16 juillet 2026 |

Ecrit par le 16 juillet 2026

Musée Angladon, Paulette et Jean, une histoire d’amour et de création qui défie le temps

À l’occasion de son 30e anniversaire, le Musée Angladon à Avignon dévoile pour la première fois une exposition d’envergure consacrée à ses fondateurs, Jean Angladon et Paulette Martin. Plus de 170 œuvres, longtemps conservées en réserve, investissent l’ancien atelier du couple et révèlent un dialogue artistique complice, à l’origine de l’un des plus remarquables musées de la cité papale.

Les visiteurs connaissent le Musée Angladon pour son exceptionnelle collection léguée par le grand couturier et collectionneur Jacques Doucet, où rayonnent les chefs-d’œuvre de Van Gogh, Cézanne, Picasso, Degas, Modigliani, Manet ou encore Sisley. Ils connaissent moins ceux qui ont rendu ce patrimoine accessible au public : Jean Angladon (1906-1979) et Paulette Martin (1905-1988), mari et femme (21 juin 1932), artistes, collectionneurs, enseignants à l’Ecole d’art d’Avignon et fondateurs du musée.

Un compagnonnage artistique
Trente ans après l’ouverture de l’institution, le musée leur rend hommage avec « Un compagnonnage artistique », une exposition inédite, pensée et réalisée par Alexandra Siffredi médiatrice culturelle du lieu, qui offre un regard intime sur leurs œuvres personnelles. Une immersion dans leur univers créatif, celui d’un couple qui, durant près d’un demi-siècle, a partagé la même passion sans pour autant renoncer à sa propre identité artistique.

Paulette Martin et Jean Angladon, oeuvre de Jean Angladon Musée Angladon Copyright Fabrice Lepeltier

Dans l’intimité des artistes
« Nous sommes véritablement dans leur maison », résume Alexandra Siffredi, médiatrice du musée et commissaire de l’exposition qui investit les anciens ateliers du deuxième étage, là même où le couple vivait et travaillait.

Dans les ateliers
Dès la première salle, le visiteur pénètre dans une atmosphère volontairement préservée : Cartons à dessins, carnets, objets familiers et mobilier évoquent l’ambiance d’atelier des années 1970. Les natures mortes répondent aux véritables objets qui les ont inspirées : un même vase, une coupe ou un bouquet, un petit récipient enfermant le pigment bleu cobalt, tous deviennent, selon le regard de Jean ou de Paulette, deux interprétations différentes. Cette mise en scène rappelle combien leur quotidien nourrissait leur création. La magie de la mise en scène tient en cela qu’elle fait disparaitre la frontière entre vie privée et travail artistique.

Une vaste production
Les dessins et gravures, d’une grande finesse d’exécution, témoignent de leur maîtrise du trait et séduisent particulièrement les visiteurs. Les carnets de voyage racontent également leur curiosité permanente pour les paysages, les monuments et les rencontres.

Musée Angladon, Copyright Fabrice Lepeltier

Une salle consacrée à Jean Angladon
Une salle entière est consacrée à Jean Angladon et à son attrait pour le surréalisme, offrant au visiteur de voyager dans d’oniriques contrées où l’étrange et  l’imaginaire se déploient alors que l’époque est profondément marquée par les recherches de Salvador Dalí, René Magritte ou Giorgio de Chirico.

Dans la campagne environnante
L’exposition retrouve ensuite la Provence, omniprésente dans leur œuvre commune. Lumière du Midi, pierres blondes, mobilier traditionnel, paysages du Gard et du Vaucluse nourrissent leurs toiles. « Ces paysages existent encore aujourd’hui et il serait tout à fait intéressant de les comparer avec ce qu’ils sont devenus, d’étudier leur transformation avec l’engouement pour la restauration et réhabilitation des vieux mas, l’éclosion de nouvelles infrastructures routières, de nouvelles constructions…» sourit Alexandra Siffredi.

