22 octobre 2026 |

Ecrit par le 22 octobre 2026

Sainte-Catherine, 80 ans et déjà demain

À Avignon, l’Institut du cancer Sainte-Catherine a célébré huit décennies de soins, de recherche et d’innovation. De la modeste structure fondée par le Docteur Georges Reboul en 1946 à l’ambition d’un oncopole avignonnais reconnu en Europe, l’établissement continue à faire du collectif sa force. Plus de 500 personnes étaient présentes pour saluer la place d’excellence de l’établissement : médecins, spécialistes, personnalités du monde politique, économique, institutionnel, associatif...

Patients, proches, soignants, chercheurs, élus, mécènes et partenaires ont célébré les 80 ans de l’Institut du cancer, devenu au fil du temps un acteur majeur de la santé. L’établissement, affilié à Unicancer depuis 2021, accueille près de 19 500 patients chaque année. Il compte 85 lits d’hospitalisation, 61 places ambulatoires, réalise 48 000 séances de radiothérapie et 18 700 séances de chimiothérapie par an. Derrière ces chiffres, une histoire locale. En 1946, le Docteur Georges Reboul ouvrait rue Sainte-Catherine un cabinet d’électroradiologie. Son intuition était simple et audacieuse : permettre aux patients du territoire d’accéder aux traitements les plus avancés sans devoir partir à Marseille, Montpellier ou Lyon. « Mettre le progrès médical à la portée des patients de notre territoire », résume aujourd’hui la direction de l’Institut.

De la radiothérapie aux soins personnalisés
L’histoire de Sainte-Catherine épouse celle des grandes mutations de la cancérologie. Radiothérapie, chimiothérapie, médecine de précision, recherche clinique et soins de support ont progressivement transformé la prise en charge. L’Institut fut notamment pionnier dans plusieurs techniques de radiothérapie et dans l’organisation des parcours de soins. Son unité de recherche clinique, certifiée ISO 9001 depuis 2018, comptait en 2025 plus d’une centaine d’essais actifs ou suivis. La recherche n’est pas cantonnée aux laboratoires : elle s’intègre directement au parcours des patients. « Les plus grands progrès sont obtenus lorsqu’on applique au mieux les standards de prise en charge des patients », a rappelé le professeur Jean-Yves Blay, président d’Unicancer. À Sainte-Catherine, les soins de support : psycho-oncologie, douleur, nutrition, activité physique adaptée, accompagnement social ou soins palliatifs, occupent une place importante depuis toujours. La présidente de l’Institut national du cancer, le Docteur Suzette Delaloge, a salué « cette alchimie territoriale » qui permet à un établissement de taille maîtrisée de faire émerger des idées et de les porter loin.

Docteur Virginie Isautier, conseillère municipale, sénateur Alain Milon, Corinne Testud-Robert vice présidente du Département, Docteur Daniel Serin, Bénédicte Martin Vice présidente de la Région Sud, Marcel Martel, maire de Châteaurenard, Copyright Mirielle Hurlin

Un territoire appelé à travailler davantage ensemble
Le prochain défi se joue à l’échelle de l’agglomération. Sainte-Catherine souhaite renforcer ses coopérations avec le Centre hospitalier d’Avignon, les cliniques, les professionnels libéraux, l’université, les associations et les acteurs de la prévention. Mission ? Construire un véritable pôle intégré de cancérologie pour un bassin de population d’environ 700 000 habitants. Le projet doit fluidifier les parcours, réduire les ruptures de prise en charge et rapprocher l’innovation des patients. « Personne ici ne peut tout faire tout seul », a insisté Thierry Philip, membre de l’Organisation of European Cancer Institutes. « Ensemble, nous pourrions constituer un véritable Comprehensive Cancer Center pour une agglomération de 700 000 habitants. »

Trop peu de femmes se font dépister
Cette stratégie répond aussi à une réalité moins flatteuse : l’accès au dépistage demeure inégal dans la région. Bénédicte Martin, vice-président de la Région Sud-Paca, a rappelé que seulement 36,8% des femmes concernées participent au dépistage organisé du cancer du sein en Provence-Alpes-Côte d’Azur, contre plus de 48% au niveau national. La prévention devient donc une priorité. Le programme Interception, destiné à repérer les personnes présentant un risque accru de cancer et à leur proposer un accompagnement personnalisé, sera renforcé. Sainte-Catherine vise aussi le statut de « lieu de santé sans tabac ».

