7 mars 2026 |

Ecrit par le 7 mars 2026

CAPEB 84 : ‘la normalité est devenue un luxe’

Lors de ses vœux 2026, le président de la Capeb Vaucluse -Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment-, Philippe Herzog, a dressé un constat sans fard : l’artisanat du bâtiment traverse une crise durable, alimentée par la chute du neuf, des trésoreries sous tension et une instabilité réglementaire étouffante. Dans le Vaucluse, où les mises en chantier de logements reculent fortement, la Capeb appelle à un ‘choc de confiance’, à la simplification et à une politique lisible, tout en misant sur des relais locaux : adaptation des logements au vieillissement, patrimoine, formation et montée en compétence.  

Il y a des discours de vœux qui ressemblent à des bulletins météo. Et puis il y a ceux qui sonnent comme un baromètre d’alerte. Lundi 19 janvier, Philippe Herzog, président de la Capeb Vaucluse, a choisi la seconde option : un propos à la fois institutionnel et frontal, traversé par une phrase qui résume l’état d’esprit d’une partie de la profession : “des chantiers signés, payés, réalisés dans de bonnes conditions… ce qui est devenu une forme de luxe.” Un discours entendu par une soixantaine de personnes dont Thierry Suquet, préfet de Vaucluse.

Une crise qui s’installe, chiffres à l’appui
Au niveau national, la Capeb documente une dégradation persistante de l’activité. Sa note de conjoncture du 3ᵉ trimestre 2025 fait état d’un nouveau recul de l’artisanat du bâtiment, avec une baisse de 3,5% sur un an, tirée par la chute de la construction neuve (-6%) et un entretien-rénovation lui aussi en repli.  

En Vaucluse
Dans le Vaucluse, le tableau est au diapason. Les dernières analyses conjoncturelles de la filière construction indiquent 1 900 logements commencés sur 12 mois à fin novembre 2025, soit -29,8% en un an, tandis que l’emploi salarié construction est donné en baisse (12 727 salariés ; -4,2%). Des chiffres qui donnent un relief particulier aux mots du président : carnets irréguliers, marges qui se tassent, entreprises qui “réduisent la voilure” — et, de plus en plus, des dirigeants qui écourtent leur trajectoire en anticipant la retraite, faute de perspectives.

Une soixantaine de personnes s’était rendue aux voeux de la Caleb. Copyright MMH

“On nous demande d’être tout, tout de suite”
Au cœur du discours : l’instabilité. Philippe Herzog prend l’exemple emblématique de la rénovation énergétique, où l’outil public est perçu comme mouvant, complexe, parfois contradictoire avec les doctrines de formation de la profession. Le débat dépasse les seules lignes budgétaires : il touche à la confiance, à la lisibilité des règles et à la capacité d’une TPE (Très petite entreprise) à se projeter.

Effet yoyo
Ce diagnostic ‘d’effet yo-yo’ n’est pas isolé. Plusieurs analyses ont décrit une succession d’ajustements, de recentrages et de contraintes administratives autour de MaPrimeRénov’, au risque de décourager ménages et professionnels. À cette instabilité s’ajoute, selon la Capeb, une forme de paradoxe quotidien : être “plus verts, plus rapides, plus numériques” tout en restant “moins chers”, dans un environnement de contrôles et de procédures qui, à l’en croire, se trompe parfois de cible.

Le local comme levier : maires, marchés publics, logement adapté
Le président de la Capeb 84 a profité de l’année préélectorale municipale pour interpeller les élus : sans investissement local, le bâtiment ne joue plus son rôle de moteur territorial. Il demande notamment de faciliter l’accès des TPE à la commande publique et de redonner de l’oxygène administratif.

Pousser les marchés à potentiel
Dans le Vaucluse, la Capeb veut aussi pousser des marchés ‘à potentiel’ : l’adaptation des logements au vieillissement, via MaPrimeAdapt, et l’accompagnement des seniors. L’argument démographique est solide : selon l’Insee, la part des 60 ans ou plus atteindrait 31,5% dans le département en 2025. Autrement dit : la question du maintien à domicile n’est plus un sujet périphérique, mais un segment structurel, appelé à se développer.

De gauche à droite : Rabah OTMANI trésorier, Philippe HERZOG, président et Ornella LEZAMA secrétaire du bureau de la Capeb 84

Patrimoine, RSE, formation : la stratégie des compétences
Au-delà du constat, Philippe Herzog déroule une ligne : tenir par l’outil collectif et la montée en expertise. Patrimoine -bâti agricole, hydraulique, cultuel, mémoire-, RSE -Responsabilité sociétale des entreprises, appelée à devenir plus structurante dans les marchés-, qualifications, labels, et surtout formation, présentée comme un investissement défensif et offensif à la fois.

Renforcement de l’équipe
La Capeb Vaucluse annonce d’ailleurs un renforcement de son équipe sur les volets qualifications, fidélisation/adhésion et formation, avec une promesse : aider les artisans à se repérer dans la complexité, plutôt que de la subir seuls.

L’endurance pour tenir
Le discours se clôt sur un triptyque : action, union, détermination, et un mot ajouté, comme un aveu lucide : l’endurance. Dans un secteur où la crise du neuf pèse sur tout l’écosystème et où la rénovation devient plus technique, plus risquée, plus normée, l’enjeu n’est pas seulement de tenir, c’est d’éviter que la lassitude ne se transforme en renoncement.

