Un Royaume pour six danseuses au Centre chorégraphique Les Hivernales
Elles sont 6 sur scène mais elles représentent la moitié de l’humanité Elles portent une parole universelle tout en nous dévoilant leurs parcours personnels de femme et d’artiste. La sincérité est leur ressort. Elles puisent le courage de dire l’intime dans la sororité qui les réunit. Leur talent de danseuses issues de parcours variés fait le reste sur une chorégraphie signée Hamid Ben Mahi.
Un spectacle croisant danses, témoignages et sons d’archives. Que vivent les femmes au quotidien ? Harcèlement dans le métro, enfermement familial, peurs… Beaucoup de questions sont posées par les voix off de Simone Veil ou Françoise Giroud mais également par les anecdotes dévoilées en direct sur le plateau A toutes les épreuves rencontrées, la réponse est dans les mots et dans le corps. Seules ou en groupe, la reconstruction, la réparation est en marche.
Une mise en lumière et en mouvement de la parole des femmes Leur réponse ? Jamais violente. Empreinte au contraire de rêve et de poésie et surtout de joie. Joie de danser, de se tenir par la main, de ne faire qu’un seul corps. C’est une joyeuse débandade prenant quelquefois la forme de danses tribales , de hip hop ou de fusion. La parole circule, un flux de liberté se propage, le pouvoir devient collectif. Nous atteignons avec elles l’inaccessible Royaume. Royaume. Jusqu’au 20 juillet. 15h10. 8 à 20€. Les Hivernales. 18 rue Guillaume Puy. 04 90 82 33 12. hivernales-avignon.com
Un Royaume pour six danseuses au Centre chorégraphique Les Hivernales
Un texte inédit de Louis-Ferdinand Céline édité en 2022 Vous n’avez jamais lu Louis-Ferdinand Céline ? Vous hésitiez à le lire : sa réputation sulfureuse, son antisémitisme, son écriture si particulière, argotique et réaliste à la fois. Avec « Guerre » qui est un manuscrit inédit édité en 2022, il reprend le personnage de Ferdinand dépeint dans « Mort à crédit » en 1936. À travers la convalescence du jeune blessé Ferdinand Destouches, il dénonce l’absurdité et l’atrocité de la guerre.
Un spectacle qui réconcilierait tout le monde autour de Louis-Ferdinand Céline ? Ce texte d’une actualité brûlante – guerre en Ukraine – a tout de suite interpellé le metteur en scène Benoît Lavigne. Il y a la révolte face à l’absurdité de la guerre et ses horreurs mais aussi la rage de vivre pour se sortir de cet enfer. Le récit peut être dérangeant mais cependant sincère et la langue de Céline tout simplement humaine.
Benjamin Voisin, un acteur à suivre Sensible, violent, fulgurant. Dans tous les registres il excelle. Sa gueule d’ange peut devenir démoniaque pour redevenir subitement candide et innocente. On le découvre à terre, blessé, jurant, pleurant. Tout est dit dès les premières minutes. Et de son talent d’acteur et de l’absurdité de la guerre. Le texte d’une violence inouïe nous percute et nous met à terre, comme Ferdinand. Nous sommes dans l’enfer de la guerre comme dans les méandres de la souffrance physique et psychique de Ferdinand. Grâce au jeu de l’acteur, mais aussi de la mise en scène suggestive des couleurs et la musique, nous pénétrons dans la dimension universelle de l’horreur et du chaos du monde. Guerre. Jusqu’au 29 juillet. Relâche les 17 et 24 juillet. 17h20.8 à 25€. Réservation ici.Théâtre du Chêne Noir. 8 bis, rue Sainte-Catherine . Avignon. 04 90 86 74 87. www.chenenoir.fr
Copyright Benjamin Voisin
Un Royaume pour six danseuses au Centre chorégraphique Les Hivernales
Elégant, courtois, un rien moqueur et plein d’humour Après le prologue musical de ses 2 compagnons de scène, l’harmoniste Greg Ziap – eh oui, celui là même de Johnny Halliday – et l’accordéoniste Pascal Contet, Jacques Weber entre de suite dans le vif du sujet : le théâtre qu’il aime, qui l’accapare mais qu’il n’hésitera pas également à bousculer au cours de sa prestation.