Bien plus que des peintres
L’exposition déconstruit également une image parfois réductrice d’un couple de collectionneurs retirés du monde. « Jean Angladon et Paulette Martin furent au contraire des acteurs essentiels de la vie artistique avignonnaise. Membres du Groupe des Treize puis des Peintres indépendants d’Avignon, ils participèrent activement à l’organisation d’expositions, encouragèrent les jeunes artistes et contribuèrent à faire rayonner la création locale, » révèle Alexandra Siffredi.

L’exposition a été pensée et orchestrée par Alexandra Siffredi, médiatrice culturelle du lieu Copyright Mireille Hurlin

Des professionnels de la gravure
Tous deux enseignèrent également le dessin, aussi bien aux Beaux-Arts d’Avignon que dans différentes écoles professionnelles. Ils réalisèrent des gravures, illustrèrent notamment les premiers numéros de Poètes casqués, la revue fondée par Pierre Seghers en 1939, pratiquèrent le tissage dans les années 1960 et vécurent essentiellement de leurs activités artistiques et pédagogiques. Ils aimèrent autant transmettre que créer.

Une modernité insoupçonnée
Ce qui frappe tout au long du parcours est la liberté avec laquelle le couple traverse les grands mouvements artistiques du XXe siècle.Le visiteur passe ainsi d’une peinture héritée des maîtres classiques aux recherches post-cézanniennes, découvre des compositions proches du cubisme, s’aventure vers le surréalisme avant de retrouver une figuration lumineuse profondément ancrée dans le paysage provençal.

Deux signatures, deux tempéraments
Paulette Martin privilégie les nuances, les jeux de lumière et une sensibilité délicate aux matières. Jean Angladon adopte une écriture plus audacieuse, parfois plus géométrique ou onirique. Deux signatures, deux tempéraments, mais une conversation artistique permanente.

Copyright Mireille Hurlin

L’héritage de Jacques Doucet, une aventure avignonnaise
Si leur œuvre est aujourd’hui remise en lumière, c’est aussi parce qu’elle éclaire autrement la naissance du musée.À la fin des années 1960, Jean Angladon hérite, avec son père, d’une partie de la prestigieuse collection de son grand-oncle Jacques Doucet, immense collectionneur visionnaire qui fut l’un des premiers à acquérir des œuvres de Picasso, Braque ou Modigliani. Le couple choisit alors de quitter une vie d’artistes itinérants pour transformer un hôtel particulier de la rue Laboureur en écrin destiné à accueillir ces chefs-d’œuvre.

Une réalisation posthume
Le projet aboutira après leur disparition : Paulette Martin consacrera les dernières années de sa vie à organiser la future fondation, inventorier les collections et préparer minutieusement l’ouverture du musée inauguré en 1996. Ironie de l’histoire, Jean Angladon et Paulette Martin avaient toujours souhaité que leurs propres œuvres restent discrètes face aux chefs-d’œuvre de la collection Doucet. Hormis leurs deux portraits croisés accueillant les visiteurs au rez-de-chaussée, œuvre de jean Angladon, leurs créations demeuraient jusqu’ici largement invisibles.

Une mise en lumière
Cette exposition vient réparer cet effacement volontaire. Elle rappelle que derrière les prestigieuses signatures de Van Gogh, Cézanne ou Picasso se cachait un couple d’artistes profondément attaché à Avignon, animé par le partage, l’enseignement et une passion commune pour la création.

Les infos pratiques
Exposition : Un compagnonnage artistique ‘Jean Angladon et Paulette Martin’ imaginé et réalisé par Alexandra Siffredi. Musée Angladon. Jusqu’à fin août 2026. Du mardi au dimanche de 13h à 18h. Parcours : exposition présentée au deuxième étage ; collections permanentes et chefs-d’œuvre de la collection Jacques Doucet accessibles au premier étage et au rez-de-chaussée. 04 90 82 29 03. Musée Angladon 5, rue du Laboureur à Avignon. Plein tarif 12€. 8€ pour les résidents avignonnais.
Mireille Hurlin

Les objets du quotidien retrouvés dans leurs oeuvres Copyright Mireille Hurlin

Musée Angladon, Paulette et Jean, une histoire d’amour et de création qui défie le temps

Le Musée Angladon-Collection Jacques Doucet consacre son accrochage d’hiver 2025-2026 à Maria Bárbola, figure discrète mais essentielle des Ménines de Velázquez. Une copie du XIXᵉ siècle, rarement montrée, éclaire le rôle singulier de cette naine de cour, confidente des puissants et témoin privilégiée d’une Espagne en déclin. L’occasion d’un voyage dans l’art baroque, prolongé tout au long de la saison par rencontres, ateliers et découvertes pour tous les publics.