Sans artisans, point de société
Car derrière les pourcentages et les dispositifs, il reste une réalité très concrète : sans artisans, pas de logements rénovés, pas de patrimoine entretenu, pas d’urgence réparée, pas de transition énergétique à l’échelle des quartiers. Et c’est précisément ce que la Capeb 84 est venue rappeler, vœux après vœux, non comme un rituel, mais comme un signal.
Sources Capeb, Cerc, Insee.
Mireille Hurlin

Valérie Coissieux, présidente de la Chambre des métiers et de l’artisanat de Vaucluse et Thierry Suquet préfet de Vaucluse Copyright MMH


CAPEB 84 : ‘la normalité est devenue un luxe’

« C’est une lourde tache qui nous incombe et on a besoin de tous » c’est ce que vient de déclarer Nordine Saihi, nouveau président de l’U2P de Vaucluse (Union des entreprises de proximité) lors de la présentation du bureau cette confédération qui regroupe les entrepreneurs de l’artisanat, du commerce, de l’économie et des professions libérales. Philippe Herzog, qui représente les plombiers-chauffagiste ajoute « Depuis plus de 70 ans, nous défendons les artisans, nous formons les apprentis, nous les aidons à mettre en oeuvre les normes, notamment le label RGE (Reconnu garant de l’environnement) pour limiter la consommation d’énergie et nous leur donnons un coup de pouce juridique si nécessaire ».

Au nom de la Confédération générale de l’alimentation en détail (CGAD) qui représente les boulangers, pâtissiers, cuisiniers, traiteurs, chocolatiers, fromagers, confiseurs, poissonniers et les commerçants sur les marchés… Dino Tornati, l’excellent boucher de la place Saint-Didier aujourd’hui à la retraite mais élu de l’U2P ajoute : « Nous représentons 300 petites et moyennes entreprises en Vaucluse de tous horizons, nous formons une équipe expérimentée au service de ceux qui ont besoin d’un conseil, d’un savoir-faire, d’une main tendue. Le président de la CGAD, Thierry Despeisse précise de son côté : « Là avec le prix de l’énergie qui ne cesse de grimper, certains voient leurs factures multipliées par 3 ou 4, nous devons nous mobiliser pour qu’ils s’en sortent quoi qu’il en coûte ».

Autre représentant de l’U2P et cela pourrait paraître inédit. Et pourtant : les professions libérales. Le cardiologue Philippe Samama explique : « Nous existons depuis 2005, nous regroupons les médecins, kinés, orthodontistes, mais aussi les métiers du droit comme les avocats ainsi que les experts comptables et commissaires aux comptes. Et nous siégeons à l’Urssaf ou à la Caf (Caisse d’allocations familiales) « .

Le président Nordine Saihi complète :  » Avec le Covid, nous avons connu une crise sans précédent entre les métiers essentiels et non essentiels, les chefs d’entreprises qui ont contracté un PGE (Prêt garanti par l’état) doivent maintenant le rembourser et ce n’est pas toujours facile, quand la trésorerie est au plus bas. Mais nous savons nous adapter, évoluer, travailler avec les élus de tous horizons pour trouver ensemble des solutions, défendre nos métiers, les rendre plus visibles, plus attractifs. Notre qualité première c’est d’être proches de nos mandants ».

« Nos artisans représentent 33% du tissu économique de Vaucluse. »

Valérie Coissieux, présidente de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de Vaucluse

De son côté Valérie Coissieux, la président de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de Vaucluse ajoute : « Nos artisans représentent 33% du tissu économique de Vaucluse, ils sont en plein désarroi avec le prix des matières premières et de l’énergie qui flambent. Ils ont parfois bénéficié d’aides, mais malgré tout, certains ont dû baisser définitivement leur rideau. Et pourtant normalement on travaille avec notre coeur, on ne licencie pas. Mais depuis la crise sanitaire, les jeunes en particulier veulent vivre différemment, pouvoir passer le week-end avec leurs enfants, au lieu de travailler le samedi et le dimanche, c’est pourquoi par exemple, nous manquons de serveurs dans la restauration malgré l’amélioration des salaires ».

Le président de l’U2P témoigne de ce qu’il a vécu à Apt comme membre du Groupement commercial et artisanal créé en 1950 : « Dans ce bassin de vie, avec le démantèlement du site de missiles nucléaires du Plateau d’Albion, on a connu une longue période de désertification. Le 2e REG (Régiment étranger de génie) s’est installé à Saint-Christol, mais des entreprises de renom (Aptunion, Delta plus, Blachère Illuminations) déjà implantée ici se sont mobilisées pour revitaliser ce territoire avec des créations d’emplois et de nouvelles richesses. Petit à petit, avec l’état et les élus, nous avons réussi à inverser la courbe du chômage ».

Conclusion : pour pallier la pénurie de personnel et pour que toutes les activités vitales se maintiennent, notamment au coeur des centres-villes, il faut absolument faire découvrir les métiers dans les écoles, les collèges et les lycées en allant parler aux jeunes, leur montrer l’étendue des possibilités et l’attractivité des filières, (mécanique, génie climatique, bâtiment) et les nouveaux métiers liés à la micro-électronique, l’intelligence artificielle, développement de web, entreprenariat en e-commerce, en arts graphiques ou en matériaux innovants.

Contact : accueiL@capeb84.fr
u2p84@u2p-france.fr
Cité de l’Artisanat, Chemin de la Rollande – 84 140 Montfavet

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