1 octobre 2026 |

Ecrit par le 1 octobre 2026

Musée Angladon, à Avignon, les tableaux sortent de leurs cadres et ambiancent la maison

Jusqu’au 31 décembre 2026, le musée Angladon invite le public à découvrir les œuvres autrement. Avec ‘Au-delà du regard, une traversée olfactive’, l’artiste avignonnaise Nathalie Saint-Oyant et la parfumeur Meabh McCurtin composent un parcours où étoffes, textures et fragrances invitent à entrer dans les tableaux de la collection Jacques Doucet. Une œuvre innovante et inspirante réalisée par l’artiste avignonnaise Nathalie Saint-Oyant à l’invitation d’Alexandra Siffredi, médiatrice au musée Angladon – Collection Jacques Doucet, qui avait remarqué son travail lors du dernier Parcours de l’art.

Au musée Angladon, en plus d’être contemplées, les oeuvres se respirent. Pour chaque peinture ou sculpture retenue, Nathalie Saint-Oyant a isolé un détail textile : une nappe, un vêtement, un voile, une étoffe. Elle l’a ensuite matérialisée hors du tableau, en choisissant une matière, une couleur, une texture. À cette présence visuelle s’ajoute une ambiance olfactive créée avec Meabh McCurtin, parfumeuse chez IFF (International flavors and fragances). L’exposition réunit ainsi 14 œuvres -13 peintures et 1 sculpture – sélectionnées par l’artiste. Un choix nécessairement subjectif, par Nathalie Saint-Oyant : «J’ai dû faire une sélection à regret, parce que je ne pouvais pas présenter toutes les œuvres de cette manière-là.»

Nathalie Saint Oyant devant le portrait de Marie-Madeleine Copyright Mireille Hurlin

Une invitation à entrer dans le tableau
Le visiteur devra s’approcher de la mise en scène, se courber pour en sentir les fragances, et s’ouvrir à l’invitation à entrer dans le tableau. Ce déplacement rompt avec la distance habituelle du musée et transforme le regard en expérience physique, presque intime. «De manière générale, on n’approche pas une œuvre, puisqu’il y a une distance naturelle qui se fait entre l’œuvre et le visiteur», observe Nathalie Saint-Oyant. En sortant un tissu du tableau pour le présenter devant lui, l’artiste propose au public de franchir cette distance : «Comme ce tissu incarne l’œuvre en face de soi, cela permet de rentrer dans une forme d’intimité, de rapport intime avec l’œuvre.»

Un parcours d’artiste
La démarche fait partie du parcours de l’artiste, dont le travail associe collage, vidéo, écriture, matière et odeur. Ancienne designer textile, Nathalie Saint-Oyant entretient une relation particulière avec les motifs et les tissus. Le choix de l’étoffe lui est également apparu comme un lien évident avec Jacques Doucet, couturier de la Belle Époque devenu collectionneur. «Je cherchais comment introduire la dimension olfactive dans le musée sans déranger les œuvres, explique-t-elle. J’ai remarqué que, dans de nombreuses œuvres du musée, des étoffes étaient présentes. Je me suis dit que cela pouvait être un très beau fil conducteur.»

Les doublures de Paulette Copyright Mireille Hurlin

Le projet ne cherche pas à reconstituer les odeurs d’une époque
Les compositions ne sont pas des restitutions historiques, mais des interprétations sensibles. Pour chaque œuvre, l’artiste a d’abord élaboré une planche d’ambiance, réunissant couleurs, mots-clés, matières et références historiques. Elle a ensuite partagé ses intuitions avec Meabh McCurtin, qui les a traduites en matières olfactives. «Je lui ai proposé ma vision des œuvres, et elle a transcrit cette vision et nos échanges en molécules olfactives», relate Nathalie Saint-Oyant. Le résultat tient davantage de la proposition que du parfum au sens traditionnel du terme : «Avec Meabh, nous nous sommes dit que nous ne proposions pas des parfums, mais vraiment des ambiances.»

Quand Cézanne évoque une cuisine ancienne
Dans Nature morte au pot de grès de Cézanne, le tissu devient une nappe de coton et de lin lavé. La fragrance mêle pomme acidulée, poire mûre, cognac, cire et notes fermentées. Une odeur de table ancienne, de fruits posés sur le bois, de cuisine familiale. L’image semble alors sortir de son cadre. Elle gagne une profondeur domestique, presque tactile. Ailleurs, le Paysage de bord de mer de Lacroix de Marseille s’incarne dans le bois et la toile de coton. Algues, mousse de chêne, cèdre et accord minéral composent une atmosphère d’embruns, de pontons mouillés et de navire battu par le vent. Nathalie Saint-Oyant a souhaité prolonger cette sensation de paysage marin par un petit modèle de bateau, comme s’il venait de sortir du tableau. «Je trouvais que c’était dommage de ne pas évoquer l’ambiance océanique, explique-t-elle. Ce petit bateau pourrait presque sembler sortir de son paysage.» La Blouse rose de Modigliani se traduit par une douceur poudrée, entre rose Centifolia, tubéreuse, osmanthus, santal et musc. Le Portrait de jeune fille de Lawrence convoque le romarin, le pois de senteur, le muguet et l’ambrette : un jardin anglais au matin, traversé par la fraîcheur fragile d’un premier émo

