7 novembre 2026 |

Ecrit par le 7 novembre 2026

‘Rumba’ brillant et nécessaire au Théâtre des Doms

Dans ‘Laïka’ (2017), David Murgia et Philippe Orivel à l’accordéon ont observé de loin les déshérités sur un parking de supermarché, dans ‘Pueblo’ (2020), ils ont imaginé leur vie. Pour clore cette trilogie, avec ‘Rumba’, ils descendent sur ce même parking pour les rencontrer et nous les présenter. Alors comme nous sommes au théâtre, le plateau bien que minimaliste devient par la force de notre imagination et la verve de David Murgia un parking de supermarché qui attend des pèlerins. Qui dit pèlerins dit chrétienté et c’est ainsi que le récit commence….

Difficile de résumer ‘Rumba’ de David Murgia et Ascanio Celestini. Il y a bien une histoire, un fil rouge mais il serait réducteur. La performance d’acteur de David Murgia éclipse dans un premier temps le propos puis après apprivoisement il nous entraîne là où il veut c’est-à-dire vite et partout. Vite car il y a urgence à découvrir les « laisser pour compte », dénoncer la précarité sociale.  

Partout car la misère se trouve dans tous les pays du monde et même au-delà : « Combien d’étoiles il  y a dans le ciel ? Il y en a tellement qu’on ne peut pas les compter », scande régulièrement le narrateur.

Nos deux compères revisitent l’histoire de Saint François d’Assise, sa vie, son parcours atypique mais pour très vite se demander : Où serait il aujourd’hui ? Avec quels déshérités ? Cette question permet de convoquer sur scène une flopée de personnages haut en couleurs de Job le manutentionnaire à Joseph l’africain, en passant par Giovanni….étonnamment peu de femmes !

C’est une logorrhée qui donne le tournis à l’image de la misère autour de nous, c’est aussi le souffle nécessaire pour insuffler la vie à ces êtres oubliés. Puissant et précis, le Verbe de David Murgia nous enrobe et même s’il nous perd quelquefois il sait nous rattraper par des provocations ou au contraire des envolées dans l’espace. « Combien d’étoiles il y a dans le ciel ? Il y en a tellement qu’on ne peut pas les compter », vous dis-je.

Jusqu’au 25 juillet. Relâche les 8, 15 et 22 juillet. 19h45. 10 à 21€. Théâtre des Doms. 1 bis, Rue des Escaliers Saint-Anne. 04 90 14 07 99. 


‘Les enfants de la vallée’ au Théâtre des Doms

Le 15 juillet 2021, des inondations frappent la Belgique, touchant les vallées de la Vesdre et de l’Ourthe… 

Les artistes de ce spectacle ont recueilli la parole des enfants qui ont vécu ces inondations et qui en ont été traumatisés. Ils ont effectué des ateliers de création, des entretiens et certains enfants ont intégré le spectacle, sur scène ou en vidéo. Leur vallée était devenue la vallée des larmes avec des pertes humaines et matérielles, la vallée du désespoir avec tous les tracas administratifs à venir et la reconstruction à assurer mais aussi la vallée de l’espoir pour comprendre et remonter aux sources de l’incompréhension. Il s’est agi de transformer cette matière en un théâtre à la fois documentaire et poétique. Tous les thèmes sont joliment abordés, sans pathos mais sans acceptation pour autant, à travers le regard ou plutôt le silence d’un enfant. 

Un spectacle pour tous qui donne la parole aux enfants

C’est l’histoire d’une enfant Camille qui ne parle plus : tristesse d’avoir perdu son chien dans cette catastrophe, colère contre la rivière. C’est l’histoire de tous les enfants qui ont pu décrire le grondement effrayant de l’eau, le silence des objets qui flottent, les voitures renversées, les déchets qui ont envahi la cour d’école, l’effondrement des adultes. La première partie évoque la tristesse, la colère et le traumatisme au sein de la famille de Camille. C’est très documenté et réaliste. Peu à peu, à mesure que Camille cherche à comprendre et à remonter aux sources de cette catastrophe, le propos se décentre et est traité d’une manière plus onirique alors que le thème abordé est bien réel et concret : celui du dérèglement climatique. La vérité apparaît peu à peu hauteur d’enfant : le fleuve est vivant, s’ il est sorti de son lit  c’est que la nature a repris ses droits, bafoués par les hommes. 

C’est l’histoire émouvante d’une réconciliation malgré l’adversité, malgré les fautes et le chagrin. Un spectacle tout public joliment mené et efficace. 

