11 janvier 2026 |

Ecrit par le 11 janvier 2026

Musée Angladon, Curiosité, voyage dans nos collections

Le Musée Angladon propose actuellement l’exposition Printemps 2024 jusqu’au 5 juin. L’accrochage de saison donne à admirer l’Ancienne route d’Aramon de Lesbros.

«Belles formes, belles valeurs, belles couleurs», tel était le crédo artistique d’Alfred Lesbros (Avignon 1890 – Avignon 1940), invité d’honneur une fois de plus au sein de notre salle d’exposition saisonnière. Sa toile, intitulée Ancienne route d’Aramon, était acquise personnellement par Paulette et Jean Angladon auprès du maître provençal dont ils étaient proches et qu’ils admiraient. Alfred Lesbros est de ceux qui ont créé à Avignon le groupe des Treize, rassemblant entre 1912 et 1913, des peintres et sculpteurs avignonnais dont Clément Brun, Claude Firmin, Jean-Pierre Gras. Proche de Jules Flour et Pierre Grivolas, il est influencé par les grandes tendances artistiques qui traversent le début du XXème siècle, de l’impressionnisme au cubisme. Par ses audaces formelles et chromatiques, il occupe une place à part dans l’école avignonnaise.

Le Musée proposera l’exposition ‘Curiosité, voyage dans nos collections du 6 juin au 3 novembre 2024. La curiosité, objet de doutes, d’interrogations, mais surtout formidable moteur de recherches, constitue le fil rouge de l’exposition de l’été 2024 au Musée Angladon – Collection Jacques Doucet d’Avignon.

La curiosité, un vilain défaut ? Une gourmandise, comme l’affirmait Victor Hugo, qui ajoutait : «voir, c’est dévorer» ? Ou plutôt «la condition essentielle du progrès» car à l’origine de toute connaissance, selon Alexandra David-Neel.

Pour la directrice Lauren Laz, c’est une nécessité,
intimement liée à la vocation d’un Musée : étendre sans cesse la connaissance de ce que l’on conserve. Cette nécessité a poussé l’équipe du Musée à revisiter la totalité des collections, interroger les réserves, rouvrir les armoires, les tiroirs de cette demeure qui conserve un patrimoine constitué par plusieurs générations de collectionneurs : successivement Jacques Doucet (1853-1929), grand couturier-collectionneur de la Belle Époque, Léon Dubrujeaud (1845-1920), son beau-frère, puis Jean Angladon (1906-1979), son petit neveu, et son épouse Paulette Martin (1905-1988), tous deux artistes avignonnais, ont rassemblé un fonds de plus d’un millier d’œuvres et d’objets. Des trésors qui disent les regards à l’œuvre et entraînent le public sur les traces d’une curiosité vagabonde.

Car ces collectionneurs n’ont pas mis de limites à leur soif de découverte.
Épris de formes, ils ont enquêté sur toutes les époques, tous les styles, sous toutes les latitudes. Sans prétendre embrasser la totalité de ces visions foisonnantes, l’exposition en dévoile des facettes essentielles, œuvres sensibles, sculptures, dessins et estampes, céramiques d’ici et d’ailleurs, articulées autour d’une chronologie, de lignes de force et de types d’objets.

Enfant accroupi. Chine. 18e siècle. Copyright Fondation Angladon-Dubrujeaud

À commencer par les dessins du XVIIIe siècle
où le regard s’attache à la pureté de la ligne, à la simplicité d’un trait sur le papier. On découvre ainsi la délicatesse d’un Portrait de jeune femme, signé Jean-Michel Liotard, ou encore la sensualité d’une sanguine de Boucher. Les figures féminines, draperies, visages, personnalités de théâtre, évoquent les raffinements d’un siècle où s’élargissent les horizons. Les porcelaines,  objets du quotidien, mises en lumière dans leur singularité, leur font écho, bien au-delà des frontières de l’Europe.

Les miniatures XVIIIe venues d’extrême orient se posent comme des énigmes.
Que nous dit cet Enfant accroupi  en céramique bleue réalisé en Chine au XVIIIe siècle ? Cet épouvantail à rats dont les cavités oculaires s’éclairaient de bougies ? Le vermillon d’un beau tapis chinois guide nos pas vers d’autres merveilles exotiques : l’étrange présence d’un masque en bois japonais, des mangas dont la fragilité a traversé les siècles,  une grande vague d’Hokusaï….

Le passage d’un siècle à l’autre, du XVIIIe au XIXe, ouvre la question de la modernité.
Placé au cœur des collections du Musée, ce moment charnière est celui des grandes transformations sociales, urbaines, artistiques. Cette partie de l’exposition s’ouvre sur un somptueux manteau de soirée signé Jacques Doucet. Le couturier-collectionneur habilla de dentelles les élégantes d’une époque où les figures féminines prenaient du relief et de la personnalité. Dans l’art, la beauté classique des drapés cède le pas aux audaces d’un Félicien Rops, puis aux sculptures méditatives de Charles Despiau, ouvrant sur les traces de Rodin les chemins du XXème siècle.

L’incantation. Félicien Rops. Copyright Fondation Angladon-Dubrujeaud

Avec Jean et Paulette Angladon,
grands amateurs de voyage, s’illustrent aussi les transformations du paysage urbain, le déploiement du loisir. Les deux artistes, curieux insatiables, ont tout collectionné, photos, serviettes d’hôtel, cartes postales…  C’est cette ardeur qui est transmise ici, comme une invitation à toujours poursuivre l’aventure du regard.

En savoir plus
Le musée donne à voir des œuvres de Cézanne avec sa nature morte au pot de grès, Degas avec les deux danseuses, Modigliani avec son portrait de femme dit Blouse rose, Picasso avec le couple, Sisley avec son paysage de neige à Louveciennes, VanGogh avec ses wagons de chemin de fer à Arles.

