11 mars 2026 |

Ecrit par le 11 mars 2026

Quand le Musée Angladon joue son avenir

À Avignon, le Musée Angladon – Collection Jacques Doucet aborde 2026 comme une année de transition : pas d’exposition estivale, mais une programmation ‘maison’ foisonnante et, surtout, l’ouverture d’un chantier stratégique. En toile de fond, une contrainte juridique héritée du legs des fondateurs et une équation financière jugée intenable à moyen terme. La Fondation Angladon-Dubrujeaud, reconnue d’utilité publique, va saisir le Tribunal judiciaire d’Avignon pour assouplir les charges successorales : pouvoir prêter des œuvres à l’étranger et, en dernier recours seulement, obtenir l’autorisation de céder une pièce majeure. 

Le musée fêtera ses 30 ans à l’automne 2026, trois décennies après son ouverture au public (15 novembre 1996).  Pour Lauren Laz, directrice du musée Angladon, l’anniversaire a valeur de signal : « 30 ans, c’est un peu l’heure du bilan », dit-elle, avant d’assumer l’idée d’une transition à construire plutôt que subie. Philippe Lechat, président de la Fondation depuis 2025, résume la philosophie de l’année : anticiper. « C’est un peu mon origine professionnelle : anticiper les problèmes avant qu’ils arrivent sur la table », confie-t-il, en justifiant la procédure à venir.

Le ‘nœud’ du testament : protéger la collection… sans l’enfermer
Le Musée Angladon est né d’un geste patrimonial très encadré : la collection et l’hôtel particulier des fondateurs, héritiers de Jacques Doucet, ont été pensés pour rester un ensemble cohérent, préservé et transmis. Mais ces garde-fous deviennent aujourd’hui des verrous. Philippe Lechat rappelle deux interdictions : « les œuvres ne devaient pas sortir de France » et « aucun bien légué ne devait être vendu ». D’où la demande, auprès du Tribunal judiciaire d’Avignon, de révision des charges : obtenir la possibilité de faire voyager des œuvres à l’international et, si nécessaire, de lever ponctuellement l’inaliénabilité. L’enjeu n’est pas seulement administratif : « prêter, c’est exister dans le calendrier des grandes expositions, dans les échanges scientifiques et dans la circulation des publics, » rappelle Lauren Laz.

Philippe Lechat, Lauren Laz et Nathalie Saint-Oyant Copyright MMH

2029, Doucet centenaire : le rendez-vous international à ne pas manquer
L’horizon fixé est limpide : 2029 marquera le centenaire de la mort de Jacques Doucet (1853-1929), couturier, collectionneur et mécène, figure majeure des scènes artistique et littéraire de la Belle Époque. Lauren Laz le dit sans détour : « en 2029, nous allons fêter le centenaire de la disparition de Jacques Doucet ». Et d’expliquer que des projets d’expositions à l’étranger se dessinent déjà ; pour y participer pleinement, il faut que certaines pièces d’Avignon puissent, demain, franchir les frontières. Dans la collection, le symbole est connu : Wagons de chemin de fer à Arles (1888) de Van Gogh, conservé au musée. 

Déficit structurel : la mécanique qui érode l’avenir
Le discours interne est prudent, mais l’alerte est claire : le modèle économique, fondé sur les revenus du patrimoine de la Fondation, ne suffit plus. Philippe Lechat évoque une réalité “structurelle”, soumise en plus aux aléas des marchés financiers : quand les rendements faiblissent, la marge se réduit, et la réserve s’use. Durant l’interview, un chiffre revient : un déficit annuel évoqué autour de 500 000€, quand les recettes se situeraient un peu en deçà de 300 000€. L’objectif affiché n’est pas de dramatiser, mais de se donner des options. «On demande l’autorisation. Ça ne veut pas dire qu’on utilise l’autorisation», insiste-t-il à propos d’une éventuelle vente, présentée comme une solution de sauvegarde, « en dernier recours ».

Une saison 2026 sans “blockbuster”, mais pleine d’expériences
Conséquence directe : pas d’exposition d’été ‘classique’ en 2026, afin de concentrer l’énergie de l’équipe sur la réécriture du projet muséal à l’horizon 2030. Pour autant, le musée refuse l’hibernation culturelle et mise sur des formats plus vifs, plus proches, plus sensoriels.

