2 octobre 2026 |

Ecrit par le 2 octobre 2026

Eaux souterraines : c’est tout un art !

A l’initiative de la Chaire GeEAUde de l’Université d’Avignon, la science s’allie à l’art afin de faire percevoir les mystères des eaux souterraines au grand public. Un dialogue recherche-création inédit auquel a été convié 5 artistes à la Villa créative où ils exposeront leurs travaux du mercredi 7 au jeudi 8 octobre prochains à destination du grand public et des étudiants.

La Chaire GeEAUde, structure unique en France de l’université d’Avignon dédiée à l’étude des eaux souterraines, vient d’initier un nouveau dispositif de recherche-création à la croisée des sciences, de l’art et des territoires. Pour cela, elle accueille depuis début septembre plusieurs artistes dans le cadre de l’exposition ‘Eaux souterraines : l’invisible en partage’ qui débutera la semaine prochaine à destination du grand public et des étudiants.

« Nous travaillons sur quelque chose qu’on ne peut voir avant qu’il n’arrive dans notre verre ou qu’il sorte d’une source. Mais c’est terminé parce qu’à ce moment-là on la consomme déjà », regrette Konstantinos Chalikakis, coordinateur de la chaire partenariale GeEAUde à l’Université d’Avignon. A l’image de ce que nous avons pu voir dans d’autre projet européen, nous avons donc imaginé de proposer d’autres visions sur des objets scientifiques. Le but étant d’amener des artistes à travailler sur un sujet dont personne ne parle mais qui est pourtant essentiel, tout particulièrement en Vaucluse où les eaux souterraines représentent 96% de l’eau potable du département. »

Les artistes en résidences avec les partenaires de GeEAUde, de l’université d’Avignon et de la villa Créative. Crédit : DR/Université

Comment montrer l’invisible ?
Comment alors rendre visible cette eau imperceptible ? C’est ce défi qu’un collectif de cinq artistes a relevé dans le cadre de quatre projets artistiques autour de ces eaux souterraines. Depuis le début du mois de septembre, Clémence Vazard, Elven Sicard, Fanny Papot ainsi que Maëlle Banton et Joan Cellier sont donc allés sur le terrain à la découverte des réserves aquifères de Vaucluse, dont celle de Fontaine-de-Vaucluse classée depuis 2024 parmi les 200 sites mondiaux géologiques d’exception. Sur place, ils y ont notamment rencontré les équipes de scientifiques de GeEAUde, celle du laboratoire d’hydrologie de l’Université d’Avignon, le Laboratoire souterrain à bas bruit de Rustrel (LSBB) à Rustrel afin de ‘s’imbiber’ de cette atmosphère, toucher les roches, découvrir l’humidité… Bref, alimenter leur processus de recherche-création afin que leurs pratiques artistiques permettent d’ouvrir différents modes d’accès aux connaissances scientifiques grâce à l’expérimentation d’autres manières de percevoir.

Quelle couleur a l’âge de l’eau ?
Durant ce temps d’immersion, les artistes, qui ont déjà travaillé sur l’eau mais pas forcément les eaux souterraines, ont eu cinq semaines pour élaborer leur projet qu’ils dévoileront la semaine prochaine.

Parmi eux, Clémence Vazard qui travaille depuis plusieurs années sur l’impact de l’eau sur le niveau de coloration des teintures végétales. L’artiste transdisciplinaire, qui intervient notamment en Camargue dans le cadre d’une résidence depuis 2 ans sur cet axe de recherche, développe un nuancier afin de montrer que la teinture est plus ou moins marquée selon l’origine des eaux utilisées. Jusqu’alors, elle s’est servie d’eaux de surfaces mais est très curieuse de découvrir l’influence des eaux souterraines.

