28 juillet 2026 |

Ecrit par le 28 juillet 2026

‘Un procès, après l’ennemi du peuple’ s’invite à notre jugement au Festival d’Avignon

Un lanceur d’alerte est-il un ennemi du peuple ?

En 1882, Henrik Ibsen écrivait Un ennemi du peuple, l’histoire du docteur Stockmann qui découvrant que les eaux de sa ville thermale sont contaminées alerte la ville et la population mais est totalement discrédité et considéré comme un ennemi du peuple. En effet, ses révélations mettraient en péril les emplois, le tourisme, la réputation de la ville…

À l’heure des lanceurs d’alerte, des fake news la dramaturge brésilienne Christiane Jatahy et l’acteur et réalisateur brésilien Wagner Moura ont voulu revisiter cette pièce aux résonances si contemporaines en offrant au héros une justice sociale c’est-à-dire un  tribunal du peuple puisqu’il est accusé d’être un ennemi de ce même peuple. Dès le début, un jury de dix personnes est tiré au sort parmi le public. Il siégera sur scène pendant toute la durée du spectacle encadré par l’acteur Matthieu Sampeur. La scène se situe donc dans un tribunal, la première partie du spectacle fonctionne avec la même rigueur et règles qu’un procès : chaque partie est invitée à exposer ses arguments. Ce sont des joutes oratoires plus ou moins calmes avec preuves à l’appui. En effet, le cinéma cher à Christiane Jatahy s’introduit dans ce huis clos qui ne le restera pas : des vidéos, photos, entretiens sont projetés.Les enjeux écologique et de santé publique sont exposés d’une part tandis que  les répercussions économiques et sociales sont avancées. Tout ceci est intéressant mais encore bien formel malgré le jeu extraordinaire de Danilo Grangheia qui joue le rôle du maire frère de l’accusé, Julia Bernat avocate et fille de Thomas et l’extraordinaire acteur qu’est Wagner Moura. Quand les jurés sont invités à transmettre leurs questions pour être sûr d’avoir bien compris et les accusations,  et les enjeux, on s’y perd un peu car tout se fait en anglais, aucune traduction n’est affichée mais le relais est pris petit à petit par les acteurs eux-mêmes . Ce flou participe cependant  à une bascule dans le spectacle : tout s’embrouille, une injustice se dessine, les esprits s’échauffent  et ça devient formidable. La salle réagit. Le théâtre est bien vivant et nous sommes enfin invités dans cette agora à nous interroger : Qu’est ce que la Vérité ? Est-elle unique ou il y en a-t-il plusieurs versions ? Mais laquelle prime ? La scientifique ? La majoritaire ? Est-elle juste ? Nous ne sommes plus de simples spectateurs mais bien des citoyens face à un dilemme : Un lanceur d’alerte est il un ennemi du peuple ? Un agitateur ? Un anti démocrate ? Un égoïste ? Alors se pose la question terriblement actuelle de la montée des idées d’extrême droite et du mécanisme du fascisme. Comment le débusquer en le combattant démocratiquement alors qu’il se sert justement de la démocratie, c’est-à-dire de la volonté du plus grand nombre pour asseoir sa légitimité ? 

Si le propos se veut politique, la dimension émotionnelle n’est pas négligée. La question de la famille, de la fratrie que l’on ne choisit pas est posée également. L’intimité de l’accusé est malmenée et son passé fouillé. Nous perdons quelquefois nos repères de bien-pensants mais Wagner Moura lui ne faiblit pas. Sa solitude et son désarroi sont magnifiquement montrés en hors champ grâce à la caméra mobile qui le suit dans ses déplacements. Ce soir là, ils étaient huit jurés à acquitter Thomas Stockman mais l’histoire ne fait que commencer…

Mercredi 22 juillet. 18h. 40€. Gymnase du lycée Aubanel. Avignon


‘Un procès, après l’ennemi du peuple’ s’invite à notre jugement au Festival d’Avignon

