7 novembre 2026 |

Ecrit par le 7 novembre 2026

Industrie de la défense : pourquoi le PDG a claqué la porte du vauclusien Eurenco

Le départ de Thierry Francou de la tête du leader européen des poudres et explosifs basé à Sorgues sonne comme un désaveu pour l’Elysée qui venait de le reconduire dans ses fonctions. Il met surtout en lumière le rôle incontournable de Bercy.

L’annonce aussi hâtive qu’inattendue de son départ avait surpris tout le secteur de l’industrie hexagonale de la défense. Après 8 ans à la tête du groupe Eurenco, un communiqué nous apprenait fin septembre que Thierry Francou allait quitter, à sa demande, ses fonctions de PDG de l’entreprise spécialisée dans les poudres et les explosifs dont le siège social se situe à Sorgues depuis 2023. Commune vauclusienne où se trouve également l’un des principaux sites de production du groupe. Le PDG d’Eurenco devant officiellement abandonner son poste le 31 décembre prochain.

Coup de tonnerre dans la BITD hexagonale
Un véritable coup de tonnerre au sein de la BITD (Base industrielle et technologique de défense) française avec le départ de celui qui a été l’artisan du redressement du leader européen des explosifs.
A tel point que certains, vu la soudaineté de l’annonce, avaient même craint que ce soit un problème de santé qui ait pu éloigner son PDG de la direction d’Eurenco. Fort heureusement, il n’en serait rien puisque selon nos confrères de Challenges c’est un désaccord profond sur la stratégie et l’avenir du groupe qui en serait la cause.
Le patron vauclusien aurait été particulièrement exaspéré par les blocages de l’Agence des participations de l’État (APE) concernant ses projets de croissance et d’acquisitions. La goutte d’eau de trop ? Les ‘costumes slim’ de Bercy se seraient montrés extrêmement frileux à l’achat d’Explosia, une société en cours de privatisation en République tchèque.

Un CA multiplié par 3 et des effectifs doublés
Thierry Francou semble pourtant savoir ce qu’il fait. Depuis sa prise de fonction en 2019, Eurenco a multiplié par trois son chiffre d’affaires (570M€ en 2025). Sous son impulsion, les effectifs du groupe sont passés dans le même temps de 900 salariés à 1750 salariés aujourd’hui.
Entre 2025 et 2030, Eurenco visait un doublement de son chiffre d’affaires et un doublement de ses capacités industrielles d’ici 2027.

C’est également lui qui avait rapatrié en 2023, depuis Massy en région parisienne, le siège social du groupe en Vaucluse, juste en face du site industriel historique de Sorgues.

Entretemps, il a aussi supervisé les acquisitions des français Thiot Ingénierie et Manuco.
Il a également multiplié les accords de partenariat avec les acteurs de la défense européenne comme le géant français Thales, le suédois Saab, l’italien Beretta, le tchèque Sellier & Bellot ou bien encore les polonais Mesko et Polska Grupa Zbrojeniowa (PGZ)…
Objectif :  investir en France et en Europe afin d’accroître les capacités de production, sécuriser les approvisionnements et répondre aux enjeux de souveraineté industrielle.

Localement, cet ancien élu de la mandature Gilbert Marcelli à la CCI de Vaucluse avait notamment soutenu la création du Campus Pyro, structure dédiée au développement de compétences pyrotechniques à l’aide de formations initiales et continues, au sein du Campus de la chambre consulaire. Il apparaît aussi dans le top 10 régional des leaders de l’innovation 2024 du journal Les Echos. Côté ressources humaines il a obtenu avec Marc Goussal, le Prix Coup de Cœur du jury 2025 du binôme DG-DRH Grand Sud.

