22 septembre 2026 |

Ecrit par le 22 septembre 2026

Le Festival d’Avignon durera t-il encore 80 ans ?

Le festival d’Avignon durera t-il encore 80 ans ? Une certitude, son 81e anniversaire fêté en 2027 sera assurément grandiose !

Pourquoi avoir attendu près d’un mois avant de faire cet article ? Parce que clôturer ce festival inoubliable ne peut se contenter d’être formel et se résoudre à faire un quelconque bilan chiffré à la date du 25 juillet ou plutôt du 26 puisqu’il s’est terminé à « l’aube des questions. » 

Il fallait le savourer, le digérer, ressentir les manques à venir, les émotions oubliées, se remémorer les déceptions parfois, les moments de grâce qui persistent. Dans tous les cas pouvoir dire sereinement qu’on attend déjà la 81e édition qui aura bien lieu, comme l’a annoncée malicieusement son directeur Tiago Rodrigues…à Avignon et en juillet ! En effet, on a pu entendre ici et là beaucoup d’hypothèses farfelues suite aux problèmes liés à la canicule.

Un pré-bilan de cette édition

Un bilan ? On peut tout de même faire un pré-bilan en chiffres comme l’ont fait dès le 21 juillet dans la Cour du Cloître St-Louis Tiago Rodrigues assisté de Clémentine Aubry, directrice déléguée.

• 22 jours de Festival du 4 au 25 juillet 2026
• 47 spectacles et 2 expositions
• 1 spectacle gratuit en avant-première le 3 juillet pour les partenaires du territoire 
• Fréquentation : 119 000 billets au 21 juillet
• 273 représentations payantes et 15 en entrée libre
• Et 200 rendez-vous (lectures, projections et 60 débats et rencontres tout public au Café des idées) pour près de 20 000 spectatrices et spectateurs
• 40 lieux de spectacles dont 21 extramuros
• 10 000 Première fois (billets vendus) dont 32% bénéficiant aux groupes du champ éducatif et 24% pour le champ social. La moitié de la programmation est fléchée ‘Première fois’
• 54 jeunes artistes français et internationaux, en résidence in situ pendant 12 jours sous la direction artistique de Lia Rodrigues 

Le festival durera t-il encore 80 ans ?

On ne peut que reprendre la réponse de son directeur : « ça dépend de vous, de nous tous, de notre capacité à nous mobiliser pour défendre le spectacle vivant.Le Festival d’Avignon, membre du Syndeac ( syndicat des entreprises artistiques et culturelles), est pleinement mobilisé pour demander un moratoire sur les baisses annoncées pour l’année 2026, et défendre la place de la culture à hauteur de 1% du budget de l’état en 2027. Organiser un festival comme Avignon constitue un immense défi : les paramètres à prendre en compte sont si nombreux que perdre l’esprit d’aventure serait la dernière chose à faire. » Et de rajouter que l’enjeu n’est pas budgétaire mais politique et « de demander un pacte républicain qui mette la culture et la création au cœur de la démocratie, de la citoyenneté. Notre projet de l’exception culturelle est un phare, un modèle pour de nombreux pays, alors qu’il se doit d’évoluer, oui ! mais pas d’être remis en cause. »

Dès la première semaine, les lieux emblématiques  et incontournables du festival – Cour d’Honneur, Carrière de Boulbon,la FabricA et l’Autre Scène – nous ont déjà donné à voir la tonalité de ce festival que l’on ne demandera qu’à suivre jusqu’au bout

Avignon on ne dit même plus le Festival d’Avignon , c’est  comme aime à le répéter Tiago Rodrigues  débattre sans se battre. C’est sortir de cinq heures de Maldoror dans la Cour d’Honneur de Julien Gosselin déconcerté, voire dérangé par ce spectacle magistral et fascinant au point de regarder sa rediffusion quelques jours après sur Arte. C’est découvrir au hasard d’un Vive le sujet dans les Jardins de la Vierge, la poétesse et écrivaine catalane Laura Vasquez, envie là aussi d’aller plus loin en découvrant ses ouvrages, être encore séduite quand elle transforme l’essai de nouveau à « l’aube des questions. »