Jusqu’au 25 juillet. Relâche les 8, 15 et 22. 10h30. 10 à 21€. Théâtre des Doms. 1 bis Rue des Escaliers Saint-Anne. 04 90 14 07 99. 


(Vidéo) Treize, un bijou de poésie au Théâtre Isle 80

Voici une manière bien originale de parler de la difficulté de vivre l’adolescence : l’enfant, pardon, l’adolescent en marionnette portée et manipulée, comme ne veulent pas l’être cependant les ados face à une mère attentive et aimante mais oh combien maladroite et décalée.

Tout est posé dès le début dans le désoeuvrement de deux marionnettes ado qui se plaignent du monde des adultes, de l’incompréhension… Le castelet provisoire s’efface très vite pour une mise en scène et en mouvements ingénieuse.  

Juliette Lapeyre a été formée au théâtre de mouvement. Elle joue l’intensité et la fragilité de cette période de la vie dans des acrobaties  et des mouvements ayant pour seul appui une table rectangulaire aux pieds solides bien qu’un défaillant, mais qu’elle arrive quelquefois à stabiliser.  

Agilité, circonvolutions, douceur, fermeté : tout aura été essayé pour dompter, amadouer, connaître Axel. C’est cependant non dénué d’humour car les situations quotidiennes sont joliment évoquées.

Ajouter à cela des répliques célèbres et universelles qui n’en sont pas moins banales : «  ça vous est bien égal de savoir si je suis heureuse ou malheureuse ? » ( La Boum de Claude Pinoteau) et l’énergie de Juliette Lapeyre qui est bluffante….Une belle mise en forme pour un sujet de fond !

Jusqu’au 25 juillet. Jours Impairs. 19H40. 10 et 15€. Théâtre Isle 80. 18 Place des 3 Pilats. 09 61 18 06 28.


Festival d’Avignon promeut Babychou pour que les parents puissent aller aux spectacles

Jusqu’à 15 enfants pourront être accueillis gratuitement pendant certaines représentations du Festival d’Avignon et de la FabricA. Confié à Babychou Services Avignon, ce nouveau dispositif pourrait permettre de lever l’un des principaux freins à la fréquentation des spectacles : la garde des plus jeunes. Une initiative qui permettrait d’ouvrir le Festival d’Avignon à un plus large public.

Assister à un spectacle lorsqu’on est parent de jeunes enfants relève parfois du casse-tête. Trouver une solution de garde, souvent coûteuse ou indisponible en soirée, conduit nombre de familles à renoncer aux sorties culturelles. C’est précisément cet obstacle que le Festival d’Avignon a choisi de lever cet été.

Quand la garde d’enfants devient un passeport pour le spectacle
En partenariat avec Babychou Services Avignon, spécialiste de la garde d’enfants à domicile, et la FabricA, son lieu permanent de création artistique, le Festival met en place un service de garderie gratuit à destination des spectateurs. Lors des représentations concernées, jusqu’à 15  enfants âgés de 3 à 12 ans pourront être accueillis dans un espace sécurisé, encadrés par des professionnels diplômés de la petite enfance. Objectif ? Permettre aux parents de profiter pleinement d’un spectacle tout en sachant leurs enfants en sécurité et gardés avec bienveillance.

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Une démarche en faveur de l’accès à la culture
Depuis plusieurs années, le Festival d’Avignon multiplie les initiatives destinées à diversifier ses publics et à rendre la création contemporaine plus accessible. Tarifs adaptés, actions d’éducation artistique, rencontres avec les équipes de création ou encore développement des spectacles destinés à la jeunesse témoignent de cette volonté d’ouverture. La garde des enfants devient, ainsi vecteur d’égalité d’accès à la culture.

Babichou, services Avignon
Pour assurer ce dispositif, le Festival a fait appel à Babychou Services Avignon. Dirigée par Marlène Bergeon, l’agence accompagne aujourd’hui plus de 850 familles du territoire dans leurs besoins quotidiens : sorties d’école, accompagnement aux activités, aides aux devoirs, gardes ponctuelles ou régulières à domicile.

Les infos pratiques
Le service est proposé gratuitement lors de certaines représentations du Festival d’Avignon et de la FabricA, dans la limite de 15 enfants par séance. Il s’adresse aux enfants de 3 à 12 ans, accueillis par des professionnels qualifiés de la petite enfance. La réservation est obligatoire auprès de Babychou Services Avignon. Les modalités et les spectacles concernés sont communiqués par le Festival lors de la réservation.
Mireille Hurlin


Pépée, une histoire sans chute au Théâtre des Doms

Josépha Sini, 28 ans, signe ici son premier projet théâtral et ose une seule en scène intime et hilarante à la fois.