Wagons de chemin de fer à Arles de Vincent Van Gogh en 1888 Copyright MMH

Parmi les temps forts annoncés
Théâtre : une relecture contemporaine de La Mouette de Tchekhov, pensée comme une déambulation dans les espaces du musée. Printemps des poètes : lecture-rencontre autour d’un poème d’Aragon, Le médecin de Villeneuve. L’agenda ici.

Accrochages de saison : focus d’œuvres et contrepoints dans la maison-musée
Médiation : les “Jeudi Art”, ateliers adultes, stages et propositions jeune public, maintenus comme colonne vertébrale. Et surtout, une proposition rare dans une maison-musée : un parcours olfactif conçu avec la créatrice Nathalie Saint-Oyant. Lauren Laz en décrit l’ambition : « une manière… de sortir du cadre, et d’avoir une dimension sensorielle un peu nouvelle », avec des installations pensées salle par salle, ‘délicates’, pour éviter toute saturation. Le musée évoque aussi un travail en cours avec l’Osmothèque, conservatoire dédié à la mémoire des parfums et des odeurs. 

Partenariats : Orsay en ligne de mire, Avignon comme clé d’entrée
Autre axe : des synergies muséales, en particulier avec le Musée d’Orsay, ‘partenaire naturel’ au regard de la chronologie des collections. Lauren Laz mentionne des ‘hypothèses en construction’, avec l’idée de prêts de longue durée qui ‘muscleraient’ l’attractivité du parcours avignonnais. Mais le nerf de la guerre reste local. Dans l’interview, la directrice Lauren Laz résume la stratégie : plan 1, convaincre les collectivités de bâtir un soutien pérenne ; plan 2, se préparer au pire pour ne pas agir sous contrainte. « Le verrou, c’est un petit peu la Ville », glisse-t-elle, en espérant qu’un dialogue plus fécond s’ouvrira après les municipales.

Quand l’œuvre s’émancipe et sort de son cadre grâce à Nathalie Saint Oyant Copyright MMH

Un musée ‘réinventé’ plutôt qu’un musée ‘sauvé’
À l’échelle d’Avignon, l’Angladon tient une place singulière : une maison-musée, une collection resserrée mais prestigieuse avec de grands peintres comme Degas, Cézanne, Sisley, Picasso, Modigliani, Van Gogh… et plus de 4 000 œuvres d’art visuelles et objets, et la présence tutélaire de Jacques Doucet, dont l’héritage irrigue encore l’histoire de l’art. 2026 ne ressemble donc ni à une année blanche, ni à une simple parenthèse : c’est une année de travail, de test et de preuves, où l’institution cherche moins un miracle qu’une architecture durable. Comme le résume Lauren Laz, l’objectif est de « mettre sur la table toutes les opportunités possibles » pour construire, d’ici 2030, un musée capable de rayonner sans se renier.

Les infos pratiques
Musée Angladon – Collection jacques Doucet. Du mardi au samedi, de 13h00 à 18h. Dernière admission à 17h15. 5, rue du laboureur à Avignon 04 90 82 29 03. accueil@angladon.com
Mireille Hurlin

Alexandra Siffredi, médiatrice, Philippe Lechat, Nathalie Saint-Oyant et Lauren Laz Copyright MMH

Quand le Musée Angladon joue son avenir

William Marx interviendra samedi 20 mai à 17h à l’Art Gallery, à l’Isle-sur-la-Sorgue sur le thème Littérature et philosophie. Il nous contera comment il a retrouvé des textes inédits de Paul Valéry (1871-1945). Lors de la conférence, donnée à l’occasion de Lire sur la Sorgue, William Marx interviendra aux côtés de Mazarine Pingeot.  Il y présentera les ‘Cours de poétique de Paul Valéry, tomes 1 et 2 chez Gallimard tandis que Mazarine Pingeot présentera ‘Et la mort continue’ collection Disputatio aux éditions Mialet-Barrault.

Vous venez présenter à Lire sur la Sorgue les deux volumes de Cours de poétique de Paul Valéry parus dans la bibliothèque des idées chez Galimard. L’ouvrage prend sa source au gré d’un travail documentaire et d’analyse de trois ans qui fait écho à une surprise d’envergure avec la mise au jour d’inédits du poète-auteur-philosophe.