Nous avions découvert ‘Secret’ de Johann Le Guillerm au Festival d’Avignon 2004. 22 ans après, la fascination reste intacte pour cet artiste circassien qui n’en finit pas de nous transporter dans tout un monde de possibles où les machines sont autonomes, les lois physiques domptées, les performances répétées, les sculptures extravagantes, les architectures bluffantes, les points de vues renversés. Le spectacle se nomme ‘Terces’ car c’est l’anagramme de « Secret » et signifie aussi « labourer pour la troisième fois. » Johann Le Guillerm n’a eu de cesse en effet de faire évoluer son spectacle d’origine et on retrouvera d’ailleurs deux ou trois performances signature : un cheval d’arçon encyclopédique, un mikado géant, ou du jardinage sans effort où le remplissage des pots entraîne la brouette. On le voit, difficile de décrire un visuel à la fois technique et poétique. Difficile également de qualifier l’artiste : magicien, gladiateur, architecte, circassien, mystique, touche-à tout, savant fou, dompteur d’objets…

L’homme inquiète et dans sa posture et dans son regard concentré et perçant , dans ses tics d’agacement et pourtant il fascine même quand il dresse un simple avion en papier. Cette introduction place le personnage : du papier et du souffle suffisent, la décroissance est en marche. Si « l’architexte » complexifie ensuite ses performances elles sont toujours minimalistes : nul besoin  de clous, cordes, marteau pour s’inventer un simple monde où il ferait bon vivre loin de toute intelligence artificielle. Johann Le Guillerm a lui l’intelligence du cœur et met l’utopie et le rêve au centre de sa machinerie poétique. 

Exposition Architextures
Jusqu’au 25 juillet. Fort Saint-André. Villeneuve les Avignon. 

Terces. Dans le cadre du Festival d’Avignon. Les vendredi 17, dimanche 19 et lundi 20 juillet. 22h. Plaine de l’Abbaye. Villeneuve-lès-Avignon.


‘Un procès, après l’ennemi du peuple’ s’invite à notre jugement au Festival d’Avignon

Magnifique spectacle que celui de François Grémaud programmé au Tinel de la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon dans le cadre du Festival d’Avignon.

Pour sa dernière création, François Grémaud à qui nous devons la trilogie des seuls en scène Phèdre, Gisèle  ou Carmen,  a choisi une figure masculine : celle de son frère Christian, sourd de naissance.  Pourquoi lui consacrer un spectacle ? A cette interrogation, François Grémaud répond d’abord simplement «  pour lui rendre hommage car je veux réparer une injustice » Même s’il n’en est pas responsable, il a eu conscience de son combat, des humiliations subies. Donner la parole à son frère, c’était la moindre des choses pour saluer son courage mais comment le faire sans le mettre encore en position d’assisté, d’infériorité ?

Alors il lui a vraiment donné la parole : sur scène Christian nous tient en haleine – lui qui n’est pas un comédien professionnel – pendant plus d’une heure en langue des signes française( LSF). François, en retrait traduit ses signes.Quelquefois les deux langages se fondent, les regards se croisent , les corps s’étreignent et tout l’amour de ces deux là l’un pour l’autre respire et transpire. Parce que la LSF utilise aussi bien les expressions du visage, la posture  les gestes, bref le corps en action, la LSF est théâtrale et en cela Christian est à l’aise pour nous embarquer dans son histoire quelquefois drôle, quelquefois éprouvante mais toujours avec la joie de vivre, la vivacité qui le caractérise. Il a subi des méthodes indignes comme l’oralisation forcée, la lecture labiale, il a essuyé des refus d’embauche alors qu’il était surdiplômé ( sourd-doué dit il avec humour), il n’a cessé de se battre contre des dragons…. «  le problème n’est pas d’être sourd mais d’être sourd dans un monde d’entendants »

Le parcours, l’histoire

Où on apprend pendant le spectacle d’une manière tantôt ludique, tantôt pédagogique que la Langue des Signes n’a finalement été reconnue en France qu’en 2005 ( dite loi handicap), qu’elle n’est pas universelle et qu’elle n’est toujours pas reconnue en Suisse dont sont originaires les frères Grémaud.