En coulisses, elle se définit ainsi : interprète, performeuse et chanteuse, aimant rire et ayant appris très tôt à pratiquer l’humour en bouée de sauvetage…pour oublier l’alcoolisme de sa mère dite Pépée. « Je crois que j’ai toujours vu ma mère pétée…ma mère était alcoolique, elle en est morte…brillante avocate elle enchaînait les verres de vin comme les procès… » Josepha Sini ne tourne pas autour du pot et passées quelques secondes de sidération devant ces assertions on comprend que ce spectacle sera tout sauf tragique.

Pépée, ce personnage haut en couleur, Josepha Sini va nous la faire découvrir au fil d’anecdotes désopilantes ou épouvantables mais — et c’est le talent et l’énergie de Josépha Sini  et de la mise en scène de Laurène Hurst — on va la comprendre, l’aimer et surtout en rire alors que toutes ces situations peuvent hélas nous ramener à notre propre histoire. Car au-delà de l’alcoolisme d’une mère qui délaisse sa fille, le spectacle interroge les relations mère-fille, l’addiction, et le poids des héritages familiaux.  

Qui n’a pas craint de ressembler ou d’être comparée à sa mère ? Et pourtant nous assistons en direct à une réhabilitation, à la délivrance d’un poids mais pas d’un lien, à un chant d’amour adressé à toutes les mères mal aimées ou mal jugées.

Ce spectacle respire la sincérité des propos, la Belgique s’y glisse avec des incises malicieuses, et s’il n’a pas de chute c’est qu’il n’y a pas de morale, au mieux un état des lieux : « si je suis ici seule sur scène, si j’en suis capable, si j’en suis là, c’est bien grâce à ma mère qui m’a appris à… »

Jusqu’au 25 juillet. Relâche les 8, 15 et 22. 10 à 21€. Théâtre des Doms. 1 bis, Rue des Escaliers Saint-Anne. Avignon.


(Vidéo) Festival off d’Avignon, Théâtre du Train bleu, Épouser un milliardaire… ou la fin du monde

Quinze ans après le succès de ‘Comment épouser un milliardaire’, Audrey Vernon retrouve son héroïne pour ‘Noces de cristal’, présenté au Théâtre du Train Bleu. Sous les atours d’une comédie caustique, l’humoriste et auteure livre une satire féroce des ultra-riches, du capitalisme contemporain et des dérèglements climatiques, mêlant enquête documentée, humour noir et théâtre politique. Le tout à partir de la composition d’un baril de pétrole.

À première vue, tout ressemble à une joyeuse célébration. Une robe de mariée scintillante, des ballons dorés, un karaoké avec le public, un anniversaire de mariage. Quinze ans de vie commune, ce sont les noces de cristal. Mais chez Audrey Vernon, la fête tourne rapidement au réquisitoire.

Une mariée forgée à l’humour noir…
L’auteure reprend le personnage de la jeune femme prête à tout pour épouser un milliardaire, créé en 2009 dans ‘Comment épouser un milliardaire’, spectacle devenu culte avec plus de 500 représentations. Quinze ans plus tard, cette épouse imaginaire d’une des plus grandes fortunes mondiales revient raconter ce que signifie réellement vivre du côté des ultra-riches. Derrière le conte de fées se cache une mécanique implacable où l’accumulation des richesses s’accompagne de l’épuisement des ressources, de l’accroissement des inégalités et d’une influence toujours plus forte sur les décisions politiques et économiques.

Le milliardaire comme symptôme de son époque
La force du spectacle réside dans sa documentation. Audrey Vernon ne se contente jamais de la caricature. Elle s’appuie sur des faits, des chiffres, des exemples précis et démonte les mécanismes qui permettent à quelques centaines d’individus de concentrer une part croissante des richesses mondiales.

Epouser un milliardaire pour sauver sa peau
Sur scène, elle invite avec une ironie mordante le public à… épouser un milliardaire. Car, explique son personnage, dans un monde promis à une hausse de quatre degrés, seuls les très riches disposeront des moyens de survivre. Encore faut-il accepter le prix à payer : renoncer à son humanité et surtout, ne pas fréquenter les pauvres.