Clémence Vazard en Camargue. crédit : DR/GeEAUde

« Quand on parle de teinture végétale, on s’intéresse surtout aux plantes et éventuellement aux fibres qu’on va utiliser, de la laine, de la soie, explique Clémence Vazard. Tout cela va évidemment modifier le résultat d’une couleur. Mais je me suis aussi aperçue dans le cadre de mes travaux dans différents endroits du monde, qu’en utilisant l’eau des rivières ou des lacs qui étaient à proximité cela influait également sur le résultat d’une couleur.
« En travaillant à partir des eaux souterraines, poursuit-elle, j’aimerais pouvoir montrer l’idée qu’avec la teinture végétale, on peut aussi dater l’âge de l’eau. En partant du principe que plus une eau passe de temps dans un milieu souterrain, plus elle est chargée des composants qu’il y a dans l’eau, des éléments dans la roche, ses minéraux, ses métaux etc. Puisque la teinture est réactive à tous ses composants, nous pourrions être en mesure de dater cette eau. »  

« Ce mouvement permanent que l’on ne perçoit pas. »

Fanny Papot, artiste plasticienne

Pour sa part, l’artiste plasticienne Fanny Papot, intervient tout particulièrement autour du phénomène géologique de Fontis.
« En 2023, j’ai fait une résidence qui m’a amenée à m’intéresser aux carrières souterraines. Notamment dans les carrières où il y a énormément d’arrivées d’eau. On y observe le phénomène de Fontis. C’est un vide dans une cavité qui va petit à petit entraîner l’effondrement de la voûte, qu’on appelle le ciel. Ce vide va ainsi remonter à la surface. Ce sont toutes ces interactions entre l’eau et la roche qui m’intéressent. Et dans le cadre de cette résidence, je passe du côté anthropique au côté naturel afin de voir comment l’eau, de la même façon, va créer sa circulation dans un territoire karstique lié au calcaire ou à un certain type de roche. J’essaye de faire comprendre tout ce cycle de la matière qui se crée, se dissout, qui est vivante, qui n’est pas forcément stable mais qui est en mouvement permanent et que l’on ne perçoit pas. »

Travail de Fanny Papot

Réalisatrice et géographe, Maëlle Banton, explore quant à elle les relations entre nos sociétés et l’eau.
« Quelles sont les perceptions que nous avons de l’eau ? Est-ce que nous avons conscience de l’eau que nous buvons et sait-on d’où elle provient, notamment dans le secteur de l’agriculture ? Quels sont les différents usages de l’eau ? Quels sont aussi les conflits que cela peut générer selon les territoires ? Et surtout, sait-on que l’eau est une ressource qui n’est malheureusement pas inépuisable ? C’est à ces interrogations que nous tentons de répondre, explique l’artiste dans le cadre du projet NAPESS (narrations partagées sur les eaux souterraines et les sécheresses) où elle collabore avec le danseur Joan Cellier.

Cette résidence va déboucher sur la réalisation d’un court-métrage de sensibilisation afin d’aborder les conséquences du changements climatiques, notamment dans les territoires qui vont voir leurs ressources en eau, notamment au potable, diminuer.

Travail de Maëlle Banton. Crédit : DR/GeEAUde

« L’objectif c’est d’aller à la rencontre des habitants, des gestionnaires, des élus, des différents usagers, comme des agriculteurs ou des industriels, de ces territoires et d’essayer de voir quelles sont leurs relations à l’eau, poursuit Maëlle Banton. Est-ce qu’ils ont conscience de ce qui se passe finalement sous leurs pieds ? L’enjeu, c’est vraiment de faire entendre la voix des différentes personnes qui expriment leurs témoignages, mais aussi avoir cette dimension poétique de la danse avec la mise en mouvement de cette eau. »

« Créer une espèce de partition sonore souterraine. »

Elven Sicard, documentariste et artiste sonore

Enfin, le documentariste et artiste sonore marseillais Elven Sicard, proposera ‘[S]eaunologie’. Ce dernier connaît déjà bien le Vaucluse puisqu’il a fait un documentaire sonore sur les mémoires spéléologiques du plateau d’Albion dans le cadre d’une résidence pour le compte du Parc naturel régional du Ventoux.
« J’arrive dans ce projet-là avec une proposition de documentaire sonore où je dévie de ma pratique habituelle, explique-t-il. Je travaille plutôt à partir de la parole mais là je vais davantage explorer la matière sonore. L’idée, c’est de choisir des systèmes d’eau et de les sonifier. »