Les infos pratiques
Musée Angladon, Collection Jacques Doucet. 5, rue Laboureur à Avignon. accueil@angladon.com 04 90 82 29 03 Ouvert du mardi au samedi de 13h à 18h. Dernière admission à 17h15.
MH

Portrait de jeune-femme. jean-Michel Liotard. Copyright Fondation Angladon-Dubrujeaud


Musée Angladon, Curiosité, voyage dans nos collections

Un conte musical écologique en forme de fable animalière, à découvrir en famille

Ce premier conte symphonique environnemental est tout droit sorti de l’imagination de Stéphane Michaka et composé par Sarah Lianne Lewis. La mer exerce sur l’homme une irrésistible attraction. Le mystère de ses profondeurs insondables, sa beauté et ses dangers ne cessent d’inspirer les artistes. Parmi eux, les musiciens ne font pas exception. Alors, prêt à prendre le large à bord d’un bateau-orchestre ? Prêt à partir à la rencontre des animaux qui peuplent les fonds marins ? Embarquement pour un concert en forme de plongée sous-marine ! 

L’histoire en quelques mots

Sur une île de l’Atlantique Nord, Lise, dix ans, recueille des animaux polaires échoués par la fonte de la banquise. Ours blancs, manchots, chiens de traîneau, phoques et macareux : ces bêtes sont douées de parole ! Les voilà qui plaident la cause des habitants de l’Arctique menacés d’extinction. Mais si la banquise disparaît, la petite île de Lise n’est-elle pas en sursis ?

L’Orchestre National Avignon Provence, la pianiste Vanessa Wagner et la comédienne Céline Milliat-Baumgartner

À travers les yeux d’une jeune fille confrontée à la menace climatique, un piano, un orchestre symphonique et une comédienne racontent une histoire urgente, comme l’est notre époque, pour mesurer les défis à relever et nous frayer un chemin vers l’avenir. En effet, l’heure est à la préservation de notre environnement. Imagée à souhait, la musique de la compositrice galloise Sarah Lianne Lewis puise dans l’orchestre un tonitruant bestiaire. La mer est une source d’inspiration infinie pour celle qui a grandi et vit encore sur les côtes du Pays de Galles. Sa partition se nourrit de la multitude des sons qui nous entourent dans le monde et qu’elle réinvente en musique, créant un univers à la fois inouï et familier.  Le piano sert de repère dans l’exploration sonore de paysages marins brumeux et de glaciers lointains et menacés.

Direction musicale : Nicolò Umberto Foron
Piano : Vanessa Wagner
Récitante : Céline Milliat-Baumgartner
Textes : Stéphane Michaka
Collaboratrice artistique : Julie-Anne Roth
Orchestre national Avignon-Provence
Sarah Lianne Lewis, L’Île des Jamais Trop Tard

Samedi 17 février. 16h. 10 à 20€. La Scala. 3 rue Pourquery de Boisserin. Avignon. 04 90 65 00 90. l


Musée Angladon, Curiosité, voyage dans nos collections

La mezzo-soprano Fiona Mc Gown et la pianiste Célia Oneto Bensaid nous proposent un programme lyrique ce samedi 17 février où chaque pièce évoque un animal, ses habitudes et ses caractéristiques.

Le répertoire de la musique de chambre passionne Fiona McGown. Elle est régulièrement invitée en duo avec la pianiste Célia Oneto Bensaid, artiste en résidence à l’Opéra Grand Avignon depuis 2022. Ensemble, elles ont remporté le Grand Prix du 10e Concours international de mélodie et lied de Gordes.

Pour découvrir également des compositrices oubliées

Un concert poétique et imagé où petits et grands pourront découvrir la musique de nombreuses compositrices jusque-là oubliées. Il a été créé en partenariat avec l’association « Elles Women Composer » à l’Abbaye de Royaumont en juillet 2021, à l’occasion du festival Un Temps pour Elles.

Au programme de ce fabuleux bestiaire des compositrices
Jane Vieu
Hirondelles
Clémence de Grandval
À l’hirondelle, Les Papillons
Mel Bonis
Papillons
Marthe Figus
Ah – Petit serpent
Augusta Holmes
Les trois serpentes, La Chatte blanche
Mel Bonis
Le Moustique
Armande de Polignac
Le Héron blanc
Rebecca Clarke
Tiger
Marie Jaëll
Essaims de mouche
Marcelle de Manziarli
L’Oiseau blessé
Tiziana de Carolis
Le Corbeau et le renard
Cécile Chaminade
L’Ondine
Clémence de Grandval
Le Galop

Le concert sera suivi d’une rencontre conviviale avec les interprètes.

Samedi 17 février. 17h. Tarif unique 12€. Salle des Préludes. Opéra Grand Avignon. 4 Rue Racine. Avignon. 04 90 14 26 40.


Musée Angladon, Curiosité, voyage dans nos collections

Ce samedi 17 février, Laure Favre Kahn, artiste de renommée internationale et marraine de la Fondation Frédéric Gaillanne, unique école en Europe à éduquer et offrir des chiens guides aux enfants aveugles et malvoyants, jouera au Conservatoire du Grand Avignon au profit de la Fondation.

Saluée par la critique internationale, Laure Favre Kahn, qui a notamment étudié au Conservatoire d’Avignon, est parmi les pianistes les plus remarquables de sa génération. Ainsi, elle propose au public avignonnais une soirée musicale inoubliable à l’occasion de la sortie de son nouvel album Dédicaces, consacré à Bach, Gershwin, Chopin, Debussy, et Liszt.