Une entrée au Collège de France et un héritage à transmettre
Professeur au collège de France –tout comme vous qui y occupez la chaire de littératures comparées depuis 2019- Paul Valéry occupe la chaire de poétique de 1937 à 1945. Vous collectez une partie des feuillets et annotations ainsi que les transcriptions de la 1re et la dernière année de ses cours, soit plus de 2 500 feuillets analysés, qui dormaient depuis 50 ans à la bibliothèque de France.

Les inédits trouvés dans la bibliothèque littéraire de Jacques Doucet
Alors que vous êtes sur le point de remettre l’ouvrage aux éditons Gallimard, un doctorant évoque la bibliothèque littéraire de Jacques Doucet. Vous connaissez bien ce fonds et en avez feuilleté le catalogue électronique, sans rien n’y repérer, lorsque l’étudiant vous signale que celui-ci est très incomplet et recèle, en fait, des écrits inédits référencés dans le catalogue manuscrit, sur le sujet qui vous intéresse ‘la poétique’. Là gisent les 16 retranscriptions des dernières leçons données par Paul Valéry au Collège de France en 1945.

Paul Valéry DR

En remontant cette nouvelle piste
vous vous rendez compte que la correspondance entre le secrétaire de Paul Valéry et Gallimard fait également état d’un fonds d’archives chez ce même éditeur, pour lequel, d’ailleurs, vous êtes en train de finaliser l’ouvrage et dont certains éléments, mal référencés ont échappé à la vigilance de l’archiviste. Ce sont 12 nouveaux feuillets donnés la première année par Paul Valéry que vous découvrez avec stupeur –vous pensiez clore votre travail- et plaisir jubilatoire.

Finalement, vous retrouvez 28 leçons inédites
Deux volumes seront donc nécessaires aux ‘Cours de poétique, tome 1 Le corps et l’esprit (1937-1945) et Cours de poétique, tome II, le langage, la société, l’histoire de (1940 à 1945), les deux tomes étant parus le 5 janvier 2023, pour intégrer vos nouvelles trouvailles -400 à 500 pages dactylographiées- et, enfin, nourrir deux ouvrages de références sur Paul Valéry. ‘Un authentique monument de la pensée pour le 20e et 21e siècle’ dites-vous.

Des cours oui mais de poétique ? Pas si sûr !
Et puis, si vous évoquez tout comme le poète et auteur Paul Valéry, le terme de Cours de poétique, c’est d’autre chose dont il est véritablement question même si la poétique fait partie des deux ouvrages, le véritable sujet n’est pas la poésie mais la connaissance de soi. Car toute sa vie, Paul Valéry se sera observé pour mieux se connaître et appréhender le monde avec la vision la plus claire possible et surtout la conscience la plus fine.

Le véritable axe de travail de Paul Valéry
Nous découvrons la recherche existentielle de Paul Valéry, le véritable axe de recherche depuis ses 20 ans. Car oui, au gré de son travail de poète, il développe une pensée philosophique sur le fonctionnement de l’esprit, le rapport de l’esprit avec le corps et avec le monde. Paul Valéry a su s’observer, prendre de la distance avec lui-même, alors qu’il est en train de travailler, d’écrire. D’ailleurs, à l’orée de ses 50 ans, il reprend son travail de poésie : ‘La jeune Parque’, ‘Le cimetière marin’, ‘Le recueil Charme’… Il explique ‘qu’Ecrire une œuvre c’est transformer une matière pour transformer quelqu’un’. Vous, vous irez plus loin en complétant : ‘tandis que l’œuvre transforme le lecteur qui, pour y avoir accès, doit fournir un effort’. Ainsi, au cœur de son œuvre réside l’exigence intellectuelle.

L’observation de soi au travail
Le poète travaille à partir de l’ensemble des données qui lui viennent : sa sensibilité, la mémoire, les émotions, des idées, pour mettre tout cela, prioritairement, en langage, comme un sculpteur, un ingénieur. Il faut alors donner la confiance aux mots pour qu’ils portent l’initiative. Mais il va au-delà de l’anthropologie de la pensée en observant comment la société travaille, en étudiant le pouvoir du langage, comment faire pour que les paroles comptent. Il s’adresse, ainsi, à l’ensemble de l’humanité.