Cette ‘mise en musique’ concernera les trajets de l’eau souterraine avec de la prise de son in situ quand cela sera possible. Pour les parties inaccessibles le principe est de sonifier les données scientifiques, les données de débit, les données de chimie de l’eau ainsi que les interactions entre l’eau et la roche souterraine.
« Tous ces éléments-là vont me permettre de créer du son, en tout cas d’automatiser des synthétiseurs, d’automatiser des traitements du signal et de créer une espèce de partition sonore souterraine qui raconterait ces trajets de l’eau souterrain. »

A la découverte du son mais aussi du goût des eaux mystérieuses de Vaucluse
Trois zones aquifère de Vaucluse seront ainsi sonorisées :  le système karstique de Fontaine-de-Vaucluse, la plaine alluvionnaire de la Durance et l’immense réserve d’eau souterraine de l’aquifère profond du Miocene.
« Chacune de ces eaux seront à l’écoute pendant la restitution et seront proposées à la dégustation, précise Elven Sicard. L’idée, c’est d’essayer d’entrevoir une perception sensible du savoir scientifique sur ces eaux à travers cette triangulation entre le goût, le savoir scientifique et la perception sonore. »

Ouvrir les yeux de grand public
« Il s’agit d’essayer d’expliquer simplement des choses complexes, résume Konstantinos Chalikakis. J’espère que ces résidences permettront d’exprimer, d’une autre façon ou d’une autre, des choses que nous, scientifiques, avons parfois du mal à clarifier lors d’une conférence ou d’une présentation. Peut-être que les artistes y arriveront mieux, car une que les artistes commencent à ouvrir le regard sur quelque chose, le grand public le voit aussi ensuite. »

« Nous sommes parfois limité dans notre discours en restant coincé dans notre domaine, complète Iliana Fylla, accompagnatrice artistique de l’événement et docteure en histoire de l’art. Ces résidences, c’est aussi l’occasion de nourrir le discours scientifique avec des regards croisés qui viennent d’autres disciplines comme par exemple les disciplines artistiques. »
En attendant, ceux qui veulent découvrir que l’eau ne coule pas seulement que sous les ponts d’Avignon pourront écrire leur histoire d’eau (souterraine) à la Villa Créative. Quant à la chaire GeEAUde, elle espère que cette initiative sera reconduite l’an prochain et que, pourquoi pas, cette exposition devienne itinérante. Déjà en tout cas, le court-métrage Maëlle Banton devrait être rediffusé dans le cadre d’un colloque scientifique des hydrogéologues qui se tiendra en novembre prochain à Salon-de-Provence.

Laurent Garcia

Exposition ‘Eaux souterraines : l’invisible en partage’. 16h30 à 19h30. Entrée libre. Du mercredi 7 au jeudi 8 octobre. Villa Créative. 33 bis, rue Pasteur. Avignon


GeEAUde : l’Histoire d’eau bien en chaire de l’université d’Avignon

Avignon université vient d’inaugurer une nouvelle chaire universitaire. Il s’agit de GeEAUde, une structure unique en France dédiée aux eaux souterraines. Avec le changement climatique, mieux connaître ces ressources constituant la quasi-totalité de nos réserves d’eau douce devient un enjeu indispensable. Encore plus en Vaucluse où cet approvisionnement provient presque exclusivement des eaux souterraines. Objectif : se doter d’outils permettant notamment aux décideurs politiques de mieux gérer cette ressource vitale.

Avec GeEAUde, l’université d’Avignon dispose donc désormais d’une 4e chaire partenariale après celles consacrées à l’IA (étudier l’humain au travers des technologies du langage), la Chimie verte & durable du végétal (labellisée Unesco) et les Gif (Géodata immobilier foncier).
Consacrée aux eaux souterraines, ce nouvel outil unique en France regroupant le monde universitaire et des partenaires socio-économique intervient sur la « Dynamique des ressources en eau souterraine et interactions avec les écosystèmes associés ».
En clair, « il s’agit de savoir ce qu’il y a sous nos pieds », résume Carole De Souza, directrice de l’Institut Agrosciences, environnement et santé d’Avignon université à Agroparc.

