À l’occasion de son 30e anniversaire, le Musée Angladon à Avignon dévoile pour la première fois une exposition d’envergure consacrée à ses fondateurs, Jean Angladon et Paulette Martin. Plus de 170 œuvres, longtemps conservées en réserve, investissent l’ancien atelier du couple et révèlent un dialogue artistique complice, à l’origine de l’un des plus remarquables musées de la cité papale.
Les visiteurs connaissent le Musée Angladon pour son exceptionnelle collection léguée par le grand couturier et collectionneur Jacques Doucet, où rayonnent les chefs-d’œuvre de Van Gogh, Cézanne, Picasso, Degas, Modigliani, Manet ou encore Sisley. Ils connaissent moins ceux qui ont rendu ce patrimoine accessible au public : Jean Angladon (1906-1979) et Paulette Martin (1905-1988), mari et femme (21 juin 1932), artistes, collectionneurs, enseignants à l’Ecole d’art d’Avignon et fondateurs du musée.
Un compagnonnage artistique
Trente ans après l’ouverture de l’institution, le musée leur rend hommage avec « Un compagnonnage artistique », une exposition inédite, pensée et réalisée par Alexandra Siffredi médiatrice culturelle du lieu, qui offre un regard intime sur leurs œuvres personnelles. Une immersion dans leur univers créatif, celui d’un couple qui, durant près d’un demi-siècle, a partagé la même passion sans pour autant renoncer à sa propre identité artistique.

Dans l’intimité des artistes
« Nous sommes véritablement dans leur maison », résume Alexandra Siffredi, médiatrice du musée et commissaire de l’exposition qui investit les anciens ateliers du deuxième étage, là même où le couple vivait et travaillait.
Dans les ateliers
Dès la première salle, le visiteur pénètre dans une atmosphère volontairement préservée : Cartons à dessins, carnets, objets familiers et mobilier évoquent l’ambiance d’atelier des années 1970. Les natures mortes répondent aux véritables objets qui les ont inspirées : un même vase, une coupe ou un bouquet, un petit récipient enfermant le pigment bleu cobalt, tous deviennent, selon le regard de Jean ou de Paulette, deux interprétations différentes. Cette mise en scène rappelle combien leur quotidien nourrissait leur création. La magie de la mise en scène tient en cela qu’elle fait disparaitre la frontière entre vie privée et travail artistique.
Une vaste production
Les dessins et gravures, d’une grande finesse d’exécution, témoignent de leur maîtrise du trait et séduisent particulièrement les visiteurs. Les carnets de voyage racontent également leur curiosité permanente pour les paysages, les monuments et les rencontres.

Une salle consacrée à Jean Angladon
Une salle entière est consacrée à Jean Angladon et à son attrait pour le surréalisme, offrant au visiteur de voyager dans d’oniriques contrées où l’étrange et l’imaginaire se déploient alors que l’époque est profondément marquée par les recherches de Salvador Dalí, René Magritte ou Giorgio de Chirico.
Dans la campagne environnante
L’exposition retrouve ensuite la Provence, omniprésente dans leur œuvre commune. Lumière du Midi, pierres blondes, mobilier traditionnel, paysages du Gard et du Vaucluse nourrissent leurs toiles. « Ces paysages existent encore aujourd’hui et il serait tout à fait intéressant de les comparer avec ce qu’ils sont devenus, d’étudier leur transformation avec l’engouement pour la restauration et réhabilitation des vieux mas, l’éclosion de nouvelles infrastructures routières, de nouvelles constructions…» sourit Alexandra Siffredi.
Bien plus que des peintres
L’exposition déconstruit également une image parfois réductrice d’un couple de collectionneurs retirés du monde. « Jean Angladon et Paulette Martin furent au contraire des acteurs essentiels de la vie artistique avignonnaise. Membres du Groupe des Treize puis des Peintres indépendants d’Avignon, ils participèrent activement à l’organisation d’expositions, encouragèrent les jeunes artistes et contribuèrent à faire rayonner la création locale, » révèle Alexandra Siffredi.

Des professionnels de la gravure
Tous deux enseignèrent également le dessin, aussi bien aux Beaux-Arts d’Avignon que dans différentes écoles professionnelles. Ils réalisèrent des gravures, illustrèrent notamment les premiers numéros de Poètes casqués, la revue fondée par Pierre Seghers en 1939, pratiquèrent le tissage dans les années 1960 et vécurent essentiellement de leurs activités artistiques et pédagogiques. Ils aimèrent autant transmettre que créer.
Une modernité insoupçonnée
Ce qui frappe tout au long du parcours est la liberté avec laquelle le couple traverse les grands mouvements artistiques du XXe siècle.Le visiteur passe ainsi d’une peinture héritée des maîtres classiques aux recherches post-cézanniennes, découvre des compositions proches du cubisme, s’aventure vers le surréalisme avant de retrouver une figuration lumineuse profondément ancrée dans le paysage provençal.
Deux signatures, deux tempéraments
Paulette Martin privilégie les nuances, les jeux de lumière et une sensibilité délicate aux matières. Jean Angladon adopte une écriture plus audacieuse, parfois plus géométrique ou onirique. Deux signatures, deux tempéraments, mais une conversation artistique permanente.

L’héritage de Jacques Doucet, une aventure avignonnaise
Si leur œuvre est aujourd’hui remise en lumière, c’est aussi parce qu’elle éclaire autrement la naissance du musée.À la fin des années 1960, Jean Angladon hérite, avec son père, d’une partie de la prestigieuse collection de son grand-oncle Jacques Doucet, immense collectionneur visionnaire qui fut l’un des premiers à acquérir des œuvres de Picasso, Braque ou Modigliani. Le couple choisit alors de quitter une vie d’artistes itinérants pour transformer un hôtel particulier de la rue Laboureur en écrin destiné à accueillir ces chefs-d’œuvre.
Une réalisation posthume
Le projet aboutira après leur disparition : Paulette Martin consacrera les dernières années de sa vie à organiser la future fondation, inventorier les collections et préparer minutieusement l’ouverture du musée inauguré en 1996. Ironie de l’histoire, Jean Angladon et Paulette Martin avaient toujours souhaité que leurs propres œuvres restent discrètes face aux chefs-d’œuvre de la collection Doucet. Hormis leurs deux portraits croisés accueillant les visiteurs au rez-de-chaussée, œuvre de jean Angladon, leurs créations demeuraient jusqu’ici largement invisibles.
Une mise en lumière
Cette exposition vient réparer cet effacement volontaire. Elle rappelle que derrière les prestigieuses signatures de Van Gogh, Cézanne ou Picasso se cachait un couple d’artistes profondément attaché à Avignon, animé par le partage, l’enseignement et une passion commune pour la création.
Les infos pratiques
Exposition : Un compagnonnage artistique ‘Jean Angladon et Paulette Martin’ imaginé et réalisé par Alexandra Siffredi. Musée Angladon. Jusqu’à fin août 2026. Du mardi au dimanche de 13h à 18h. Parcours : exposition présentée au deuxième étage ; collections permanentes et chefs-d’œuvre de la collection Jacques Doucet accessibles au premier étage et au rez-de-chaussée. 04 90 82 29 03. Musée Angladon 5, rue du Laboureur à Avignon. Plein tarif 12€. 8€ pour les résidents avignonnais.
Mireille Hurlin