On l’aperçoit, presque immobile, dans la pénombre vibrante du chef-d’œuvre de Velázquez : Maria Bárbola, regard franc, stature menue, silhouette troublante de dignité. Longtemps considérée comme une figure secondaire, elle s’impose aujourd’hui comme un contrepoint essentiel à l’apparat monarchique. En la choisissant pour son accrochage de saison, le Musée Angladon fait le pari d’un éclairage sur Les Ménines. Car c’est bien dans ces marges du pouvoir, là où se tiennent les nains, les pages, les demoiselles d’honneur, que Velázquez a glissé les clés de son grand théâtre pictural. La toile présentée, vaste copie du XIXᵉ siècle issue de l’ancienne collection Angladon–Dubrujeaud, rend justice à cette figure laissée dans l’ombre.

Velázquez au cœur du crépuscule espagnol
Lorsque Velázquez peint Les Ménines en 1656, l’Espagne chancelle. La grandeur impériale s’étiole, la cour s’alourdit de mélancolie. Et pourtant : l’œuvre irradie. Comme si le peintre, à 57 ans, trouvait dans l’effritement du monde l’espace nécessaire pour inventer une image où la douceur, la clairvoyance et l’ambiguïté règnent en maîtres. Maria Bárbola y apparaît non comme une curiosité mais comme une présence nette, presque moderne, dont le regard – un des rares dirigés vers le spectateur – interroge la scène et son sens. En cela, l’accrochage du Musée Angladon n’a rien d’anecdotique : il rapproche le public de ce que Velázquez dissimule derrière sa virtuosité, cette petite rupture dans la mise en scène du pouvoir qui en révèle la fragilité.

Copyright Fabrice Lepeltier

Une saison qui prolonge la réflexion
Autour de cette présentation, le musée déploie un programme riche pour approfondir le regard, comme jeudi 18 décembre, avec une découverte commentée de la copie exposée et le chef-d’œuvre de 1656. Décembre sera également l’occasion d’arpenter autrement les salles de l’ancien hôtel particulier : conte de Noël, Cluedo grandeur nature, ateliers créatifs et rendez-vous pour le jeune public. Loin de toute logique de divertissement pur, ces propositions cherchent à faire vivre l’expérience muséale comme un terrain d’enquête sensible, où l’on observe, questionne, assemble, invente.

Enfants, danse, saisons : 2026 en mouvement
L’année 2026 prolongera cette dynamique tournée vers la transmission. Les mercredis de ‘L’École des expositions’ permettront aux plus jeunes d’explorer l’art au rythme des saisons : lumières hivernales, autoportraits de janvier, costumes de février, palettes de mars, artisanat d’avril, jardins de mai. Au printemps et en hiver, des stages inviteront les enfants à capter la danse, la lumière, le vent – bref, ce que les artistes savent saisir de l’invisible depuis Degas jusqu’à Sisley. En choisissant Maria Bárbola comme fil conducteur de sa saison froide, le Musée Angladon rappelle que l’histoire de l’art se tisse souvent depuis les bords : dans un regard en oblique, un détail, une présence discrète. Derrière les ors des palais, Velázquez avait laissé entrouverte une porte. L’exposition la franchit avec finesse.