Un spectacle autour des grands textes de la littérature et du théâtre, avec de la musique et des anecdotes Il affectionne bien sûr particulièrement Cyrano de Bergerac joué plus de 500 fois dans le rôle titre de Cyrano et qui lui a valu en tant que De Guiche le César du meilleur second rôle dans le film de Rappeneau de 1990. Il nous propose ici la longue tirade des « Non merci ». La sympathie du public est acquise, il peut continuer avec Ruy Blas de Victor Hugo ou Lamartine et oser la longue tirade articulée « Le nuage en pantalon » ( Maria) de Maïakowsky pas forcément facile ni à dire ni à entendre. Le fantôme de Louis Jouvet planera pendant tout le spectacle et quelques bons mots permettront sourires et respirations. Il y aura aussi le glaçant « Le coupeur d’eau» de Marguerite Duras, la lettre de Frida Khalo et Rimbaud. Une diction et une présence qu’il mettra toujours au service de ces beaux textes que ce soit dans la tirade de Don Juan ,quand il grimace Louis de Funès ou dans ce fabuleux texte sur l’Auteur critique de Raymond Devos qu’il interprète avec malice.
Quand Jacques Weber , le breton d’adoption prend le large Sur un texte qu’il a écrit « Le matin breton, le Ciel est à l’eau » le décor est planté : mouette qui ressemble au corbeau, gueules burinées de marin, blanc sec à tribord, algues vertes et fest-noz. Il savoure son enfance, se souvient des chansons scout.
Même si Le Weber à vif se termine sur les mots du Pèse-nerfs d’Antonin Artaud on sent aussi quelqu’un qui a choisi de prendre son temps, de savourer l’existence, en compagnie du public et aussi d’amis choisis tels ces 2 compères musiciens qui mériteraient d’être mieux intégrés à cette création portant collective.
Weber à vif. Jusqu’au 29 juillet. Relâche les 17 et 24 juillet. 15h45. 12 et 17€. La Scala. 3 rue Pourquery de Boisserin. Avignon. 04 90 65 00 90. lascala-provence.fr
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Le Grand Avignon a offert 11 ordinateurs dans le cadre du dispositif ‘Femmes connectées’ qui vise à l’accompagnement des publics en difficulté, aux démarches en ligne, à l’emploi et à l’insertion dans les quartiers prioritaires du territoire.
Les bénéficiaires de ‘Femmes connectées 2.0’ sont en situation de très grande précarité, accompagnées par l’association Avenir 84, dans le cadre de cette opération, elles seront initiées à la prise en main des ordinateurs.
En 2022, le Grand Avignon avait déjà fait don de 10 ordinateurs, chiffre qui monte à 30 unités centrales et 10 écrans en 2023, complété de 20 écrans, 30 souris et claviers dans le cadre du Contrat de ville et d’une subvention de 2 000€.
Ces outils informatiques proviennent de son parc, régulièrement renouvelé et dont la reconfiguration permet d’alimenter en matériel, les personnes les plus éloignées de l’emploi et de la numérisation. La remise des équipements au bénéfice de 11 femmes est intervenue en ce début juillet.
L’association Avenir 84 intervient depuis 2001 dans le cadre du Contrat de ville du Grand Avignon, en particulier dans la médiation numérique et l’accompagnement des publics en difficulté, notamment aux démarches en ligne, à l’accompagnement à l’emploi et à l’insertion dans les quartiers prioritaires du Grand Avignon (Équipe Emploi Insertion, Fabrique numérique du Territoire d’Avignon).