Samedi 17 février. 19h. Billetterie en ligne ou sur place : 15€ (gratuit pour les moins de 12 ans). Amphithéâtre Mozart. Conservatoire du Grand Avignon. 3 Rue du Général Leclerc. Avignon.

V.A.


Musée Angladon, Curiosité, voyage dans nos collections

Un projet du pianiste et compositeur Pierre Boespflug

Le compositeur français Olivier Messiaen (1908- 1992), né à Avignon, tient incontestablement une place privilégiée dans la carrière musicale du pianiste Pierre Boespflug. Après avoir donné forme à un solo à partir des compositions et des écrits de ce grand maître de la musique du XXᵉ siècle, c’est aujourd’hui en trio que Boespflug poursuit son projet. « Imaginer les couleurs sonores d’Olivier Messiaen telles qu’il les voyait, les mêler aux couleurs du jazz et de l’improvisation […] Tel est mon projet », a déclaré Pierre Boespflug.

Accompagné de Jérôme Fohrer à la contrebasse et Éric Échampard à la batterie

En jouant sur l’articulation entre écriture et improvisation, le formel et le sensible, Pierre Boespflug propose un monde où le son du piano déploie le spectre infini de ses couleurs ; non pas la couleur au sens littéral du terme mais celle qui provoque l’imagination et nous amène naturellement à la poésie. 

Pierre Boespflug : piano, compositions
Jérôme Fohrer : contrebasse
Éric Échampard : batterie

Jeudi 15 février. 20h30. 5 à 16€. AJMI Club. 4 Rue des Escaliers Sainte-Anne. 04 13 39 07 85.


Musée Angladon, Curiosité, voyage dans nos collections

Du mercredi 14 février au samedi 2 mars, le festival Les Hivernales permettra de découvrir avec plus de 20 compagnies invitées, de nouvelles esthétiques, de nouvelles écritures, des chorégraphes régionaux, nationaux, des artistes phares, mais aussi de jeunes auteurs.

Le fort partenariat noué avec plusieurs structures culturelles du territoire permet une multiplicité de propositions : séances scolaires à l’auditorium du Thor, installations et performances au Grenier à Sel, à la Maison Jean Vilar, projections à la Collection Lambert ou au Cinéma Utopia, stages au Conservatoire et à l’Université. Les spectacles du soir se déploieront à la salle Benoît XII, l’Opéra Grand Avignon, le Théâtre des Halles, le Totem, le Tinel du Palais des Papes et le Centre de Développement Chorégraphique National (CDCN) des Hivernales pour Avignon et il ne faudra pas hésiter également à « pousser » jusqu’à La Garance de Cavaillon, la salle Alpilium de Saint-Rémy-de-Provence ou L’Autre Scène à Vedène. 

Faire corps tous ensemble

Voilà une formule joliment trouvée par la directrice Isabelle Martin-Bridot pour conclure l’éditorial de la brochure des Hivernales mais aussi répétée lors de la présentation du programme devant la salle comble du CDCN. Le contexte du spectacle vivant est difficile et passée l’euphorie de la reprise après les « années covid », il est effectivement essentiel de faire corps. « Sensibles aux bruits du monde, les artistes nous invitent à nous interroger sur cette humanité en difficulté mais ils nous invitent aussi à ’empuissanter’ nos espérances et à garder le sourire », souligne Isabelle Martin-Bridot avec le sourire également !

Car ce « faire corps » qu’elle revendique et que l’équipe des Hivernales prouve par la forte implication des acteurs culturels du territoire cités auparavant se révèle aussi dans un véritable travail d’équipe tout au long de l’année. En témoignent les remerciements où personne n’est oublié (de la technique à la billetterie en passant par la production et les relations publiques, sans oublier les bénévoles) et la présentation collégiale sur le plateau du CDCN du programme de ces deux semaines consacrées à la création chorégraphique, jeune génération ou chorégraphes confirmés.

Les Hivermômes ouvrent la programmation de la 46ᵉ édition des Hivernales dès cette semaine

Un travail de proximité avec élèves, centres sociaux et associations — toute l’année — pour vivre la danse à travers la pratique ou en tant que spectateurs est une des missions du CDCN et permet ainsi de proposer une programmation Jeune Public cohérente en ouverture des Hivernales. Cela va concerner cette année plus de 2200 enfants ou adolescents, pour des séances en famille ou scolaires.

L’artiste associé du CDCN, Massimo Fusco, propose avec Corps sonores juniors une expérience immersive au Grenier à Sel. L’écorce des rêves s’adresse au plus de 3 ans autour de l’imaginaire du sommeil. Pour les plus grands, Le chemin du wombat au nez poilu de la chorégraphe Joanne Leighton les emmènera vers l’Australie tandis que Main dans la main de Shlomi Tuizer et Edmond Russo abordera le thème de l’altérité et des relations humaines. 

Dimanche 18 février. Séances Tout public Hivermômes.
Corps Sonores Juniors. Dimanche 18 février. 10h et 15h. 7 et 10€. Le Grenier à sel. 2 Rue des Remparts Saint Lazare. Avignon.
L’écorce des rêves. Dimanche 18 février. 10h30. 7 et 10€. Le Totem. Avenue Monclar. Avignon.

La danse se déploiera ensuite joyeusement et fièrement dans Avignon et au-delà

Le coup d’envoi de cette édition est donné au Grenier à Sel, avec le vernissage de l’installation Donnez-moi une minute — à la frontière entre arts visuels et danse — de Doria Bellanger qui nous propose de découvrir des portraits de danseurs rencontrés à travers le monde. Nous avions déjà découvert son travail l’année dernière avec Joule. Il sera beaucoup question de croisements entre danse et arts du cirque lors de cette édition.