La nature morte de Cézanne Copyright Mireille Hurlin

Étoffes, parfums et mémoire
Les compositions olfactives forment une véritable galerie parallèle. Le tutu et le chausson des Deux danseuses de Degas suggèrent la fleur d’oranger, le néroli, la cire d’abeille, le daim et le bois de cèdre. Le parfum évoque à la fois la peau échauffée, les chaussons et le parquet ciré d’un studio de danse. Le portrait de Jacques Doucet, couturier et collectionneur à l’origine de l’identité du musée, prend des accents de bergamote, de lavande, de géranium, d’iris, de vétiver et de santal. Une élégance sèche et raffinée, teintée de nostalgie Belle Époque. Avec le portrait de Marie Stuart, l’organdi et le bouton de nacre accompagnent une composition plus sombre : feuille de violette, iris, safran, cuir et castoréum. «Je voulais conserver la violette, mais en lui ajoutant quelque chose de plus noir, de plus austère et de plus tourmenté», explique Nathalie Saint-Oyant. La fragrance suggère une reine derrière ses dentelles, entre majesté, contrainte et secret.

Le portrait de Marie-Madeleine
Le portrait de Marie-Madeleine a également retenu l’attention de l’artiste pour les motifs de la robe et de la tunique. Nathalie Saint-Oyant en a recomposé l’étoffe à partir d’un détail du tableau : «J’ai repris un extrait du motif, puis je l’ai répété. C’est une technique de dessin textile qui permet de faire un motif répétitif à l’infini.» Même les figures masculines sont racontées par leurs matières. Le portrait de Guillaume du Tillot, en satin de coton, velours et dentelle, s’enveloppe de jasmin, de tubéreuse, d’iris, de vanille et de labdanum. Le Jeune homme aristocrate, lui, porte les traces d’une promenade à cheval : genévrier, sauge sclarée, cuir, lavande, fève tonka et styrax.

Copyright Mireille Hurlin

Le geste plutôt que la démonstration
L’exposition ne cherche pas à imposer une lecture mais une approche différente de la maison d’artistes des Angladon, ou chaque salle revisitée par Nathalie de Saint-Oyant ouvre sur un nouvel univers et un autre regard sur les œuvres. Une odeur peut réveiller un souvenir, déplacer une perception, faire surgir une scène que le tableau ne montre pas. «Chaque visiteur aura finalement sa propre interprétation de ma propre interprétation, qui était déjà une interprétation de l’œuvre», souligne Nathalie Saint-Oyant. L’odorat ajoute ainsi une nouvelle strate à l’expérience de l’œuvre : «Chacun pose son regard, justement, et son nez surtout, sur les œuvres.» Cette dimension personnelle est au cœur du projet. «Nous avons chacun une mémoire olfactive propre, très intime. Nous avons chacun une manière de sentir les choses. L’odorat est très personnel.»

Un parcours olfactif pour accéder à un nouvel univers
Le parcours conserve également une part d’expérimentation. Les odeurs sont volatiles, se déplacent dans l’espace, se mélangent parfois et évoluent au fil des heures. Leur intensité doit être régulièrement ajustée par l’équipe du musée. «Comme c’est volatile, on ne peut pas tout maîtriser. L’odeur peut faire ce qu’elle veut, aller où elle veut et se transformer dans les lieux de chacun. Il faut accepter ces paramètres», reconnaît l’artiste. L’expérience repose donc sur un geste simple : s’approcher. «Il ne faut pas hésiter à mettre le nez devant», lance Nathalie Saint-Oyant. Certaines installations se perçoivent dans la salle, d’autres demandent une proximité plus grande. Ce mouvement presque cérémoniel, parfois comparable à une prière, modifie la relation habituelle au musée.

Les visiteurs pourront retrouver toutes les fragrances réunies au rez-de-chaussée Copyright Mireille Hurlin

Une année de recherche et d’allers-retours
Le projet a demandé près d’une année de préparation. Nathalie Saint-Oyant a passé de longs moments au musée, à observer les œuvres, à les regarder «dans tous les sens» et à les imaginer. «J’étais presque obsédée par les 14 oeuvres. Je les ai vraiment regardées dans tous les sens, mais surtout, je les ai imaginées», raconte-t-elle. À cette recherche se sont ajoutés les essais de matières, les collages, les écritures et les nombreuses discussions avec l’équipe du musée. Les installations n’ont été mises en place que quelques jours avant l’ouverture, si bien que l’artiste les a découvertes presque en même temps que les premiers visiteurs. «Pour moi, c’est très émouvant, parce que c’est ce que j’avais dans la tête depuis des mois. Et tout d’un coup, cela devient réel.»