Femmes connectées 2.0 Femmes connectées 2.0 vise à collecter auprès d’administrations, de collectivités ou d’entreprises des équipements informatiques, qui seront mis à disposition de femmes en situation de très grande précarité, accompagnées dans le cadre de cette opération. MH
Joël Guin, président du Grand Avignon remettant une unité centrale à l’une des bénéficiaire
Un Royaume pour six danseuses au Centre chorégraphique Les Hivernales
Nous sommes allés au Théâtre de l’Oriflamme pour le plaisir de voir et d’entendre l’incarnation de ce texte, ‘La vie interdite’ de 1997 de Didier Van Cauwelaert. «Je suis mort à sept heures du matin. Il est huit heures vingt-huit sur l’écran du radio-réveil, et personne ne s’en est encore rendu compte.» Et là, nous avons découvert un Christian Mulot inspiré, bondissant, drôle et tendre. On ne pouvait rêver plus parfaite interprétation.
Arrivé au beau théâtre de l’Oriflamme, du nom de la rue éponyme et aussi à l’angle du 3-5 rue Portail Matheron. Il est si design, si propre et si entretenu dans la vieille ville moite, bruissante et agitée de ce mois de juillet, que l’on s’en trouve déjà transporté.
Etre accueillis Nous sommes accueillis, vraiment accueillis, par Julien Cafaro, le co-directeur du lieu -avec Patrick Zard qui ont transformé l’ancien restaurant en un confortable théâtre de 91 places ouvert en 2022-. Il faut dire qu’outre les spectacles du off, on y prend des cours de théâtre, on y fait des résidences, on y produit des concerts ainsi que des expositions.
La vie interdite L’ambiance est bon enfant. On se met en rang. On jette des coups d’œil par-ci, par-là. Des amis de Christian Mulot sont impatients de le voir sur scène. Ils se taisent, regardent et écoutent autour d’eux, impatients de goûter à cet avant-spectacle et de le découvrir sur scène.
Ainsi commence l’aventure de Jacques Lormeau, 34 ans, quincaillier à Aix-les-Bains. “Je suis mort à sept heures du matin. Il est huit heures vingt-huit, et personne ne s’en est encore rendu compte”. L’esprit flottant au-dessus du frigo de sa caravane, Jacques découvre son cadavre, allongé aux côtés de sa maitresse, sous les fenêtres de sa femme. Wahou ! Les humains seraient peut-être plus détendus si on les prévenait que la mort est un Luna-Park où l’on passe d’une attraction à l’autre… »
Copyright MH
Sur la scène Christian Mulot est dissimulé derrière son chevalet d’où il fait surgir d’une toile et des flots, sa maîtresse, nue. Il chantonne. A priori il est mort et flotte au-dessus du frigo et personne ne s’en aperçoit. Commence alors le voyage surprenant du petit quincailler qui n’a pas eu le temps de cacher ses secrets, entend les pensées de ses proches et revient sur les événements fondateurs de sa vie.
On découvre avec un immense plaisir un comédien habité, facétieux, bondissant, créant à lui seul un univers peuplé de personnages, de ressentis, de situations drôles, loufoques, graves et surtout tendres. L’adaptation, intelligente, perspicace, rythmée, alterne entre sobriété et volubiles propos laissant deviner, sachant dessiner l’impalpable, ce qui laisse toute la place à son talent et signe sa fidélité au texte.
On en sort heureux, léger, et empli de messages pas si communs à prendre ou pas. Comme tout ce qui semble parfait, fluide et couler de source, une fois la porte du théâtre franchie, l’on mesure tout d’abord le coup de foudre du comédien pour l’ouvrage, le travail de fourmi pour l’adaptation, la géniale mise-en-scène de Séverine Vincent pour mettre au jour l’apprenti fantôme, sur les toits de la ville, voyageant au cœur de la nuit. Les lumières bleues et fantômatiques de Thomas Quenneville, le souffle du vent qui balaie le temps et l’espace concourent à l’incarnation de ce sympathique ectoplasme.