Johan Bichot sera en quête de verticalité dans Glissement présenté en ouverture au CDCN. Avec Foreshadow, Alexander Vantournhout nous entraînera dans un univers rock où il soumettra, sur le plateau de la Garance, huit danseurs à des contraintes d’équilibre nécessitant de nouvelles solidarités. Il sera aussi question de verticalité avec Antoine Le Menestrel et le Pan d’Avignon pour escalader des rêves avec Bâtisseurs de rêves ATHOMiques !, et Sidéral nous invite aussi à un voyage en orbite dans la belle salle de l’Alpilium à Saint-Rémy-de-Provence. Youness Aboulakoul signera Ayta, la verticalité retrouvée comme un appel à la résistance, avec six corps de femmes en lutte contre toutes les soumissions. 

Des esthétiques diverses, des solos sensibles et des curiosités à découvrir

Régine Chopinot sera au Top avec des interprètes incroyables et une musique énergique en clôture d’édition, clin d’œil aux Jeux Olympiques avec Olympiade sur le terrain de jeu de l’Opéra Grand Avignon qui devient une piste d’athlétisme pour le collectif espagnol Kor’sia, éloge de l’imperfection pour Silvia Gribaudi dans Graces.

Bintou Dembelé revient à Avignon et propose le solo de Michel Meech pour un Rite de passage I solo II entre danses africaines et hip hop. Joachim Maudet s’exerce à un one-woman show intime avec Gigi. Véronique Aubert nous invite à la poésie de Ses pas dans la neige, entre mémoire et oubli. On découvre la polka chinata dans Save the last dance for me, uniquement interprétée par des couples d’hommes. La chorégraphe Rafaële Giovanola, peu connue, a des chances de nous étonner en nous révélant une œuvre ciselée, Vis Motrix aux figures de break et de krump.

Une édition qui fait donc la part belle à la curiosité et à la transdisciplinarité à découvrir ces prochaines semaines au fil de nos articles. 

Du 14 février au 2 mars. 46ᵉ édition des Hivernales. CDCN. 18 rue Guillaume Puy. Avignon. 04 90 11 46 45. Billetterie. 3-5 rue Portail Matheron. Avignon.


Musée Angladon, Curiosité, voyage dans nos collections

L’Autre festival a eu lieu le 1er week-end de février 2024 au Palais des papes, et dans 4 théâtres permanents d’Avignon. Mission ? Promouvoir les livres et les auteurs auprès de la jeunesse et des adultes. Retour sur une édition exceptionnelle qui a séduit plus de 9 000 visiteurs.

Depuis sa création en 2019, ce salon du livre s’est peu à peu installé dans le paysage grand-Avignonnais séduisant un public curieux de livresques découvertes au plus fort de la saison froide et voici que l’édition 2024 enflamme le cœur de l’hiver sans doute grâce au thème choisi : la criminologie.

Les thèmes
Les thèmes, cette année, étaient la criminologie avec en invité d’honneur Alain Bauer, L’environnement avec Thomas Guénolé et la psychologie, sans oublier le livre jeunesse avec sa pléiade d’auteurs et spécialistes ainsi que les conférenciers.

Résultat ?
9 000 personnes se sont pressé au Palais des papes pour les conférences, en salles Benoit XII et de la Grande audience pour les dédicaces et l’exposition ‘Cruelles archives’ des Archives départementales. Le spectateur a également été fidèle aux quatre théâtres partenaires du Balcon, de la Luna, du Chêne noir et du Chien qui fume. L’événement, émaillé de lectures, de spectacles, de dictées, d’ateliers pour les petits comme pour les grands, a surtout permis la découverte et parfois la re-découverte d’auteurs et, surtout, du plaisir de lire.

Catherine Panattoni la fondatrice de l’Autre Festival

Les conférences
«Les huit conférences ont accueilli en moyenne 190 spectateurs précise Romane Jarlan la nouvelle directrice de l’Autre festival, reprenant le fauteuil de Catherine Panattoni, fondatrice de l’Autre festival et veillant toujours au bon déroulement de ces belles et humaines rencontres. Celles qui ont affiché le plus important succès ? Alain Bauer avec le Crime et l’opinion publique, Ségolène Royal avec la crise démocratique et l’expérience de la bonne gouvernance, Les tueurs en série avec Gilbert Thiel. Les 250 places de la salle Benoit XII ont été prises d’assaut. Même chose du côté du théâtre de la Luna avec la conférence de Linda Segura et de Mathilde Monteaux de l’Ecole du Domaine du possible pour ‘Tu veux apprendre à bien écrire ? La conférence-spectacle a connu un tel succès qu’une deuxième séance a été organisée en urgence pour satisfaire à la demande », relate, volubile, Romane Jarlan.

Les dédicaces ont été très appréciées
«Le Livre gourmand, la librairie partenaire chargée de proposer les ouvrages des auteurs présents a facturé 9000€ de livres achetés, soit 2 000 de plus que l’an passé. La manifestation compte une vingtaine de partenaires et mécènes qui interviennent en numéraire et également en don en nature –échanges marchandises-.»

Le budget de l’Autre Festival
« En 2023 il était de 42 000€ en 2024 il sera d’environ 37 000€. L’Autre festival tourne avec une trentaine de bénévoles plutôt aguerris dans cet exercice qu’ils manient pour la plupart dès le début de l’aventure en 2019.»

