22 juin 2026 |

Ecrit par le 22 juin 2026

L’utopie n’était pas vaine : le cinéma Utopia d’Avignon fête ses 50 ans

Qui l’eût cru ? Le cinéma Utopia vient de fêter son demi-siècle d’existence. Crée en avril 1976, par 5 « activistes » passionnés de cinéma, cette salle est aujourd’hui devenue une véritable institution avignonnaise. Née de l’idée que le cinéma pouvait être une arme redoutable pour lutter contre tous les ostracismes, l’utopie a fait, avec bientôt 8 cinémas, des émules partout en France. Fidèle à ses engagements fondateurs Utopia fait figure aujourd’hui de foyer de résistance. Récit d’une aventure réjouissante.

Conduite par Anne-Marie Faucon et Michel Malacarnet, une poignée de 5 allumés, se qualifiant eux-mêmes d’inadaptés sociaux, que la nécessité d’une alternative avait réuni, eurent l’idée, au début des années 70, de créer une salle de cinéma qui donnerait à voir ce qui pourrait ouvrir les cœurs et les esprits. Des films venus de tous horizons histoire d’élargir ceux des spectateurs. Pour mener à bien ce projet ils leur fallait trouver un lieu. Ils réussissent à convaincre, le temps d’un bail, et pas plus, des curés qui leur louèrent une salle de patronage inoccupée place Miollis, à Aix-en-Provence. Si ces dignes représentants du clergé ont un temps pensé voir dans la démarche de ces jeunes militants des complices idéologiques, voir des frères d’armes, ils ont vite déchanté. La programmation de leur salle se faisait, entre autres, l’écho de nombre de combats sociétaux du moment, bien loin de ceux de l’église à cette époque : avortement, contraception, homosexualité… Inutile de préciser qu’au terme du bail nos amis furent priés d’aller prêcher sur d’autres terres.

En 1993, Utopia s’agrandit et s’implante dans un ancien entrepôt situé rue des Escaliers Saint-Anne, derrière le Palais des papes

Comme dans les belles histoires, une rencontre fortuite, permirent à nos 5 mousquetaires de poursuivre leurs quêtes et leurs combats. N’oublions pas qu’à cette époque post soixante-huitarde, les luttes étaient pléthoriques. Qu’il s’agisse de la guerre du Vietnam, de l’arrivée des dictatures en Amérique du Sud, des premières prises de conscience écologiques avec l’avènement de la société de consommation, de la montée du racisme dans les pays occidentaux… bref il y avait de la matière et il était essentiel de pouvoir continuer le combat. Et, à l’époque il y avait peu de place pour les compromissions. C’est alors que Herbert Maza, le fondateur de l’Institut Américain d’Aix-en-Provence proposa aux jeunes activistes de poursuivre leur aventure dans la ville d’Avignon, dans une chapelle désacralisée, à proximité de l’Institut Américain d’Avignon, 5 rue Figuières. C’est ainsi que naquit le 16 avril 1976, le cinéma Utopia. La salle existe toujours, elle a pris la dénomination d’Utopia République. En 1993, Utopia s’agrandit et s’implante dans un ancien entrepôt situé rue des Escaliers Saint-Anne, derrière le Palais des papes. On ne peut s’empêcher de remarquer qu’encore une fois la religion n’est pas très loin… même si l’évangile n’est pas tout à fait la même. Dans ce nouveau cinéma baptisé la Manutention 4 salles sont ouvertes. Toutes sont classées « art et essai » avec les trois labels qui vont bien « Recherche et découverte », « Jeune public », « Patrimoine et répertoire ». Un must. La programmation est toujours aussi éclectique et engagée, et surtout, fait assez rare pour être souligné, tous les films sont vus par les collaborateurs du cinéma avant d’être proposés aux spectateurs. Une occasion de confronter des points de vue et des opinions pas toujours convergentes. C’est de là que naît la richesse.

« Offrir le meilleur du cinéma au plus grand nombre, sans faire de concession à des produits mercantiles et décevants, en refusant publicité et produits nuisibles pour la santé » 

Chez Utopia on peut participer à des avant-premières, des rencontres avec les réalisateurs et à des débats. Bien sûr, la VO est obligatoire et la 3D bannie (comme les pop-corn). « Offrir le meilleur du cinéma au plus grand nombre, sans faire de concession à des produits mercantiles et décevants, en refusant publicité et produits nuisibles pour la santé » telle est la devise de la maison.