Paulette, muse d’une collection imaginair
L’expérience se prolongera dans la salle de saison avec une installation de matières textiles que les visiteurs pourront toucher. Après l’odorat, le toucher prendra le relais. Soie sauvage, satin, cuir, gaze et autres étoffes invitent à une découverte libre et sensorielle. «Ce n’est pas une présentation exhaustive ni historique. Je voulais simplement évoquer le textile et proposer des touchers très différents», précise l’artiste. Cette salle accueille également Les doublures de Paulette, une série de silhouettes imaginées par Nathalie Saint-Oyant à partir du visage de Paulette Martin, donatrice du musée et figure essentielle de son histoire. Extraite d’un portrait peint par son mari Jean Angladon-Dubrujeaud, son image devient le fil conducteur d’une collection de prêt-à-porter fantasque.

Meabh McCurtin (Prononcer Mave) et Nathalie Saint-Oyant Copyright Alexandra Delamine

Une femme qui raconte une autre femme
«Son visage m’a littéralement fascinée. Je me suis complètement laissée porter par mon imaginaire et je me suis dit que ce serait amusant de proposer Paulette à toutes les sauces, dans plein de tenues.» Les silhouettes, volontairement drôles et extravagantes, transforment Paulette en égérie de mode imaginaire. Elles font écho à Jacques Doucet, mais aussi à l’histoire textile du couple. Paulette et Jean Angladon avaient notamment possédé un métier à tisser et collectionné des coupons, des dentelles anciennes, du lin et des fragments de vêtements. Un hommage discret à Jacques Doucet, couturier devenu collectionneur, mais aussi à Paulette Angladon, qui transforma des objets aimés en espace de partage. À Avignon, le musée Angladon propose au-delà d’un parcours augmenté, une traversée sensible, où la peinture se regarde, se touche et se respire. Enfin, de grands mécènes ont porté leur intérêt à ce merveilleux travail artistique : IFF (International flavors and fragances), Ressource peintures, Le Conservatoire du Grand Avignon et Emile Garcin propriétés.

Les infos pratiques
«Au-delà du regard-Une traversée olfactive». Une proposition artistique de Nathalie Saint Oyant avec la collaboration de Meabh McCurtin, nez, sur une initiative d’Alexandra Siffredi, médiatrice du musée Angladon. Jusqu’au 31 décembre 2026. Musée Angladon-Collection Jacques Doucet. 5, rue Laboureur, Avignon. Ouvert du mardi au dimanche, de 13h à 18h jusqu’au 30 septembre, puis du mardi au samedi, de 13h à 18h à partir du 1er octobre. Tarif plein : 12€. Tarif réduit : 8€. Jeunes de 15 à 25 ans et porteurs du Patch Culture : 3€. Gratuit pour les moins de 14 ans. Musée accessible aux personnes à mobilité réduite. Renseignements : 04 90 82 29 03 ; angladon.com
Mireille Hurlin

Copyright Mireille Hurlin

Quand le Musée Angladon joue son avenir

À Avignon, le Musée Angladon – Collection Jacques Doucet aborde 2026 comme une année de transition : pas d’exposition estivale, mais une programmation ‘maison’ foisonnante et, surtout, l’ouverture d’un chantier stratégique. En toile de fond, une contrainte juridique héritée du legs des fondateurs et une équation financière jugée intenable à moyen terme. La Fondation Angladon-Dubrujeaud, reconnue d’utilité publique, va saisir le Tribunal judiciaire d’Avignon pour assouplir les charges successorales : pouvoir prêter des œuvres à l’étranger et, en dernier recours seulement, obtenir l’autorisation de céder une pièce majeure. 

Le musée fêtera ses 30 ans à l’automne 2026, trois décennies après son ouverture au public (15 novembre 1996).  Pour Lauren Laz, directrice du musée Angladon, l’anniversaire a valeur de signal : « 30 ans, c’est un peu l’heure du bilan », dit-elle, avant d’assumer l’idée d’une transition à construire plutôt que subie. Philippe Lechat, président de la Fondation depuis 2025, résume la philosophie de l’année : anticiper. « C’est un peu mon origine professionnelle : anticiper les problèmes avant qu’ils arrivent sur la table », confie-t-il, en justifiant la procédure à venir.