Paul Valéry est un méta écrivain
Il est celui que les écrivains lisent parce qu’il leur apprend à s’améliorer. Egalement, les scientifiques retrouvent Chez Paul Valéry des intuitions confirmées par les avancées de la science comme Jean-Pierre Changeux neurobiologiste, le plus grand neuroscientifique français et Olivier Oudé psychologue expérimental. Ce que porte Paul Valéry ? Un niveau d’exigence intellectuel, de rapport à la vérité et de confiance en la science, n’oublions pas qu’il était un grand ami d’Albert Einstein.

Le programme de Lire sur la sorgue ici

William Marx
Né à Villeneuve-lès-Avignon en 1966, William Marx fait ses études à Marseille au lycée Thiers avant d’intégrer l’École normale supérieure en 1986. Reçu premier à l’agrégation de lettres classiques en 1989, il soutient sa thèse de doctorat en 2000 à l’université Paris-Sorbonne et son habilitation à diriger des recherches en 2005 à l’université Paris 8 Vincennes Saint-Denis. Il enseigne aux États-Unis et au Japon ainsi que dans plusieurs universités françaises avant d’être élu en 2019 professeur au Collège de France sur la chaire Littératures comparées.

Membre de l’Academia Europaea,
lauréat de l’Académie française (prix Montyon en 2010), membre honoraire de l’Institut universitaire de France, ancien fellow de l’Institut d’études avancées de Berlin, titulaire de la chaire International Francqui Professor, régulièrement invité dans les universités étrangères, éditeur des œuvres de Paul Valéry et T. S. Eliot, il travaille sur l’évolution, dans la longue durée, des systèmes esthétiques et du statut de la littérature depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours et sur leur variation selon les cultures, avec des recherches portant entre autres sur la tragédie grecque et sur le nô japonais comme sur le modernisme européen. Parmi ses ouvrages, parus pour la plupart aux Éditions de Minuit et traduits en une dizaine de langues, figurent Naissance de la critique moderne (2002), Les Arrière-gardes au XXe siècle (2004), L’Adieu à la littérature (2005), Vie du lettré (2009), Le Tombeau d’Œdipe (2012), La Haine de la littérature (2015), Un savoir gai (2018), Vivre dans la bibliothèque du monde (2020) et Des étoiles nouvelles (2021) et les deux volumes de Cours de poétique volumes 1 et 2 de Paul Valéry parus dans la bibliothèque des idées chez Galimard.

Le collège de France
Le Collège de France promeut et enseigne la recherche en train de se faire dans les sciences, les lettres et les arts. Cours, séminaires et colloques sont ouverts à tous et gratuits. En savoir plus ici.

L’interview

Quand et comment avez-vous rencontré la littérature ?
«Mon grand-père maternel, Jean Marx qui était médecin à Avignon, et son cabinet se situait en face du nouveau Conservatoire de musique. Il était aussi musicien et poète à ses heures perdues dans sa demeure de Villeneuve-lès-Avignon. Ainsi, j’ai toujours été entouré de livres. De plus, j’avais bourse ouverte auprès de mes parents lorsqu’il s’agissait d’acheter des livres. J’habitais à la Cité radieuse à Marseille et allais tous les samedis à la librairie, mais je n’avais personne pour me conseiller d’acheter des livres. A 10 ans, j’ai commencé à lire le Discours de la méthode de Descartes, le Banquet de Platon. Je ne suis pas sûr d’avoir vraiment saisi de quoi il retournait… Aussi les traductions d’Horace le poète latin. Et puis, à un moment, mon voisin qui était professeur de lettres, également mon professeur de grec et aussi le père d’une de mes copines d’école, m’a orienté. C’était un environnement favorable, car nous étions poussés à lire et j’ai lu, tout de suite, de la grande littérature.»

Pourquoi vous être intéressé à Paul Valéry ?
«C’est aussi une histoire d’adolescence. J’avais ma propre radio dans ma chambre et j’écoutais France culture. J’ai possiblement abordé Paul Valéry par une ‘dramatique’ car l’auteur avait écrit des dialogues inspirés de Platon et Socrate dans une mise en onde –magistralement interprétée par la Comédie française- d’Eupalinos ou l’architecte’, l’un des plus beaux textes de Paul Valéry. Il est d’une poésie folle, d’une profondeur de pensée… J’étais à l’âge de 9 ou 10 ans passionnément intéressé par l’antiquité classique. C’est donc par là que je suis ‘entré’ dans l’oeuvre de Paul Valéry.»

