19 août 2026 |

Ecrit par le 19 août 2026

‘Rumba’ brillant et nécessaire au Théâtre des Doms

Dans ‘Laïka’ (2017), David Murgia et Philippe Orivel à l’accordéon ont observé de loin les déshérités sur un parking de supermarché, dans ‘Pueblo’ (2020), ils ont imaginé leur vie. Pour clore cette trilogie, avec ‘Rumba’, ils descendent sur ce même parking pour les rencontrer et nous les présenter. Alors comme nous sommes au théâtre, le plateau bien que minimaliste devient par la force de notre imagination et la verve de David Murgia un parking de supermarché qui attend des pèlerins. Qui dit pèlerins dit chrétienté et c’est ainsi que le récit commence….

Difficile de résumer ‘Rumba’ de David Murgia et Ascanio Celestini. Il y a bien une histoire, un fil rouge mais il serait réducteur. La performance d’acteur de David Murgia éclipse dans un premier temps le propos puis après apprivoisement il nous entraîne là où il veut c’est-à-dire vite et partout. Vite car il y a urgence à découvrir les « laisser pour compte », dénoncer la précarité sociale.  

Partout car la misère se trouve dans tous les pays du monde et même au-delà : « Combien d’étoiles il  y a dans le ciel ? Il y en a tellement qu’on ne peut pas les compter », scande régulièrement le narrateur.

Nos deux compères revisitent l’histoire de Saint François d’Assise, sa vie, son parcours atypique mais pour très vite se demander : Où serait il aujourd’hui ? Avec quels déshérités ? Cette question permet de convoquer sur scène une flopée de personnages haut en couleurs de Job le manutentionnaire à Joseph l’africain, en passant par Giovanni….étonnamment peu de femmes !

C’est une logorrhée qui donne le tournis à l’image de la misère autour de nous, c’est aussi le souffle nécessaire pour insuffler la vie à ces êtres oubliés. Puissant et précis, le Verbe de David Murgia nous enrobe et même s’il nous perd quelquefois il sait nous rattraper par des provocations ou au contraire des envolées dans l’espace. « Combien d’étoiles il y a dans le ciel ? Il y en a tellement qu’on ne peut pas les compter », vous dis-je.

Jusqu’au 25 juillet. Relâche les 8, 15 et 22 juillet. 19h45. 10 à 21€. Théâtre des Doms. 1 bis, Rue des Escaliers Saint-Anne. 04 90 14 07 99. 


‘Rumba’ brillant et nécessaire au Théâtre des Doms

Le 15 juillet 2021, des inondations frappent la Belgique, touchant les vallées de la Vesdre et de l’Ourthe… 

Les artistes de ce spectacle ont recueilli la parole des enfants qui ont vécu ces inondations et qui en ont été traumatisés. Ils ont effectué des ateliers de création, des entretiens et certains enfants ont intégré le spectacle, sur scène ou en vidéo. Leur vallée était devenue la vallée des larmes avec des pertes humaines et matérielles, la vallée du désespoir avec tous les tracas administratifs à venir et la reconstruction à assurer mais aussi la vallée de l’espoir pour comprendre et remonter aux sources de l’incompréhension. Il s’est agi de transformer cette matière en un théâtre à la fois documentaire et poétique. Tous les thèmes sont joliment abordés, sans pathos mais sans acceptation pour autant, à travers le regard ou plutôt le silence d’un enfant. 

Un spectacle pour tous qui donne la parole aux enfants

C’est l’histoire d’une enfant Camille qui ne parle plus : tristesse d’avoir perdu son chien dans cette catastrophe, colère contre la rivière. C’est l’histoire de tous les enfants qui ont pu décrire le grondement effrayant de l’eau, le silence des objets qui flottent, les voitures renversées, les déchets qui ont envahi la cour d’école, l’effondrement des adultes. La première partie évoque la tristesse, la colère et le traumatisme au sein de la famille de Camille. C’est très documenté et réaliste. Peu à peu, à mesure que Camille cherche à comprendre et à remonter aux sources de cette catastrophe, le propos se décentre et est traité d’une manière plus onirique alors que le thème abordé est bien réel et concret : celui du dérèglement climatique. La vérité apparaît peu à peu hauteur d’enfant : le fleuve est vivant, s’ il est sorti de son lit  c’est que la nature a repris ses droits, bafoués par les hommes. 

C’est l’histoire émouvante d’une réconciliation malgré l’adversité, malgré les fautes et le chagrin. Un spectacle tout public joliment mené et efficace. 

Jusqu’au 25 juillet. Relâche les 8, 15 et 22. 10h30. 10 à 21€. Théâtre des Doms. 1 bis Rue des Escaliers Saint-Anne. 04 90 14 07 99. 


‘Rumba’ brillant et nécessaire au Théâtre des Doms

Tatiana Seguin met la femme noire à l’honneur, avec éclat.  Elle parle, elle danse , elle irradie . Merveilleuse interprète de l’œuvre d’Audrey Celestine « Des vies de combat » .

