25 juillet 2026 |

Ecrit par le 25 juillet 2026

Festival d’Avignon, Chapelle du verbe incarné ‘Descendante de combattantes’

Tatiana Seguin met la femme noire à l’honneur, avec éclat.  Elle parle, elle danse , elle irradie . Merveilleuse interprète de l’œuvre d’Audrey Celestine « Des vies de combat » .

Seule sur la scène de la Chapelle du Verbe incarné, elle fascine. Ses mots, sa gestuelle captivent. Auteure, metteuse en scène, chorégraphe et interprète, Tatiana Seguin s’empare « des vies de combat ».  Avec authenticité, du fond de son âme de fille de métissage.  Avec la parole, les mouvements, la danse, Tatiana raconte les luttes des femmes courageuses, ses sœurs. Elle évoque Joséphine Baker, Angela Davis, chante Nina Simone, rappelle l’héroïsme de celles qui ont refusé l’indignité. Elle dresse les portraits d’êtres de lumière, rappelle les parcours exceptionnels comme les gestes d’humbles. Belle, fine, de corps comme d’esprit, son aura emplit l’espace.

Les infos pratiques
‘Descendante de combattantes’. A la Chapelle du Verbe Incarné, 21G rue des Lices, à 19h25 jusqu’au 23 juillet. Relâche les 10 et 17 juillet. Réservation ici.  
Marie Hélène Loubatié

Copyright Yul Lens

Festival d’Avignon, Chapelle du verbe incarné ‘Descendante de combattantes’

Trois pièces d’Alfred Alexandre sont présentées dans le Off, ‘Au bout du pays’ et ‘Un anniversaire’ à la Chapelle du Verbe Incarné et ‘Le Patron’ au théâtre du Balcon. Dans une mise en scène d’Ewlyne Guillaume.

Le premier volet de la trilogie, «Au bout du pays » est superbement interprété par Serge Abatucci. Seul en scène le grand comédien nous transporte dans un atelier de voiture Caribéen. Le mécanicien solitaire est amoureux de Lili qui rêve de quitter l’île. Pour lui « On a vite fait le tour des exils », mais il prendrait bien la mer avec elle. S’il a besoin d’elle pour exister, son amour ne récolte que mépris de Lili. Lorsqu’elle projette de partir avec deux cousins du patron de l’atelier, le mécanicien à la main trop large, trop lourde, fera tout pour l’en empêcher…

Copyright Marie-Hélène Loubatié

Résidences croisées
Le deuxième volet « Un anniversaire » est un spectacle de théâtre-clown. Il a été écrit et créé dans le cadre de résidences croisées entre le centre dramatique Kokolampoe en Guyane et le théâtre Rimpparemmi en Finlande. Joué avec dynamisme par les finlandaises Jenni Kallo et Niina Rinta-Opas, il montre deux sœurs jumelles, célibataires à la sombre vie, inventant une improbable cérémonie d’anniversaire. Les costumes de Léonor Gellibert apportent leur grain de saveur.

Copyright Mireille Hurlin

Les facettes diverses du centre dramatique guyanais
Avec le troisième volet « Le Patron », on retrouvera Serge Abatucci et l’intéressant travail de la compagnie guyanaise KS ans CO du centre dramatique Kokolampoe. A l’intérieur d’un bar vide, un soir de tempête, le face à face entre la patronne, interprétée par Odile Sankara, et son videur. Trois spectacles complétement différents, montrant la diversité des facettes du Kokolampoe.

Lectures et entretiens avec l’auteur
Figure de la génération post-créolité, Alfred Alexandre propose trois séries de lectures et d’entretiens autour de cette trilogie, à la Chartreuse de Villeneuve-Lez-Avignon, « Ecrire des bords des Empires, « Le Magico » et « Le Pari ».

Les infos pratiques
‘Au bout du pays’, jours pairs et ‘Un anniversaire’, jours impairs, à 14h20, jusqu’au 23 juillet. Relâche les vendredis 10 et 17 juillet. A la Chapelle du Verbe Incarné, 21 G rue des Lices en Avignon. ‘Le Patron’, du 15 au 25 juillet, à 20H35. Relâche les jeudis 16 et 23 juillet. Réservation ici. Au Théâtre du Balcon , 38 rue Guillaume Puy. ‘Ecrire des bords des Empires’ le 11 juillet à 19h30, ‘Le Magico’ le 12 à 19h30 et ‘Le Pari’ le 13 juillet à 19h30. A La Chartreuse de Villeneuve-Lès-Avignon.
Marie-Hélène Loubatié 


Festival d’Avignon, Chapelle du verbe incarné ‘Descendante de combattantes’

Deux thèmes dans cette pièce de Catherine Verlaguet, les désirs d’adolescents et le traumatisme provoqué par un viol. Joséphine a quitté son île et enseigne le français à Marseille. Ses élèves sont à l’âge des désirs d’adolescents. Lors d’un de ses cours les échanges animés entre lycéens et lycéennes réveillent chez Joséphine des souvenirs enfouis qui l’ont traumatisée. A 15 ans alors qu’elle rentrait chez ses parents après une sortie à la plage elle avait été violée.