Les prochaines animations

Conte de Noël. Alexandra, médiatrice du Musée, vous emmène à la découverte des collections au fil d’un conte évoquant la magie de Noël. Un moment précieux pour s’émerveiller en famille. Le 23 décembre à 15h. Tarif unique : 5€

Cluedo grandeur nature
Ce jeu à succès, à faire en famille, transforme le Musée tout entier en espace ludique. De salle en salle, à l’invitation de la médiatrice, on cherche à résoudre l’énigme cachée quelque part dans les collections, tout en parcourant l’univers raffiné de cet ancien hôtel particulier : mobilier, rideaux, boiseries, tapis… Le 30 décembre à 15h.Tarif unique : 3€

Copyright Ateliers Musée Angladon

L’atelier
Jeudi Art : collages et nature morte
Un atelier destiné aux adultes sur le thème invite à inventer ses propres compositions avec des éléments de saison évoquant Noël : journaux, papiers de couleur, paillettes…Animé par la médiatrice, l’Atelier du Musée s’adresse à tous et toutes. Il vise à nourrir le regard et invite à la pratique artistique. Le 11 décembre de 14h30 à 17h. Tarif : 12 €. Sur réservation par mail : a.siffredi@angladon.com

L’école des expositions
Tous les mercredis hors vacances scolaires, l’Atelier propose aux 6-10 ans d’entrer en dialogue avec les œuvres du Musée, puis d’expérimenter une technique artistique, dessin, peinture, collage, modelage ou photo sur un thème donné. Animé par Alexandra, l’Atelier est dédié à l’éveil et au développement des sens artistiques, dans un cadre aérien, coloré, égayé par les travaux des participants.
Le mercredi de 14h à 16h. Inscription à l’année : a.siffredi@angladon.com

Le infos pratiques
Musée Angladon. Présentation des ateliers enfants, adolescents et adultes. D’autres façons de découvrir le musée ici. 5, rue Laboureur. Avignon. accueil@angladon.com. Tous les renseignements auprès du 04 90 82 29 03. Ouvert du mardi au samedi de 13h à 18h. dernière visite à 17h15. Fermé le 25 décembre et tout le mois de janvier. Entrée à partir de 8€.


Musée Angladon, Paulette et Jean, une histoire d’amour et de création qui défie le temps

Le Musée Angladon propose l’exposition ‘Curiosité, Voyage dans nos réserves’, rythmée par plus de 80 objets, sculptures, dessins, estampes et céramiques. Le musée propose une déambulation à travers les 18e, 19e et 20e siècles, emportant le visiteur au gré des grandes transformations sociales, urbaines et artistiques. A voir jusqu’au 3 novembre 2024.

Le Musée Angladon abrite des œuvres exceptionnelles achetées par Jacques Doucet comme ‘Les deux danseuses’ de Jacques Degas, ‘Wagons de chemin de fer à Arles’ de Van Gogh, ‘Le couple’ de Picasso, ‘Nature morte au pot de grès’ de Cézanne, ‘Portrait de femme’ dit ‘La blouse rose’ de Modigliani, ‘Paysage de neige à Louveciennes’ de Sisley.

Enfant accroupi. Chine. 18e siècle. Copyright Fabrice Lepeltier


L’exposition est organisée en quatre parties

ou voyages regroupés par thème. La première d’entre-elle fait la part belle au 18e siècle avec dessins et pastels. On  découvre ainsi les délicates et fragiles sanguines de François Boucher, un portrait de femme attribué à Jean-Michel Liotar, une étude pour l’Accordée du village de Jean-Baptiste Greuze ou encore un portrait de fillette attribué à Louis Roland Trinquesse.

Arts décoratifs et arts de la table
Nous sommes là projetés dans le life style du 18e siècle, cette fois dans les arts décoratifs et un luxueux art de vivre où élégantes faïences, porcelaine blanche à décors or et polychrome d’époque Louis XV en provenance de la manufacture de la reine enchantent les intérieurs nobles et bourgeois. Le voyage est là qui s’immisce au gré de ces chenets en bronze doré ornés d’un personnage chinois tenant une longue vue et un globe terrestre. L’époque nous indique là être captivée par les mystères du Cosmos.