C’est se dire avec ‘L’Hors présence’ de Tiphaine Raffier, que le Festival peut finir là, dès la première semaine avec cette satisfaction d’avoir vu LE spectacle indispensable qui touche l’intime et l’actualité, qui fusionne la mort et la vie et nous bouleverse dans sa force et sa justesse… Mais s’enchaîne ‘Silence’ avec l’étonnante musicienne Lucie Antunes qui mène et malmène les sept danseurs et danseuses de la chorégraphe Mathilde Monnier dans un Boulbon électrisé. Avec ‘Salma mon amour’ d’Ahmed El Attar nous retrouvons les intérieurs d ‘un riche salon égyptien – sur le beau plateau de l’Autre scène de Vedène la décomposition d’une famille et surtout la prise de conscience courageuse de Salma suite à la déflagration du 7 octobre 2023. 

Vous avez dit consensus, dissensus ?

Valérie Dreville seule en scène dans ‘Thésée sa vie nouvelle’ de Guy Cassiers adapté du récit de Camille de Tolédo a été un grand moment de théâtre et de mise en scène. Du théâtre comme on l’aime, écologique, engagé, participatif, incarné par de formidables comédiens et comédiennes a suivi avec ‘Un Procès’ de Christiane Jatahy.

Langue invitée après l’arabe en 2025, le coréen a permis de cerner essentiellement un pays ,la Corée du Sud et ses traumatismes. La programmation variée, la présence des artistes coréens tout au long du festival, les films projetés au Cinéma Utopia nous ont mieux fait appréhender ce pays dont on connaît plutôt en France sa culture populaire à travers les K-pop ou K-dramas. Où ailleurs qu’au Festival d’Avignon aurions nous pu faire l’expérience du pansori et découvrir la prodigieuse Lee Jaram dans ‘Neige,neige, neige’ ?

L’expérience de rester 10h d’affilée avec la performeuse brésilienne Carolina Bianchi et son collectif Y Cara de Cavalo n’était pas gagnée et pourtant ce discours radical, sans concession nous suit encore et réussit même à nous faire sourire – ah l’interview de la seconde partie ! – malgré des scènes insoutenables. Ce choix de spectacle illustre complètement « la liberté de création à grande échelle qui est donnée à certains  artistes pour élargir le champ des possibles pour tous » comme aime à le rappeler le directeur du festival. Il y a eu aussi des respirations circassiennes bienvenues avec le retour de l’inquiétant Johann Le Guilherm et le ‘Pas du monde’ mémorable du Collectif XY, des moments de profonde humanité avec les frères Gremaud, du Molière déjanté avec le collectif flamand tgStan, une belle leçon de géo-politique, enquête méticuleuse et efficace menée nonchalamment par Salim Djaferi dans ‘Bâtir’.

Il y aura eu aussi des doutes et des déconvenues

« Faire le festival » c’est aussi accepter non sans douleur de ne pas vibrer à la lecture d’Oiseau (sur 2 soirées, la deuxième était apparemment plus réussie), d’être un brin colère face à une lecture désincarnée d’Isabelle Huppert malgré la force évocatrice du texte ‘Impossibles adieux’ de Han Kang et de son apparition solaire.

C’est être très dérangé, étouffé par ‘Bunker’ de Marion Siéfert et Matthieu Bareyre, trop long, non distancié. Alors que Benjamin Clementine nous fascinait par ses mélodies tristes et mélancoliques, nous charmait par sa voix singulière , un malaise cependant à l’arrivée sur la scène de la Cour d’Honneur de 8 musiciennes de l’ONAP (Orchestre National Avignon-Provence) toutes de blanc vêtues, qui se sont agenouillées à ses pieds en cercle, telles des nymphettes. Pourquoi ce renfort ? A lui seul il avait  pourtant réussi à imposer un silence et une écoute rarement atteinte dans la Cour et à nous faire fredonner à l’unisson que tout irait mieux.