Les infos pratiques la vie interdite. Texte de Didier Van Cauwelaert et Adaptation de Christian Mulot. Théâtre de l’Oriflamme. 3-5, rue du Portail Matheron à Avignon. Jusqu’au 29 juillet. 20h15. Relâche le 16 et 23 juillet. De 13 à 22€. Réservation : 04 88 61 17 75.
Un Royaume pour six danseuses au Centre chorégraphique Les Hivernales
Un homme errant toute la nuit dans la forêt, est secouru par trois individus charitables, un juge, une avocate et un bourreau. Ils attendent un prisonnier, un tueur de personnes âgées.
Mais la personne chargée de le conduire à eux, ne donne plus signe de vie. Pourtant ce détenu doit être jugé, défendu puis exécuté. Le voyageur révèle d’ailleurs aux trois personnages : Justice, Bourreau et Juge qu’il s’appelle Jésus et qu’il est médecin. Ce ‘Jésus’ est mystérieusement affublé d’une mallette regorgeant d’accessoires.
L’auteur de la pièce, Shams Bouteille, également comédien et créateur de la musique de la pièce, mêle ici drame et théâtre de l’absurde. Il est le fils de Romain Bouteille qui a lu et apprécié la pièce présentée qu’il n’a pu, hélas, voir montée.
Le scénario, le jeu des acteurs et leur dynamisme emmène la salle curieuse d’aboutir à une fin aussi improbable que l’histoire qui nous est contée. On réfléchit longtemps à ce que l’on a vu, essayant de décrypter la succession de tableaux et leur possible symbolique comme un regard aiguisé sur la violence du monde, la naïveté versus la rouerie humaine.
Les infos pratiques Le cadeau des Dieux. Jusqu’au 29 juillet 2023. 20h45. De 11€ à 19,50€. Durée 1h. Ba Théâtre. Relâche les lundis. 25, rue Saint-Jean le Vieux à Avignon. 04 65 87 54 40.
Un Royaume pour six danseuses au Centre chorégraphique Les Hivernales
‘Nos histoires’ réunit sur scène deux acteurs : Frédérique Auger et Jean-Charles Chagachbanian. Beaux, talentueux et subtiles, ils exhument ce que chacun de nous a vécu un jour ou un autre, ou encore a vu : La relation d’emprise. Les mots claquent sur une mise en scène ultra créative. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire nous nous sommes attachés à eux et accepté, comme un cadeau de la vie, leurs révélations. Une non-leçon de vie que l’on a adorée.
L’histoire ? Une québécoise, Vicky, vivant à Paris entre dans un café-bar-brasserie, mettant un temps infini à se décider sur ce qu’elle veut prendre. Maxime, le gérant de l’établissement use de toute sa patience pour enfin la servir. Elle, rousse splendide, lui beau ténébreux. Ils vont tisser une magnifique amitié et se questionner l’un l’autre sur ce qu’ils vivent. Lui, maxime, une relation d’emprise avec Danielle, une mère intrusive, paralysante et castratrice et elle, Vicky, avec un compagnon, Didier, sombre et manipulateur.
Au bout du chemin ? La destruction de ce en quoi ils croient, de ce à quoi ils tiennent et, finalement, de leur nature profonde. Quand on est à terre, peut-on regagner la verticale ? Auront-ils, l’un et l’autre suffisamment de courage, de pugnacité et d’acuité pour sortir des rets qui les maintiennent puissamment au sol ? Entre isolement, non-dits, absence d’estime de soi, ils nous éclairent sur ce que nous avons pu vivre ou vivons encore et nous tirent vers le haut pour nous extraire de nos automatiques capitulations, gagner en liberté et surtout en lumière.