Les dictées
La petite dictée a été suivie par 150 élèves de cours moyens 1 et 2 en présentiel et 1 995 élèves du département (CM2 et classes de 6e) d’Apt, d’Avignon, de Bollène, de Carpentras, Cavaillon, l’Isle-sur-la-Sorgue, Orange et Pertuis. Cinq auteurs jeunesse locaux proposaient des ateliers après la dictée. L’oratrice était Fabienne Langlade, inspectrice de l’Education nationale, qui avait auparavant enregistré son intervention reprise dans les établissements scolaires.
La grande dictée a été suivie par 125 inscrits, 91 participants, dont seulement 7 hommes. Elle a été concoctée par  Philippe Dessouliers 3e dico d’or, qui était également à l’origine de la dictée enfant.» 

Romane Jarlan la nouvelle directrice de l’Autre festival

Romane Jarlan, la directrice du festival nous compte l’aventure
«J’ai connu l’Autre festival en 2019, en y exerçant en tant que stagiaire, » sourit Romane Jarlan, Villeneuvoise titulaire d’un mastère en communication et aujourd’hui free-lance. Mais pour cette 5e édition, c’est au poste de directrice qu’elle officie, fauteuil autrefois occupé par Catherine Panattoni fondatrice de l’Autre festival, qui vient tout juste de lui céder tout en continuant à veiller sur le salon du livre qu’elle a créé avec de fidèles amis.»

Jeunesse d’un côté, criminologie de l’autre, le grand écart ?
«La culture jeunesse –de la maternelle jusqu’à la pré-adolescence-est un thème récurent et fait partie de l’ADN de l’Autre festival et la criminologie fascine. L’un dans l’autre il s’agit de deux publics différents et je crois que le thème de la criminologie a vraiment interpellé et est pour beaucoup dans le succès de cette 5e édition. Je ne voulais pas entrer en concurrence avec le Festival du Polar de Villeneuve qui est un événement très réussi qui appartient à la Ville. C’est ainsi que le thème de la criminologie s’est imposé de lui-même, non pas à partir d’ouvrages fictifs mais bien tirés d’expériences réelles de professionnels des métiers de la lutte contre le crime.»

Pourquoi la CCI et la Mairie ont un rôle très important à jouer
«Nous avons toujours voulu installer, dans la pérennité, l’Autre festival et le succès de cette 5e édition très fréquentée nous demande à hausser le curseur ce qui ne pourra être possible qu’avec le concours des institutions les plus importantes d’Avignon comme la Ville, la Chambre de  Commerce et d’Industrie de Vaucluse et le Département de Vaucluse que nous remercions énormément pour leur implication et leur accompagnement,» conclut Romane Jarlan.

Gilbert Marcelli, président de la CCI de Vaucluse a dit toute l’importance d’accueillir le très attendu ‘l’Autre festival’, au cœur de l’hiver

En savoir plus

Les absents qu’on aurait adoré rencontrer
Boris Cyrulnik, le parrain de la 5e édition de l’Autre festival a du annuler sa présence quelques jours avant que ne commence l’événement pour cause de Covid. On également déclaré forfait pour raison de santé : Florence Belkacem, Florent Gathérias et Mathias Malzieu.

La librairie partenaire
La librairie partenaire était celle du Livre gourmand, spécialisée dans la jeunesse tandis que Nicolas Logistique assurait le transport des auteurs et du matériel nécessaire à l’Autre festival. Celui-ci compte 30 bénévoles actifs. Ange Paganucci était le maitre de cérémonie. Les photographes du festival étaient Céline Pilati, présidente et fondatrice du festival des anges de court métrage dont la première s’est déroulée à Châteauneuf-du-pape et Guillaume Samama.

Les archives départementales
Pour l’occasion, également, les Archives départementales proposaient une exposition ‘Cruelles archives’ extirpant de leurs rayons, plusieurs affaires criminelles, exhumant de funestes faites divers comme la restauration, à la grande guerre, ainsi que des homicides par poison et fusil de chasse.

Les métiers psy de la criminelle
Il était également possible de s’informer des chemins scolaires et universitaires Belges et Français menant à la psycho-criminologie afin d’appréhender les métiers de cette branche très à la pointe en Belgique et au Canada. C’est ainsi que le stand de Jeanne Villepoix et Derya Elin Kazkondu a connu un vif succès.


Musée Angladon, Curiosité, voyage dans nos collections

Du grand rien dans du grand nulle-part. Un tout, d’où surgit « La grâce » d‘Ilya Povolotsky, cinéaste russe. Dur et magistral.

C’est une histoire dure. Alors elle se raconte en silence, car elle est habitée par l’indicible chagrin de la fille, l’éblouissante Maria Lukyanova. Et de son père – le valeureux Gela Chitava – qui l’accompagne de la rivière à la mer. On ne sait rien d’autre.
La seule chose qui aille, c’est leur van qui brinqueballe. Dans un néant inouï.
Vivre, c’est persister. Tout est tragique, rien ne nous sauve. On baigne dans la Russie éternelle de Dostoïevsky, écrasée par un quotidien d’airain. Le réel est le signe de son au-delà. Il faut apprendre à distinguer, faute de savoir lire. Voyons ça.

Le van est rouge.
Comme le sang de la fille. Elle se lave dans la rivière, en rapporte un bidon d’eau qu’elle réussit à peine à porter, comme tous ceux qui en ont fait la nécessaire expérience : l’eau, c’est la vie. Mais c’est aussi un fardeau que nos forces ne peuvent jamais excéder malgré notre volonté. Il faut bien voir de quel bois nous sommes faits. Le ton est donné.

©DR

Le van porte un logo a trois branches.
La fille fait face à un soleil pâle, en route pour le Nord. L’éolienne géante la masque, à chaque rotation de ses trois pales qui semblent la décapiter sans fin.
C’est périlleux un voyage à deux, quand on ne sera plus jamais trois.

