9 mars 2026 |

Ecrit par le 9 mars 2026

Les salles de spectacles face aux incertitudes politiques et financières

A peine remises de la crise du Covid, les salles de spectacles sont aujourd’hui confrontées à de nouvelles difficultés. Contractions des dépenses des ménages, restrictions des financements publics, questions sur leurs devenirs en cas de changement politique majeur… les raisons d’être inquiet pourraient être nombreuses. Malgré cela, ces lieux culturels affichent leur optimisme et tentent de se réinventer.

« C’est extrêmement important de garder une posture d’engagement, de joie, de projets et aussi de réussite vis-à-vis des équipes » affirme Chloé Tournier, directrice de la scène nationale de Cavaillon. Pour elle le plus gros risque, dans le contexte actuel, c’est la désillusion et le désengagement. « C’est contre cela qu’il faut lutter et c’est notre responsabilité en tant qu’institution culturelle » ajoute-t-elle. Si la posture professionnelle de ces acteurs de culture les conduit à ne pas se montrer dans la morosité, ils doivent également se battre contre « le travail de critique du secteur culturel qui vise à développer l’acceptabilité des coupes budgétaires » explique-t-elle. Y croire plus que tout et continuer la mission. « Si toute cette activité n’est pas portée par une vision, par un souffle, la charge de travail devient alors trop lourde » complète-t-elle.

« Il faut se préparer aux chocs futurs »

Sébastien Cornu (la Gare de Coustellet)

Equipe de la Gare de Coustellet

Cet engagement on le retrouve également du côté de la Gare de Coustellet qui fait de la culture et du social des missions essentielles. « Il faut se préparer aux chocs futurs » clame Sébastien Cornu, un des fondateurs de l’association A.V.E.C. qui gère la Gare de Coustellet. Cette structure qui a vu s’élargir sa mission à l’action sociale fête, cette année, ses 30 ans. Elle souhaite à cette occasion, et le contexte l’y oblige aussi, à conduire une vraie réflexion sur son devenir. Réflexions que l’association entend mener avec les habitants et les citoyens précise Stéphane Soler, le directeur. Si on veut que la démarche culturelle continue à être celle de l’expérimentation et de l’ouverture il faut être vigilent explique Sébastien Cornu. Pouvoir continuer « d’habiter la marge » est pour lui essentiel.

A Cavaillon, Chloé Tournier met en avant la nécessité de coopérer avec d’autres acteurs culturels et pas uniquement pour des raisons économiques

Plusieurs lieux culturels ont d’ores et déjà entamés des réflexions et commencer à faire évoluer leurs pratiques et leurs organisations. A Cavaillon, Chloé Tournier met en avant la nécessité de coopérer avec d’autres acteurs culturels et pas uniquement pour des raisons économiques. Ces coopérations peuvent être de plusieurs natures, partages de coûts sur des spectacles, coréalisations avec d’autres salles de la région ou encore coproductions sur des projets plus ambitieux, comme ceux partagés avec le réseau Traverses qui regroupe 25 salles de la région Sud. Elle insiste à également sur la nécessité d’aider les plus petites structures et en particulier celles qui ne bénéficient pas d’une labellisation. Une devoir de solidarité.

« Il y a des risques assez effrayant notamment avec la montée de l’extrême droite en France, qui inquiète beaucoup de citoyens et aussi les milieux culturels »

Chloé Tournier (La Garance)

Chloé Tournier

Le rapport aux politiques et en particulier à l’approche des prochaines échéances électorales, qui pourrait voir la montée en charge de l’extrême droite inquiète les milieux culturels. « En tant que structure de la culture commune on ne peut qu’être une chambre d’écho et de vibrations de ces incertitudes, qui sont partagés par beaucoup de nos concitoyens » affirme Chloé Tournier. « Il y a des risques assez effrayant notamment avec la montée de l’extrême droite en France, qui inquiète beaucoup de gens et aussi les milieux culturels que nous sommes, et pas de manière fantasmée, nous avons des exemples concrets ici dans la plaine de Cavaillon » poursuit-elle. « La montée des extrêmes est une vraie menace pour nous » surenchérît de son côté Stéphane Soler, le directeur de la Gare de Coustellet. « C’est un vrai enjeu de démocratie » complète Sébastien Cornu. « C’est une ombre qui plane sur le tableau » conclue Cholé Tournier.