Le ‘nœud’ du testament : protéger la collection… sans l’enfermer
Le Musée Angladon est né d’un geste patrimonial très encadré : la collection et l’hôtel particulier des fondateurs, héritiers de Jacques Doucet, ont été pensés pour rester un ensemble cohérent, préservé et transmis. Mais ces garde-fous deviennent aujourd’hui des verrous. Philippe Lechat rappelle deux interdictions : « les œuvres ne devaient pas sortir de France » et « aucun bien légué ne devait être vendu ». D’où la demande, auprès du Tribunal judiciaire d’Avignon, de révision des charges : obtenir la possibilité de faire voyager des œuvres à l’international et, si nécessaire, de lever ponctuellement l’inaliénabilité. L’enjeu n’est pas seulement administratif : « prêter, c’est exister dans le calendrier des grandes expositions, dans les échanges scientifiques et dans la circulation des publics, » rappelle Lauren Laz.

Philippe Lechat, Lauren Laz et Nathalie Saint-Oyant Copyright MMH

2029, Doucet centenaire : le rendez-vous international à ne pas manquer
L’horizon fixé est limpide : 2029 marquera le centenaire de la mort de Jacques Doucet (1853-1929), couturier, collectionneur et mécène, figure majeure des scènes artistique et littéraire de la Belle Époque. Lauren Laz le dit sans détour : « en 2029, nous allons fêter le centenaire de la disparition de Jacques Doucet ». Et d’expliquer que des projets d’expositions à l’étranger se dessinent déjà ; pour y participer pleinement, il faut que certaines pièces d’Avignon puissent, demain, franchir les frontières. Dans la collection, le symbole est connu : Wagons de chemin de fer à Arles (1888) de Van Gogh, conservé au musée. 

Déficit structurel : la mécanique qui érode l’avenir
Le discours interne est prudent, mais l’alerte est claire : le modèle économique, fondé sur les revenus du patrimoine de la Fondation, ne suffit plus. Philippe Lechat évoque une réalité “structurelle”, soumise en plus aux aléas des marchés financiers : quand les rendements faiblissent, la marge se réduit, et la réserve s’use. Durant l’interview, un chiffre revient : un déficit annuel évoqué autour de 500 000€, quand les recettes se situeraient un peu en deçà de 300 000€. L’objectif affiché n’est pas de dramatiser, mais de se donner des options. «On demande l’autorisation. Ça ne veut pas dire qu’on utilise l’autorisation», insiste-t-il à propos d’une éventuelle vente, présentée comme une solution de sauvegarde, « en dernier recours ».

Une saison 2026 sans “blockbuster”, mais pleine d’expériences
Conséquence directe : pas d’exposition d’été ‘classique’ en 2026, afin de concentrer l’énergie de l’équipe sur la réécriture du projet muséal à l’horizon 2030. Pour autant, le musée refuse l’hibernation culturelle et mise sur des formats plus vifs, plus proches, plus sensoriels.

Wagons de chemin de fer à Arles de Vincent Van Gogh en 1888 Copyright MMH

Parmi les temps forts annoncés
Théâtre : une relecture contemporaine de La Mouette de Tchekhov, pensée comme une déambulation dans les espaces du musée. Printemps des poètes : lecture-rencontre autour d’un poème d’Aragon, Le médecin de Villeneuve. L’agenda ici.

Accrochages de saison : focus d’œuvres et contrepoints dans la maison-musée
Médiation : les “Jeudi Art”, ateliers adultes, stages et propositions jeune public, maintenus comme colonne vertébrale. Et surtout, une proposition rare dans une maison-musée : un parcours olfactif conçu avec la créatrice Nathalie Saint-Oyant. Lauren Laz en décrit l’ambition : « une manière… de sortir du cadre, et d’avoir une dimension sensorielle un peu nouvelle », avec des installations pensées salle par salle, ‘délicates’, pour éviter toute saturation. Le musée évoque aussi un travail en cours avec l’Osmothèque, conservatoire dédié à la mémoire des parfums et des odeurs. 

Partenariats : Orsay en ligne de mire, Avignon comme clé d’entrée
Autre axe : des synergies muséales, en particulier avec le Musée d’Orsay, ‘partenaire naturel’ au regard de la chronologie des collections. Lauren Laz mentionne des ‘hypothèses en construction’, avec l’idée de prêts de longue durée qui ‘muscleraient’ l’attractivité du parcours avignonnais. Mais le nerf de la guerre reste local. Dans l’interview, la directrice Lauren Laz résume la stratégie : plan 1, convaincre les collectivités de bâtir un soutien pérenne ; plan 2, se préparer au pire pour ne pas agir sous contrainte. « Le verrou, c’est un petit peu la Ville », glisse-t-elle, en espérant qu’un dialogue plus fécond s’ouvrira après les municipales.