La mère est morte. Le père n’a pas de plan, comme le souligne cruellement la fille qui s’inquiète de savoir ce qu’il pourra bien faire quand « tout le monde aura Internet ». C’est-à-dire quand il n’y aura plus la moindre poésie possible.
Déjà, tout accable, rien ne sourit : le paysage atroce, le vide des âmes, les personnages aux boussoles fantomatiques – prodigues de paroles rares et énigmatiques – sous un ciel plombé.

Enfin, la station météo usée au-delà de la corde, laminée sans fin par la mer de Barents. Elle survit dans un froid glacial grâce à une femme étrange et pénétrante comme dans un rêve. La clé des songes. Elle pourrait faire redémarrer le van, au pare-brise fendu mais pas brisé, en route vers la grâce…

Comme disait Dostoïevsky, vivre sans espoir, c’est cesser de vivre.

©DR

Mon conseil : payez votre place pour embarquer dans ce « Road movie » d’une toute autre trempe de ceux que vous avez déjà vu. Partez si c’est trop dur. Vous aurez aidé un jeune cinéaste rempli de talent, maniant le symbole en orfèvre. Restez, si vous entrevoyez que la Grâce pourrait se rencontrer dans l’abîme du courage, la vie renaissant de l’abnégation de son cycle.

La grâce. Long métrage/119 minutes/Vostf. Jusqu’au mardi 13 février au cinéma Utopia d’Avignon La Manutention.


Musée Angladon, Curiosité, voyage dans nos collections

L’Echo du Mardi a assisté à la conférence donnée par Alain Bauer, auteur et conférencier prestigieux de l’Autre festival, le festival du livre sur le thème : ‘Crime et opinion publique, entre information et fascination’. Pour l’occasion la salle Cellier Benoît XII -d’une jauge de 250 places- était emplie. Voici quelques extraits de ce qui s’est dit.

Plus de 250 personnes attendaient pour assister à la conférence d’Alain Bauer, et plutôt dans la bonne humeur Copyright Mireille Hurlin

«Dans l’esprit des communs, nous avons le sentiment qu’il y a de plus en plus de criminalité en France, entamait l’animateur, Michaël Orial, psychanalyste. On ne sait si le monde devient fou, ou si nous sommes, au final, beaucoup plus informés et orientés vers ce type d’information. Vous qui êtes un spécialiste de la sécurité, quelles sont pour vous, les principales évolutions de la criminalité au cours de ces dernières décennies?

« J’ai tout d’abord une pensée particulière pour un de mes papes préférés, le cardinal Jacques Duez, dit Jean XXII, un grand manipulateur mystificateur, plus attiré par l’alchimie que la religion, a entamé le célèbre criminologue, pour saluer, à sa manière, via ‘Son moment droit canon’ sa laïque présence dans ce haut lieu d’une dissidente papauté, mais tout de même pressé d’en venir au cœur du sujet. »

Tout commence avec la création de l’Etat civil en 1539
« C’est sous le règne de François 1er, en 1539, que fut inventé l’Etat civil, produit totalement laïque qui permettait de savoir à peu près quand l’on était né, quand on était mort et accessoirement, au fur et à mesure du temps, de quoi l’on était mort. »

Le comptage des homicides
« A l’époque, hors période de guerre, il y avait 150 homicides pour 100 000 habitants. Cinq siècles plus tard, au début des années 2000, nous étions tombés à 1,2 homicide pour 100 000 habitants. Nous n’avions jamais vécu une époque aussi sereine et apaisée. Hélas depuis 20 ans nous vivons une inversion de tendance, invisible d’abord, en phase d’accélération ensuite et avec, en 2023, la pire année depuis que nous avons un outil statistique moderne utilisé dès 1972, puisque, l’année dernière nous avons repassé le cap de 1 000 homicides, même s’il nous est arrivé d’atteindre les 1 500. Cependant nous avons passé le cap des 4 000 tentatives d’homicides qui ne sont rien de moins que des homicides ratés, dus à l’incompétence et à la mauvaise formation des auteurs, -qui sont les bienvenus chez moi pour une petite remise à niveau, a plaisanté le professeur de criminologie- et à l’amélioration exceptionnelle des services de secours. »

Actuellement 5 000 tentatives d’homicides
« Pour la première fois de l’appareil statistique, 5 000 tentatives d’homicides ! Nous avons passé le cap des 4 000 en plein confinement –en 2020-. Il y avait moins de 700 homicides il y a 10 ans. Nous vivons une inversion de tendance, complétée par une augmentation tout aussi massive des coups et blessures volontaires, des violences physiques. »

Le calcul de la criminalité et de la délinquance
« Or, quand on parle de la criminalité et de la délinquance, on fait un lot comprenant les cambriolages, les vols de voitures, d’accessoires dans les voitures, mais on ne fait pas la distinction entre la personne qui vous amène à être acteur de votre propre victimisation et les atteintes aux biens qui font de vous, en général, un spectateur lointain. Certes c’est désagréable mais vous n’avez rien subi. S’il y avait, par exemple, 400 000 cambriolages de plus et 200 000 agressions de moins, le chiffre serait très mauvais mais personne ne parlerait de la violence. A l’inverse, les chiffres seraient très bons et personne ne sortirait de chez soi. »

Le retour des violences physiques
« Ce processus-là de transformation et de retour de la violence physique, d’homicide, est soudain, alors que nous avions domestiqué la violence homicide, elle revient brutalement. Pourquoi, auparavant, s’est-il passé cette transition entre des affaires emblématiques exceptionnelles qui choquaient l’opinion alors qu’il ne se passait rien entre deux affaires exceptionnelles, à un niveau d’affaires exceptionnelles au quotidien, qui fait que l’exceptionnel est devenu quotidien et, lui-même, ordinaire ? »

