13 avril 2026 |

Ecrit par le 13 avril 2026

La soie en majesté à Eygalières

Dans l’écrin minéral de l’ancienne église Saint-Laurent, à Eygalières, l’artiste textile Joanna Staniszkis déploie une exposition immersive où la soie devient mémoire, matière et symbole. Entre histoire, hommage à Jean Moulin et poésie du geste, ‘Soie tombée du ciel’ invite à une traversée sensible, au croisement de l’art et du patrimoine provençal.

Copyright, Mathieu Blin, atelier de l’artiste

Perchée au sommet d’Eygalières, l’ancienne église Saint-Laurent, édifice du XIIe siècle, offre un décor saisissant à cette exposition. Sous ses voûtes austères, la soie se déploie en nappes monumentales, en silhouettes aériennes, en cascades textiles qui semblent littéralement tomber du ciel. Le contraste est immédiat : à la rudesse de la pierre répond la délicatesse d’une matière presque immatérielle. L’installation joue de cette tension et transforme le lieu en expérience sensorielle.
L’exposition ne se contente pas d’être esthétique : elle est profondément ancrée dans l’histoire du territoire. Joanna Staniszkis puise son inspiration dans un épisode marquant : l’atterrissage de Jean Moulin, en janvier 1942, dans les environs d’Eygalières, avec pour seule protection son parachute en soie

Un fil narratif
Ce fil narratif devient un point d’entrée vers une mémoire plus large, celle de la sériciculture provençale. Jusqu’au milieu du XXe siècle, la production de soie faisait vivre de nombreuses familles du Sud et du Sud-Est, notamment en Vaucluse, dans les Alpilles et le Luberon. Dans chaque maison, un grenier accueillait les vers à soie, nourris de feuilles de mûrier cueillies quotidiennement. En réactivant ce passé, l’artiste redonne une visibilité à un savoir-faire oublié, à la fois modeste et fondamental.

Copyright Mathieu Blin

Le miracle du vivant comme matière artistique
Au cœur du projet, il y a la fascination pour le vivant. Le cocon, motif récurrent, devient une métaphore de la transformation : une enveloppe fragile renfermant une métamorphose radicale. Joanna Staniszkis a elle-même élevé des vers à soie pour comprendre ce cycle, observer la naissance, la disparition, la mutation. À cette approche quasi scientifique s’ajoute une dimension poétique : les œuvres exposées sont en partie issues de parachutes militaires en soie, retrouvés sur un marché d’antiquités. Déconstruits, teints, recomposés, ces fragments deviennent matière artistique. Le bleu domine comme le bleu du ciel, le bleu marial, le bleu profond, visuelle et symbolique. 

Une artiste entre continents et territoires
Installée dans le Luberon, Joanna Staniszkis est une figure reconnue de l’art textile contemporain. Formée à Varsovie et à Chicago, ancienne professeure à l’Université de Colombie-Britannique, elle développe depuis plusieurs décennies une œuvre à la croisée du design, de l’architecture et de la mémoire des matériaux. Depuis son installation en Provence, son travail s’oriente vers les traditions textiles locales, qu’elle explore avec une sensibilité à la fois historique et expérimentale. Soie tombée du ciel impose également un autre rythme : Celui de la contemplation, du détail et de la matière. L’exposition se visite comme on entre dans un cocon : lentement, en laissant le regard s’ajuster, en acceptant de se perdre dans les plis, les transparences et les lumières.

Les infos pratiques
Soie tombée du ciel / Heavenly Silk. Du 15 avril au 12 mai 2026, du mardi au dimanche, de 11h–18h. A l’Ancienne église Saint-Laurent, à Eygalières.
Mireille Hurlin

Copyright Mathieu Blin, atelier de l’artiste

https://www.echodumardi.com/tag/hommage-a-jean-moulin/   1/1