Quand l’œuvre s’émancipe et sort de son cadre grâce à Nathalie Saint Oyant Copyright MMH

Un musée ‘réinventé’ plutôt qu’un musée ‘sauvé’
À l’échelle d’Avignon, l’Angladon tient une place singulière : une maison-musée, une collection resserrée mais prestigieuse avec de grands peintres comme Degas, Cézanne, Sisley, Picasso, Modigliani, Van Gogh… et plus de 4 000 œuvres d’art visuelles et objets, et la présence tutélaire de Jacques Doucet, dont l’héritage irrigue encore l’histoire de l’art. 2026 ne ressemble donc ni à une année blanche, ni à une simple parenthèse : c’est une année de travail, de test et de preuves, où l’institution cherche moins un miracle qu’une architecture durable. Comme le résume Lauren Laz, l’objectif est de « mettre sur la table toutes les opportunités possibles » pour construire, d’ici 2030, un musée capable de rayonner sans se renier.

Les infos pratiques
Musée Angladon – Collection jacques Doucet. Du mardi au samedi, de 13h00 à 18h. Dernière admission à 17h15. 5, rue du laboureur à Avignon 04 90 82 29 03. accueil@angladon.com
Mireille Hurlin

Alexandra Siffredi, médiatrice, Philippe Lechat, Nathalie Saint-Oyant et Lauren Laz Copyright MMH

Lire sur la Sorgue, William Marx a retrouvé des inédits de Paul Valéry et nous donne rendez-vous ce samedi pour les découvrir

William Marx interviendra samedi 20 mai à 17h à l’Art Gallery, à l’Isle-sur-la-Sorgue sur le thème Littérature et philosophie. Il nous contera comment il a retrouvé des textes inédits de Paul Valéry (1871-1945). Lors de la conférence, donnée à l’occasion de Lire sur la Sorgue, William Marx interviendra aux côtés de Mazarine Pingeot.  Il y présentera les ‘Cours de poétique de Paul Valéry, tomes 1 et 2 chez Gallimard tandis que Mazarine Pingeot présentera ‘Et la mort continue’ collection Disputatio aux éditions Mialet-Barrault.

Vous venez présenter à Lire sur la Sorgue les deux volumes de Cours de poétique de Paul Valéry parus dans la bibliothèque des idées chez Galimard. L’ouvrage prend sa source au gré d’un travail documentaire et d’analyse de trois ans qui fait écho à une surprise d’envergure avec la mise au jour d’inédits du poète-auteur-philosophe.

Une entrée au Collège de France et un héritage à transmettre
Professeur au collège de France –tout comme vous qui y occupez la chaire de littératures comparées depuis 2019- Paul Valéry occupe la chaire de poétique de 1937 à 1945. Vous collectez une partie des feuillets et annotations ainsi que les transcriptions de la 1re et la dernière année de ses cours, soit plus de 2 500 feuillets analysés, qui dormaient depuis 50 ans à la bibliothèque de France.

Les inédits trouvés dans la bibliothèque littéraire de Jacques Doucet
Alors que vous êtes sur le point de remettre l’ouvrage aux éditons Gallimard, un doctorant évoque la bibliothèque littéraire de Jacques Doucet. Vous connaissez bien ce fonds et en avez feuilleté le catalogue électronique, sans rien n’y repérer, lorsque l’étudiant vous signale que celui-ci est très incomplet et recèle, en fait, des écrits inédits référencés dans le catalogue manuscrit, sur le sujet qui vous intéresse ‘la poétique’. Là gisent les 16 retranscriptions des dernières leçons données par Paul Valéry au Collège de France en 1945.

Paul Valéry DR

En remontant cette nouvelle piste
vous vous rendez compte que la correspondance entre le secrétaire de Paul Valéry et Gallimard fait également état d’un fonds d’archives chez ce même éditeur, pour lequel, d’ailleurs, vous êtes en train de finaliser l’ouvrage et dont certains éléments, mal référencés ont échappé à la vigilance de l’archiviste. Ce sont 12 nouveaux feuillets donnés la première année par Paul Valéry que vous découvrez avec stupeur –vous pensiez clore votre travail- et plaisir jubilatoire.

Finalement, vous retrouvez 28 leçons inédites
Deux volumes seront donc nécessaires aux ‘Cours de poétique, tome 1 Le corps et l’esprit (1937-1945) et Cours de poétique, tome II, le langage, la société, l’histoire de (1940 à 1945), les deux tomes étant parus le 5 janvier 2023, pour intégrer vos nouvelles trouvailles -400 à 500 pages dactylographiées- et, enfin, nourrir deux ouvrages de références sur Paul Valéry. ‘Un authentique monument de la pensée pour le 20e et 21e siècle’ dites-vous.

Des cours oui mais de poétique ? Pas si sûr !
Et puis, si vous évoquez tout comme le poète et auteur Paul Valéry, le terme de Cours de poétique, c’est d’autre chose dont il est véritablement question même si la poétique fait partie des deux ouvrages, le véritable sujet n’est pas la poésie mais la connaissance de soi. Car toute sa vie, Paul Valéry se sera observé pour mieux se connaître et appréhender le monde avec la vision la plus claire possible et surtout la conscience la plus fine.