Un scoop sous les platanes de Noël

Pour conclure, Tiago Rodrigues a donc annoncé qu’il y aura bien un festival en juillet 2027 et que la programmation sera dévoilée en avril… comme d’habitude. Une manière de montrer qu’il ne laisse pas dicter le calendrier par des échéances politiques ou budgétaires. La promesse a été faite solennellement, avec humour, qu’il y aurait des cadeaux comme à la Noël, sous les platanes du Cloître St Louis. « Le festival sera énorme, ce sera une grande fête démocratique, preuve de vie du service public de la culture et du spectacle vivant public. » Il veut croire à la beauté du doute, de l’incertitude et c’est bien face à l’incertitude qu’il croit à la nécessité – et il en a la conviction – de se retrouver en juillet 2027.


‘Et vivre était sublime’, la belle échappée de Belle du Seigneur d’Albert Cohen

On attendait impatiemment la dernière création du metteur en scène Sébastien Lanz, ‘Et vivre était sublime’ découverte en 2024 au Théâtre des Halles d’Avignon. La voici enfin au Festival Off 2026.

Vouloir adapter ce monument qu’est Belle du Seigneur d’Albert Cohen est une gageure à laquelle personne ne se confronterait. Et ce n’était d’ailleurs pas l’intention de Sebastien Lanz quand il y a 7 ans, il a commencé à imaginer un spectacle autour de ce roman. Non pas une adaptation mais plutôt une mise en abyme de sa propre fascination pour ce livre mythique.

Qui ne s’est pas perdu dans ces circonvolutions romanesques de ce livre de près de 1000 pages sans parler de ceux qui n’en sont pas venus à bout… tout en le regrettant ?

C’est peut être d’ailleurs la difficulté  de ce spectacle : comment digérer ces 106 chapitres en 7 parties en moins de 2h et surtout comment finir ? Mais chut !

De nos jours, la puissance de la littérature

 La mise en scène ingénieuse nous plonge directement dans le sujet. Les cartons ou intertitres projetés à la manière des films muets nous situent et le livre et l’action : le livre d’ Albert  Cohen paru en 1968 mais commencé dès 1930 qui relate la passion drôle, cynique et destructrice entre Solal et Arianne mariée au diplomate Adrien. C’est simple, direct, efficace.

Sur le plateau, ils seront également 3 mais transposés — dans un premier temps — à notre époque : Gentiane, l’éco-activiste incarcérée dans la même cellule que Nono le tout sous la tutelle de la gardienne Laura.

Le début du spectacle est passionnant : comment dans ce milieu de violence et de négation du Verbe et de la poésie, un livre peut  changer les rapports entre humains et les rendre humains. 

Comment un livre peut renvoyer à sa propre existence, comment être captivé alors qu’on est déjà captif ? Comment cette capture est libératrice ? Ah l’évasion par la lecture tant galvaudée trouve ici tout son sens !

La belle énergie des 3 actrices donne un rythme moderne et soutenu. Le décor de voile occultant et  les jeux de lumières participent pleinement au plaisir d’entendre le texte originel lu par les protagonistes. Le livre, objet de tentation et d’interdiction devient  peu à peu un personnage à part entière et la fascination opère. 

Le voile se lève, l’intrigue s’accélère

Par la levée de ce voile , le plateau alors se transforme, nous ne sommes plus dans la cellule de Nono mais dans les appartements d’Ariane. Rien n’a vraiment changé si ce ne sont les protagonistes qui glissent peu à peu dans les personnages du livre, se l’accaparant au delà de la performance d’apprendre par cœur ce flot de poésie. Le metteur en scène commence à nous perdre un peu, peut-être est ce voulu ? Il pouvait choisir de rester dans l’univers carcéral qui est paradoxalement poétique ou entrer dans l’histoire du roman qui devient violente.Il choisit la deuxième option. 