Quelles sont les dynasties de serial killer en France ?
Au fil du récit défilent les grandes dynasties industrielles françaises. Famille du luxe, de l’agroalimentaire, de la pharmacie, de l’armement, des médias, de la logistique ou encore des biens de consommation : chacune incarne une manière différente d’exercer un pouvoir économique devenu un véritable pouvoir politique.

Copyright Mireille Hurlin

Et l’écologie bordel ?
Chroniqueuse sur Radio Nova, engagée de longue date dans les questions écologiques et sociales, Audrey Vernon développe depuis plusieurs spectacles le théâtre documentaire. Dans ‘Noces de cristal’, elle ne concède rien et continue d’éclairer le grand public sur ce qui ne se dit pas, sur ce que la presse continue d’ignorer puisqu’elle est détenue par la famille facho-média.

Cette urgence à faire passer le message
Son héroïne raconte avec un aplomb désarmant les pratiques des milliardaires sans les commenter. Cette distance crée un décalage permanent entre le rire et le vertige. Les situations paraissent absurdes, jusqu’au moment où le spectateur réalise qu’elles reposent sur des réalités parfaitement documentées.

Souffler le froid et le chaud
La mise en scène de Marie Guibourt accentue cette contradiction permanente entre l’esthétique festive d’un anniversaire de mariage et la gravité des sujets abordés : crise climatique, concentration des richesses, industrie de guerre ou encore pouvoir des géants du numérique.

Copyright Mireille Hurlin

Une signature de l’humour politique
Depuis plus de 15 ans, Audrey Vernon, l’ancienne speakerine de Canal+, auteure de spectacles comme ‘Marx et Jenny’, ‘Fukushima Work in Progress’, ‘Billion Dollar Baby’ ou encore ‘Comment traverser les sombres temps’, consacré à Hannah Arendt, construit une œuvre où l’humour devient un formidable outil de vulgarisation politique.

Un petit bijou d’informations rares et sensibles
Dans ‘Noces de cristal’, Audrey Vernon transforme l’économie, la géopolitique et l’écologie en matière théâtrale accessible sans jamais simplifier les enjeux. Le rire naît ici de l’apparente légèreté de la narration et de la violence des réalités qu’elle dévoile, rappelant que le théâtre est une école Montessori d’un divertissement empli d’esprit.

Les infos pratiques
Noces de cristal d’Audrey Vernon, auteure et interprète. Festival Off Avignon. Théâtre du Train Bleu. 40, rue Paul-Saïn à Avignon. Jusqu’au 23 juillet à 20h30 (relâches les 10 et 17 juillet). Durée : 1h10. À partir de 14 ans. Texte : Audrey Vernon. Mise en scène Marie Guibourt. Production : Fourchette Suisse Productions. Réservations ici.
Mireille Hurlin


Voici les trois cuvées ambassadrices de la 80e édition du Festival d’Avignon

Comme chaque année depuis 28 ans, l’AOC Vacqueyras et le Festival d’Avignon se sont associés et ont présenté les trois cuvées de l’appellation qui seront les ambassadrices de cette nouvelle édition.

Au cours du mois d’avril, un jury composé de journalistes, vignerons, œnologues, sommeliers et membres de l’équipe du Festival, s’est réuni afin de sélectionner les cuvées officielles du Festival d’Avignon 2026. Ce sont une quinzaine de cuvées qui étaient en lice pour devenir ambassadrice la 80e édition de ce festival de théâtre à la renommée mondiale.

Comme chaque année, ce sont donc trois cuvées qui ont finalement été choisies. Ainsi, pendant toute la durée du Festival, elles vont revêtir une étiquette différente, davantage à l’image de l’événement culturel. Plus de 500 bouteilles de ces trois cuvées prendront la direction du Cloître Saint Louis et seront mises en avant lors des temps forts du Festival In : cocktails, soirées de lancement, conférences de presse, soirée des mécènes ou encore, évènements privés. Des bouteilles seront également offertes aux artistes et invités de prestige du Festival. « L’occasion pour Vacqueyras d’asseoir sa notoriété auprès d’un public féru de culture et œno-curieux », affirme l’appellation.

La Sélection Officielle de la 80e édition du Festival d’Avignon comprend :


Chroniques d’un Off avancé

Si le(s) Festival(s) d’Avignon commence(nt) le 4 juillet, les théâtres, les compagnies et le public n’ont pas attendu pour investir la ville dès le mois de mai.