Avec générosité et humour, Christian nous a appris quatre mots fondamentaux en langue des signes : résister, égalité, union et amour. Il aime bien également répéter qu’il suffirait quelquefois d’inverser les termes « possible mais compliqué » quand on évoque la difficulté d’inclusion.  

Par ce spectacle, François Grémaud pose un geste d’amour, de fraternité et d’égalité. Il nous offre sur un plateau une leçon de courage et un acte de résistance. D’un sujet intime et personnel au départ il réhabilite tous les exclus et nous aide à « déplier » notre regard comme il avoue l’avoir fait envers son frère. 

Séances de rattrapage
Du 18 au 27 septembre 2026 au Théâtre du Rond Point à Paris.
18 et 19 novembre au ZEF à Marseille.


‘Un procès, après l’ennemi du peuple’ s’invite à notre jugement au Festival d’Avignon

Programmé (trop peu) en début de festival, Island Story permet d’asseoir des repères historiques avant de nous entraîner dans une Corée plus moderne mais où les divisions et les blessures de l’histoire transpirent.

Langue invitée du 80e festival d’Avignon, le coréen se découvre par ce premier spectacle de Kyung-Sung qui dévoile un épisode sanglant de l’histoire coréenne : le massacre en 1948 sur l’Ile de Jeju de dizaines de milliers de manifestants commémorant la fin de l’occupation japonaise. Pendant des  années, cet épisode a été oublié, étouffé jusqu’à la découverte près de l’aéroport de restes humains.

Sur le plateau, cinq personnages (dont un habitant de cette île) pour porter la voix et le témoignage des descendants de ces disparus qui ont été jetés dans les fosses communes, mains liées. La mise en scène joue sur une évocation pudique mais réaliste du massacre : monticule de sable,  douilles,  ossements en bois, vidéos de paysages de toute beauté. Les acteurs se présentent d’une manière légère et inutile (leur taille, longueur des mains) manière de s’effacer devant l’inutile et de marquer la distance avec les faits : ils ne jouent pas un rôle si ce n’est celui de transmettre afin que rien ne tombe dans l’oubli. Deux acteurs pédalent inlassablement, sans émotion, sur leur bicyclette, ils éclairent réellement avec leur dynamo le plateau dé- roulant ainsi le récit qui devient une véritable enquête.

Ce théâtre documentaire de par sa construction rigoureuse et archéologique a la froideur des faits. On s’émeut peu : tant de charniers, tant de guerre dans le monde depuis… L’histoire est terrible et se répète. Mais par ce témoignage, ce spectacle est nécessaire puisqu’il contribue à la mémoire collective de l’humanité.


‘Un procès, après l’ennemi du peuple’ s’invite à notre jugement au Festival d’Avignon

Pour cette 80e édition du Festival, la Carrière de Boulbon, malgré les risques d’incendie, reçoit deux spectacles. C’est la chorégraphe Mathilde Monier et la musicienne Lucie Antunes qui ont inauguré le lieu pendant 4 jours pour nous présenter ‘Silence’, un concert chorégraphié d’une rare intensité.

Pour l’occasion, la scène est multiple c’est à dire circulaire, pareil à un disque 33 tours. Au centre, le choeur et cœur névralgique, le foyer, l’âtre, le refuge, en fait le domaine de la batteuse et percussionniste Lucie Antunes et ses deux musiciens. Parce que cette création s’intéresse aux états de conscience modifiés il était important d’être sur ce dispositif circulaire où la perception du temps, de la durée, de la vitesse impacte le mouvement. Les spectateurs sont disposés en U permettant de capter le moindre déplacement des danseurs puisqu’ils se présenteront tour à tour devant nous, seul en duos ou en groupe. 

Au commencement du son est la voix, la voix intérieure, celle qui vient des tripes, puis le souffle qui s’intensifie. Attentive à tout ce petit monde qui gravite autour d’elle Lucie Antunes prépare leur échappée belle, une manière non pas de convoquer le silence mais de temporiser l’attente du spectacle.