On s’était attaché à ces 3 femmes en prison, on rentre peu à peu dans le roman qui est joué et interprété — avec brio certes — mais qui nous surprend par sa violence, par une mise en scène démonstrative.

Il en reste cependant de beaux portraits de femmes sublimes… forcément sublimes et un bel hommage à la puissance des mots sur les actes.


Kosh, du beatbox immersif dans une mise en scène de l’humoriste Pascal Légitimus

Dans tout festival, dont le Festival Off d’Avignon, il y a un OVNI et Kosh en est un lui qui voit et sent avec ses oreilles, entendez qu’il est atteint du syndrome HPS : Haut Potentiel Sonore.

Bruiteur, vocaliste, jongleur de (bons) mots et de sonorités improbables, le beatboxer Kosh nous propose ici, sa dernière création à Avignon Off 2026, un seul en scène explosif et drôle où ses performances vocales servent un discours plein d’humour et de tendresse. Sa bonne humeur nous conquiert immédiatement et passée la surprise d’un langage sonore déroutant, on se laisse aller à un voyage original dans le monde des ondes invisibles. 

Du théâtre, du beatbox mais pas que…

Kosh met ses multiples talents pour dérouler un récit polyforme qui nous entraîne dans ses galères, ses amours,  ses rêves mais aussi l’observation du quotidien qui devient hilarant. Ce n’est pas un concert ni une succession de techniques cependant remarquables. Chaque histoire a un bruit, chaque son crée une émotion qui nous irradie et provoque une interaction authentique avec le public. C’est drôle, inventif, rythmé.

Quand le monde devient une boîte à musique, caisse de résonance de notre quotidien

La vitesse du son n’a d’égal ici que la fulgurance de nos rires et de notre bonne humeur. Un spectacle familial qui réhabilite l’importance du son, de l’écoute dans notre quotidien, qui nous incite à imaginer notre propre empreinte sonore ou à entendre le monde pour mieux le voir ?

Séance de rattrapage le 8 octobre 2026 à Romans-sur-Isère


‘Neige, neige, neige’ de Lee Jaram, révélation rafraîchissante du Festival d’Avignon

La star du pansori Lee Jaram sur la scène de l’Opéra Grand Avignon

Elle entre sur scène et s’adresse à nous directement, simplement pour se présenter, heureuse d’être pour la septième fois en France, connaissant déjà le Festival d’Avignon pour y avoir déjà joué dans le Off mais présentant sa création ‘Neige, Neige, Neige’ pour la première fois ici en France.

Petit moment de pédagogie quand elle nous présente le pansori, cet art vivant né au XVIIIie siècle en Corée  et nous prévient que ce spectacle comprend trois personnages : la narratrice, le percussionniste et le public. On apprend ensuite qu’elle a choisi de nous raconter une nouvelle écrite en 1895 par Léon Tolstoï : Maître et serviteur et que toutes réactions du public seront les bienvenues. La curiosité déjà largement aiguisée s’accroît. On se demande bien comment on va pouvoir intervenir ou interférer entre le coréen et la langue russe ! On peut même oser une crainte quant à l’intérêt du spectacle.. 

Un coup d’éventail, un sourire, un haussement d’épaule de Lee Jaram et le doute est dissipé : nous ne pourrons que nous plier aux rebondissement de cette nouvelle pourtant toute simple de Tolstoï : l’histoire d’un marchand cupide et de son serviteur pris dans une tempête de neige. Lee Jaram va nous tenir en haleine pendant plus de deux heures et sa performance physique et vocale est époustouflante.