Au Théâtre Artéphile, le festival a commencé début juin

Depuis 9 ans déjà, Anne Cabarbaye et Alexandre Mange proposent en avant-première les créations de leur programmation de l’été.  Une programmation choisie et assumée pour satisfaire tous les publics autour des écritures contemporaines, présentée dans un élégant livret. Sur 14 spectacles dans les 2 salles d’Artéphile, 11 sont des créations que le public local a pu voir en juin à des tarifs très abordables, loin de la foule de juillet et avec un accueil « maison » idyllique pour se poser, discuter après le spectacle et même rencontrer les artistes. Ce n’est pas un thème qui a imposé la programmation mais de fait, c’est l’espoir (et Hope! ) qui en est – involontairement — le fil rouge. Les femmes, qu’elles soient interprètes ou metteuses en scène occupent également une place de choix, « accompagnées » souvent musicalement par un homme.

Deux grands textes ouvrent la matinée avec une adaptation de Jeanne d’Arc de Joseph Delteil et ‘Rêver de bout’ de Lydie Salvayre. Deux personnages de femmes volontaires, insoumises et en colère qui  livrent leur propre guerre. Dans un aurte genre ‘Mata hari titre provisoire’ tente de réhabiliter le mythe de l’espionne sulfureuse. À la mi journée, ‘Lichen’ mise sur la résistance à la modernité programmée tandis que Barbara Lambert dans ‘Algorythme’ essaie de survivre sans repères numériques. Quatre succès au OFF 2025 reviennent à Artéphile : ‘Avec plaisirs’, ‘Toutes les autres’ et ‘Le Choeur des femmes’ : le couple, le corps des femmes, la sexualité, autant de thèmes traités délicatement mais non sans humour, et ‘Rip’, ovni collectif adapté d’une nouvelle de Tolstoï. Encore deux face à face à la même heure : ‘La fileuse de nuit’ qui nous embarque dans les vertiges du non-dit pour réveiller les fantômes du passé tandis que ‘Les Gestes d’après’ les combattent pour mieux revivre. De même Séphanie Manus dans ‘Le cordon’ explore notre héritage transgénérationnel. Pour finir la soirée, ‘Et vivre était sublime’ adapté librement de Belle du Seigneur d’Albert  Cohen nous offre encore de beaux portraits de femmes en devenir tandis que ‘Sissi Von Hart’ nous plonge dans un huis clos bouleversant. 

Aux hasards des sorties de résidence ou des avant-premières

‘Discours aux animaux’ : Vu un soir de printemps dans les jardins du Carmel, ce spectacle est repris pour deux matinées et deux soirées seulement. Pour ceux et celles qui ne connaissent pas Valère Valerina, écrivain dramaturge récemment décédé, la pièce a de quoi déconcerter. A l’originalité, à la singularité de la langue de Valère Valerina s’ajoute une mise en scène audacieuse car en plein air et en déambulation dans le magnifique espace du Carmel de la Respelido. Le public (jauge réduite nécessaire) va déambuler sur trois espaces en suivant l’étonnant Yannick Gonzalez dans les 11 promenades qui constituent cette adresse aux animaux c’est-à-dire à des êtres qui ne peuvent pas nous répondre. Un moment hors du temps assuré.
Vendredi 10 et 17 juillet. 8h20. 19H40. Le Train Bleu-Jardin du carmel.

‘Ma nuit à Beyrouth’ : Née de l’amitié entre le performeur Nadim Bahsoun et l’autrice et metteuse en scène Mona El Yafi, ‘Ma nuit à Beyrouth’, vu en 2024, prend encore plus de sens aujourd’hui : un danseur doit renouveler son passeport dans un Liban ravagé et une ville plongée dans le noir. L’une parle, l’autre danse face à un mur mais comment rester debout dans un pays détruit, comment rester digne face à des situations administratives kafkaïenne. Cette danse de l’attente qui explore un pays meurtri nous rassemble dans une quête malgré tout touchante et poétique.
Au 11. 19h15. Boulevard Raspail.

‘Treize’ : Voici un chouette spectacle qui aborde d’une manière originale et efficace les relations mère/enfant. La comédienne Juliette Lapeyre, formée au théâtre du mouvement déploie des trésors d’ingéniosité pour dompter son fils, adolescent récalcitrant incarné par une marionnette. L’intensité et la fragilité de cette période de la vie sont mis en espace dans des acrobaties et des mouvements ayant pour seul appui une table rectangulaire aux pieds solides bien qu’un défaillant mais qui se stabilise un moment… Une belle mise en forme d’un sujet de fond.
Du 5 au 25 juillet. Jours impairs. 10 et 15€. Théâtre Isle 80. 18 Place des 3 Pilats. 06 42 69 00 26.

