi initié une démarche pour que l’agriculture et la forêt à cet horizon 2050 nourrissent 71 millions de Françai, mais aussi les cheptels de bétail et de volailles sans affecter la biodiversité. « Avec plus d’agriculture bio, nous devons aussi consommer davantage de fruits et légumes, moins de viande, de sucre et de lait. Faire tourner les productions céréales, fruitiers, réduire l’élevage extensif au bénéfice de l’agropastoralisme, agrandir les surface en haies, prairies, bocages, couvert végétal, bandes enherbées entre les cultures, zones humides et enfin, favoriser la production de biomasse à destination de la chimie verte ».
Il est revenu sur la série d’épisodes caniculaires de cet été qui n’est pas encore fini : » Dans les Pyrénées, des éleveurs ont été douloureusement impactés par ces températures de plus de 40°, leurs bêtes aussi qui n’avaient plus que de l’herbe sèche à disposition, certaines n’ont pas survécu. Nous devons aussi stopper les mauvaises pratiques comme l’ alimentation excessive du bétail avec des tourteaux de soja ».
Christian Couturier ai évoqué « le coût caché de l’alimentation », un scandale de santé publique à l’échelle planétaire. C’est la quadrature du cercle, on est écartelé entre demander des prix plus élevés pour rémunérer dignement les paysans et « en même temps » exiger des prix plus bas, accessibles aux plus démunis. Entre les aléas climatiques, la situation internationale anxiogène, la hausse du prix de l’énergie, l’inflation, la tendance ne risque pas de s’infléchir. « D’après la FAO, l’Organisation des Nations-Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation, ces coûts représentent 10% du PIB mondial, soi 9 300 Mds€ ». Cette malnutrition affecte surtout les plus pauvres, elle représente par exemple 59% du PIB à Madagascar. Avec d’un côté un agriculteur qui ne s’en sort pas, s’épuise à la tâche pour un revenu de misère et de l’autre, des milliers de personnes précaires qui sautent un repas par jour. Et entre eux, des géants de l’agroalimentaire qui font la pluie et le beau temps, fixent des prix qui s’envolent pour implacablement améliorer leurs marges.
Inervention également lors de ce débat de Joséphine Peigné, une chercheuse en agronomie de l’Isara d’Avignon. Elle a évoqué des pistes d’amélioration de notre alimentation avec les légumineuses, haricots, lentilles et pois chiches qui rendent service à la nature en fabricant de l’azote quand elles poussent et en apportent aux vivants leurs besoins en apport nutritionnel. Autre invité, Eric Gauthier de la « CLAC », Caisse Locale Alimentaire de Cadenet, une association populaire qui promeut par exemple les conserves de tomates en provenance de potagers du village plutôt que les conserve de coulis chinois qu’on voit dans les supermarchés. Ou encore la réappropriation, du côté de Mérindol, de friches abandonnées pour, à terme y installer une ferme communale. Des initiatives qui peuvent se multiplier pour à la fois valoriser le travail des agriculteurs, nourrir sainement la population et respecter durablement l’environnement.
Andrée Brunetti