Bientôt, une nouvelle machine de radiothérapie
Lors de la présentation du projet d’établissement, Patrice Sapet, directeur général-adjoint de Sainte-Catherine, a annoncé que l’Institut serait le premier centre français à accueillir une nouvelle machine de radiothérapie au premier trimestre 2027. « Sainte-Catherine sera le premier centre français à accueillir une toute nouvelle machine au premier trimestre 2027 dont je n’ai pas le droit de vous parler aujourd’hui. » Cette future acquisition permet à Sainte-Catherine de maintenir son avance en matière de radiothérapie. En effet, la radiothérapie adaptative renforce la précision des traitements ; ajuste les irradiations à l’anatomie réelle du patient au moment de chaque séance et préserve davantage les tissus sains. Elle permet, en outre, de modifier le traitement en fonction de l’évolution de la tumeur et de la position des organes entre deux séances. L’établissement réalise déjà environ 48 000 séances de radiothérapie par an et entend conserver son rôle moteur dans l’innovation thérapeutique.

Docteurs Daniel Serin et Nicolas Albin et Patrice Sapey Plus de 500 personnes étaient présentes Copyright Mireille Hurlin


ICAP 2030, une feuille de route ambitieuse

Le projet d’établissement ICAP 2030 projette l’Institut autour de cinq priorités : améliorer le parcours du patient, développer l’excellence médicale, accélérer la transformation numérique, renforcer l’engagement des équipes et construire un institut davantage ouvert sur son territoire. La médecine de précision, la télésurveillance, la téléexpertise, l’intelligence artificielle et la valorisation des données de santé complètent l’ambition de soin. Avec une exigence posée par le Docteur Nicolas Albin, directeur général de l’établissement : « L’innovation doit bénéficier à tous les patients. » L’institut prévoit également de développer la radiothérapie adaptative, d’intensifier la recherche clinique, de créer une école du cancer et de participer à la constitution d’un futur oncopole avignonnais. Une accréditation européenne dédiée aux établissements de cancérologie est visée à l’horizon 2027. Mais la technologie ne devra pas effacer la relation. Le président du conseil d’administration, le Docteur Daniel Serin a mis en garde contre une médecine trop désincarnée : « L’intelligence émotionnelle, l’intelligence relationnelle, ça c’est utile et c’est important. »

Parrainez un olivier contre le cancer
À l’occasion de ses 80 ans, Sainte-Catherine plante 80 oliviers dans son parc : 55 ont été offerts par Didier Cornille, 25 autres le seront par Éric Bayol. L’Institut propose aux particuliers et aux entreprises de parrainer un arbre par un don. Ce mécénat original contribuera à financer ses actions de lutte contre le cancer, notamment la recherche, l’innovation et l’amélioration du quotidien des patients. La première récolte est prévue en 2027, avec les salariés de Sainte-Catherine et des mouliniers partenaires. Les habitants pourront également donner les olives de leur jardin afin de participer à la production d’une huile solidaire Sainte-Catherine.
Mireille Hurlin

Copyright Mireille Hurlin

(Vidéo) Sainte Catherine, 281 personnes ont plébiscité ‘Le dîner des chefs à la maison !’

C’était un pari et ils ont réussi. Qui ? En premier lieu l’Institut contre le cancer Sainte-Catherine d’Avignon avec 32 chefs réunis sous la houlette du maître cuisinier Christian Etienne. Leur idée ? Concocter Le dîner des chefs en click and collect puisqu’il ne pouvait pas se faire ‘en présentiel’. Une sacrée bonne idée aussi que de réunir des chefs dont le métier tourne au ralenti pour cause de crise sanitaire. Et, au final, le bénéfice d’une belle opération, qui en plus de nous avoir régalé, aura participé à aménager la nouvelle unité de soins palliatifs ‘Ventoux’.

Ventoux, l’unité de soins palliatifs sera inaugurée en mai

«Nous sommes très contents d’aider Sainte-Catherine en ayant confectionné, pour la 1re fois dans cette configuration, 651 paniers gastronomiques,» sourit Christian Etienne, le leader des 32 chefs attachés à leur fourneaux pour la confection des paniers gastronomiques proposés vendredi 19 et samedi 20 avril derniers. «Avec cette opération ‘Le dîner des chefs à la maison’, nous avons fait appel à la générosité des particuliers, cela nous permettra d’ajouter quelques aménagements à la nouvelle unité détaille le médecin-oncologue Daniel Serin. En donnant 100€ pour ce repas gastronomique c’est notre entourage, notre famille, nos amis et nous-mêmes, peut-être, que nous aidons. On se fait plaisir en dégustant des plats raffinés mais aussi en faisant une bonne action.»

20 lits supplémentaires

«Dans une période où tous les hôpitaux se voient contraints de fermer des lits, Sainte-Catherine est le seul établissement, dans toute la région Paca, à avoir obtenu l’autorisation de l’ARS (Agence régionale de santé) d’augmenter son nombre de lits. De 85 lits nous passons à 105. Sur ces 20 lits supplémentaires 12 sont dévolus aux soins palliatifs et 8 en médecine de long séjour. Nous avions des lits de soins palliatifs mais ils étaient, jusqu’alors, dispersés dans l’établissement.»