Dans une mise en scène de Philippe Baronnet, les deux interprètes Léone Louis et Manon Allouch interprètent à merveille plusieurs personnages : le professeur d’origine réunionnaise, sa mère qui vit dans l’île, les élèves. Scènes de classe, confidences entre jeunes avec leurs désirs, leurs interrogations, flash sur ce qui est arrivé dans l’île et ses conséquences depuis dans la vie de la victime. Qui s’efforce de protéger ses lycéennes en leur inculquant les notions de liberté, d’affirmation de soi, de consentement, en leur rappelant qu’elles peuvent toujours dire non.

Les infos pratiques
‘Sens la foudre sous ma peau‘. TOMA 26, Théâtre de la Chapelle du Verbe Incarné, 21G rue des Lices à Avignon. Compagnie Baba Sifon, du 4 au 23 juillet, à 12h35. Durée 80 minutes. Relâche les vendredis 10 et 17 juillet. 04 90 14 07 49.
Marie-Hélène Loubatié

Copyright Mireille Hurlin

Festival d’Avignon, Chapelle du verbe incarné ‘Descendante de combattantes’

Marion Schrotzenberger cumule les talents. Cette auteure, metteuse en scène, chorégraphe et interprète, seule sur la scène de la Chapelle du Verbe Incarné, se transforme en mère célibataire attendant une réponse du juge des affaires familiales. Elle aurait pu échapper aux affres judiciaires en partant avec ses deux filles, mais elle affronte ses galères.

Vêtue d’un vieux jean, d’un chemisier rouge et de bottes brillantes, elle alterne monologues et danses. Dans l’angoisse de la décision de justice, au volant de sa vieille voiture (unique et intéressant élément du décor), avec laquelle elle doit rouler dans la nuit entre travail et enfants, elle parle un peu de tout, souvent avec humour. Elle narre ses arrêts sur les aires d’autoroute, les stations-service, les vitrines éclairées des maisons closes qu’elle aperçoit sur son trajet. Elle dénonce l’injustice de la justice, les luttes que doivent mener les femmes seules.

Son corps avec ses longs cheveux ondulés dessine ses sentiments, appuie son discours. Et le public apprécie. La dramaturgie est de Céline Serrad et Ismaël Colombani, la scénographie et construction du décor d’Emmanuel Lorrin. Un beau spectacle du collectif Lookatmekid de la Réunion.

Les infos pratiques
Chapelle du Verbe Incarné, TOMA 26, 21G rue des Lices. Du 4 au 23 juillet à 12H35. Relâche les vendredis 10 et 17. Tout le programme ici.
Marie-Hélène Loubatié

Copyright Mireille Hurlin

Festival d’Avignon, Chapelle du verbe incarné ‘Descendante de combattantes’

La Chapelle du Verbe Incarné présente dix spectacles irrigués par les mémoires, les luttes et les imaginaires des pays ultra-marins.

La Chapelle du Verbe Incarné fête son 29e anniversaire. Ce lieu a été créé par Greg Germain et Marie-Pierre Bousquet pour faire entendre les artistes de Guadeloupe, Martinique, Guyane, Nouvelle Calédonie, Polynésie, Réunion. Mission superbement accomplie. Cette édition s’inscrit pleinement dans cette exigence. Greg Germain précise : « Notre programmation se déploie en archipel, nous avons voulu que les œuvres présentées composent un paysage artistique riche, indiscipliné, où les formes dialoguent autant que les histoires et où chaque proposition vient déplacer les lignes, questionner les récits dominants et faire surgir d’autres manières de dire le monde. Mais cette édition est aussi profondément ancrée dans le présent. Elle interroge nos sociétés contemporaines, leurs fractures, leurs tensions, leurs espoirs ».

Le Pass Toma
Comme l’an dernier, La Chapelle du verbe incarné propose le Pass Toma avec les dix spectacles pour 30€.