« L’eau souterraine, c’est un trésor invisible. »

Konstantinos Chalikakis, porteur de la chaire GeEAUde

L’enjeu est de taille puisque les eaux souterraines représentent près de 99% des réserves d’eau douce liquide de la planète. Actuellement, elles fournissent 25% de toute l’eau douce utilisée par les êtres humains en moyenne dans le monde. En France, elles représentent 53% de l’utilisation totale en eau potable, agriculture et industrie. Et en Vaucluse, les eaux souterraines constituent 96% des sources d’approvisionnement dans le département en matière d’eau potable.

En Vaucluse, 96% des ressources utilisées pour la consommation, l’industrie et l’agriculture proviennent des eaux souterraines.©DR

Un enjeu vital pour notre avenir
« L’eau souterraine, c’est un trésor invisible, explique Konstantinos Chalikakis, enseignant chercheur au sein d’Avignon université et porteur de la chaire GeEAUde. Mais parce qu’on ne la voit pas, on pense parfois qu’elle n’existe pas. Cette méconnaissance, c’est la raison principale pour laquelle cette ressource est souvent mal gérée. »
Présentant l’avantage d’être mieux protégées que les eaux de surface comme les rivières et les lacs, elles constituent pourtant une ressource stratégique pour l’alimentation en eau potable et le maintien des écosystèmes.
« Toutefois, les eaux souterraines, ainsi que les bénéfices directs et indirects qu’elles procurent, passent trop souvent inaperçus ou sont ignorés. Ces ressources naturelles, essentielles pour l’homme et les écosystèmes, restent mal comprises, sous-évaluées, et surexploitées. Cette situation critique s’accentue en contexte méditerranéen », insiste Konstantinos Chalikakis.

Le porteur de la chaire GeEAUde Konstantinos Chalikakis dit ‘Kostas’, également enseignant chercheur au sein d’Avignon université, directeur adjoint de l’UMR-EMMAH (Unité mixte de recherche-Environnement méditerranéen et modélisation des agrohydrosystèmes), directeur du laboratoire d’hydrogéologie et responsable équipe hydro.©DR

Les objectifs de cette chaire universitaire unique en France
L’objectif de la nouvelle chaire est « de développer, tester et promouvoir des outils et des approches globales pour caractériser et modéliser les ressources en eau souterraine, ainsi que proposer des stratégies de gestion durable adaptées au contexte méditerranéen dans le cadre des changements globaux. »
Pour cela, outre Avignon université, GeEAUde s’appuie sur deux autres membres fondateurs de premier plan : le département Aqua de l’Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement), organisme de recherche leader mondial dans son domaine, et l’IFP Energies nouvelles, autre acteur mondial majeur dans la recherche de l’énergie et de l’environnement.
Le but étant favoriser la transmission des connaissances et le partage de la collecte des données en fédérant chercheurs, décideurs, politiques, gestionnaires industriels et utilisateurs de l’eau afin de développer des outils d’aide à la décision ainsi que de gestion durable et équitable des ressources en eau souterraine.

De nombreux partenaires locaux
Conscient de l’importance de la démarche, plusieurs acteurs locaux ont, eux aussi, fait le choix de rejoindre GeEAUde comme le Conseil départementale de Vaucluse, la Communauté d’agglomération du Grand Avignon, le syndicat des eaux Rhône-Ventoux, lele Syndicat mixte du bassin des Sorgues ainsi que les groupes nationaux Suez et Veolia.