Les relations avec les spectateurs restent une priorité. Un exemple : si vous appelez (par téléphone) le cinéma pour vous renseigner sur les horaires d’un film ce ne sera pas un répondeur que vous aurez au bout de la ligne mais un des collaborateurs du cinéma. Et comme tous ont vu les films avant qu’ils ne soient programmés, ils pourront même vous aider dans votre choix.

Si Utopia dispose d’un site internet, récemment relooké, qui renseigne sur sa programmation et son actualité, son premier support d’information reste un magazine papier. Encore une singularité à l’heure du numérique à tous les étages. « La fameuse gazette Utopia » qui toutes les 5 semaines est attendue comme pour sa programmation et ses critiques aiguisées. Cette gazette, dont le tirage (entre 30 et 40 000 exemplaires) pourrait rendre jaloux tous les journaux culturels existants, reste un outil essentiel. La « bible des cinéphiles » si on veut poursuivre dans l’analogie.

Aujourd’hui, Utopia c’est 7 cinémas un peu partout en France et bientôt un huitième, du côté de Bordeaux

Après la naissance des salles avignonnaises plusieurs cinémas ont rejoint l’étendard Utopia. Il s’agissait d’une sorte de franchise totalement libre. Il suffisait d’être en accord avec les valeurs et de partager la même programmation. « La franchise Utopia » fut à géométrie variable avec beaucoup d’entrées et de sorties et des projets un peu fou comme ce ciné bus qui dans les années 80 proposait un autre cinéma dans les villages des Landes. Aujourd’hui Utopia c’est 7 cinémas un peu partout en France et bientôt un huitième, du côté de Bordeaux. Chaque cinéma est totalement indépendant et pour celui d’Avignon il est organisé en coopérative. Les salariés qui le désirent peuvent être actionnaire de l’entreprise. Un exercice de démocratie quotidienne pas toujours facile mais qui assure une pérennité et une certaine viabilité au projet. A noter qu’Utopia ne bénéficie pas de subvention. Un moyen de ne pas avoir de comptes à rendre et de rester indépendant.

La part des anges

Les cinémas Utopia ne partagent pas uniquement leur programmation, récemment une nouvelle structure les réunit. Elle a pour fonction de mutualiser un certaine nombre de fonctions qui peuvent l’être comme la gazette et elle a aussi pour vocation aussi apporter des coups de mains nécessaires aux salles qui en auraient besoin. Cette entraide a été baptisée « la part des anges »… On est toujours dans l’évocation religieuse. Ca finit par être énervant

A l’heure de l’individualisme triomphant et de l’argent roi, Utopia apporte un peu de fraîcheur et de bonnes raison d’espérer…. En tout cas l’utopie n’aura pas été vaine surtout en ces temps de montée des radicalismes et des velléités de contrôle des médias et de la culture.

Pour en savoir plus sur l’histoire d’Utopia
avignon.cinemas-utopia.org
Le film de Julien Feret : « J’aime la vie, je fais du vélo, je vais au cinéma »
Le livre de Michael Bourgatte : « Utopia, une utopie culturelle » (en vente aux caisses du ciné)
Le livre d’Olivier Alexandre : « Utopia, à la recherche d’un cinéma alternatif », édité par l’institut Jean Vigo


L’utopie n’était pas vaine : le cinéma Utopia d’Avignon fête ses 50 ans

Du grand rien dans du grand nulle-part. Un tout, d’où surgit « La grâce » d‘Ilya Povolotsky, cinéaste russe. Dur et magistral.

C’est une histoire dure. Alors elle se raconte en silence, car elle est habitée par l’indicible chagrin de la fille, l’éblouissante Maria Lukyanova. Et de son père – le valeureux Gela Chitava – qui l’accompagne de la rivière à la mer. On ne sait rien d’autre.
La seule chose qui aille, c’est leur van qui brinqueballe. Dans un néant inouï.
Vivre, c’est persister. Tout est tragique, rien ne nous sauve. On baigne dans la Russie éternelle de Dostoïevsky, écrasée par un quotidien d’airain. Le réel est le signe de son au-delà. Il faut apprendre à distinguer, faute de savoir lire. Voyons ça.

Le van est rouge.
Comme le sang de la fille. Elle se lave dans la rivière, en rapporte un bidon d’eau qu’elle réussit à peine à porter, comme tous ceux qui en ont fait la nécessaire expérience : l’eau, c’est la vie. Mais c’est aussi un fardeau que nos forces ne peuvent jamais excéder malgré notre volonté. Il faut bien voir de quel bois nous sommes faits. Le ton est donné.