Nous avons tout aimé L’ambiance, la mise-en-scène –de Giorgia Sinicorni-, le parfait travail des comédiens, un texte sensible, rythmé, empreint de respect pour chacun des personnages présent ou évoqué. Pas de pathos mais une réalité crue et affirmée avec talent et sans jugement. La vie quoi…
« ‘Nos Histoires’ est une réflexion sur le double, sur notre partie obscure, mais aussi sur comment être une personne plutôt qu’une autre, note Giorgia Sinicroni, la metteuse en scène. Être victime plutôt que bourreau ne tient qu’à un choix. Le choix est présent dans tout ce que l’on fait. Max et Vicky, les héros de cette pièce ont toujours le choix de partir ou rester, de répéter le scénario dont ils sont victimes ou de le casser pour se libérer. Et ce choix sera parfois exprimé dans leurs mouvements avec des arrêts sur image, pour en arriver à la fin dans laquelle on verra carrément dérouler sous nos yeux deux fins possibles. On peut donc penser que les relations d’emprise sont des alliages qui nous affaiblissent, tandis que les relations saines, sont des alliages qui nous renforcent (Vicky et Max par exemple). Et c’est précisément cet alliage précieux qui est la force motrice de notre histoire. Vicky et Max grandissent et se libèrent grâce à leur amitié.»
Les infos pratiques ‘Nos histoires’ de Frédérique Auger avec elle-même et Jean-Charles Chagachbanian. Théâtre Le Cabestan. 12h35. Relâche les mercredis. Durée 1h05. A partir de 12 ans. De 10 à 19€. Création 2023. 11, rue du Collège de la Croix à Avignon. 04 90 86 11 74.
Un Royaume pour six danseuses au Centre chorégraphique Les Hivernales
« On n’est pas là pour disparaître » au théâtre des Halles ou comment l’amour peut être plus fort que la mort ?
Le thème annoncé est sur la maladie d’Alzheimer. On ne peut s’y tromper car une projection – scientifique, preuve à l’appui avec des chiffres et des schémas – nous explique pendant le premier quart d’heure du spectacle ce qu’est la maladie d’A, sa découverte, ses progrès pour la stabiliser à défaut de la soigner, les ravages qu’elle fait. On nous propose même, par des questions ciblées, de faire des exercices, des expériences de pensées pour tenter de se représenter de manière très concrète l’effet de cette perte d’identité. Mais ce spectacle va bien au-delà….
Passage de témoins Au départ un fait divers : le 6 juillet 2004, Mr T, atteint de la maladie d’Alzheimer poignarde sa femme de cinq coups de couteaux. Olivia Rosenthal s’empare de ce fait divers pour le ponctuer de ses propres angoisses dans un livre magnifique « On n’est pas là pour disparaître » ( 2007). L’écriture d’Olivia Rosenthal séduit depuis longtemps l’auteur et metteur en scène Mathieu Touzé et le thème d’une maladie qui sépare les gens résonne assez fortement en lui après ces années covid.
Le travail au plateau Dans le livre c’est une seule voix qui parle, qui écrit et qui traverse des personnages. Sur scène , c’est l’extraordinaire comédien Yuming Hey qui réunit à lui seul toutes ces voix – la femme de monsieur T, les médecins, monsieur T, les soignants – dans un fil narratif qui emmène le spectateur du début à la fin dans la dramaturgie du spectacle. Il parvient par son incroyable immobilité, littéralement ancré sur le plateau à dessiner un aller retour permanents entre les personnages sans nous perdre. Tout bouge autour de lui, le chaos comme les cris d’amour de ses proches. Il est la révolte de Mr T ; il est l’incarnation de l’amour de Mme T qui lutte contre l’effacement de son identité. Il est, par un battement de paupière, une voix qui s’altère, un pied qui pivote légèrement, les tensions corporelles qui affleurent un homme qui finit par effacer lui même sa vie qui lui échappe.