Les membres partenaires et associés de GeEAUde.©DR

« Le Département de Vaucluse est particulièrement sensibilisé aux problématiques de l’eau, rappelle Christian Mounier, président de la commission agriculture, eau et alimentation. Nous avons d’ailleurs initié fin 2022 des Etats généraux de l’eau afin de mener une réflexion concrète sur la préservation de la ressource et la sécurisation de l’approvisionnement en eau du Vaucluse. C’est donc une évidence que nous figurions dans cette nouvelle chaire. »
« Le Grand Avignon est directement intéressé par la problématique de l’eau, complète pour sa part Jérôme Gelly, directeur général des services techniques de l’agglomération. Avec nos 173 000 abonnés approvisionnés par 10 millions de m3, la Gemapi (Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations), l’irrigation, l’assainissement… l’agglomération est totalement concernée par ces thématiques. »
Même constat auprès des syndicats ayant rejoint GeEAUde : « Nous desservons 180 000 personnes dans 37 communes, indique Julia Brechet, directrice de Rhône-Ventoux. Nous prélevons 13,5 millions de m3 dont plus de 12 millions de m3 proviennent d’eaux souterraines. Nous sommes donc sensibles à cette problématique puisque nous nous sommes déjà engagés dans cette démarche dès 2016 en recrutant un hydrogéologue. »
« On s’intéresse beaucoup aux réseaux des Sorgues en surface, explique Laurent Rhodet, directeur du Syndicat mixte du bassin des sorgues, mais on doit mieux comprendre ce qui se passe en dessous comme à la fontaine de Vaucluse dont le volume baisse de plus en plus. »

A la découverte des hydrosystèmes méditerranéens et vauclusiens
Dans un premier temps, GeEAUde va se concentrer plus spécifiquement sur 3 types d’hydrosystèmes souterrains caractéristiques du pourtour et des îles méditerranéennes. Il s’agit des aquifères karstiques, des aquifères alluvionnaires et des aquifères sédimentaires profonds. Trois types de système que l’on retrouve dans le Vaucluse.

La Fontaine de Vaucluse représente l’unique exutoire d’un hydrosystème particulièrement complexe.©DR

Les aquifères karstiques sont formés principalement au sein de roches carbonatées. Ces hydrosystèmes souterrains présentent plusieurs particularités. Ils ont une importante capacité de stockage d’eau et les écoulements souterrains sont dominés par deux tendances : une dynamique d’écoulement lente et une rapide. La Fontaine de Vaucluse est un exemple d’aquifères karstiques ne présentant qu’un unique exutoire.

L’Hydrosystème de Fontaine de Vaucluse représente un bassin d’alimentation de 1 162 km2 affichant le plus fort débit moyen interannuel de France et l’un des premiers d’Europe. ©DR

Pour leur part, les aquifères alluvionnaires sont des formations géologiques constituées de sédiments (graviers, sables, limons et argiles) qui se sont accumulés au fil du temps dans les lits de rivières et les plaines inondables comme la plaine d’Avignon ou celle de la Crau. Ces aquifères sont souvent situés à faible profondeur sous la surface du sol, et leur eau est généralement plus accessible que celle des aquifères profonds. Ils sont donc largement utilisés pour l’approvisionnement en eau potable, l’irrigation, l’industrie et la production d’énergie. Ces aquifères alluvionnaires peuvent se recharger rapidement en période de pluie et leur niveau d’eau peut varier considérablement en fonction des conditions climatiques locales.

Depuis le Rhône, il faut 49 jours pour recharger les champs captant de la Barthelasse. Il faut compter 10 000 ans pour l’aquifère sédimentaire profond du Miocène de Carpentras… ©DR

Enfin, les aquifères sédimentaires profonds, comme celui du Miocène de Carpentras, sont des formations géologiques souterraines constituées de couches de sédiments et de roches perméables situées à des profondeurs importantes, souvent plusieurs centaines de mètres sous la surface du sol (ex. aquifère du Miocène de Carpentras). L’eau contenue dans ces aquifères est généralement plus ancienne et ils sont généralement très long à se recharger. Les aquifères sédimentaires profonds représentent des systèmes très fragiles souvent utilisés pour l’approvisionnement en eau potable, l’industrie et la production d’énergie, car ils peuvent contenir des quantités importantes d’eau.