Un camouflet pour l’Elysée, une victoire pour Bercy ?
Au final, sous sa présidence Eurenco visait 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2028 et 1,5 milliard en 2030. Au moment où l’usine de poudre et d’explosifs de Sorgues lance la production de munitions pour les drones, Thierry Francou claque donc la porte avec pertes et fracas alors qu’il quitte ses fonctions avec un carnet de commandes de 3 milliards d’euros, soit plus de 4 années d’activités.
Un véritable camouflet pour l’Elysée puisque son mandat venait à peine d’être reconduit par le Président de la République et son premier ministre en juillet dernier car l’Etat est 100% actionnaire d’Eurenco.
Et pour bien signifier que ce ne sont bel et bien pas des problèmes personnels qui ont initié son départ, Thierry Francou va prendre la tête, à partir du 1er janvier 2017, de Mecachrome, équipementier aéronautique basé à Blagnac près de Toulouse où il succèdera à Christian Cornille.

« Notre ambition sera d’accélérer le développement du Groupe. »

Thierry Francou, futur président de Mecachrome

« Je suis très heureux de rejoindre Mecachrome, groupe industriel de référence aux savoir-faire, aux talents et aux positions de marché remarquables, explique Thierry Francou. Dans un contexte marqué par les enjeux de souveraineté, de réindustrialisation et de montée en cadence, notre ambition sera d’accélérer le développement du groupe, notamment dans la défense et le spatial, tout en poursuivant l’excellence opérationnelle au service de nos clients. »

Pour Mecachrome, qui emploie 5 000 personnes sur 24 sites répartis dans 5 pays pour un chiffre d’affaires 2025 de 670M€, la nomination de Thierry Francou s’inscrit dans l’ambition du groupe « de consolider ses positions dans la mécanique de haute précision et les assemblages complexes tout en poursuivant l’excellence opérationnelle au service de ses clients ».

Outre la poursuite du développement des activités de Mecachrome dans l’aéronautique civile, Thierry Francou aura aussi pour mission d’accélérer la croissance du groupe dans la défense et le spatial. A 58 ans, son expérience de dirigeant industriel au sein d’ArianeGroup, Safran et désormais Eurenco, devrait lui être grandement utile pour atteindre ces objectifs.

Laurent Garcia


Sorgues : Thierry Francou va quitter la direction d’Eurenco

Thierry Francou va quitter ses fonctions de PDG d’Eurenco,. Après 8 ans à la tête du groupe dont le siège social est implanté à Sorgues depuis 2023, il quittera à sa demande la société le 31 décembre prochain.

En conséquence, l’actionnaire et la gouvernance du groupe spécialisé dans l’industrie de la défense et plus particulièrement les poudres et les explosifs a entamé le processus de désignation de son successeur « afin d’assurer la continuité et poursuivre le développement d’Eurenco »

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Un chiffre d’affaires multiplié par trois
Le Conseil d’administration « salue l’action déterminante de Thierry Francou à la tête d’Eurenco. Sous son impulsion, la société multiplié par trois son chiffre d’affaires et s’est profondément transformé. Cette stratégie, pleinement soutenue et financée par l’actionnaire, a notamment permis de doubler les capacités de productions du groupe en France, Suède et Belgique en réimplantant notamment une production de poudre de gros calibre sur le territoire national. Les différents partenariats de long-terme engagés permettront également d’étendre ses opérations en Europe. »

Depuis l’arrivée de Thierry Francou en 2019, le groupe est passé d’un peu moins de 200M€ à 560M€ l’an dernier. Dans le même temps, les effectifs sont passés de 900 salariés à 1 700 salariés aujourd’hui, dont près de 450 sur Sorgues.
Le PDG démissionnaire, ancien d’Ariane group et également ancien élu de la CCI de Vaucluse, visait 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2028, avec l’objectif d’atteindre environ 1,5 milliard à l’horizon 2030. Pour cela, Eurenco peut notamment s’appuyer sur carnet de commandes s’élevant à ce jour à 3 milliards d’euros.

De nombreuses applications militaires
Leader européen des matériaux énergétiques, Eurenco propose une gamme complète de poudres, d’explosifs et d’objets combustibles destinés aux marchés de la défense, de la sécurité, de l’espace et des applications civiles de haute performance.
« Nos poudres, explosifs et sous-systèmes de pointe, comme les charges modulaires d’artillerie ou les dispositifs d’accroissement de portée, sont des composants essentiels à la mission pour tous les types de munitions », précise le groupe.
Les applications militaires d’Eurenco couvrent notamment les munitions de petit, moyen ou gros calibres, mortiers, roquettes, bombes, missiles, torpilles et drones.