Une belle découverte que le Pansori

Le pansori, art du récit ou du conte, est une manière de raconter une histoire. Celle-ci va être modulée, chantée, parlée, mimée, jouée,scandée, bruitée. Sur la scène dénudée, la récitante Lee Jaram  accompagnée de son « unique et indispensable partenaire » Lee Jun-hyoung  percussionniste discret mais néanmoins inspiré vont affronter les steppes russes. Les images se forment, disparaissent ou flottent dans un entre deux poétique ou quelquefois violent. Le froid commence à nous pénétrer malgré la canicule extérieure de juillet. Vassili, Nikita, le cheval, la tasse de thé nous conduisent peu à peu dans les tourments de l’humanité, les questions de vie ou de mort, de sagesse ou de cupidité. Pour rien au monde on ne quitterait cette histoire pourtant simple avec un rebondissement étonnant, gagné par l’humour de LeeJaram qui n’hésite pas à rajouter son point de vue malicieusement, à nous interpeller ou même à nous faire chanter avec elle. Elle le répète, elle a besoin du public, elle a besoin du soutien du tambour du percussionniste car la performance est physique. On sent que le spectacle pourrait s’arrêter là ou au contraire durer des heures mais Lee Jaram est une magicienne et renaît à chaque péripétie. 

Avec une humilité déconcertante elle nous a envoûtés, enchantés et l’Opéra d’Avignon a vibré à tous les balcons.


(Vidéo) Quand Hamlet fete les 50 ans de GSE

En accueillant une représentation d’Hamlet au cœur de son siège avignonnais, Roland Paul, président de GSE a transformé, le temps d’une soirée, ses bureaux en salle de spectacle. Une initiative inédite qui a réuni 160 spectateurs à guichets fermés et marqué un point pour ce spécialiste de l’immobilier d’entreprise qui vient de fêter ses 50 ans.

Un siège social peut-il devenir un théâtre ? À Avignon, Roland Paul, président de GSE a dit oui. Le 22 juillet dernier, le groupe, spécialiste de l’immobilier d’entreprise, a ouvert les portes de son siège pour une représentation exceptionnelle ‘d’Hamlet’, mise en scène par Thibault Perrenoud, dans le cadre du 80e Festival d’Avignon mené par son directeur artistique, Tiago Rodrigues. L’espace, habituellement dévolu à la routine quotidienne et aux réunions, a été entièrement reconfiguré pour recevoir 160 collaborateurs, clients, partenaires et festivaliers. Les spectateurs ont assisté, à guichets fermés, à une version itinérante de la tragédie shakespearienne, portée par trois interprètes. Un dispositif volontairement épuré pour jouer de la proximité avec le public.

Roland Paul président de GSE, Thibault Perrenoud metteur en scène et Tiago Rodrigues, directeur du Festival d’Avignon Copyright GSE

Le mécénat comme prolongement de l’ancrage territorial
Cette soirée était l’aboutissement d’un partenariat noué entre GSE et le Festival d’Avignon à l’occasion des cinquante ans de l’entreprise, à l’occasion d’un projet de mécénat et afin de  participer plus activement à la vie culturelle du territoire.

Un groupe international aux racines avignonnaises
Fondé en 1976 à Avignon, GSE conçoit et réalise des bâtiments industriels, logistiques, tertiaires et commerciaux. Le groupe emploie aujourd’hui plus de 600 collaborateurs répartis dans six pays européens, dispose de 15 implantations en France et appartient, depuis 2019, au groupe allemand Goldbeck, leader européen de la construction clé en main. Son chiffre d’affaires dépasse désormais le milliard d’euros.
Mireille Hurlin


Le Festival d’Avignon n’est pas neutre ? La question ne s’est même pas posée à ‘L’aube des questions’

La 80e édition du Festival d’Avignon s’est achevée ce samedi 25 juillet. Fin de l’édition ? Non ! Car un dernier spectacle commençait à 5h du matin dans la Cour d’Honneur ce dimanche 26 juillet : ‘L’Aube des questions’, une fête plus qu’un spectacle, coordonnée par le directeur du festival Tiago Rodrigues, l’historien Patrick Boucheron et la journaliste Aurélie Charon.