Le véritable axe de travail de Paul Valéry
Nous découvrons la recherche existentielle de Paul Valéry, le véritable axe de recherche depuis ses 20 ans. Car oui, au gré de son travail de poète, il développe une pensée philosophique sur le fonctionnement de l’esprit, le rapport de l’esprit avec le corps et avec le monde. Paul Valéry a su s’observer, prendre de la distance avec lui-même, alors qu’il est en train de travailler, d’écrire. D’ailleurs, à l’orée de ses 50 ans, il reprend son travail de poésie : ‘La jeune Parque’, ‘Le cimetière marin’, ‘Le recueil Charme’… Il explique ‘qu’Ecrire une œuvre c’est transformer une matière pour transformer quelqu’un’. Vous, vous irez plus loin en complétant : ‘tandis que l’œuvre transforme le lecteur qui, pour y avoir accès, doit fournir un effort’. Ainsi, au cœur de son œuvre réside l’exigence intellectuelle.

L’observation de soi au travail
Le poète travaille à partir de l’ensemble des données qui lui viennent : sa sensibilité, la mémoire, les émotions, des idées, pour mettre tout cela, prioritairement, en langage, comme un sculpteur, un ingénieur. Il faut alors donner la confiance aux mots pour qu’ils portent l’initiative. Mais il va au-delà de l’anthropologie de la pensée en observant comment la société travaille, en étudiant le pouvoir du langage, comment faire pour que les paroles comptent. Il s’adresse, ainsi, à l’ensemble de l’humanité.

Paul Valéry est un méta écrivain
Il est celui que les écrivains lisent parce qu’il leur apprend à s’améliorer. Egalement, les scientifiques retrouvent Chez Paul Valéry des intuitions confirmées par les avancées de la science comme Jean-Pierre Changeux neurobiologiste, le plus grand neuroscientifique français et Olivier Oudé psychologue expérimental. Ce que porte Paul Valéry ? Un niveau d’exigence intellectuel, de rapport à la vérité et de confiance en la science, n’oublions pas qu’il était un grand ami d’Albert Einstein.

Le programme de Lire sur la sorgue ici

William Marx
Né à Villeneuve-lès-Avignon en 1966, William Marx fait ses études à Marseille au lycée Thiers avant d’intégrer l’École normale supérieure en 1986. Reçu premier à l’agrégation de lettres classiques en 1989, il soutient sa thèse de doctorat en 2000 à l’université Paris-Sorbonne et son habilitation à diriger des recherches en 2005 à l’université Paris 8 Vincennes Saint-Denis. Il enseigne aux États-Unis et au Japon ainsi que dans plusieurs universités françaises avant d’être élu en 2019 professeur au Collège de France sur la chaire Littératures comparées.

Membre de l’Academia Europaea,
lauréat de l’Académie française (prix Montyon en 2010), membre honoraire de l’Institut universitaire de France, ancien fellow de l’Institut d’études avancées de Berlin, titulaire de la chaire International Francqui Professor, régulièrement invité dans les universités étrangères, éditeur des œuvres de Paul Valéry et T. S. Eliot, il travaille sur l’évolution, dans la longue durée, des systèmes esthétiques et du statut de la littérature depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours et sur leur variation selon les cultures, avec des recherches portant entre autres sur la tragédie grecque et sur le nô japonais comme sur le modernisme européen. Parmi ses ouvrages, parus pour la plupart aux Éditions de Minuit et traduits en une dizaine de langues, figurent Naissance de la critique moderne (2002), Les Arrière-gardes au XXe siècle (2004), L’Adieu à la littérature (2005), Vie du lettré (2009), Le Tombeau d’Œdipe (2012), La Haine de la littérature (2015), Un savoir gai (2018), Vivre dans la bibliothèque du monde (2020) et Des étoiles nouvelles (2021) et les deux volumes de Cours de poétique volumes 1 et 2 de Paul Valéry parus dans la bibliothèque des idées chez Galimard.

Le collège de France
Le Collège de France promeut et enseigne la recherche en train de se faire dans les sciences, les lettres et les arts. Cours, séminaires et colloques sont ouverts à tous et gratuits. En savoir plus ici.