Celui ci explose ensuite entre éveil et sommeil, transe et hypnose, hyper activité et somnolence sous les répétions et vibrations des consoles. Tout est permis dans cet état de conscience modifiée pour les sept danseurs et danseuses qui transcendent le son et l’espace. La jubilation nous gagne, nous prenons un instant conscience de l’arrière plan minéral — qui aurait pu être  mieux exploité — quand les danseurs se replient loin du son mais vite rattrapés par la fougue sublime de Lucie Antunes. ‘Silence’ retentira encore longtemps dans nos tympans et nos rétines .


‘Un procès, après l’ennemi du peuple’ s’invite à notre jugement au Festival d’Avignon

Comme chaque année, L’Echo du Mardi recense pour vous les spectacles du Festival d’Avignon, qui a lieu du 4 au 25 juillet 2026, dans une carte interactive mise à jour quotidiennement.

Bon spectacle !




‘Un procès, après l’ennemi du peuple’ s’invite à notre jugement au Festival d’Avignon

« Le festival d’Avignon s’est achevé dimanche après trois semaines d’une incroyable effervescence créative et artistique et d’une fréquentation exceptionnelle, s’est enthousiasmé Cécile Helle, maire d’Avignon. Comment ne pas se réjouir de cette très belle édition 2025 en cette année où nous avons souhaité réaffirmer depuis le week-end de lancement d’Avignon Terre de culture 2025,Curiosité(s), combien la culture est essentielle à notre ville et à nos vies.

Et puisque nous en sommes à l’heure des bilans, je souhaitais adresser au nom de toutes les Avignonnaises et de tous les Avignonnais un immense merci à Tiago Rodrigues, directeur du festival In, à Harold David et Laurent Domingos, co-Présidents d’Avignon Festival et Compagnies, ainsi qu’à leurs équipes qui ont beaucoup œuvré pour que se correspondent, enfin, les calendriers des festival In et Off au grand bonheur du public. Ainsi cette année et pour la première fois, In et Off ont fait battre le cœur d’Avignon du 5 au 26 juillet, démarrant cette fantastique fête du spectacle vivant en même temps que les vacances d’été.

Les festivaliers étaient au rendez-vous avec des records de fréquentations dans tous les lieux de spectacle et des retombées économiques très importantes pour les acteurs locaux de l’hôtellerie restauration : hôtels, chambres d’hôtes, hébergements touristiques, restaurants, cafés, comme pour les commerçants de l’ensemble du centre-ville, alors que partout ailleurs en France, la période des soldes a été morose.

En cette année de grande fragilité et de grandes inquiétudes pour le monde culturel, il est également important pour moi, en tant que Maire d’Avignon, de remercier tout particulièrement les artistes, les compagnies, les acteurs culturels venus des quatre coins de France, des quatre coins du monde qui continuent malgré ce contexte anxiogène, de faire le pari d’Avignon. Se faisant ils continuent de nous offrir du rêve, des émotions, des instants de contemplation, de sidération voire de grande perplexité ; ils continuent tout simplement de nous offrir ce qui fait le sens et l’essence même de nos vies. »
MMH

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‘Un procès, après l’ennemi du peuple’ s’invite à notre jugement au Festival d’Avignon

Après ‘Que ma joie demeure’ au Festival 2023, Clara Hédoin récidive avec une nouvelle de Jean Giono, ‘Prélude de Pan’ en déambulation. 

Bien que présenté après ‘Que ma joie demeure’ au Festival d’Avignon (2023), cette courte nouvelle se veut une introduction avec 3 personnages que nous retrouvons dans ‘Que ma joie demeure’, le dieu Pan préfigurant Boby le sauveur… Entre scènes reconstituées et cheminement en paysage naturel, poésie et documentaire, le passé et le présent s’emmêlent habilement. À la poésie de Giono, répond la réalité du monde paysan d’aujourd’hui et les enjeux écologiques de demain. 