Comment rendre une fin de Festival joyeuse et prometteuse, qui soit une ouverture et non pas une fin, un début de combats, un début de réponses ? Le Festival d’Avignon réaffirme par cette rencontre matinale l’importance de l’Art et le refus de se taire face aux coupes budgétaires, à la montée des fascismes, au déni de démocratie. Que va-t-on devenir ? L’avenir nous le dira, mais nous qu’avons nous à lui dire ?

Au petit matin toutes sortes de noctambules se sont croisés pour tenter une réponse. Ceux qui ont fêté comme il se doit la dernière représentation d’un des 1700 spectacles du Off, ceux qui ne se sont pas couchés et qui rejoignent la Cour d’Honneur, dès la sortie du Mahabharata, bar du Festival ouvert toute la nuit pour l’occasion, ceux qui se lèvent après s’être couchés malheureusement un peu plus tôt que d’habitude pour cause d’annulation due à la pluie du merveilleux spectacle ‘Le Pas du monde’. 

Il fait encore nuit, il fait chaud, il ne pleut plus si ce n’est une pluie de questions

Sur scène les pupitres installés attendent les musiciens de l’Orchestre National Avignon-Provence conduit par la cheffe Debora Waldman, les chaises vides laissent présager beaucoup d’invités, d’interventions d’artistes ou de personnalités de la société civile qui sont annoncés autour du théâtre, de la vidéo, de la musique, de la danse. Edgar Morin est parmi nous grâce à un extrait de son documentaire projeté en ouverture « chroniques d’un été » qui pose la question essentielle « comment vis-tu ? », la voix de Marguerite Duras nous interpelle  sur l’enfance, Florence Aubenas sur l’Ukraine.

Le Soleil se lève à Kiev, à Beyrouth, à Gaza

« Chaque matin, le soleil réveille le monde. Mais qu’est-ce qui réveillera ceux qui dorment encore devant l’injustice ? »

Il sera beaucoup question de soleil qui se lève en France et dans le monde. Pourtant il n’est pas le même pour tout le monde. Philippe Martinez ( secrétaire général de la CGT 2015-2023) portera la voix de Jacques Prévert « Dis donc camarade Soleil, tu ne trouves pas que c’est plutôt con de donner une journée pareille à un patron ? », la comédienne Oksana Leuta nous parle en direct de Kiev au petit matin et se demande qu’est ce qu’il restera d’elle après plusieurs années de guerre, de même le journaliste Rami Abou Jamous en direct de Gaza décrit son lever de soleil « gazastrophique » et se demande comment parler de fraternité aux enfants de Gaza. Le pendant du Soleil, notre ombre, sera également interrogée par la romancière Blandine Rinkel, qui par le biais du conte de Pierre Schlemihl, l’homme qui a vendu son ombre, met en avant le Peuple des ombres. En direct de Beyrouth, le journaliste Anthony Samrani propose de résister en plantant des tomates, pour défier le chaos du monde.

Une pensée en marche

Les chorégraphes Régine Chopinot et Boris Charmaz ont posé des questions en dansant, Camille de Toledo a alimenté le débat sur l’Europe, ça performe avec les écrits de Rébecca Chaillon, la poésie de Laura Vasquez, un texte de Carolina Bianchi. La jeunesse n’est pas en reste avec le savoureux débat filmé des élèves du lycée Philippe de Girard d’Avignon qui cherchent et trouvent leurs mots pour dénoncer « l’exploitation des systèmes. » Il a été question de servitude volontaire avec le philosophe Marc Crepon, de résilience avec Maria Melchior.  Tant de mots et d’idées qui se bousculent pour nous ouvrir le plus de réponses diverses possibles. Impossible de citer tous les intervenants. Bien sûr le fil conducteur était quelquefois tenu mais la prestation finale de Christiane Taubira, digne et juste, a replacé le combat à mener : « qu’en sera-t-il de la joie quand l’Internationale autoritaire persistera à se répandre ? Où va tomber la terre ? Il faut protester ? Alerter ? Désobéir ? »

Pourquoi l’être humain ne peut-il pas vivre sans musique ? 