Ainsi en Vaucluse, un hydrosystème aquifère alluvionnaire comme celui d’Avignon pourra mettre 49 jours à se reconstituer, de l’eau du Rhône vers les champs captant de la Barthelasse, contre 10 000 ans pour l’aquifère sédimentaire profond du Miocène de Carpentras. Vu le temps que cela peut prendre, on voit alors mieux l’intérêt de saisir comment ces systèmes fonctionnent. Tout le travail de la chaire va donc consister à comprendre les différentes interactions entre hydrosystèmes souterrains et écosystèmes associés, les processus de remplissage, la vulnérabilité aux risques (contamination par une pollution et surexploitation notamment) ainsi que la pérennisation et l’exploitation durable.

« Il est essentiel d’agir collectivement et de manière coordonnée. »

« GeEAUde va nous permettre de mettre en place des bases de données ainsi que de développer des outils pour étudier les évolutions des ressources en eau souterraine et modéliser le comportement des aquifères », complète Konstantinos Chalikakis.
« L’intérêt est de décloisonner les informations et de renforcer notre capacité à échanger », insiste Alexandre Duzan, directeur général adjoint Sondalp-Hydroforage chez Suez qui rappelle l’urgence à agir « quand on sait que le débit du Rhône a baissé de 15% depuis les années 1970 ».
Même prise de conscience pour Eric Lahaye, directeur régional chez Veolia : « Lors de la tempête Alex en 2020, nous avons constaté des niveaux de moins 5 à moins 7 mètres sur des ressources que l’on croyait presque inépuisables. »

« Pour faire face à cette situation critique qui s’accentue en contexte Méditerranéen, il est donc essentiel d’agir collectivement et de manière coordonnée », poursuit Konstantinos Chalikakis.
Et ce d’autant plus que cet ‘or bleu’ a aussi une valeur économique importante car il est utilisé pour une grande variété d’activités, notamment l’agriculture, l’industrie, la production d’énergie et l’approvisionnement en eau potable. S’il devient plus rare, cela peut entraîner des conflits entre les différents utilisateurs de l’eau.

‘L’or bleu’ constitue un trésor quasi-invisible situé principalement sous le sol de Vaucluse. ©DR

Au final, GeEAUde ambitionne de développer et partager les outils permettant une gestion durable de ces ressources souterraines. « Une nappe, c’est une copropriété qui appartient à tout le monde, confirme Alexandre Duzan. Il y a donc un vrai enjeu de gouvernance. » C’est certainement pour cela que la Ville d’Avignon, la Région Sud ou encore la Maison régionale de l’eau ont d’ores et déjà annoncé leur volonté de rejoindre cette chaire qui représentera un investissement pour l’Université mobilisant 1,5M€ sur 5 ans.

« Des conséquences directes sur la sécurité alimentaire et la stabilité politique. »

L’urgence est là puisque le rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement (UNEP) alerte depuis de 2021 sur les conséquences directes sur la sécurité alimentaire et la stabilité politique d’une mauvaise gestion voir d’un épuisement de ces ressources souterraines. Le rapport souligne également la nécessité de renforcer la gouvernance et la gestion, en s’appuyant sur des pratiques durables et équitables pour répondre aux besoins des populations locales.

« Il est actuellement reconnu que les ressources en eau souterraine en Méditerranée sont soumises à de nombreuses pressions telles que la surexploitation, la contamination et la modification des précipitations, expliquent les équipes de GeEAUde. En effet, le changement climatique engendre des modifications des régimes hydrologiques comme la répartition annuelle des pluies et de leur intensité, ou l’augmentation de l’évaporation. De manière indirecte, en contribuant à la montée du niveau marin, ces changements globaux génèrent des interactions de plus en plus fortes entre eaux douces souterraines et eaux marines. »

 
Les membres fondateurs de GeEAUde (de gauche à droite) : Georges Linarès, président d’Avignon université Konstantinos Chalikakis, porteur de la chaire, André Chanzy, directeur de recherche INRAE et directeur de l’UMR EMMAH, ainsi qu’André Fourno, ingénieur R&D de l’IFPEN.