L’interview

Quand et comment avez-vous rencontré la littérature ?
«Mon grand-père maternel, Jean Marx qui était médecin à Avignon, et son cabinet se situait en face du nouveau Conservatoire de musique. Il était aussi musicien et poète à ses heures perdues dans sa demeure de Villeneuve-lès-Avignon. Ainsi, j’ai toujours été entouré de livres. De plus, j’avais bourse ouverte auprès de mes parents lorsqu’il s’agissait d’acheter des livres. J’habitais à la Cité radieuse à Marseille et allais tous les samedis à la librairie, mais je n’avais personne pour me conseiller d’acheter des livres. A 10 ans, j’ai commencé à lire le Discours de la méthode de Descartes, le Banquet de Platon. Je ne suis pas sûr d’avoir vraiment saisi de quoi il retournait… Aussi les traductions d’Horace le poète latin. Et puis, à un moment, mon voisin qui était professeur de lettres, également mon professeur de grec et aussi le père d’une de mes copines d’école, m’a orienté. C’était un environnement favorable, car nous étions poussés à lire et j’ai lu, tout de suite, de la grande littérature.»

Pourquoi vous être intéressé à Paul Valéry ?
«C’est aussi une histoire d’adolescence. J’avais ma propre radio dans ma chambre et j’écoutais France culture. J’ai possiblement abordé Paul Valéry par une ‘dramatique’ car l’auteur avait écrit des dialogues inspirés de Platon et Socrate dans une mise en onde –magistralement interprétée par la Comédie française- d’Eupalinos ou l’architecte’, l’un des plus beaux textes de Paul Valéry. Il est d’une poésie folle, d’une profondeur de pensée… J’étais à l’âge de 9 ou 10 ans passionnément intéressé par l’antiquité classique. C’est donc par là que je suis ‘entré’ dans l’oeuvre de Paul Valéry.»

Quels sont les écrits qui vous ont le plus marqué, inspiré, bouleversé chez lui et pourquoi ?
«J’ai lu ‘la soirée avec monsieur Teste’, un texte étonnant, très court mais d’un esprit plongeant en lui-même. J’étais un enfant introverti et donc fasciné par cette puissance de la langue et de la pensée. Paul Valéry est pour moi un amour d’adolescence qui est resté. Sa poésie, évidemment avec ‘Charme’, ‘La jeune Parque’. Ce qui me frappe c’est l’intelligence absolue de cet auteur, de cet écrivain. Il était considéré, par tous les gens qui l’ont fréquenté, comme un homme hors du commun avec une capacité de se regarder par lui-même et à théoriser tout ce qui était autour de lui. Personne ne l’avait fait avant et de cette manière : Pouvoir formuler en termes exacts et très précis des pensées très complexes. Aujourd’hui les hommes politiques, les penseurs continuent de puiser des citations dans les écrits de Paul Valéry, parce que ces citations nous portent, nous font penser encore maintenant.»

Monsieur Teste

Si vous n’aviez été ni professeur, ni auteur, qu’auriez-vous aimé être ?
«J’ai longtemps voulu ‘faire’ des neurosciences, travailler sur le cerveau. J’avais un oncle psychiatre et psychanalyste. Je n’aurais pas voulu être psychanalyste mais travailler sur le cerveau m’aurait bien plu. J’ai la chance, au Collège de France, de pouvoir fréquenter des collègues qui éclairent sur cette matière comme Jean-Pierre Changeux avec lequel j’animerai un colloque en juin.»

Quelles sont les personnalités qui vous touchent le plus et pourquoi ?
«Les compositeurs de musique et les écrivains comme Orhan Pamuk que j’accueille au Collège de France, prix Nobel de littérature, un des plus grands romanciers vivants et aussi Philippe Sollers qui vient de nous quitter. Tous les écrivains que je connais ont une connaissance de la littérature de l’intérieur, du fonctionnement des choses. Il n’y a pas de grand écrivain qui ne soit en même temps un penseur et un lecteur de la littérature. Ils ont à apporter des choses aux autres, aux savants des lettres. Les discussions avec eux sont tout à fait fascinantes.»

Côté musique ?
«J’ai deux amours dans la vie : la littérature et la musique classique. Un jour j’aimerais écrire sur Schubert, mon compositeur préféré avec Bach et la musique française avec De Bussy et Ravel. Schubert est mort à 30 ans, en laissant une œuvre extraordinaire écrite la dernière année de sa vie. Qu’est-ce qu’il aurait encore pu écrire s’il était resté ?»

Schubert

Quelle analyse faites-vous de la littérature d’aujourd’hui ? Comment percevez vous les lecteurs ?
«Ce qui m’inquiète ? Les jeunes lisent de moins en moins. Il y a un véritable enjeu à faire redécouvrir l’effort de la lecture. C’est vrai qu’il y a beaucoup de concurrence avec les écrans, les video-games, les réseaux sociaux, les séries télévisées qui happent même mes collègues universitaires. Ces séries sont addictives pour tout le monde. J’ai trouvé cela passionnant, mais j’ai arrêté car si je les regarde, je ne lis plus. Que peut faire la littérature face à cette énorme attraction ? Comment faire comprendre à la jeunesse que lire en soi c’est absorber pour former ses propres images ? C’est ne pas être passif. La lecture c’est poursuivre un effort. Nous sommes dans un monde qui adore les sportifs –les footballeurs- mais pourtant, je vois les jeunes en trottinette électrique… »

