29 septembre 2026 |

Ecrit par le 29 septembre 2026

À Avignon, JustUp met l’agroalimentaire au carré

Né dans un atelier vauclusien, le logiciel ‘Just Up’ (Un peu plus haut) a été conçu pour simplifier la gestion des petites entreprises du secteur de l’agroalimentaires. Développé par Pierre et Olivier Nicolet avec Yoann Masson, cet outil réunit production, traçabilité, qualité et pilotage. Son lancement commercial s’accélère en 2026.

À Avignon, une jeune entreprise s’est attaquée aux process des petites unités de production pour gérer efficacement et rapidement recettes, stocks, contrôles qualité et traçabilité sans empiler les tableurs et les classeurs et cette solution organisationnelle s’appelle JustUp.

Au commencement 
Créée en 2022, la société est portée par trois associés : Pierre Nicolet, ancien dirigeant de l’entreprise agroalimentaire Stolpi (fabrication de condiments et d’assaisonnements), son frère Olivier, développeur, et Yoann Masson, architecte logiciel. Leur outil est né d’une expérience très concrète, dans les ateliers du Vaucluse. « On n’a pas étudié le métier : on l’a exercé. Le logiciel en vient directement », entame Pierre Nicolet.

« Nous sommes partis du cœur du métier pour concevoir un outil réellement adapté aux petites entreprises. »

Pierre Nicole

Changement de paradigme
Pendant une dizaine d’années, le jeune entrepreneur a développé, pour Stolpi, un système interne destiné à suivre l’activité de l’entreprise. Celle-ci, créée en 1993 par son père, Vincent, sous le nom de Vincypack, avait connu une période particulièrement délicate. En 2012, après la perte d’un client représentant près de 80 % du chiffre d’affaires, Pierre Nicolet reprend les rênes et entreprend de relancer l’activité. Le chiffre d’affaires passera de 600 000€ à près de 4M€. L’entreprise, installée à Bédarrides après la fusion de ses deux sites d’Avignon et de Bédarrides, fabriquait, notamment, des emballages et des sauces en doses individuelles. Elle sera finalement reprise par le groupe Gyma au printemps 2025.

Copyright JustUp

De Stolpi à JustUp
Au fil des années, le système conçu en interne s’aiguise pour devenir un véritable outil de pilotage. Il suit les lots, les recettes, les contrôles, les coûts et les opérations de production. Les auditeurs s’étonnent de la rapidité avec laquelle l’entreprise retrouve ses informations. Mais le logiciel reste intimement lié à Stolpi. Pour le rendre utilisable par d’autres entreprises, il faut repartir de zéro. Olivier Nicolet s’en charge. Après des études au Canada et une expérience chez l’éditeur CBA, il reprend le projet avec une approche de développeur. Yoann Masson rejoint ensuite l’aventure pour structurer l’architecture technique et renforcer la sécurité du système. Le résultat est un ERP -un progiciel de gestion intégré- conçu pour les petites et moyennes entreprises de transformation. Sa cible privilégiée : les structures d’un à quarante salariés, celles où le dirigeant passe de la production à la facturation plusieurs fois dans la même journée. « Une petite entreprise n’a pas moins de contraintes réglementaires qu’un grand groupe. Elle a juste moins de monde pour les tenir,» souligne Yoann Masson.

« Notre logiciel formalise le savoir-faire, assure la traçabilité et améliore la performance à chaque étape de la production. »

Olivier Nicolet

Moins de papier, plus de visibilité
JustUp suit un produit depuis l’arrivée des matières premières jusqu’à l’expédition. Les recettes, les stocks, les étiquettes, les contrôles et les coûts sont regroupés dans un même environnement. Dans l’atelier, les opérateurs saisissent directement les contrôles sur une tablette. Les données sont signées, horodatées et immédiatement exploitables. Plus besoin de noter une mesure sur un bout de papier avant de la recopier au bureau. Le logiciel peut aussi reconstituer le parcours d’un lot en quelques clics : fournisseur, quantité reçue, fabrication, consommation et livraison. Une source immédiate et précieuse d’information lors d’un audit, notamment dans les entreprises certifiées bio. La conserverie Bloc, à Carpentras fait partie des entreprises qui ont contribué à éprouver l’outil. Cette structure spécialisée dans les soupes et les sauces de légumes bio illustre précisément le public visé : une équipe réduite, mais des exigences industrielles et réglementaires complexes, importantes et bien réelles.