Le problème majeur ?
« Cela pose un problème majeur : la demande de sécurité ne se traduit pas par un sentiment d’insécurité, ce qui existait hier, mais par un climat de violence qui s’est affirmé avec un élément qui n’est pas la statistique policière, ni administrative, ni l’emballage politique de tout va bien, tout va mieux… mais qui est le nombre de victimes traitées pour des actes de violence ,avec un outil statistique non manipulable qui est les statistiques des hôpitaux. » 

L’outil statistique des hôpitaux
« Lorsque l’on compare l’outil des hôpitaux, le traitement et le suivi des assurances qui sont des éléments extrêmement importants de la connaissance et de la méconnaissance des faits, car l’assureur n’est pas un bienfaiteur de l’humanité par nature. Ils ont inventé la franchise, qui porte mal son nom, c’est le moyen de ne pas vous payer ce qui vous est arrivé, de ne pas passer trois heures à attendre dans un commissariat pour ne pas être remboursé. Ainsi, on a une déperdition mécanique et continue de la connaissance des faits dus à un acteur qui n’est ni policier ni gendarme mais qui est assureur… »

Alain Bauer, criminologue et Michaël Orial, animateur de la conférence Copyright Mireille Hurlin

Les chiffres qui échappaient
« Sauf qu’à un moment donné, on s’est aperçu que quelque chose nous échappait. Notamment lorsqu’on s’est dit que tout le monde ne devait pas prendre les plaintes… C’est pas moi, c’est pas l’heure, c’est ailleurs, faites donc une petite main courante… Cela valait autant pour ceux qui prenaient la plainte que pour ceux qui venaient déclarer, notamment, les violences intrafamiliales (Vif) sur le thème : faut pas porter plainte parce que je ne veux pas être obligée de fuir le domicile conjugal avec mes deux enfants. C’était l’ancêtre d’un ‘Me too’ qui n’allait pas jusqu’au bout. »

Les enquêtes de victimation
« Du coup on a inventé des enquêtes de victimation. C’avait été le cas aux Etats-Unis il y a 50 ans, puis en Grande-Bretagne. J’ai été chargé, il y a une vingtaine d’années, de l’inventer en France. C’est là que nous avons découvert que 65% des victimes portaient plainte pour la dégradation de leur rétroviseur et 9% pour les violences physiques quotidiennes qu’elles subissaient. Pour la première fois, nous savions qu’il nous manquait 90% de violences physiques intrafamiliales qui touchent essentiellement, à 85% des femmes, des enfants et des étrangers. Pourtant ces personnes sont sur victimisées en matière physique et sous-identifiées en matière statistique. Un immense océan de violence n’était pas comptabilisé. Finalement, nous découvrions que nous n’avions pas de lisibilité de la réalité. »

Les chiffres fiables des homicides
« L’homicide, parce qu’on compte bien les cadavres depuis François Ier en 1539, est resté  l’indicateur le plus fiable et le plus stable que nous ayons, en temps de paix et non pas de guerre. C’est un extraordinairement indicatif de l’état de civilisation par la civilité et la domestication de la violence et également, de l’état de dégradation par l’augmentation massive des violences volontaires, des tentatives d’homicide et des homicides. En réalité, nous avons eu une immense chance de pacification massive et nous avons un retour de tendance par la violence qui devrait tous nous inquiéter. »

Votre livre reprend bon nombre de cold-cases. Comment le définir et comment les enquêteurs déterminent-ils s’il ont à faire à un cold-case ou pas?
« Aux Etats-Unis, un cold-case, est une enquête non résolue rapidement… C’est lorsque les éléments essentiels manquent : pas de cadavre, pas d’indices, pas de suspect ; un suspect mais pas d’indices, et où le niveau de popularité dans l’opinion d’émotion implique qu’il faut s’y intéresser. En France, il faut que l’enquête ait 18 mois. C’est donc l’article 706.106.1 du Code de procédure pénal qui désormais définit qu’un cold case n’a pas bien été traité, qu’il relève d’une série criminelle ou d’un cas qui n’a pas eu d’évolution majeure au bout de 18 mois et qui peut donc être traité, notamment par un Pôle national cold-case. Vous noterez qu’il a fallu 2023 ans pour s’intéresser aux cold-cases.

Tout d’abord le FBI (Federal bureau of investigation)
« Les Etats-Unis ont commencé à s’occuper de ces affaires dans les années 1970 au FBI. Alors pas du tout sur la question des cold cases mais parce qu’ils ont commencé à découvrir que des séries de cas non élucidées relevaient d’un seul auteur. Et donc par le biais de faits qui se ressemblent, de modes opératoires… Le premier serial killer de l’histoire ? Gilles de Rais, qui aimait beaucoup les petits enfants et les petites filles. On suppose qu’il en aurait tué entre 300 et 400, même s’il n’a été poursuivi que pour une trentaine. Alors c’est un grand capitaine d’armée, le numéro 2 de Jeanne d’Arc, un VIP serial killer, Malgré Landru et quelques autres, nous n’avions jamais vraiment développé un outil de gestion… »

Salle Cellier Benoît XII presque trop juste pour recevoir les têtes d’affiche Copyright Mireille Hurlin

Faire des corrélations
« Vous découvrez qu’avec un peu de jugeote, un magistrat tout seul pouvait découvrir que Joseph Vacher n’en était pas à son premier assassinat. Et bien nous, il nous a fallu extraordinairement de temps, il faut rendre hommage à un magistrat, d’ailleurs Jacques Dallest, et des avocats qui ont beaucoup travaillé notamment sur Les disparues de l’Yonne, pour se rendre compte qu’on ne s’occupait pas du tout de rapprocher les faits géographiquement. Aux États-Unis, en Grande-Bretagne et ailleurs, les cold-cases sont exhumés par l’opinion publique ou la détermination d’un enquêteur, d’un groupe d’enquêteurs. En France, 300 ont été identifiés. »