Seule sur la scène de la Chapelle du Verbe incarné, elle fascine. Ses mots, sa gestuelle captivent. Auteure, metteuse en scène, chorégraphe et interprète, Tatiana Seguin s’empare « des vies de combat ».  Avec authenticité, du fond de son âme de fille de métissage.  Avec la parole, les mouvements, la danse, Tatiana raconte les luttes des femmes courageuses, ses sœurs. Elle évoque Joséphine Baker, Angela Davis, chante Nina Simone, rappelle l’héroïsme de celles qui ont refusé l’indignité. Elle dresse les portraits d’êtres de lumière, rappelle les parcours exceptionnels comme les gestes d’humbles. Belle, fine, de corps comme d’esprit, son aura emplit l’espace.

Les infos pratiques
‘Descendante de combattantes’. A la Chapelle du Verbe Incarné, 21G rue des Lices, à 19h25 jusqu’au 23 juillet. Relâche les 10 et 17 juillet. Réservation ici.  
Marie Hélène Loubatié

Copyright Yul Lens

‘Rumba’ brillant et nécessaire au Théâtre des Doms

Voici une manière bien originale de parler de la difficulté de vivre l’adolescence : l’enfant, pardon, l’adolescent en marionnette portée et manipulée, comme ne veulent pas l’être cependant les ados face à une mère attentive et aimante mais oh combien maladroite et décalée.

Tout est posé dès le début dans le désoeuvrement de deux marionnettes ado qui se plaignent du monde des adultes, de l’incompréhension… Le castelet provisoire s’efface très vite pour une mise en scène et en mouvements ingénieuse.  

Juliette Lapeyre a été formée au théâtre de mouvement. Elle joue l’intensité et la fragilité de cette période de la vie dans des acrobaties  et des mouvements ayant pour seul appui une table rectangulaire aux pieds solides bien qu’un défaillant, mais qu’elle arrive quelquefois à stabiliser.  

Agilité, circonvolutions, douceur, fermeté : tout aura été essayé pour dompter, amadouer, connaître Axel. C’est cependant non dénué d’humour car les situations quotidiennes sont joliment évoquées.

Ajouter à cela des répliques célèbres et universelles qui n’en sont pas moins banales : «  ça vous est bien égal de savoir si je suis heureuse ou malheureuse ? » ( La Boum de Claude Pinoteau) et l’énergie de Juliette Lapeyre qui est bluffante….Une belle mise en forme pour un sujet de fond !

Jusqu’au 25 juillet. Jours Impairs. 19H40. 10 et 15€. Théâtre Isle 80. 18 Place des 3 Pilats. 09 61 18 06 28.


‘Rumba’ brillant et nécessaire au Théâtre des Doms

Josépha Sini, 28 ans, signe ici son premier projet théâtral et ose une seule en scène intime et hilarante à la fois.

En coulisses, elle se définit ainsi : interprète, performeuse et chanteuse, aimant rire et ayant appris très tôt à pratiquer l’humour en bouée de sauvetage…pour oublier l’alcoolisme de sa mère dite Pépée. « Je crois que j’ai toujours vu ma mère pétée…ma mère était alcoolique, elle en est morte…brillante avocate elle enchaînait les verres de vin comme les procès… » Josepha Sini ne tourne pas autour du pot et passées quelques secondes de sidération devant ces assertions on comprend que ce spectacle sera tout sauf tragique.

Pépée, ce personnage haut en couleur, Josepha Sini va nous la faire découvrir au fil d’anecdotes désopilantes ou épouvantables mais — et c’est le talent et l’énergie de Josépha Sini  et de la mise en scène de Laurène Hurst — on va la comprendre, l’aimer et surtout en rire alors que toutes ces situations peuvent hélas nous ramener à notre propre histoire. Car au-delà de l’alcoolisme d’une mère qui délaisse sa fille, le spectacle interroge les relations mère-fille, l’addiction, et le poids des héritages familiaux.  

Qui n’a pas craint de ressembler ou d’être comparée à sa mère ? Et pourtant nous assistons en direct à une réhabilitation, à la délivrance d’un poids mais pas d’un lien, à un chant d’amour adressé à toutes les mères mal aimées ou mal jugées.

Ce spectacle respire la sincérité des propos, la Belgique s’y glisse avec des incises malicieuses, et s’il n’a pas de chute c’est qu’il n’y a pas de morale, au mieux un état des lieux : « si je suis ici seule sur scène, si j’en suis capable, si j’en suis là, c’est bien grâce à ma mère qui m’a appris à… »

Jusqu’au 25 juillet. Relâche les 8, 15 et 22. 10 à 21€. Théâtre des Doms. 1 bis, Rue des Escaliers Saint-Anne. Avignon.


‘Rumba’ brillant et nécessaire au Théâtre des Doms

Rêver sa vie ou vivre ses rêves ?

La question se pose pour Christelle qui ne sait pas dire non à sa mère qui nourrit des ambitions pour elle. Elle ne sait pas dire plus oui à ses rêves les plus fous : devenir artiste.