Copyright JustUp

L’intelligence artificielle sans délocaliser les données
JustUp mise également sur une intelligence artificielle intégrée, baptisée Justy. Reliée à plus de 150 outils métier, elle lit un bon de commande, propose une commande fournisseur, rappelle un contrôle ou, encore, analyse les performances de production, tout cela en temps réel. L’utilisateur garde toutefois la main : l’IA demande confirmation avant toute écriture. Les données, elles, sont hébergées en France. Les trois associés assurent également que leur propre infrastructure est utilisée pour éviter que les informations sensibles ne transitent par des hébergeurs étrangers : Les petites entreprises formalisent leur savoir-faire sans perdre le contrôle de leurs données. Autre bénéfice : Les recettes et les réglages ne restent plus dans la mémoire d’un seul salarié et deviennent transmissibles.

« Pour une petite entreprise, intégrer rapidement les bons outils peut faire la différence entre subir sa croissance et la maîtriser. »

Pierre Nicolet

Une offre adaptée aux petites structures
L’abonnement démarre à 50€ par mois, auxquels s’ajoutent 1,20€ par utilisateur et par jour d’utilisation réelle, ainsi que 4,95€ par ligne de production et par jour de fonctionnement. Sans engagement.Une manière, pour JustUp, de tenir compte des rythmes irréguliers des petites unités. «Le logiciel doit s’adapter à l’activité de l’entreprise, pas l’inverse», se remémore Pierre Nicolet.Plusieurs ateliers utilisent déjà la solution, dont le premier depuis quatre ans. Après une longue phase de développement et de tests, JustUp engage désormais son lancement commercial. Désormais, Pierre et Olivier Nicolet et Yoann Masson travaillent à élargir leur réseau de clients et envisagent, à moyen terme, des débouchés dans la cosmétique, le textile ou la céramique.Partout où il faut transformer, contrôler et tracer. Mais l’agroalimentaire restera le point de départ, et la principale légitimité, de cette entreprise avignonnaise qui veut aider les petites structures à franchir le cap entre artisanat et industrie.

« Dans les crises, notre ADN consiste à saisir les opportunités et à en sortir plus forts. »

Pierre Nicolet

L’art de rebondir pendant le Covid
Nous avons l’habitude de transformer les crises en opportunités. C’est dans l’ADN de notre entreprise familiale : à chaque crise, nous avons su rebondir plus forts. Pendant la crise du Covid, notre activité reposait essentiellement sur la restauration. Lorsque celle-ci s’est arrêtée, le choc a été brutal. Nous avons néanmoins continué à faire fonctionner nos équipes et avons rapidement cherché des solutions. Nous nous sommes notamment associés à Eurenco pour conditionner du gel hydroalcoolique, alors très demandé. Pour obtenir les autorisations nécessaires, nous avons multiplié les appels, les courriels et les fax auprès de la préfecture et des services concernés, avec beaucoup de ténacité. Après plusieurs jours d’efforts, le préfet de Vaucluse nous a finalement contactés et a facilité la mise en relation avec Eurenco. Dès lors, l’opération a pu être organisée rapidement et efficacement. Cette activité nous a permis de préserver et même de renforcer nos équipes, de consolider notre trésorerie et de repenser notre communication et notre stratégie marketing. Lorsque les restaurants ont rouvert, nous avons ainsi pu relancer notre activité historique avec davantage de force et accélérer le développement de nouveaux projets.
Mireille Hurlin

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