Quels sont les écrits qui vous ont le plus marqué, inspiré, bouleversé chez lui et pourquoi ?
«J’ai lu ‘la soirée avec monsieur Teste’, un texte étonnant, très court mais d’un esprit plongeant en lui-même. J’étais un enfant introverti et donc fasciné par cette puissance de la langue et de la pensée. Paul Valéry est pour moi un amour d’adolescence qui est resté. Sa poésie, évidemment avec ‘Charme’, ‘La jeune Parque’. Ce qui me frappe c’est l’intelligence absolue de cet auteur, de cet écrivain. Il était considéré, par tous les gens qui l’ont fréquenté, comme un homme hors du commun avec une capacité de se regarder par lui-même et à théoriser tout ce qui était autour de lui. Personne ne l’avait fait avant et de cette manière : Pouvoir formuler en termes exacts et très précis des pensées très complexes. Aujourd’hui les hommes politiques, les penseurs continuent de puiser des citations dans les écrits de Paul Valéry, parce que ces citations nous portent, nous font penser encore maintenant.»

Monsieur Teste

Si vous n’aviez été ni professeur, ni auteur, qu’auriez-vous aimé être ?
«J’ai longtemps voulu ‘faire’ des neurosciences, travailler sur le cerveau. J’avais un oncle psychiatre et psychanalyste. Je n’aurais pas voulu être psychanalyste mais travailler sur le cerveau m’aurait bien plu. J’ai la chance, au Collège de France, de pouvoir fréquenter des collègues qui éclairent sur cette matière comme Jean-Pierre Changeux avec lequel j’animerai un colloque en juin.»

Quelles sont les personnalités qui vous touchent le plus et pourquoi ?
«Les compositeurs de musique et les écrivains comme Orhan Pamuk que j’accueille au Collège de France, prix Nobel de littérature, un des plus grands romanciers vivants et aussi Philippe Sollers qui vient de nous quitter. Tous les écrivains que je connais ont une connaissance de la littérature de l’intérieur, du fonctionnement des choses. Il n’y a pas de grand écrivain qui ne soit en même temps un penseur et un lecteur de la littérature. Ils ont à apporter des choses aux autres, aux savants des lettres. Les discussions avec eux sont tout à fait fascinantes.»

Côté musique ?
«J’ai deux amours dans la vie : la littérature et la musique classique. Un jour j’aimerais écrire sur Schubert, mon compositeur préféré avec Bach et la musique française avec De Bussy et Ravel. Schubert est mort à 30 ans, en laissant une œuvre extraordinaire écrite la dernière année de sa vie. Qu’est-ce qu’il aurait encore pu écrire s’il était resté ?»

Schubert

Quelle analyse faites-vous de la littérature d’aujourd’hui ? Comment percevez vous les lecteurs ?
«Ce qui m’inquiète ? Les jeunes lisent de moins en moins. Il y a un véritable enjeu à faire redécouvrir l’effort de la lecture. C’est vrai qu’il y a beaucoup de concurrence avec les écrans, les video-games, les réseaux sociaux, les séries télévisées qui happent même mes collègues universitaires. Ces séries sont addictives pour tout le monde. J’ai trouvé cela passionnant, mais j’ai arrêté car si je les regarde, je ne lis plus. Que peut faire la littérature face à cette énorme attraction ? Comment faire comprendre à la jeunesse que lire en soi c’est absorber pour former ses propres images ? C’est ne pas être passif. La lecture c’est poursuivre un effort. Nous sommes dans un monde qui adore les sportifs –les footballeurs- mais pourtant, je vois les jeunes en trottinette électrique… »

Pourquoi arrêter l’effort ?
« Car c’est la même chose pour le corps et l’esprit. Nous sommes là pour entraîner notre esprit. Paul Valéry voyait déjà dans les années 1920, 1930, notre esprit accaparé par tous les moyens de communication comme le cinéma et la radio et déjà, s’inquiétait du futur de la littérature. La littérature est un sport intellectuel, un outil de développement personnel qui nous maintient en vie. Qui nous octroie une capacité de penser, d’imaginer, de verbaliser. En même temps je suis fasciné par les réseaux sociaux. Les influenceuses, les jeunes-filles dans les banlieues, les femmes qui décrivent leur vie, avec leurs mots. Elles n’ont pas accès à l’édition et, pourtant, sont lues par des milliers de personnes. Ces productions de la jeunesse existent. Il faut tirer parti de cela, mais rien ne remplacera le contact direct d’une personne avec un texte sur du papier.»