Comment les médias influencent-ils l’opinion publique sur le crime? Y a-t-il une limite du rôle des médias dans ces affaires et si oui, quelles sont-elles?
« La limite du rôle du média c’est la décence. Il n’y en a pas d’autres. Pour ce qui est de ceux qui croient encore qu’en France le secret de l’instruction existe, arrêtez d’acheter les journaux. Sur le reste, les médias servent à peu près tout. Ils servent aussi à relancer des enquêtes, à dénoncer des tentatives d’enfouissement. Ils servent à faire pression pour qu’une vieille affaire ressorte. Donc ils ont un rôle. Ensuite, il serait tout à fait insupportable d’imaginer un univers où le secret serait tel que les médias ne puissent pas parler du tout d’une affaire, sauf au moment où elle arrive devant le juge. On ne connaitrait pas celles qui n’arriveraient pas, on n’aurait pas de connaissance. »

Le vrai drame des médias ?
« C’est la perte des journalistes de faits divers. Il y a de très grands, d’immenses journalistes qui arrivent à faire le métier. Qui sont les gens qui racontent l’enquête. Les familles, les avocats, les magistrats, les policiers, les gendarmes. La demande est immense de pédagogie et d’informations pour que les gens puissent se faire leur propre opinion. Et pas ma propre opinion. »

La catastrophe ?
« C’est lorsque les magistrats, le juge deviennent des justiciers. Quand ils pensent qu’ils portent la bannière, qu’ils sont les héros d’une affaire. Ils partagent leur intime conviction –qu’elle soit vraie ou fausse- avec tout le monde, au lieu de la garder pour eux. Ils partent à la chasse aux suspects, ils vous annoncent tout et n’importe quoi, ils ne vérifient rien. Cela devient alors le drame de la médiatisation moderne. Auparavant, au moment où le journal était diffusé, on pouvait avoir trois contre-indications, deux vérifications. Là, c’est fini. En fait, une information et un démenti égal deux informations. ‘Et ça, c’est bon coco’, je cite. »

Un tempo de plus en plus accéléré
« Donc c’est un peu compliqué parce que les professionnels de l’information vivent dans un tempo de plus en plus accéléré et même les journaux dits sérieux, également présents sur un site internet, doivent le nourrir car il faut faire des clics. Éventuellement ça permet d’avoir des abonnements, on ne sait jamais. Et donc ils démultiplient le nombre d’informations et de désinformations en se contredisant parfois, en se justifiant rarement, et c’est à nous de faire le tri. C’est un vrai problème, ca n’est heureusement pas tous les médias, mais on sent bien qu’il y a des tentations et des pulsions à l’hyper rapidité. C’est le drame des chaînes d’info-continue et tout le monde se lance dans ça, y compris les quotidiens, bref, l’Internet a bouffé la qualité journalistique.

Attention aux pulsions de l’hyper rapidité
« Et puis de temps en temps, vous avez de très grands journalistes, spécialistes de l’investigation… Et aussi des stagiaires qui font leur métier de stagiaire, qui sont obligés de remplir des trucs avec rien et qui font la chasse à l’info. Donc on a le meilleur comme le pire, parfois dans le même journal, des fois que vous êtes sur le site web et pas sur le print. Mais c’est indispensable au bon fonctionnement de la démocratie. Donc il faut faire avec. Simplement, il faut vérifier systématiquement les sources et avoir une diversité d’approches de l’information… Avec les réseaux sociaux et les algorithmes qui vous s’enferment dans une colonne de nage où vous ne vérifiez plus rien et où on vous pousse à l’extrêmisation de tout, sans que vous ayez la possibilité de vérifier ou de douter. »

Appendre le doute
« Moi, mon métier, c’est d’apprendre le doute, donc je vérifie tout et trouve les moyens de sortir de cela par ma propre volonté mais il est vrai que, pour l’instant, nous sommes de plus en plus enfermés dans une logique unique où évidemment personne ne reconnaît ses erreurs et où l’on pense que tout le monde a oublié. En fait, tout le monde mise sur l’amnésie du citoyen. Nous, on mise plutôt sur son intelligence. Moi je pense que dans l’opinion, il y a un effet de masse, et que l’effet de masse produit parfois la haine, la fureur, la vengeance. Ça dépend sur quoi l’on mise. » Puis Alain bauer s’est éclipsé en salle de la Grande audience pour la dédicace de ses ouvrages.

En savoir plus
Alain Bauer, professeur de criminologie. Professeur titulaire de la Chaire de Criminologie du Conservatoire National des Arts et Métiers (depuis 2009), directeur du Master de Sciences Criminelles et criminologie, Directeur scientifique et Vice-Président du Conseil scientifique du pôle sécurité défense du CNAM, Professeur titulaire de la chaire de sciences policières et criminelles du MBA Spécialisé Management de la Sécurité (Paris II, HEC, EOGN), Senior Research Fellow au Center of Terrorism du John Jay College of Criminal Justice à New York (États-Unis), à l’Académie de police criminelle de Chine, à l’Université de Droit de Beijing, Enseignant à l’Institut de criminologie de Paris (Université Paris II-Panthéon Assas), aux Universités Paris I-Panthéon Sorbonne et Paris V-René Descartes, à l’Ihesi puis Inhesj, au Centre national de formation judiciaire de la gendarmerie nationale, au CHEMI, Éditeur de l’International Journal on Criminology, Membre du Conseil Éditorial de PRISM (NDU).

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