Fabien Cali, artiste en résidence à l’Orchestre national Avignon-Provence (ONAP) a composé le livret de cette rencontre. Sa musique, délicatement mise en œuvre par la cheffe Debora Waldman, a suivi l’enrichissement du débat, additionnant les instruments, superposant les points de vues, déroulant un récit, provoquant le silence. 

Un programme pas comme les autres

À la sortie, 3 heures après, sourire aux lèvres et traits tirés, une bonne surprise — avant un café salutaire — nous attendait : la distribution d’un livret blanc de 84 pages. Au recto, l’affiche du festival, en quatrième de couverture un extrait de Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke qui nous encourage, en 1903,  à aimer et à vivre pleinement nos questions. Chaque page porte une question, entendue dans la Cour d’Honneur, à charge d’y répondre et de ramener ce carnet au Festival d’Avignon. Les absents pourront se le procurer tout au long de l’année. Une première action concrète et réponse à la dernière question posée : Et que ferons-nous quand nous nous disperserons ?


Voici les trois coups de cœur du Off du Club de la presse Grand Avignon – Vaucluse

Depuis 20 ans, le Club de la presse Grand Avignon – Vaucluse organise ses Coups de Cœur du Festival Off d’Avignon. 10 spectacles ont été initialement sélectionnés par le jury, dont trois ont été distingués ce mardi 21 juillet.

Ce 21 juillet, les membres du Club de la presse Grand Avignon – Vaucluse ont dévoilé leurs trois coups de cœur du Festival Off. Les pièces devaient répondre à plusieurs critères comme être jouées pour la 1re fois à Avignon cette année, être interprétées par au moins deux comédiens (troupe professionnelle uniquement) sur scène avec une durée minimale d’une heure, ou encore être à l’affiche pendant toute la durée du Festival (4 au 25 juillet).

Le trio gagnant

Sur les 10 pièces de théâtre sélectionnées par le jury, composé de journalistes, créateurs de contenus et passionnés de théâtre, trois se sont démarquées :

  • Les bateaux de Thésée‘, présentée à 21h15 au Théâtre Les Étoiles. La pièce suit le procès d’un homme accusé de ne pas exister.
  • Les débuts n’ont pas d’importance, ils sont toujours parfaits‘, présentée à 13h25 au 11. La pièce suit un couple hétérosexuel dans la quarantaine tout ce qu’il y a de plus lambda, qui, des frétillements de la rencontre jusqu’au chaos, se débat avec ce que c’est qu’être un couple aujourd’hui.
  • Les Fanfarons‘, présentée à 17h40 au Théâtre Actuel. La pièce suit Jean qui vient d’intégrer Polytechnique et qui choisit de faire son stage de première année dans le secteur militaire, mais un accident l’en empêche. Il se retrouve malgré lui apprenti-éducateur au campus des Apprentis d’Auteuil de Marcoussis.

La compagnie Les Enfants Ininterrompus pour a reçu un chèque de 500 € de a part du Club de la presse pour ‘Les bateaux de Thésée’.


‘Projet Barthes’, la grande leçon de vie de Barthes au Train Bleu

Voici une adaptation brillante et osée d’un roman de 700 pages de Roland Barthes, La préparation du roman, qui rassemble ses ultimes leçons au Collège de France.