Le héros d’aujourd’hui ?
« Volodymyr Zelensky. Le parcours de cet homme est sidérant. J’ai une immense admiration pour lui. Je ne pense pas être le seul à le penser. Nous sommes tous touchés par ce qui se passe en Ukraine. Cet acteur dont Poutine ne donnait pas cher, et qu’il pensait être un simple clown, gère son pays avec un sens de la communication incroyable. Il n’avait pas un parcours tracé d’avance. La chaîne télévisuelle Arte a diffusé des épisodes de sa série ‘Serviteur du peuple’. Je l’ai regardée. »

Qu’est-ce que vous aimez le plus dans notre monde, ce qui vous effraie aussi ?
«Ce que j’aime le plus au monde ? C’est de vivre, exister. Ce qui m’angoisse ?  Le changement climatique mais ce qui m’inquiète le plus c’est la folie humaine. C’est Poutine qui attaque l’Ukraine sans aucune obligation. Toute notre attention… Beaucoup d’argent est focalisé sur l’armement alors que nous aurions beaucoup d’autres choses à faire pour sauver la planète. Je trouve cette situation monstrueuse et criminelle. Ces grands criminels à la tête des états, c’est monstrueux. »

Volodymyr Zelensky

Quand le Musée Angladon joue son avenir

François Moschetta se produira vendredi 30 septembre, à 19h30, dans le jardin du Musée Angladon à Avignon. Le pianiste interprétera des œuvres de Debussy, Mozart, Chopin et Scriabine piochées au hasard par les spectateurs et en résonance avec les interprétations de Matisse.

Henri Matisse, Jacques Doucet. Deux personnages-clés des avant-gardes se regardent, s’admirent, se rêvent… et s’écoutent avec le pianiste François Moschetta, vendredi 30 septembre à 19h30, dans le jardin du Musée Angladon. Au programme de ce concert, présenté dans le cadre de l’exposition ‘Le désir de la ligne. Henri Matisse dans les collections Doucet’ : Debussy, Mozart, Chopin et Scriabine.

François Moschetta a à cœur de partager avec le spectateur-auditeur son regard de pianiste sur l’exposition ‘Le désir de la ligne’. En déambulant dans l’exposition, il a relevé citations et particularités du travail de Matisse qui font écho à l’art qu’il pratique : le piano. Les spectateurs tireront au hasard des phrases et François Moschetta interprétera une des œuvres de Debussy, Mozart, Chopin ou Scriabine.

‘Habituellement, dans un jukebox, on met une pièce et ça déclenche le morceau qu’on a sélectionné. Aujourd’hui, je vais jouer le rôle du jukebox ! Explique François Moschetta, à partir des citations de Matisse piochées par le public, je vais choisir un morceau, parler des compositeurs, parler de mon instrument et expliquer pourquoi ce morceau résonne avec le travail de Matisse. On est très loin d’une conférence’.

‘Le désir de la ligne’

A travers l’étude des œuvres de Matisse acquises par Doucet, l’exposition ‘Le désir de la ligne’ tend à expliquer les liens entre le couturier, collectionneur et mécène Jacques Doucet (1853-1929) et l’artiste Henri Matisse (1869-1954). En confrontant les œuvres de Matisse à celles d’autres artistes, également collectionnées par Doucet, une nouvelle vision du parcours de l’un des représentants majeurs de l’art du XXe siècle est proposée.

Vendredi 30 septembre à 19h30, Jardin du Musée Angladon, Avignon. Tarif : 12€ plein tarif / 6€ tarif réduit. ‘Le désir de la ligne. Henri Matisse dans les collections Doucet’, du 2 juin au 9 octobre.

J.R.

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