Le goût pour les chinoiseries
Evoque la curiosité pour une Orient fantasmée au gré de cette statuette représentant un enfant accroupi en céramique vernissée turquoise, un impressionnant masque de Nô du Japon, des estampes dont une grande vague d’Hokusaï.

Jean-Baptiste Greuze. Etude pour l’accordée du village. Copyright Alexandra de Laminne

19e et 20e siècle, les progrès de la modernité
Cette entrée dans la modernité débute par un manteau de soirée créé en 1900 par Jacques Doucet pour ensuite admirer les sculptures de nus féminins de Charles Despiau. L’époque est à la fascination pour les courbes féminines, à la vénération et au désir comme avec ‘l’Incantation’, une illustration de Félicien Rops et aussi ‘Son altesse la femme’ d’Octave Uzanne. Puis apparaissent la métamorphose des villes comme Londres et Paris dont s’imprègnent des graveurs nommés Auguste Lepère ou Edgar Chahine.

Enfin,
l’exposition s’achève sur le modèle féminin, les classes de danse, des portraits préfigurant peut-être le début de l’émancipation féminine symbolisée par le portrait d’une femme papillon prête à prendre son envol, œuvre réalisée par le graveur Mario Fortuny.

Coupe à compartiments. Chine. 18e siècle. Copyright Fabrice Lepeltier

En savoir plus

Jacques Doucet
Est une personnalité de la vie artistique et littéraire parisienne des années 1880-1920. Il fonde à Paris l’une des premières Maisons de Haute couture. Il fait fortune en habillant une riche clientèle d’actrices et de femmes du monde dont Réjane, Sarah Bernhardt, Liane de Pougy, la belle Otéro. Il forme Paul Poiret et a pour assistante Madeleine Vionnet.  Amateur d’art passionné, il constitue tout d’abord une importante collection d’objets d’art consacrée au XVIIIème siècle : tableaux, dessins, sculptures, œuvres d’ébénisterie et de marqueterie, estampes et livres. En 1912, il vend une grande partie de cette première collection à la suite de la mort tragique de la femme qu’il aimait en secret. Conseillé par Henri-Pierre Roché ou André Breton, il se lance alors dans une nouvelle collection, dédiée cette fois-ci aux artistes de la modernité : Sisley, Manet, Brancusi, Cézanne, Degas, Van Gogh, Matisse, Picasso… En 1924, il est le premier acquéreur des Demoiselles d’Avignon de Picasso. Il devient également mécène pour les écrivains et poètes de son temps, comme Suarès, Aragon, ou Breton.

Léon Dubrujeaud (1845-1920) et Marie Doucet (1854-1937)
Léon Dubrujeaud  est le mari de la sœur de Jacques Doucet, Marie. Diplômé de l’Ecole des beaux-arts de Paris, entrepreneur de travaux publics, président de la Chambre de Commerce de Paris, il partage avec son épouse et son beau-frère un intérêt pour les arts du papier et les objets attestant d’un certain luxe de vie. Il acquiert volontiers de l’estampe de son temps, par Fantin-Latour, Forain ou Steinlen, souvent directement auprès des artistes eux-mêmes. C’est aussi un remarquable bibliophile qui soutient financièrement certaines éditions d’art particulièrement coûteuses.

Les deux fils de Léon et Marie,
André et Jean, grandissent dans cet univers raffiné. Poète à ses heures, André Dubrujeaud (1877-1915) es attaché de conservation au Musée des arts décoratifs. Il décède, jeune soldat, d’une pleurésie. Plusieurs lettres montrent que le chagrin familial est immense. Jean Dubrujeaud (1880-1969) est diplômé de la Haute École de commerce de Paris et, sur le papier, industriel. Il endosse plus volontiers le rôle de gestionnaire de fortune, conseillant la veuve de Jacques Doucet, jouant les intermédiaires dans certaines ventes de tableaux, et héritant lui-même en 1937 d’une fortune colossale. Il a un fils naturel, Jean, d’une lingère, Marie-Félicie Angladon, installée dès 1927 à Avignon.