Merio : La pépite de la défense drômoise entre dans le giron chypriote

L’entreprise Merio basée à Saint-Paul-Trois-Châteaux tombe dans l’escarcelle de Theon International. Le groupe chypriote s’est en effet porté acquéreur de 80% du capital de la société provençale spécialisée dans l’optronique de défense dont l’actionnaire unique était jusqu’alors RPL Développement.

Fondée en 2014 par Rémi Plenet, Merio propose notamment des tourelles gyrostabilisées légères adaptées aux vecteurs aériens, terrestres et maritimes dans le cadre d’une chaîne d’approvisionnement quasi européenne et Itar free (c’est-à-dire affranchie des contraintes d’autorisation d’exportation lié à la réglementation américaine Itar). A ce titre, elle est pleinement partie prenante dans de nombreux programme de l’armée française.



Avec son cardans gyrostabilisés compacts Milvus 16, Merio offre des images stables et de haute précision avec un zoom optique allant jusqu’à 41 kilomètres. Crédit : Linkedin Merio/DR

Avec sa quarantaine d’ingénieurs hautement qualifiés elle est aussi en pointe des technologies désormais nécessaire pour équiper les munitions rôdeuses, les drones, les systèmes de lutte anti-drones ou bien encore les véhicules terrestres ou navals sans pilote intégrant des capacités de traitement vidéo pilotées par l’IA.

Fondée en 2014, l’entreprise Merio propose notamment des solutions techniques afin d’équiper les drones militaires aériens, navals ou terrestres. Crédit : Merio/DR

« Nous sommes ravis de rejoindre Theon et de contribuer à sa croissance, explique Rémi Plenet qui conserve la direction de l’entreprise et dont les principaux collaborateurs resteront en place. Nous anticipons une forte expansion de nos exportations, soutenue par leurs excellentes capacités de développement commercial et leur présence industrielle mondiale. En rapprochant nos deux départements de R&D, nous prévoyons d’accélérer le développement de nouveaux produits. Nous nous réjouissons également d’internaliser l’approvisionnement en composants critiques, renforçant ainsi notre chaîne d’approvisionnement et notre avance technologique. »
Pour l’exercice 2026, Merio devrait générer un chiffre d’affaires supérieur à 15M€ et un EBIT (Earnings before interest and taxes soit le bénéfice avant intérêts et impôts) prévisionnel supérieur à 3,5M€. Une dynamique qui permet à l’entreprise de recruter pour poursuivre sa croissance (voir encadré en fin d’article).

Actuellement, Merio emploie une quarantaine d’ingénieurs. Crédit : Merio/DR

« En rapprochant nos deux départements de R&D, nous prévoyons d’accélérer le développement de nouveaux produits. »

Rémi Plenet, directeur et fondateur de Merio

Objectif pour Theon : i milliard d’euros de CA d’ici 2029
« L’intégration de Merio renforcera considérablement notre capacité à répondre aux besoins en électro-optique des plateformes aériennes légères, complète Dimitrios Mandridis, directeur technique de Theon. Les cardans stabilisés de Merio élargissent efficacement notre gamme de produits, traditionnellement axée sur les systèmes électro-optiques de grande taille ou terrestres. De plus, le groupe peut fournir à Merio des composants permettant de réaliser des économies et de sécuriser les chaînes d’approvisionnement. »

Christian Hadjiminas est fondateur et PDG de Theon. Il a aussi obtenu le prix d’entrepreneur international à forte croissance de l’année 2023 EY (Ernst & Young et associés) Grèce. Crédit : Theon/DR

« Cette transaction accélérera la diversification de nos revenus et nous permettra d’atteindre notre objectif d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2029. »