‘Warriors’ : Il sont sept sur scène et vont nous embarquer dans l’histoire de la guerre des gangs, de West Side Story aux Guerriers de la nuit. Sur un hip hop très narratif, puissant, énergique et inventif, la solidarité finit par triompher, l’adversité laisse place à la danse de la délivrance. Une chorégraphie d’enfer qui laisse pantois !
Du 4 au 25 juillet. Relâche les 9, 16 et 23. 12 à 24€. La Factory/Théâtre de l’Oulle. Rue de la Plaisance. 09 74 74 64 90.

À suivre…..

Festival Avignon Off. Du 4 au 25 juillet. Village du Off. 6 rue Pourquery Boisserin. Avignon.


En attendant le Off… focus sur les scènes permanentes d’Avignon

Les six scènes permanentes d’Avignon — le Balcon, les Halles, le Chêne Noir, Transversal, les Carmes et le Chien qui fume — n’ont pas attendu le Festival et pour cause : elles sont présentes toutes l’année, ont une programmation régulière et nous régalent de leurs créations que nous avons eu la chance de découvrir en exclusivité

Sur les neux spectacles qui seront présentés au Théâtre du Balcon, nous avons pu voir et apprécier les deux dernières  créations de la Compagnie Barbuscia : ‘Le syndrome d’Ulysse‘ créé par Serge Barbuscia  qui donne une belle version contemporaine de ce mythique voyageur et nous livre ici un magnifique traité d’humanité qui efface les blessures de l’exil. Avec ‘L’étrangère‘, Jean-Baptiste Barbuscia. propose une relecture féministe du chef-d’œuvre de Camus dans un huis clos alerte et sensible. Le Théâtre du Chêne Noir présente deux créations parmi 18 spectacles programmés: ‘Zadig’ réécrit et mis en scène par Gérard Gelas mise sur le rire pour pourfendre l’intolérance et le fanatisme dénoncé en son temps par Voltaire tandis que Julien Gelas signe la mise en scène et la musique de ‘Carnets d’Ukraine’. Au Théâtre du Chien qui fume, sur les 14 spectacle présentés (dont le  théâtre du Petit Chien), nous avons vu ‘Vagabond‘, la dernière création de Gérard Vantoggioli qui est une totale réussite et qui nous plonge dans une humanité retrouvée. Au Théâtre des Carmes, pas de création, mais la reprise formidable de ‘Parler Pointu‘ et ‘Crash’. Belle aventure que ce ‘Thelma, Louise et Nous‘ porté par Anna Pabst et Nolwenn Le Doth du Collectif Le Bleu d’Armand dont nous avons suivi les étapes de création et qui se produira au Théâtre des Halles. On retrouvera la directrice du théâtre Transversal, Laetitia Mazzoleni, dans la lecture de Minable Umain de Romane Nicolas à l’occasion des lectures du Souffle d’Avignon et les 16 spectacles programmés font la part belle à l’écriture contemporaine. 

Le Souffle d’Avignon 2026, la 7e édition

Initié en 2020 par Serge Barbuscia et le Théâtre du Balcon, porté par les six Scènes permanentes d’Avignon et le Festival d’Avignon, le Souffle d’Avignon est rejoint cette année par le Centre des Auteurs dramatiques du Québec. En 2020, il s’agissait d’affirmer que l’Art ne pouvait être confiné, c’était un acte de résistance face à la crise sanitaire. Gageons qu’en 2026, à l’heure des restrictions budgétaires et des attaques ou censures de tous ordres, ce Souffle est encore plus essentiel. Ce cycle de lectures met en lumière les voix contemporaines du théâtre. Ces lectures de textes inédits en présence des autrices et auteurs invitent à découvrir des écritures actuelles dans un cadre historique et symbolique du jardin du Palais des papes. 

Le Souffle d’Avignon 2026. Du 8 au 19 juillet. 19h. Jardins du Palais des Papes. Rue des Escaliers Sainte-Anne en face du cinéma Utopia Manutention. Les billets seront à retirer sur place 30 minutes avant le début de la lecture. Entrée libre (dans la limite des places disponibles). Réservations par mail uniquement : scenesdavignon@gmail.com

https://www.echodumardi.com/tag/festival-davignon/page/4/   1/1