Jean Angladon (1906-1979) et Paulette Martin (1905-1988)
Jean Angladon-Dubrujeaud (Jean Angladon de son nom d’artiste), est le petit-neveu de Jacques Doucet. Il rencontre Paulette Martin aux cours des Beaux-Arts d’Avignon. Ils se marient en 1932. Tous deux artistes et amateurs d’art, ils développent chacun un travail de peinture, de gravure et d’illustration. Ils collaborent notamment avec l’éditeur Pierre Seghers pour les premiers numéros de la revue Poètes casqués. Ils exposent régulièrement et s’inscrivent dans la mouvance de l’école d’Avignon, du groupe des Trente et du nouveau groupe des Treize, aux côtés de Chabaud, Chartier, Lesbros. Ce sont aussi de grands voyageurs, des lecteurs insatiables, curieux de tout, rassemblant nombre de souvenirs de voyages, photos, cartes postales, et constituant une riche bibliothèque. Ils enrichissent les collections grâce à de nombreuses acquisitions de peintures, sculptures et meubles, avec une attention particulière pour les 15e, 16e et 17e siècles. Reconnu par son père quelques années plus tôt, l’héritage que Jean Angladon en reçoit en 1969 modifie totalement sa vie.

La Fondation Angladon-Dubrujeaud
Sans descendance, Jean Angladon et Paulette Martin sont habités par la volonté de partager avec le grand public les merveilles que la famille conserve depuis deux générations. Ils décident de créer un musée d’art, et choisissent ensemble, en 1978, l’édifice de la rue Laboureur, qui devient leur demeure. Après la mort de Jean Angladon, il revient à son épouse seule de déployer une énergie considérable pour parvenir à mettre en œuvre ce projet. Elle désigne la Fondation de France comme exécutrice testamentaire, lui demandant de créer et faire connaître la Fondation Angladon-Dubrujeaud qu’elle désigne comme son héritière universelle. Le Musée Angladon ouvre ses portes au public le 15 novembre 1996. Il doit son nom à ses fondateurs.

L’exposition Curiosité. Voyage dans nos réserves bénéficie du soutien de partenaires et mécènes :La Banque populaire Méditerranée, Emile Garcin propriétés et le spécialiste des transports de voyageurs haut de gamme depuis 1875 Lieutaud.


Les infos pratiques
Musée Angladon– Collection Jacques Doucet- 5 rue Laboureur 84000 Avignon – Horaires : jusqu’au 31 octobre du mardi au dimanche de 13h à 18h. Le musée est entièrement accessible aux personnes à mobilité réduite. accueil@angladon.com. +33 (0)4 90 82 29 03.


Musée Angladon, Paulette et Jean, une histoire d’amour et de création qui défie le temps

Du 27 septembre au 31 décembre 2023 le Musée Angladon met à l’honneur le Douanier Rousseau (1844-1910) avec deux de ses tableaux, L’Enfant à la poupée (huile sur toile, 67 x 52, vers 1892), conservé au Musée de l’Orangerie, ainsi que La Basse-cour (huile sur toile, 24,6 x 32,9, [1896-1898]), conservée au Musée national d’art moderne-Centre Pompidou.

Ces deux tableaux font l’objet de prêts exceptionnels,
en échange de La Blouse rose d’Amedeo Modigliani, présentée au Musée de l’Orangerie dans l’exposition Amedeo Modigliani. Un peintre et son marchand, et de trois dessins de Picasso prêtés au Centre Pompidou pour l’exposition Picasso. Dessiner à l’infini. Cet accrochage donne l’occasion d’un hommage au peintre dit naïf, admiré par les avant-gardes du XXème siècle.