Les infos pratiques
Au menu non seulement des spectacles de théâtre, de danse, de musique, mais aussi des rencontres comme chaque année. Les samedi 11 et dimanche12 juillet : Les écrans du Tout-Monde : projections suivies d’un temps d’échange avec Christiane Taubira et Mathilde Damoisel ; les jeudi 16 et samedi 18 juillet Université d’été de la Sorbonne Nouvelle, les mercredi 15, lundi 20 et mercredi 22 juillet, lectures et le mardi 21 Karaoké littéraire. Chapelle du verbe incarné. Tout le programme ici. 21 G, rue des Lices à Avignon. Billetterie ici.
Marie-Hélène Loubatié


Festival d’Avignon, Chapelle du verbe incarné ‘Descendante de combattantes’

Depuis 1998, au coeur de La Chapelle du Verbe Incarné, Marie-Pierre Bousquet et Greg Germain, ancien président du Off et doublure française iconique de Will Smith, prônent la richesse des identités ultramarines.

Chaque été, venus de Guadeloupe, Martinique, La Réunion, Mayotte, Saint-Pierre et Miquelon, Nouvelle Calédonie notamment, des comédiens, metteurs en scène, danseurs et musiciens nous font découvrir leurs imaginaires, leurs racines, leur patrimoine, leurs croyances et leurs créations. Jusqu’au 24 juillet, plusieurs évènements et 9 spectacles sont programmés tous les jours sauf le vendredi, de 12h à 21h au 35 Rue des Lices.

À commencer, dans La Petite Chapelle, de l’autre côté de la rue, avec les 8,9 et 10 à 16h, avec des rencontres-débats avec Patrick Chamoiseau, Edwy Plenel et Sylvie Séma sur ‘L’Abécédaire inédit d’Edouard Glissant’ qui invitait à « Résister à la pensée de l’apocalypse. » Le 16, ‘Barrage’, une immersion au coeur des émeutes en Nouvelle-Calédonie en mai 2024 entre indépendantistes et loyalistes, tensions identitaires et politiques, fractures post-coloniales. Le 17 juillet à 16h avec l’Université de la Sorbonne Nouvelle, ‘Retisser les mémoires’, une série d’échanges, lectures sur la créolisation des arts et l’émancipation décoloniale. Le 22 juillet, ‘Le monde brûle et moi, je m’achète des Nike’ d’Anturia Soilihi, une comédienne, autrice d’origine comorienne qui ausculte la violence systémique et lutte contre toutes les discriminations.

Côté spectacles, ‘Porgy & Bess’ composé par Gershwin il y a 90 ans et interprété par Les Voix de Outre-Mer. Une association dont le but est de révéler, former et accompagner les futurs talents lyriques des DOM-TOM et leur offrir une passerelle pour qu’ils entament une vraie carrière et chantent sur les grandes scènes du monde entier à travers un concours national, des master-classes et des résidences artistiques.

La compagnie Difé Kako créée il y a 30 ans propose ‘Moun Bakannal’, un voyage musical et dansé sur les terres du carnaval. Un métissage de danses africaines et antillaises avec multiples percussions (djembé, marakas, steel-pan) mais aussi accordéon, basse et balafon. Avec « Inouï océan », la pianiste et auteure Alexandra Hernandez qui défend le vivant, évoquera la menace sur la biodiversité que constitue la pêche à la morue intensive à Saint-Pierre et Miquelon.

Autre spectacle : ‘Comment devenir un dictateur’ de et avec Nans Gourgousse qui passe en revue les Salazar, Tito, Batista, Pol Pot, Hussein, Kim Jong-un, Al-Assad, Bongo, Hitler, Pinochet, Staline, Hitler, Mussolini, Kadhafi… Liste non exhaustive, mais ils sont 77 cités dans ce spectacle qui, grâce au mensonge, à la manipulation, l’usage de la force contre le droit, contrôlent et mettent au pas les récalcitrants.

‘L’enfant de l’arbre’ de la compagnie réunionnaise Lé La ou « Comment, depuis la nuit des temps, l’arbre veille sur l’enfant mais un jour l’eau vient à manquer. » Une fable écologique qui interroge : pourquoi certains ont accès à l’eau, d’autres pas? Avec en filigrane, le partage, l’égalité, la nature et l’enfance comme boussoles.

Toujours à l’affiche, ‘Entre les lignes’ écrit, chorégraphié et interprété par Florence Boyer qui rend hommage aux invisibles, aux petites mains, aux tisseuses, elle dont la grand-mère était brodeuse à Roubaix. Avec ‘Kanaky 1989’, Fani Carenco qui vivait en Nouvelle-Calédonie quand elle était enfant et qu’elle connaissait Jean-Marie Tjibaou, évoque les violences qui ont secoué l’île et débouché sur la mort de l’indépendantiste kanak. Assassiné lors de l’assaut de la Grotte d’Ouvea le 4 mai 89 alors qu’il avait signé les Accords de Paix de Matignon avec Michel Rocard, le Premier Ministre de l’époque, un an avant (le 26 juin 88).