Accompagner la dernière expérience de vie

«Nous avons de plus en plus besoin de soins palliatifs. C’est devenu un critère de qualité pour les établissements et une réelle demande de la part des citoyens. Personnellement, je suis soignant, je ne suis pas là pour faire mourir les gens, je fais là référence à la demande de certains de légiférer sur l’euthanasie. Seules des structures dotées de médecins, d’infirmières, d’aides-soignantes spécialisées, d’accompagnants sont aptes à assurer, à ces personnes en fin de vie, une fin digne, de qualité, et non pas indigne comme certains voudraient le faire croire. Pour cela, nous bénéficions de financements de l’Etat.»

Sait-on accompagner la mort en France ?

«Si nous avons été, un certain temps, en retard, dans les années 1980-90, depuis Bernard Kouchner (Ministre des Affaires étrangères et Européennes, Ministre délégué à la santé puis secrétaire d’Etat chargé de la santé, puis Ministre de la Santé et de l’Action humanitaire) représentant  spécial du Secrétaire général de l’Onu au Kosovo, Député Européen) ; Jean-François Mattei (Président de la Croix rouge française, Ministre de la Santé, de la famille et des Personnes handicapées, Député, Conseiller général) ; les ministres qui se sont succédé et celui que l’on a actuellement, Olivier Véran ; l’accent est mis sur l’accueil des malades en soins palliatifs. Les budgets sont ouverts, les unités se créent, les personnels sont en formation médicale continue, en accompagnement, notre pays est dans le ‘coup’.»

Le problème ?

«Faire comprendre aux gens, aux soignants, que les soins palliatifs sont aussi sophistiqués que les meilleurs soins de chimiothérapie ou de chirurgie et, surtout, qu’ils existent. En entendant les médias on a l’impression que les soins palliatifs n’existent pas, pourtant tout est là. Dans notre société, depuis 25, 30 ans, en France et en Europe, le rapport à la mort a complètement changé. Ce n’est pas comme en Afrique ou d’autres pays. On évacue la mort, on ne veut pas en entendre parler. Il y a un siècle, les corbillards traversaient les villages, maintenant, on cache la mort. La mort doit être escamotée. Pourtant redouter la mort est humain, quitter cette vie qui peut être aussi lourde qu’agréable, surtout en période de Covid. Arrivé à un stade, il est bien d’être accompagné en soins palliatifs. Les directives anticipées, inscrites dans la Loi française, nous permettent, en phase de maladie, lorsque le pronostic n’est pas excellent de dire ce que l’on souhaite ou ce que l’on ne souhaite pas. Le document est à transmettre à son médecin traitant ou à la personne de confiance ou, encore, à l’équipe soignante en charge de vous accompagner. Le plus important : Ce texte s’impose à l’équipe soignante. Ce que vous aurez écrit sera fait. Tout est prévu, il n’y a plus rien à ajouter.»

Dernières volontés médicales

Les directives anticipées permettent, en cas de maladie grave ou d’accident, de faire connaître ses souhaits sur sa fin de vie, et en particulier : limiter ou arrêter les traitements en cours, être transféré en réanimation si l’état de santé le requiert, être mis sous respiration artificielle, subir une intervention chirurgicale, être soulagé de ses souffrances, même si cela a pour effet de mener au décès. On considère qu’une personne est en fin de vie lorsqu’elle est atteinte d’une affection grave et incurable, en phase avancée ou terminale. Deux modèles de Directives anticipées existent : le modèle A : en cas d’atteinte d’une maladie grave et si l’on pense que l’on est proche de sa fin de vie et le modèle B : si l’on pense être en bonne santé et ne pas être atteint d’une maladie grave.

Précisions

«Avec les soins palliatifs, la loi Léonetti-Claeys, les directives anticipées et la personne de confiance on a tout ce qu’il faut, détaille le docteur Serin. Il y a plusieurs années, j’ai participé à une commission du Ministère de la santé. Nous étions 80 à être réunis dans une grande salle : des hommes de religion, des penseurs, des associations… Lorsque est venue le moment de la conclusion, Robert Badinter (sénateur, président du Conseil constitutionnel, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice) a dit ‘Une loi ne pourra jamais gérer la fin de vie. Il est urgent de ne pas légiférer sur l’euthanasie. Il faut mettre à disposition les soins palliatifs. Chaque cas est différent. C’est au soignant, auquel la société a donné cette lourde mission, que de savoir la gérer.» On nous dit : ‘on est en retard par rapport à la Belgique et la Hollande. ..Pourtant 2% des décès en Hollande et en Belgique sont réalisés en ‘euthanasie’, mais pour quelles véritables raisons ? L’histoire est là pour nous rappeler que les premiers euthanasiés par le régime Nazi étaient les handicapés, les vieillards et les personnes internées en hôpital psychiatrique. Gardons en tête ces éléments de réflexion.»

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