Henri Rousseau trouve très logiquement place au sein du Musée
qui doit l’essentiel de sa collection à Jacques Doucet (1853-1929). En effet, le couturier-collectionneur fut un admirateur de l’artiste. Il fit l’acquisition de La charmeuse de serpent auprès de Robert Delaunay. Ce dernier le lui céda à la seule condition que Doucet le léguât au Louvre. C’est ainsi que La Charmeuse, l’un des plus grands tableaux de Rousseau, et aussi l’un des plus célèbres, entra dans les collections nationales en 1936. Les toiles de Rousseau s’inscrivent ici, dans la salle du Musée consacrée à l’Ecole de Paris, en dialogue avec les précurseurs de la modernité avec qui il entretint des liens féconds. En particulier Picasso, qui organisa en 1908,  dans son atelier du Bateau-Lavoir, un banquet en l’honneur de ce «demi-raté et conscient de l’être», mais aussi Delaunay, qui fut son ami proche, et Apollinaire, qui rédigea son éloge funèbre.

Le Douanier Rousseau (dit), Henri Rousseau (1844-1910).
Paris, musée de l’Orangerie. RF1963-29.’Enfant à la poupée. [Vers 1892].
Huile sur toile. 67 x 52. © RMN-Grand Palais (Musée de l’Orangerie) / DR

Dans cette mouvance, le Douanier occupe une place singulière.
Employé de l’octroi, ce qui lui vaut son surnom, il entre tardivement en peinture, à l’âge de vingt-huit ans, pressé d’exprimer la fraîcheur de sa vision, soucieux de ne pas tomber dans la réaction aux conventions de l’art occidental, travers qui caractérise bien des courants de la modernité en peinture. Ouvrant des fenêtres dans le prosaïsme pesant de l’époque, Rousseau croit aux vertus de la science et du progrès, et trouve seul son chemin en peinture. L’honnêteté de cette position qu’il s’acharne à tenir dans son art comme dans sa vie, la naïveté qu’il chérit, la candeur qu’il exprime renforcent l’autorité de son œuvre et lui donnent le statut d’exemple pour toute une génération d’artistes d’avant-garde. Selon Apollinaire, qui contribue à bâtir son mythe, Rousseau peint sa propre réalité, dans des toiles minutieuses à la poésie déconcertante, où le proche semble lointain, l’étrangeté familière, le moderne ancien et l’ancien nouveau.

Les toutes premières critiques sont dures à son égard.
Georges Courteline acquiert pour un franc son Portrait de Pierre Loti qu’il considère comme « le clou et le pivot du musée des horreurs ». En 1905, le Salon d’automne présente, aux côtés de tableaux d’Henri Matisse, André Derain et Raoul Dufy, Le lion, ayant faim, se jette sur l’antilope, à l’origine sans doute du mot railleur de Louis Vauxcelles faisant de la salle où il est présenté, une « cage aux fauves ». La force primitive de ses toiles et le traitement clinique de cette imagerie interpelle pourtant la communauté artistique. Fascinés par la figuration primitive et exotique de Rousseau, notamment dans ses Jungles luxuriantes, Picasso et Delaunay, comme Gauguin, voient dans son œuvre la mise en image d’un retour bénéfique aux origines, porté par un inconscient libéré, tendu vers une simplification des formes, montrant la possibilité d’une expression nouvelle, guidant ainsi les mouvements à venir, fauve, cubiste, surréaliste.

La Basse-cour (huile sur toile, 24,6 x 32,9, [1896-1898]), conservée au Musée national d’art moderne-Centre Pompidou

Il sera également question d’Alfred Lesbros avec sa place des Corps Saints à Avignon, tirée de la réserve du musée Angladon.

Alfred Lesbros (Avignon 1873 – Avignon 1940) est un maître provençal ayant appartenu au Groupe des Treize qui rassembla, entre 1912 et 1913, des peintres et sculpteurs avignonnais dont Clément Brun, Claude Firmin, Jean-Pierre Gras. Proche de Jules Flour et Pierre Grivolas, il est influencé par les grandes tendances artistiques qui traversent le début du XXème siècle, de l’impressionnisme au cubisme. Par ses audaces formelles et chromatiques, il occupe une place à part dans l’école avignonnaise.