Enfin, l’humoriste guadeloupénne Laurence Joseph proposera ‘Je ne suis pas comme les autres, just me’, un one-woman show d’une comédienne -caméléon qui enchaîne sketches hilarants et dérangeants qui décoiffent.

À noter que #passtoma est un abonnement qui permet, pour 30€ par famille, d’assister à l’ensemble de ce festival Outre-Mer. Un accès à la culture populaire pour tous, comme le préconisait le père du TNP et créateur du Festival d’Avignon, Jean Vilar.

Greg Germain rêve que Le Verbe Incarné devienne un jour « La Maison des Archipels. » Espérons qu’il sera entendu pour continuer à donner la parole à ces comédiens et créateurs qui s’expriment à Avignon et représentent 2,7 millions de Français d’Outre-Mer.

Contact : 04 90 14 07 49


Festival d’Avignon, Chapelle du verbe incarné ‘Descendante de combattantes’

Inlassablement, depuis 27 ans qu’il est installé Rue des Lices, Greg Germain, l’ancien président du Off d’Avignon, directeur du Théâtre de La Chapelle du Verbe Incarné, se bat pour donner une visibilité à la culture des départements et territoires de ce petit bout de France d’outre-mer.

Greg Germain prône l’égalité des chances, il insuffle un nouvel élan à la création, il met en perspectives toutes les identités culturelles, les imaginaires qu’elles incarnent, que l’on soit guadeloupéen, martiniquais, mahorais, polynésien ou réunionnais. « Le 1ᵉʳ enjeu de cette aventure humaine est de faire en sorte que l’originalité et l’identité d’Outre-Mer soient reconnues comme des éléments de la richesse culturelle de la France d’aujourd’hui. »

Un métissage qui favorise les rencontres et les échanges avec les autres metteurs en scène, comédiens et créateurs de l’Hexagone. Un brassage qui fait émerger une culture différente, avec une trentaine de compagnies invitées du 5 au 21 juillet à Avignon. « Entre les 2 tours des élections, je n’ai pas trop le goût de la fête », précise-t-il lors de la conférence de présentation du programme 2024. « Cette déferlante extrême m’interroge. Qu’avons-nous fait de mal pour en arriver là ? Cette vague nous parle de repli sur soi, d’exclusion, de peur de l’autre. Or, Aimé Césaire nous a appris à nous ouvrir aux autres. Aucun métissage n’a donné de dégénérescence, les musiques créoles ou brésiliennes apportent plutôt du bonheur et de la jubilation. »

Il a ensuite laissé le micro à la codirectrice de la Chapelle du Verbe Incarné, Marie-Pierre Bousquet, pour décliner le programme. Elle a d’abord rappelé l’existence d’un « PASSTOMA » à 25€ pour assister à tous les spectacles, même quand on a peu de revenus. « Pour que la culture soit accessible au plus grand nombre comme l’avait souhaité Jean Vilar. »

Marie-Pierre Bousquet et Greg Germain.

Un temps fort, le jeudi 18 juillet à 10h, la venue de l’ancienne ministre de la Justice, sociologue, Christine Taubira, qui a donné son nom à une loi qui reconnaît la traite et l’esclavage en tant que crimes contre l’humanité. Auteure notamment d’Egalité pour les exclus : le politique face à l’histoire et la mémoire coloniales, elle lira des pages de l’afro-américain d’origine jamaïcaine Claude McKay, qui a inspiré le concept de « négritude ».

Tous les jours sauf les lundis 8 et 15 juillet, l’affiche propose six spectacles : ‘Kal’, ‘Elles avant nous’, ‘Moi, Kadhafi’, ‘Olympe’ (sur Olympe de Gouges, autrice de La déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, qui sera interprétée par Firmine Richard), ‘Cette guerre que nous n’avons pas faite’, et enfin, ‘La supplication’ (Évocation, après la catastrophe de Tchnernobyl, avec des témoignages bouleversants de journalistes, chercheurs, paysans, enseignants, qui nous amènent à nous interroger sur ce qu’est le sens de la vie). Du mercredi 10 au dimanche 14 à 11h45 sera joué ‘Tropique du Képone’ et du mercredi 17 au dimanche 21 à la même heure ‘Maïwenn, 16 ans et demi’. Il sera aussi question le 12 juillet à 15h avec l’Université d’été de La Nouvelle Sorbonne de ‘Scène et créolisation des arts’. 

En tout, une quinzaine de rendez-vous (théâtre, rencontres, tables rondes, conférences, lectures…) ont été concoctés par Marie-Pierre Bousquet et Greg Germain.

Contact : 21G Rue des Lices Avignon. reservation@verbeincarne.fr / 04 90 14 07 49

https://www.echodumardi.com/tag/chapelle-du-verbe-incarne/   1/1