24 avril 2024 |

Ecrit par le 24 avril 2024

(Vidéo) «L’odeur de la guerre » ou la belle histoire d’un combat personnel à la Scala Provence ce mardi

Séance de rattrapage pour ceux qui auraient raté la performance de Julie Duval dans « L’Odeur de la guerre »
En effet le spectacle a déjà été joué durant le Off 2021 à 21h à la Scala Provence, puis pendant le Off 2022 toujours à la Scala mais avec un horaire plus adapté, 14h. Aujourd’hui en programmation hivernale, c’est la salle 200 qui est proposée à Julie Duval par  Frédéric et Mélanie Biessy qui ont tenu à accompagner et produire ce projet qui a commencé à germer en 2020.

Un seul en scène bouleversant
Nous suivons une famille du Sud de la France et particulièrement Jeanne, en pleine crise d’adolescence. Premières amitiés, premières règles, premier drame et par la suite décrochage scolaire. Ce qui la sauve ? Léonardo di Caprio dans le Titanic mais surtout la boxe thaïlandaise. Quand on n’a pas les mots, quand les adultes ne vous écoutent pas, quand on veut s’évader, il ne reste que l’action, faire parler son corps….et le départ vers la capitale. Jeanne ? c’est l’autrice et comédienne Julie Duval, seule en scène. Elle est littéralement extraordinaire. Elle incarne une dizaine de personnages de son enfance et de sa nouvelle vie de jeune femme. Le souffle court, elle punche les mots et les situations dans un tourbillon d’émotions et de sueur.

Ayant vu l’Odeur de la guerre pendant le Off 2022 ( critique ci-dessus)  j’ai souhaité rencontrer Julie Duval avant son passage à la Scala mardi. Ce fut un entretien téléphonique, un pur moment de sérénité pour poser des mots sur cette lente reconstruction.

Genèse d’un spectacle
«En 2020, j’ai commencé à écrire « L’Odeur de la Guerre» dans une mise en scène de Juliette Bayi. Je choisis de participer au concours des Fléchettes, organisé par le Théâtre parisien La Flèche. Je gagne !  A ce stade, la pièce est une succession de tableaux : 1 tableau, 1 personnage avec costumes, perruques, beaucoup de décors. C’était ludique, joyeux, insouciant. Je crois qu’inconsciemment c’était pour mettre de la distance avec cette histoire si intime.  Il n’empêche, la pièce plaît et le théâtre de la Flèche la programme pour 10 dates. Forte de ce succès public, j’ envisage de venir – pour la toute première fois- au Festival Off. Nous sommes en 2021, la Scala Provence ouvre juste pour le Off. Sur les conseils d’amis, je me lance, crée une cagnotte participative pour louer un créneau de la salle Scala Provence et obtiens de jouer dans la petite salle à 21h. Pendant le festival il faut faire vite. J’ai donc enlevé les costumes, les tableaux et j’ai décidé de m’adresser aux spectateurs directement. Ma parole était violente, vindicative, en gros, je pétais le quatrième Mur ! Certains spectateurs ont adoré, d’autres détesté. Surtout je n’ai pas convaincu les vieilles personnes et les hommes (rires). Dans tous les cas j’en perdais beaucoup…»

Une rencontre décisive
«Le directeur de la Scala Frédéric Biessy voit la pièce, en famille, tous âges confondus et elle lui plaît….avec quelques réserves. Il se propose de rentrer en production mais en me suggérant de rencontrer la comédienne et dramaturge Elodie Menant afin d’offrir un regard extérieur et supplémentaire sur mon travail. J’avais encore peur qu’on me confisque mon histoire, mes personnages ou mon titre qui peuvent rebuter.»

Un titre qui rebute ?
«Si j’ai accepté des changements, par contre je n’ai jamais voulu toucher au titre. Cette histoire est née à partir du titre justement quand je disais à un ami que l’odeur du camphre et de sueur que l’on trouve dans une salle de boxe me manquait. C’est un spectacle qui fait un titre et pas un titre qui fait un spectacle. »

De, avec, par Julie Duval et personne d’autres !
«Arrivée à ce moment de ma vie, j’ai eu un déclic. Personne d’autre que moi ne pouvait raconter cette histoire. Elle est trop proche de moi. Même si  la dizaine de personnes en présence sont pensés, ils sont réels. Dès qu’on a essayé de m’aider pour améliorer la dramaturgie, c’était compliqué car j’avais des idées arrêtées sur des choses et les personnages. Je ne pouvais pas aller vers une maman ou un papa que je ne (re)connaissais pas. J’ai grandi dans une famille où il y  a eu beaucoup d’amour mais aussi beaucoup de non dits, de silences. Cette histoire c’est ma réalité. Après un long processus pour prendre une décision, c’était une évidence, une urgence et une responsabilité de faire moi-même ce seul en scène. La boxe m’a beaucoup aidée mais j’étais seule aux commandes donc si ça ne marchait pas, c’était ma responsabilité.»

Un seul en scène résilient
«Finalement si j’ai choisi un «seul en scène», c’est que j’avais un appétit et une envie d’être vue et entendue. En fait, j’ai pris la place que j’aurais du prendre depuis de longues années. Le seul en scène m’a permis d’arrêter de m’excuser et enfin de me responsabiliser et de dire les mots.»

Un travail collectif pour une histoire unique et intime
«Outre la mise en scène et la dramaturgie de Juliette Bayi et Elodie Menant, toute l’équipe a été au service de cette histoire et non pas l’inverse. La  lumière organique conçue par Nolwenn Annic me suit, la musique de Rodolphe Dubreuil me suit. Tout respire en même temps que moi. Rodolphe Dubreuil a conçu la musique au plateau, en partant de moi et avec des allers retours de propositions. Grâce à lui, le spectacle a pris une véritable dimension d’envol et a rendu possible un nouveau souffle, un après-combat.»

Un engagement féministe
«Avec Juliette Bayi, nous avons créé l’association Jemme qui donne la parole aux femmes. J’ai donné des cours de boxe à la Maison des Femmes, au Palais de la femme. Il y a une très forte demande des femmes d’être entraînées entre elles et par une femme. Maintenant je me dirige plus vers des cours de théâtre avec toujours le rapport au corps très présent. Avec des questions comme : ça veut dire quoi s’aimer ? Prendre soin de soi ? Et pour moi, actuellement, ça ne passe plus forcément par des cours de boxe.»

Mardi 21 novembre 2023. 19h30. 15 à 25€. La Scala Provence. 3 rue Pourquery de Boisserin. Avignon. 04 90 65 00 90. lascala-provence.fr

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