Avignon, source d’inspiration
Alfred Lesbros est né à Montfavet en 1873 dans une famille de propriétaires terriens installés dans le Vaucluse depuis plusieurs générations. Il habite au centre de Montfavet toute sa jeunesse, non loin d’une petite rue portant maintenant son nom. Il se fixe à Avignon en 1897. Il fréquente l’Ecole des beaux-arts sous la direction de Pierre Grivolas et se familiarise avec ses principes de lumière pointilliste, avec des surfaces et touches de couleur séparées, cernées de foncé bleu ou noir. Il est influencé par Puvis de Chavannes, ses fresques du Panthéon et l’Art nouveau qui triomphe en 1900. Gauguin, Toulouse-Lautrec, Maurice Denis l’inspirent ; il aime leur liberté, leur simplicité.

Durant la période 1900-1914, à côté de son travail de commerçant à Avignon,
il peint le dimanche, surtout à Villeneuve les Avignon. Il se lie d’amitié avec les peintres Joseph Hurard, Joseph Meissonier, Jules Flour, Léon Colombier. A partir de 1908, il expose au Salon des indépendants à Paris, et dès 1915 sa situation lui permet de s’installer dans un vaste atelier et de se consacrer totalement à son art. Il se lance dans des recherches picturales à base de pochoirs, qu’il expose en 1922 au Salon d’Automne et au Salon des indépendants à Paris, où il sera présent jusqu’en 1928.

De 1934 à 1936, c’est pour lui la grande période de la joie et de la couleur, des rues d’Avignon, des fêtes.
Dans ces années-là, il se rapproche du fauvisme, admire Matisse et Marquet. Il hante plus souvent la ville, travaille autour du palais des papes et de la métropole, à des motifs plus familiers. Il vit rue Baracane et découvre la beauté de son quartier : la place des Corps Saints, l’été, est un asile de fraîcheur. Des couleurs vives bien que dans l’ombre, des indications amusantes reproduites avec une feinte naïveté, la luxuriance de couleurs posées en larges touches, d’une manière un peu impressionniste construisent son credo artistique des « belles formes, belles valeurs, belles couleurs ». Il demeure toute sa vie sensible aux choses de la rue comme peintre de la « réalité poétique ». Il laisse un millier de toiles. En 1981, 41 ans après sa mort, une rétrospective lui est consacrée au Palais des Papes.

Le groupe des Treize
Alfred Lesbros est de ceux qui créent à Avignon le groupe des Treize. Auguste Chabaud, Gontier, Maureau, Jean-Pierre Gras, le graveur Germain, l’estiment. La jeune génération, où se côtoient Paulette Martin et Jean Angladon, les fondateurs du Musée, mais aussi des artistes comme Tramier, Devèze, Chartier, Labastie, l’admire et vient lui demander conseil. Artistes et intellectuels se retrouvent alors tous les soirs dans le décor 1900 de la « Rich’Tavern », aujourd’hui disparue, où les rejoignent les Parisiens de renom de passage dans le midi.

Dans ce contexte d’effervescence intellectuelle et artistique,
le groupe des Treize se constitue en réaction au « diktat » de la Société vauclusienne des amis des arts. En effet, cette institution décide d’organiser en juin 1912 une exposition réservée « exclusivement aux paysagistes vauclusiens », excluant de ce fait les graveurs, sculpteurs, architectes, ainsi que les artistes non vauclusiens. Le groupe des Treize, a contrario, tient à privilégier l’ouverture aux différentes techniques, et à ne pas limiter ses horizons géographiques aux frontières du département. Il organise sa première exposition en décembre 1912. Un succès, réitéré l’année suivante. Mais en 1914, plusieurs de ses membres dont Lesbros sont mobilisés, la guerre coupe court à l’enthousiasme et aux projets. Le groupe des Treize a vécu.

Les infos pratiques
Musée Angladon – Collection Jacques Doucet. 5, rue du Laboureur à Avignon. 04 90 82 29 03. Du mardi au dimanche, de 13h à 18h. Dernière admission à 17h15 www.angladon.com
Mireille Hurlin

Les Corps Saints à Avignon Copyright Musée Angladon

https://www.echodumardi.com/tag/collection-jacques-doucet/   1/1