Le SMBS réalise une étude des eaux souterraines de la plaine des Sorgues 

Depuis le mardi 16 avril, le Syndicat Mixte du Bassin des Sorgues a entamé une étude qui a pour but d’apprendre un maximum d’informations sur le fonctionnement des eaux souterraines de plaine des Sorgues. Elle devrait durer jusqu’au mois de juillet 2024 afin de laisser à l’agent du SMBS d’effectuer plusieurs relevés de profondeur de la nappe au sein des forages dans les 18 communes concernées par ce projet. 

Pierre, agent du Syndicat Mixte du Bassin des Sorgues a commencé le mardi 16 avril 2024, une étude sur les eaux souterraines de la plaine des Sorgues. Les mesures récoltées serviront à mieux comprendre le fonctionnement de la nappe et ses interactions avec la Sorgue, mais surtout à établir une cartographie de la surface des nappes d’eau souterraine.

Une étude nécessaire, car elle devrait permettre une mise à jour de cette cartographie et de ses évolutions, la dernière en date remontant à 1973. À l’aide d’une sonde piézométrique (instrument de mesure de hauteur du toit de la nappe), l’agent du SMBS va se rendre chez les usagers et parcourir les 18 communes de la plaine des Sorgues afin d’effectuer des relevés dans les puits et forages existants.

Pourquoi cette étude ? 

En plus de l’apport d’actualisation indispensable que va apporter cette étude, elle devrait également permettre de définir les raisons exactes pour lesquelles le niveau des nappes baisse considérablement, en particulier depuis 2018. 

L’ensemble des résultats obtenus sur les eaux souterraines du territoire permettront aussi de comprendre leur fonctionnement ainsi que leurs interactions avec les eaux de la surface. Plusieurs informations cruciales pourront être récoltées sur l’impact des prélèvements sur les ressources en eaux et les phénomènes de recharges de la nappe alluviale. 

Dans un souci d’avenir, cette étude devrait permettre une avancée importante sur l’anticipation des impacts du changement climatique. Toutes les actions de préservation qui seront pensées pour la suite se feront à partir des informations récoltées lors de cette étude qui apparait comme crucial, car elle intervient avant que l’écosystème du territoire soit dégradé. 

Toutes les données recueillies demeureront anonymes et uniquement destinées à l’étude du Syndicat Mixte du Bassin des Sorgues.


Bassin des Sorgues : une étude des eaux souterraines sans précédent sur la plaine des Sorgues

Le Syndicat mixte du bassin des Sorgues va mener une étude inédite visant à comprendre le fonctionnement des eaux souterraines de la plaine des Sorgues. Un projet qui se déroulera sur 18 communes d’avril à juillet 2024. 

Le Syndicat mixte du bassin sorguais (SMBS) poursuit sa mission de préserver les milieux naturels du bassin des Sorgues. D’avril à juillet 2024, un agent du SMBS effectuera de nombreux prélèvements et relevés de profondeur de la nappe au sein de forages et de puits des habitants. 

Ces travaux auront lieu sur l’ensemble des 18 communes de la plaine des Sorgues (L’Isle-sur-la-Sorgue, Lagnes, Le Pontet, Le Thor, Monteux, Pernes-les-Fontaines, Saumane, Sorgues, Saint-Saturnin-lès-Avignon, Vedène, Velleron, Jonquerettes, Fontaine-de-Vaucluse, Entraigues-sur-la-Sorgue, Châteauneuf-de-Gadagne, Caumont-sur-Durance, Bédarrides, Althen-des-Paluds).

Une meilleure gestion des ressources en eaux à venir

Les mesures récoltées serviront à mieux comprendre le fonctionnement de la nappe et ses interactions avec la Sorgue, mais surtout à établir une cartographie de profondeur des eaux souterraines. Les résultats de l’étude seront essentiels pour établir une meilleure gestion des ressources en eaux et mieux appréhender et anticiper les impacts du changement climatique sur le territoire. 

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