Dans la maladie d’Alzheimer et non pas sur Nous plongeons littéralement dans la douleur de Mr T et Mme T dont nous connaissons l’issue. Nous faisons l’expérience de la perte, de l’oubli, de l’absence de souvenirs. Nous comprenons qu’il est «compliqué d’être un homme» , que cette peur de perdre ou d’oublier un proche nous habite en fait constamment.
Plus globalement, ce spectacle nous incite à ne rien reporter, à crier l’urgence de lutter contre l’effacement de l’humanité.
On n’est pas là pour disparaître. Jusqu’au 26 juillet. Relâche les 13 et 20 juillet. 15 et 22€.Théâtre des Halles. Rue du Roi René. 04 32 76 24 51. www.theatredeshalles.com
Un Royaume pour six danseuses au Centre chorégraphique Les Hivernales
Une mise en abyme étonnante On dirait….Nous dirions que l’on arrive dans une carrière qui s’appelle carrière de Boulbon. On dirait qu’on la découvre ou qu’on la redécouvre après 6 ans d’absence. Qu’il y flotte encore les grands noms ayant investi ce lieu mythique de Bartabas à Peter Brook en passant par Israël Galvan.
On y arrive en bus, un peu chaotique. On connaît ou pas son voisin. L’émotion est dans l’air, chaud, alourdi par le chagrin des souvenirs : l’an dernier La Montagnette a brûlé. On écoute les dernières recommandations : horaires à respecter pour les navettes de retour et cigarettes interdites.
On irait ensuite s’asseoir sur les gradins qui n’ont guère changé. On embrasse d’un regard ce plateau naturel, nu et cette falaise qui nous accueille. Il n’y a aucun doute : la Carrière de Boulbon sera bien le personnage principal de ce qui va se jouer ce soir.
Et le spectacle commence On voit arriver un bus blanc chaotique poussé par des personnages improbables qui viennent aussi pour un spectacle, un enterrement, un séminaire, un stage ? Est ce une communauté hippie ? Des spectateurs du In ? L’imaginaire du spectateur s’active. Ils viennent d’échouer dans un désert, ils commencent à s’organiser, à s’émanciper des directives doucereuses assénées au micro. Ils font ce que nous n’osions faire : nous approcher, toucher la terre, errer sur cette scène sableuse, combler le lieu d’objets farfelus, investir l’espace de poésie et de chansons, prendre des postures farfelues, gambader, s’éviter, s’accoupler.
Dans cette succession de scènes à la fois loufoques et sidérantes, nous cherchons notre alter égo, notre âme sœur. Est-ce ce qu’on appelle la fameuse catharsis au théâtre ?
Une place privilégiée Le triptyque de Bosch, 220 × 386 cm , collection permanente du musée du Prado à Madrid suscite le même engouement que La Joconde et du coup la même contrainte : rendez-vous, file d’attente, temps contraint de visite. Autant dire que vu les détails à observer, les scènes à identifier, les propos ésotériques à comprendre ou à interpréter – Enfer, paradis, fin du monde ou dystopie – le spectacle de Philippe Quesne – même si le tableau n’est qu’un point de départ de création au même titre que la Carrière de Boulbon – nous offre la liberté de rêver notre vie passée et à venir.
Une expérience sensorielle et sensible qui défient les éléments de la nature Tous les éléments ? Non. L’eau y est absente à la différence du tableau de Bosch où elle y est omni présente. Pendant 2 heures la sécheresse est partout , dans l’air et le sol retourné. Quand les éléments se déchaînent – fabuleux orage sur la falaise – les tensions peuvent enfin se relâcher malgré l’éminence d’une apocalypse. Et s’il suffisait de recommencer ? D’apprendre de nos erreurs. Est ce trop tard ?
Des délices à la délectation Nous sommes prêts à remonter dans notre bus, les langues se délient un peu plus qu’à l’aller. Trop long pour quelques uns, trop abscons pour d’autres, sans intérêt pour certains. Il n’empêche, on y était sans regret, avec délice et délectation.