Les salles de spectacles face aux incertitudes politiques et financières

Parmi la trentaine de spectacles proposés par la scène nationale de Cavaillon pour la saison 2025-2026, le naturel nous pousse à y chercher un sens, une couleur ou une volonté. Celle de libérer la parole et de permettre aux sentiments de s’exprimer librement s’impose d’emblée. Un programme est aussi vaste que réjouissant.

Le moment est attendu et le rituel immuable. Septembre rime avec présentation des saisons des lieux culturels. Cette année, celle de la Garance s’est décentralisée sur les bords de la Sorgue, dans la cité des antiquaires. Cette petite infidélité à Cavaillon qui a vu s’installer cette scène nationale il y a maintenant plus de 40 ans, n’était pas un hasard. Le soir même (le 11 septembre) un des spectacles « Nomade(s) » de la saison y était proposé Parc Gautier. Qu’on se le dise la Garance sait quitter les murs de son théâtre pour aller à la rencontre de ceux qui n’y viendraient peut-être pas… Cette année les spectacles nomades sont au nombre de 5 : « Faune », « Vaslav », « l’Origine du Monde », « Walid Ben Selim », « Distro ». Une bonne quinzaine de communes du Luberon sont concernées.

Une saison sous le signe de l’Amour

Pour Chloé Tournier, qui officie à la tête de la scène nationale de Cavaillon depuis 2021, cette saison sera d’abord l’occasion de s’interroger sur nos liens d’amour, que ce soit l’amour amical : « Thelma, Louise et nous », les 8 et 9 janvier, l’amour familial : « Valentina », les 21 et 22 janvier, « Les Forteresses », « Matcha Girl », le 22 mai ou encore l’amour romantique : « Thérèse et Isabelle », le 2 décembre, « Doreen », le 31 mars et 1er avril , « Kill me », le 13 février . Vous n’avez que l’embarras du choix.

Des alliances renouées avec le vivant

Ce regard réfléchi sur nos sentiments amoureux s’élargira à celui du vivant avec plusieurs propositions. Ces alliances renouées avec le vivant le seront avec les animaux : « Tentative de coexistence avec les ruminants », le 24 mai, « Le complexe de l’autruche » le 28 novembre , « Coquilles », le 14 mars. Le voyage dans le monde du vivant se poursuivra dans l’univers végétal : « Sur la paille, un banquet », les 23 et 24 mai et minéral : « Mizu », le 18 avril, « Brèches », le 7 mai. Tout un programme.

« Œuvrer encore et toujours pour défendre démocratie et liberté »

Chloé Tournier, directrice de la Garance

S’interroger sur ses sentiments ou notre place dans le vivant ne sauraient suffire à cette programmation ambitieuse. Pour Chloé Tournier : « nous devons également nous plonger dans nos histoires communes pour œuvrer encore et toujours, et défendre démocratie et liberté ». Comme un devoir nécessaire. Dans les récits d’hier et d’aujourd’hui se sera : « La pastasciutta antifascista de Casa Cervi », les 20 et 21 mai, « Bach Nord », le 6 novembre, ou encore « Ma république et moi », le 27 mars.

La morale de toutes ces histoires, qui nous seront contées dès le 28 septembre sur la scène de la Garance, pourrait revenir à Léonie Pernet qui dans l’une de ses chansons nous interpelle ainsi « Est-ce qu’il nous incombe de réparer un peu le monde ? »

Pour en connaître la réponse vous êtes cordialement invité au spectacle de présentation de la première partie de la saison, le jeudi 25 septembre à la Garance, à partir de 19h00 (gratuit et sur réservation). Vous pourriez aussi y pousser la chansonnette puisque que pour l’occasion la Garance sortira sa Karaoké Mobile. Au diable la morosité.

Pour connaître le détail de la programmation de la saison 2025-2026 de la Garance, cliquez ici.

La scène nationale de Cavaillon en chiffres (2025)
– Une équipe de 13 permanents
– Un budget annuel de 2,1 M€
– 32 spectacles et 120 levés de rideaux
– 20 000 spectateurs payants par saison
– Une douzaine d’entreprises mécènes
– Un financement public assuré par le ministère de la culture (DRAC), la ville de Cavaillon, La Région Sud, le département de Vaucluse, l’agglomération Luberon monts de Vaucluse

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