Dès les premières minutes la confrontation entre le personnage de la mère possessive et toute puissante et la  «  reine des folles » comme Christelle se nomme pose un des premiers thèmes de la pièce :  la charge que font peser ceux qui nous aiment mais qui ont des ambitions pour nous :  tu seras médecin ma fille ! Ou avocate ? La difficulté de dire non dans sa vie professionnelle, aux amis…

Christelle Korichi, à défaut d’avoir été médecin a réellement été infirmière et elle nous le prouve dans cette autofiction seule en scène: par des anecdotes désopilantes mais aussi des séquences poignantes : les invitations douteuse du chef de service, les  gardes de nuit , les changements de planning. Qu’importe, puisque son rêve existe toujours : devenir artiste.

La force de ce spectacle c’est l’énergie déployée sur scène qui n’a d’égale que le « parcours de la combattante » pour en arriver là mais aussi l’humour, la tendresse envers les personnages qu’elle interprète magnifiquement même si elle a eu à les combattre. 

Le bégaiement de l’enfance, le désarroi de l’adolescente font place petit à petit à une libération salvatrice où la femme comme l’actrice prend et rentre dans la lumière. Ses propos deviennent  un plaidoyer , une incantation à oser faire ce qu’elle a fait et  la preuve vivante est sur scène : regardez moi , je voulais être artiste je le suis, je viens de vous raconter ma vie, si j’ai pu le faire, vous aussi !

Fort à parier que beaucoup de vocations ou rêves trouveront leur chemin pour  dire oui à « un autre monde » aux infinis possibles.

Du 8 au 22 juillet.Uniquement les mercredis à 13h20. Théâtre des Brunes.32 Rue Thiers. 04 84 36 00 37


‘Rumba’ brillant et nécessaire au Théâtre des Doms

Comme chaque année, L’Echo du Mardi recense pour vous les spectacles du Festival d’Avignon, qui a lieu du 4 au 25 juillet 2026, dans une carte interactive mise à jour quotidiennement.

Bon spectacle !




‘Rumba’ brillant et nécessaire au Théâtre des Doms

Un huis clos savoureux mais glaçant qui traite du sujet universel de la délation. Universel car rien n’est daté. Il y a bien un juke box , des tenues vestimentaires mais tout est fait au début pour nous perdre. Qui sont ces 2 hommes dans ce bar ? Que fait cette étrange serveuse à la fois désoeuvrée et sur le qui-vive qui traverse de temps en temps le plateau ? Elle veille ? Elle surveille ?

Par ce texte écrit en 2002, alors que Jean Marie Le Pen accédait au deuxième tour de l’élection présidentielle, l’écrivain et acteur français Jean-Claude Carrière voulait tirer une sonnette d’alarme sur la montée de l’extrême droite et alerter sur la démocratie en danger. Dans cette confrontation entre un commissaire et un indic, les dialogues se densifient, le ton monte, les rôles se renversent car en effet, le délateur est bien un citoyen ordinaire qui a fait son job : dénoncer. Que peut on lui reprocher ? Les situations deviennent absurdes,  l’étau se resserre, la naissance ou plutôt la genèse du totalitarisme se dessine sans discours grandiloquent. Il fallait pour porter ce texte étonnamment limpide et ciselé des acteurs remarquables que sont Stéphane Bierry et Yan Collette. A la fausse bonhomie et aisance de l’un répondent la rigidité et les faux fuyants de l’autre. Leur jeu est juste et approprié. Ils incarnent complètement le processus de la manipulation, ils ne font qu’un dans un engrenage machiavélique. 

Du 3 au 25 juillet. 13h35. 18 et 26€. Relâche les mercredis. Théâtre du Girasole. 24 bis, rue Guillaume Puy. Avignon. 04 90 82 74 42. 


‘Rumba’ brillant et nécessaire au Théâtre des Doms

Quand un avocat brillant ne comprend pas son procès, quand la situation lui échappe, quand il est à court d’arguments, quand il doit plaider pour lui-même ? On est forcément au théâtre… quoique que. C’est ce qui arrive à Henri Dutertre, verbe haut et carrure sûre quand il débarque pour une convocation croyant défendre un client . Peu à peu, on comprend que ce rendez vous est celui du Jugement Dernier et que l’interrogatoire va tourner à une confrontation spirituelle pour solde de tous comptes. Face à un Dieu incarné par un Yves Sauton soufflant le chaud et le froid et à la Mort flamboyante (Hélène Péquin) dont il tombe malgré lui amoureux, il croit tout maîtriser mais tombe en plein cauchemar. Heureusement le texte co-écrit par Thierry Desouche et Gregoire Aubert (‘La Parenthèse du Mimosa’, Off 2024) est plein d’humour, les situations pleines de rebondissements et finalement il (on) s’en sort plutôt bien puisque l’humain triomphe. Un texte servi sur un plateau par d’excellents interprètes.

Du 4 au 25 juillet. 14h55. Relâche le jeudi. 10 à 21€. Optimist Théâtre. 50 rue Guillaume Puy. 04 65  87 92 15

https://www.echodumardi.com/tag/festival-off/page/3/   1/1