11 août 2026 |

Ecrit par le 11 août 2026

La Roque d’Anthéron, Quand l’art contemporain investit l’abbaye de Silvacane

Il faut franchir les murs de l’abbaye de Silvacane, à la Roque d’Anthéron, pour entrer dans l’univers de « Murmures ». Ici, les œuvres d’Alain du Pontavice semblent flotter au creux du dortoir des moines, du réfectoire et de la salle capitulaire, tandis que l’armarium accueille une installation vidéo et sonore. Une exposition comme une fenetre temporelle dans un lieu d’exception sans doute toujours habité.

À Silvacane, la peinture se fait expérience
Près de quarante œuvres investissent ainsi plus de 700 m². Trois séries structurent le parcours : « Murmures », « Stèles » et « Cosmos ». Sous la voûte du dortoir, les œuvres de la série ‘Murmures’ associent couleur, sable et ardoise. Dans le réfectoire, deux monolithes d’ardoise conversent avec des stèles imaginaires peintes sur toile ou métal. La salle capitulaire, elle, accueille ‘Cosmos’, où deux rectangles d’or prolongent symboliquement les dimensions de l’ancien espace de réunion des moines. Le parcours se termine par une expérience plus immersive encore. Dans l’armarium (pièce où les moines rangeaient les livres de prière et d’étude), quatre séquences vidéo d’une minute combinent une boucle de quatre minutes sur un écran de 100 pouces. Aux images répondent des sons de vagues, de feu, de vent dans les feuillages et de faune sauvage.

Cosmos Copyright Alain du Pontavice

Le choix d’un lieu sacré
Édifiée à partir de 1175, Silvacane appartient aux grands ensembles de l’architecture cistercienne provençale au meme titre que les joyaux architecturaux des abbayes de Sénanque et de Gordes. Après avoir célébré ses 850 ans en 2025, l’abbaye s’ouvre à la création contemporaine. Alain du Pontavice connaît d’ailleurs intimement ces espaces. Il confesse être ‘magnétisé’ par leur architecture dépouillée, leur lumière et leur silence. Un projet mûri depuis trois ans avec l’Association Patrimoine, Art et Culture. Au fil de l’artistique déambulation, le visiteur se laisse happer par les oeuvres, comme dans un voyage intérieur, ou le silence et la sérénité sont propices à la découverte de leurs secrets.

 » J’ai toujours ressenti les bruits du vent, des feuillages, de la mer et autres éléments naturels comme des murmures, des voix intérieures qui nous émeuvent, nous appellent. C’est cette connexion profonde entre les essences que je mets en relation avec les voix intérieures de méditants tels que les moines »

Alain du Pontavice

La matière plutôt que le motif
L’œuvre apparaît progressivement sur la toile, par superpositions, incisions et accidents de matière. L’huile est enrichie de sable, de gel ou de métal ; les surfaces se construisent par strates, parfois durant de longues périodes, jusqu’à ce qu’une forme émerge.« Rien n’est vraiment décidé à l’avance », relate Alain du Pontavice, la matière elle-même peut guider la suite du travail et faire surgir une nouvelle direction.

Monolithes Copyright Alain du Pontavice

Un artiste nourri par l’Asie et les Andes
Né à Paris dans les années 1960, Alain du Pontavice se forme au dessin à l’Académie de la Grande Chaumière et dans les ateliers de Montparnasse avant d’obtenir, en 1987, une maîtrise de chinois mandarin à Paris 7. Il séjourne ensuite 15 ans en Asie, où il approfondit la calligraphie, le Taiji et la méditation. Les techniques textiles traditionnelles : ikat, batik, shibori  nourrissent son regard. En 2002, il part en Amérique du Sud et découvre l’univers des Andes. Depuis 2004, il se consacre pleinement à la peinture abstraite. Son travail est aujourd’hui exposé en France et au Royaume-Uni, tandis que nombre de ses œuvres ont rejoint des collections privées aux États-Unis, en Europe et au Japon. L’exposition de Silvacane constitue toutefois un rendez-vous particulier : l’artiste y présente une part importante de son travail dans un ensemble conçu spécifiquement pour le lieu.

« J’ai voulu mettre en miroir l’organique à l’état brut autravers de la présence de deux monolithes extraits decarrières d’ardoise avec des stèles issues de monimagination et d’autres cultures, créées par l’homme surtoile ou métal. »

Alain du Pontavice

Les infos pratiques
« Murmures », Alain du Pontavice. Jusqu’au 31 octobre 2026. Abbaye de Silvacane, 183 route de l’Abbaye, à La Roque-d’Anthéron. Tous les jours de 10h à 12h45 et de 14h à 18h en période estivale. Dernières rentrées à 12h et 17h15. Du 1er octobre au 31 mars tous les jours de 10h à 12h45 et de 14h à 17h. Dernières rentrées à 12h et 16h15. A l’issue de l’exposition, les oeuvres sont disponibles à l’achat.
Mireille Hurlin

Murmures Copyright Alain du Pontavice

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