2 heures, 5 tableaux sur 2 kilomètres environ pour 3 acteurs 

On retrouve la joie paradoxale d’être un troupeau, cheminant sereinement, accompagné par le chant des cigales et le mistral ! Nous sommes dans la Plaine de l’Abbaye à Villeneuve-lès-Avignon, nature préservée au cœur de la cité, à un jet de pierres d’Avignon sous le Fort Saint André. Attablés au bistrot du village près d’un juke box, nous attendons d’être embarqués dans cette aventure humaine pour un voyage dans le temps et dans l’espace. 

Paradoxalement — et c’est souvent le propre d’un texte court ou d’une nouvelle — ‘Prélude de Pan’ est plus exigeant, moins facile d’accès que ‘Que ma joie demeure’ car il ne s’agit pas là de suivre un personnage ou le quotidien d’une communauté avec ses fêtes et ses rites mais d’exercer un focus sur la transe qui s’empare d’un village à l’arrivée d’un étranger. Ce prélude de Pan relève plus d’un récit fantastique avec ses mythes et ses violences.

Repenser notre rapport au vivant

Être dans la nature pour écouter la voix de Giono s’impose : sa poésie, ses descriptions si souvent imaginées, les sens qui s’éveillent à sa lecture. Mais si Clara Hédoin choisit avec le Collectif 49701 d’adapter et de mettre en scène des spectacles hors les murs, elle cherche à atteindre une autre dimension : repenser avec les spectateurs notre rapport à la Terre, au Vivant , se reconnecter à un territoire après l’avoir (re)découvert lors d’une déambulation théâtrale. Ce parti pris fait mouche encore une fois car la reconnexion n’est pas factice : tous nos sens sont mobilisés — l’herbe que nous foulons, l’air que nous humons, les sons lointains — et nous creusons nous aussi les sillons d’une pensée nouvelle.

Festival d’Avignon 2025. ‘Prélude de Pan’ de Clara Hédoin. 


‘Un procès, après l’ennemi du peuple’ s’invite à notre jugement au Festival d’Avignon

Jusqu’à la fin et même encore le suspense est total : qui sont donc ces 6 personnages qui font leur entrée successive pour le moins originale dans un drôle de chalet ? Viennent ils s’y réfugier ? S’y réunir pour un G6 ? Prendre des décisions ? Lesquelles ? Dans quelle langue ? 

À toutes ces questions les pistes de réponses de Christoph Marthaler sont réjouissantes et sa mise en scène formidable

Il peut s’agir d’un chalet ou d’un refuge alpin : le pic rocheux qui le transperce, les tenues farfelues de montagnards, l’agencement collectif du lieu — lits superposés en bois, tables et bancs de cantine — le décor en bois et même trousse de secours l’attestent. Ensuite, les situations plus qu’improbables s’enchaînent et nous savons que nous n’aurons aucune réponse et que ce n’est pas le but. Nous nous laissons porter par une partition de comédie humaine mêlant avec bonheur les ingrédients qu’affectionne Christoph Marthaler : mime, opéra, lyrisme, musique et bruitage. 

Des personnages « perchés » qui n’ont pas peur du vide

Aux besoins essentiels, manger, dormir, se soigner, s’organiser, se greffent des moments de détente, de fête mais qui ne cachent pas pour autant la vacuité de leur existence. Les acteurs sont formidables et passent aisément dans les différents registres, on sent une construction collective de ce spectacle qui atteint l’absurdité du Génie des Alpages, l’ivresse des sommets et nous donne le vertige. 

Une métaphore géniale et inquiétante d’une Europe qui se cherche

Ici point de traducteur, point de convergence. Chacun sa langue — italien, allemand, français, anglais — quand ce ne sont pas des chants ou des séquences de beatboxing (sons avec sa bouche) hilarantes. Les personnages ne s’écoutent pas, se frôlent, s’évitent, s’ennuient ensemble (superbe séquence au sauna) ou au contraire sont débordés quand il s’agit d’étudier des dossiers. Ils se laissent porter par les événements qui leur arrivent de l’extérieur par un monte charge ou une trappe aérienne. Leur peu d’initiatives fait frémir.

‘Le Sommet’ au Festival d’Avignon 2025. En tournée dès octobre en France.

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