Sobrement, Vincent Dissez se présente à nous, debout, et nous fait ses confidences : le temps passe, il n’y a plus de temps à perdre, il faut choisir l’ultime vie, la nouvelle, « la Vita nova. » Ainsi parlait devant l’auditoire du Collège de France, suite à un deuil, le philosophe et essayiste Roland Barthes (1915- 1980). En quelques leçons, il propose non pas de renoncer à l’écriture, mais de découvrir une nouvelle écriture et fait le postulat que ça intéressera tous les publics, même celui qui n’écrit pas, comme on peut s’intéresser à la découverte d’un métier. Il s’adresse à nous avec ce qui caractérisait Roland Barthes une parole directe, simple mais cependant érudite. 

Après avoir « mariné » comme Flaubert, son projet qui est de ne plus enseigner mais d’écrire, il s’assoit à sa table de travail et se demande pourquoi il écrit. Nous savourons alors les méandres de la création douloureuse de Kafka à Proust, les références et anecdotes littéraires nous comblant.  

Un spectacle vitaminé !

Mettre en scène ce séminaire était une évidence pour Sylvain Maurice : une conférence c’est déjà du théâtre. Certes le talent d’un acteur ou d’un conférencier est important mais il a réussi en 1h de spectacle à nous faire approcher la fulgurance de la pensée de Barthes, son humour, ses savantes digressions. Il fallait cependant un acteur sensible comme Vincent Dissez pour nous faire approcher la dimension humaine et fragile de ce grand penseur du XXe siècle et réussir à nous insuffler un élan vital. C’est un spectacle vitaminé et un bel hommage à la création et à la littérature.

Jusqu’à jeudi 23 juillet. 11h05. 15 et 22€. Théâtre du Train Bleu. 40 rue Paul Saïn. Avignon.


‘La tête loin des épaules’ dans les Jardins de l’Ancien Carmel

Kristina Chaumont adapte une autofiction sur la bipolarité de sa mère dans les jardins de l’Ancien Carmel à l’occasion du Festival d’Avignon dans la programmation du Train Bleu.

Belle idée de jouer ce spectacle en plein air dans le jardin de l’Ancien Carmel d’Avignon ; ce jardin plein de charme est cependant pour le moins en vrac, en harmas — une terre en friche en provençal — comme l’est peut-être Kristina Chaumont même si sa pensée est très structurée. 

Elle raconte ici sa vie d’enfant avec une mère bipolaire. Ses anecdotes décousues, son émotivité laissent vite la place à une description très précise de la maladie, ses symptômes, ses causes, ses déclencheurs et ses remèdes.  

Ce n’est pas un exposé, c’est un murmure d’amour pour sa mère qui se transforme petit à petit en colère contre l’institution psychiatrique. Une institution qui ne soigne pas, qui ne reconnaît pas cette maladie qui n’a pas hélas de marqueur biologique mais qui pourtant a des symptômes et des conséquences terribles pour le malade : c’est en quelque sorte une mort civile où on est privé de lien social avec des envies suicidaires et quand on est soigné c’est pour grossir et enrichir les laboratoires pharmaceutiques. Le soin consiste juste à minimiser les angoisses afin que la personne ne soit pas dangereuse pour elle-même.

Finalement, Kristina Chaumont nous livre ici en vrac et en rire, en générosité et en sourire un petit manuel de savoir vivre ensemble, « bien et mal portants » : petit café d’accueil, citronnade petit geste de « care », connaître les choses ou les gestes qui font du bien, accepter la différence, bienveillance à tout instant…Kristina Chaumont a su avec humour nous sensibiliser à un sujet mal compris mais surtout à nous insuffler par son énergie de la joie de vivre, de l’amour du prochain et tout cela dans la — relative — douceur d’un écrin de nature, lui aussi rescapé…dans la ville d’Avignon. 

Jusqu’au 23 juillet. 10h15. 15 et 22€. Théâtre du Train Bleu (mais dans les jardins de l’Ancien Carmel. Rue de l’Observance). 40 Rue Paul Saïn.

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