©DR

Le van porte un logo a trois branches.
La fille fait face à un soleil pâle, en route pour le Nord. L’éolienne géante la masque, à chaque rotation de ses trois pales qui semblent la décapiter sans fin.
C’est périlleux un voyage à deux, quand on ne sera plus jamais trois.

La mère est morte. Le père n’a pas de plan, comme le souligne cruellement la fille qui s’inquiète de savoir ce qu’il pourra bien faire quand « tout le monde aura Internet ». C’est-à-dire quand il n’y aura plus la moindre poésie possible.
Déjà, tout accable, rien ne sourit : le paysage atroce, le vide des âmes, les personnages aux boussoles fantomatiques – prodigues de paroles rares et énigmatiques – sous un ciel plombé.

Enfin, la station météo usée au-delà de la corde, laminée sans fin par la mer de Barents. Elle survit dans un froid glacial grâce à une femme étrange et pénétrante comme dans un rêve. La clé des songes. Elle pourrait faire redémarrer le van, au pare-brise fendu mais pas brisé, en route vers la grâce…

Comme disait Dostoïevsky, vivre sans espoir, c’est cesser de vivre.

©DR

Mon conseil : payez votre place pour embarquer dans ce « Road movie » d’une toute autre trempe de ceux que vous avez déjà vu. Partez si c’est trop dur. Vous aurez aidé un jeune cinéaste rempli de talent, maniant le symbole en orfèvre. Restez, si vous entrevoyez que la Grâce pourrait se rencontrer dans l’abîme du courage, la vie renaissant de l’abnégation de son cycle.

La grâce. Long métrage/119 minutes/Vostf. Jusqu’au mardi 13 février au cinéma Utopia d’Avignon La Manutention.


L’utopie n’était pas vaine : le cinéma Utopia d’Avignon fête ses 50 ans

La 8ème édition du festival biennal Burkin’Arts accueille, du 21 au 29 octobre, la fine fleur de la création contemporaine burkinabè dans plusieurs communes du Gard rhodanien, mêlant musique, cinéma, arts plastiques, ateliers, cuisine…Burkin Arts,

Une histoire de rencontre
L’initiative de ce festival en revient au centre culturel et social Tôtout’Arts de Villeneuve les Avignon, qui a noué depuis longtemps des liens d’amitié avec le Burkina Faso et parraine le village de Guingalé. Tout a commencé en 2006. Cette année-là, les choristes de Tôtout’Arts participent au Festival de Chorales de Ouagadougou. Et c’est LA rencontre, le coup de cœur pour les artistes, peintres, sculpteurs, photographes, plasticiens, musiciens, écrivains, gens de théâtre, créateurs de tout poil. Au fil des échanges amicaux, l’idée d’un Festival dédié à la création contemporaine du Burkina Faso est lancée. Ce sera Burkin’Arts.

Du 21 au 29 octobre, la part belle faite à la fête et à la solidarité
Depuis la première édition, en 2009, ce festival met en lumière, tous les deux ans, des artistes représentatifs de la création burkinabé aux modes d’expression multiples : concerts, expositions, film, cuisine africaine, ateliers, stages, rencontre avec les artistes.

Des expositions dédiées à des peintres et plasticiens émergents burkinabè
Les peintres Bernardin Bationo, Elvis Aristide Bazongo et André Kané, le plasticien Lazart Récup, exposent en 3 lieux de Villeneuve lez Avignon : Espace Tôtout’Arts, Salle des conférences, Tour Philippe Le Bel. Entrée libre. Du 21 au 29 octobre.

Le programme
21 octobre : Inauguration et vernissage.11h.Tour Philippe Le Bel. Entrée libre. Concert d’ouverture avec le Trio Komasi, rythmique Cumbia, arpèges mandingues et Afrobeat. Accueil 20h. Concert 20h30 à l’YMCA de Villeneuve lez Avignon. 7, rue de la justice. Stationnement Av. du Général Leclerc.15€.10€.12-20 ans. Gratuit -12 ans.
23 octobre : Si tu es un homme, film de Simon Panay. Projection-rencontre, 20h30.Cinéma Utopia Avignon.
24 octobre : Maquis.repas africain.19h.Renc’Arts.275 rue du Grand Montagné.Les Angles.15 € + 2 € adhésion Tôtout’Arts.
26 octobre : Stage de peinture adultes-enfants avec Elvis Aristide Bazongo. 9h-11h.Renc’Arts. Les Angles. Sur réservation. 25€ adultes.5€ enfants. Matériel fourni.

https://www.echodumardi.com/tag/cinema-utopia-avignon/   1/1