Pourquoi arrêter l’effort ?
« Car c’est la même chose pour le corps et l’esprit. Nous sommes là pour entraîner notre esprit. Paul Valéry voyait déjà dans les années 1920, 1930, notre esprit accaparé par tous les moyens de communication comme le cinéma et la radio et déjà, s’inquiétait du futur de la littérature. La littérature est un sport intellectuel, un outil de développement personnel qui nous maintient en vie. Qui nous octroie une capacité de penser, d’imaginer, de verbaliser. En même temps je suis fasciné par les réseaux sociaux. Les influenceuses, les jeunes-filles dans les banlieues, les femmes qui décrivent leur vie, avec leurs mots. Elles n’ont pas accès à l’édition et, pourtant, sont lues par des milliers de personnes. Ces productions de la jeunesse existent. Il faut tirer parti de cela, mais rien ne remplacera le contact direct d’une personne avec un texte sur du papier.»

Le héros d’aujourd’hui ?
« Volodymyr Zelensky. Le parcours de cet homme est sidérant. J’ai une immense admiration pour lui. Je ne pense pas être le seul à le penser. Nous sommes tous touchés par ce qui se passe en Ukraine. Cet acteur dont Poutine ne donnait pas cher, et qu’il pensait être un simple clown, gère son pays avec un sens de la communication incroyable. Il n’avait pas un parcours tracé d’avance. La chaîne télévisuelle Arte a diffusé des épisodes de sa série ‘Serviteur du peuple’. Je l’ai regardée. »

Qu’est-ce que vous aimez le plus dans notre monde, ce qui vous effraie aussi ?
«Ce que j’aime le plus au monde ? C’est de vivre, exister. Ce qui m’angoisse ?  Le changement climatique mais ce qui m’inquiète le plus c’est la folie humaine. C’est Poutine qui attaque l’Ukraine sans aucune obligation. Toute notre attention… Beaucoup d’argent est focalisé sur l’armement alors que nous aurions beaucoup d’autres choses à faire pour sauver la planète. Je trouve cette situation monstrueuse et criminelle. Ces grands criminels à la tête des états, c’est monstrueux. »

Volodymyr Zelensky

Musée Angladon : ‘le jukebox de Matisse’ un concert de François Moschetta

François Moschetta se produira vendredi 30 septembre, à 19h30, dans le jardin du Musée Angladon à Avignon. Le pianiste interprétera des œuvres de Debussy, Mozart, Chopin et Scriabine piochées au hasard par les spectateurs et en résonance avec les interprétations de Matisse.

Henri Matisse, Jacques Doucet. Deux personnages-clés des avant-gardes se regardent, s’admirent, se rêvent… et s’écoutent avec le pianiste François Moschetta, vendredi 30 septembre à 19h30, dans le jardin du Musée Angladon. Au programme de ce concert, présenté dans le cadre de l’exposition ‘Le désir de la ligne. Henri Matisse dans les collections Doucet’ : Debussy, Mozart, Chopin et Scriabine.

François Moschetta a à cœur de partager avec le spectateur-auditeur son regard de pianiste sur l’exposition ‘Le désir de la ligne’. En déambulant dans l’exposition, il a relevé citations et particularités du travail de Matisse qui font écho à l’art qu’il pratique : le piano. Les spectateurs tireront au hasard des phrases et François Moschetta interprétera une des œuvres de Debussy, Mozart, Chopin ou Scriabine.

‘Habituellement, dans un jukebox, on met une pièce et ça déclenche le morceau qu’on a sélectionné. Aujourd’hui, je vais jouer le rôle du jukebox ! Explique François Moschetta, à partir des citations de Matisse piochées par le public, je vais choisir un morceau, parler des compositeurs, parler de mon instrument et expliquer pourquoi ce morceau résonne avec le travail de Matisse. On est très loin d’une conférence’.

‘Le désir de la ligne’

A travers l’étude des œuvres de Matisse acquises par Doucet, l’exposition ‘Le désir de la ligne’ tend à expliquer les liens entre le couturier, collectionneur et mécène Jacques Doucet (1853-1929) et l’artiste Henri Matisse (1869-1954). En confrontant les œuvres de Matisse à celles d’autres artistes, également collectionnées par Doucet, une nouvelle vision du parcours de l’un des représentants majeurs de l’art du XXe siècle est proposée.

Vendredi 30 septembre à 19h30, Jardin du Musée Angladon, Avignon. Tarif : 12€ plein tarif / 6€ tarif réduit. ‘Le désir de la ligne. Henri Matisse dans les collections Doucet’, du 2 juin au 9 octobre.

J.R.

https://www.echodumardi.com/tag/jacques-doucet/   1/1