Christian Hadjiminas, fondateur et PDG de Theon

« Nous sommes heureux d’annoncer la prochaine étape de l’expansion de Theon sur le segment des plateformes, avec l’acquisition d’une entreprise qui partage notre ADN : un modèle économique allégé en actifs, des capacités de personnalisation complètes, des marges de rentabilité élevées et un fort esprit d’entreprise, déclare pour sa part Christian Hadjiminas, fondateur et PDG de Theon. Cette transaction accélérera la diversification de nos revenus et nous permettra d’atteindre notre objectif d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2029. Elle témoigne également de notre intérêt et de notre engagement envers la France, l’un des plus importants marchés de la défense en Europe, avec pour ambition de faire de Theon un acteur majeur de l’exportation française. »

Laurent Garcia

Les profils recherchés :
– Responsable offres et projets
– Technicien support vente/après-vente
– Comptable
– Commercial export
– Ingénieurs développement logiciel

Renseignements : contact@merio.fr


Egide renforce sa position au sein de l’industrie de la défense française

Le groupe Egide vient de signer un nouveau contrat pluriannuel avec Lynred. Le premier, dont le siège est implanté à Bollène, est spécialiste mondial des boîtiers hermétiques et des solutions de dissipation thermique pour composants électroniques sensibles, le second, installé à Veurey-Voroize en Isère, est leader en développement et production de détecteurs infrarouges de haute qualité pour les marchés de l’aérospatial, de la défense, et de multiples applications industrielles.

Avec ce nouveau contrat cadre pluriannuel les deux acteurs renforcent leur partenariat stratégique dans le domaine de la Base industrielle et technologique de défense (BITD) française. Il s’inscrit dans la continuité d’une collaboration de plusieurs décennies entre les deux entreprises. Il réaffirme aussi leur volonté commune de développer des solutions technologiques toujours plus innovantes et adaptées aux besoins de leurs clients en conjuguant leurs expertises respectives dans un esprit de partenariat industriel.

« Ce nouvel accord avec Lynred est une étape importante dans notre histoire commune, précise David Hien, directeur général d’Egide. Il nous permet de poursuivre et d’intensifier notre travail collaboratif pour concevoir des solutions de pointe répondant aux exigences croissantes de nos clients dans le secteur de la défense. »

« Nous sommes ravis de renouveler notre partenariat avec Egide, complète pour sa part Xavier Caillouet, directeur général de Lynred. Ce contrat cadre pluriannuel témoigne de notre confiance mutuelle et de notre volonté commune d’innover pour rester à la pointe de la technologie. »

Xavier Caillouet, directeur général de Lynred (à gauche) et David Hien, directeur général d’Egide. Crédit : Linkedin/Egide/Lynred

À qui la France vend-elle des armes ?

En 2022, les commandes à l’exportation des entreprises françaises de défense ont atteint un niveau historique, soit environ 27 milliards d’euros, selon le rapport annuel du ministère des Armées. La France a ainsi conservé son rang de troisième plus gros exportateur d’armes au monde, derrière les États-Unis et la Russie. Les auteurs du rapport notent que ces chiffres s’inscrivent dans un contexte international marqué par la guerre en Ukraine, qui a poussé de nombreux pays à augmenter leurs dépenses de défense.

Mais à qui la France vend-elle principalement des armes ? Comme le montre notre graphique, dix clients ont représenté 72 % des 113,9 milliards d’euros d’équipements militaires exportés au cours de la décennie écoulée (2013-2022). Les pays qui ont commandé le plus d’armes auprès de l’industrie française sur cette période sont les Émirats arabes unis (21,5 milliards d’euros), l’Égypte (12,3 milliards), le Qatar (11 milliards), l’Inde (10,9 milliards) et l’Arabie saoudite (9,5 milliards). Ensemble, ces cinq pays ont représenté 57 % de la valeur de l’armement français expédié à l’étranger ces dix dernières années.

Une grande partie de la valeur exportée par la France provient des avions de combat Rafale vendus par Dassault et des ventes de sous-marins et frégates construits par Naval Group.

Tristan Gaudiaut pour Statista

https://www.echodumardi.com/tag/industrie-de-la-defense/   1/1