3 avril 2026 |

Ecrit par le 3 avril 2026

Le Musée Avignonnais Angladon perd sa directrice, Lauren Laz

Après onze années à la tête du Musée Angladon-Jacques Doucet à Avignon, Lauren Laz quitte ses fonctions fin mars 2026 pour rejoindre, dès le 1er avril, en tant que directrice, le département des oeuvres des Beaux-arts de Paris. L’historienne a été sélectionnée à l’unanimité par le jury. Elle laisse derrière elle un projet scientifique consolidé et un musée profondément renouvelé.

Le départ de Lauren Laz, annoncé pour le 31 mars 2026, marque un tournant pour le Musée Angladon – Jacques Doucet, l’un des écrins les plus singuliers de la scène muséale avignonnaise. Depuis 2015, cette historienne de l’art moderne a profondément transformé l’institution, à la fois dans son ambition scientifique, sa programmation et son rapport au public.  

Une page se tourne pour une institution emblématique
Dans un paysage culturel local où coexistent patrimoine monumental et création contemporaine, du Palais des Papes à la Collection Lambert, Angladon s’est imposé, sous sa direction, comme un lieu de dialogue exigeant entre histoire de l’art, littérature et modernité.

Onze ans de programmation exigeante
Le bilan est dense. Lauren Laz aura conçu et piloté onze expositions majeures, articulées autour de figures emblématiques du XXᵉ siècle et de croisements disciplinaires féconds : Raoul Dufy, Man Ray, Henri Matisse, Pablo Picasso ou encore René Char. Plus récemment, l’exposition consacrée à Jacques-Émile Blanche témoignait d’une volonté constante de revisiter les marges et les filiations artistiques, en interrogeant les relations entre peinture, mémoire et littérature. Sa ligne curatoriale ? Privilégier les œuvres sur papier, explorer les correspondances entre images et textes, et inscrire chaque projet dans une réflexion critique approfondie.

Un musée repensé dans son architecture et son récit
L’empreinte de Lauren Laz ne se limite pas à la programmation. Elle s’inscrit aussi dans l’espace même du musée. Par exemple avec la création d’un étage dédié aux expositions temporaires et au ré-accrochage des collections permanentes ont permis de redéfinir le parcours de visite.

Lauren Laz Copyright Alexandra de Lammine

Un écrin pour des œuvres majeures
La collection Jacques Doucet, riche de chefs-d’œuvre de Modigliani, Cézanne, Van Gogh ou Degas, a ainsi été mise en valeur dans un dispositif scénographique plus lisible, pensé comme un écrin plutôt qu’un simple accrochage. Cette évolution s’inscrit dans une tendance plus large des musées de taille intermédiaire : affirmer une identité forte tout en renouvelant l’expérience du visiteur.

Une ouverture accrue aux réseaux scientifiques
Sous son impulsion, le musée a également renforcé ses collaborations avec des institutions de premier plan comme la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, l’Institut national d’histoire de l’art, le Musée Jenisch de Vevey ou encore le Musée des Beaux-Arts de Rouen. Ces partenariats ont contribué à ancrer Angladon dans des réseaux de recherche internationaux, tout en consolidant son positionnement scientifique. Parallèlement, un travail de fond a été mené sur la connaissance des collections et de l’histoire du lieu, dans une logique de valorisation patrimoniale et de rigueur académique.

Une trajectoire intellectuelle affirmée
Née en 1978, Lauren Laz incarne une génération d’historiens de l’art à la croisée de la recherche et de la médiation. Spécialiste de l’estampe et de l’École française, elle a enseigné à l’Université de Poitiers et à l’École du Louvre, tout en participant à des projets éditoriaux d’envergure, notamment autour des conférences de l’Académie royale de peinture. Commissaire de plus d’une vingtaine d’expositions, elle a construit un parcours centré sur les relations entre formes, idées et discours, une approche qui a irrigué l’ensemble de son travail à Avignon.  

Une transmission assumée
Au moment de quitter ses fonctions, Lauren Laz évoque une expérience « infiniment heureuse », marquée par la fidélité du public et l’engagement des équipes. Elle laisse derrière elle une structure consolidée, tant sur le plan scientifique qu’organisationnel. Son départ s’inscrit dans une dynamique ascendante : elle rejoint désormais les Beaux-arts de Paris en tant que directrice du département des Œuvres, une fonction stratégique au cœur de l’une des institutions artistiques les plus prestigieuses du pays.  

Un enjeu pour Avignon
Reste désormais à écrire la suite pour le musée Angladon. Dans une ville où la culture constitue un pilier économique et identitaire, la nomination de sa succession sera scrutée avec attention.
Mireille Hurlin


Le Musée Avignonnais Angladon perd sa directrice, Lauren Laz

À Avignon, le Musée Angladon – Collection Jacques Doucet aborde 2026 comme une année de transition : pas d’exposition estivale, mais une programmation ‘maison’ foisonnante et, surtout, l’ouverture d’un chantier stratégique. En toile de fond, une contrainte juridique héritée du legs des fondateurs et une équation financière jugée intenable à moyen terme. La Fondation Angladon-Dubrujeaud, reconnue d’utilité publique, va saisir le Tribunal judiciaire d’Avignon pour assouplir les charges successorales : pouvoir prêter des œuvres à l’étranger et, en dernier recours seulement, obtenir l’autorisation de céder une pièce majeure. 

Le musée fêtera ses 30 ans à l’automne 2026, trois décennies après son ouverture au public (15 novembre 1996).  Pour Lauren Laz, directrice du musée Angladon, l’anniversaire a valeur de signal : « 30 ans, c’est un peu l’heure du bilan », dit-elle, avant d’assumer l’idée d’une transition à construire plutôt que subie. Philippe Lechat, président de la Fondation depuis 2025, résume la philosophie de l’année : anticiper. « C’est un peu mon origine professionnelle : anticiper les problèmes avant qu’ils arrivent sur la table », confie-t-il, en justifiant la procédure à venir.

Le ‘nœud’ du testament : protéger la collection… sans l’enfermer
Le Musée Angladon est né d’un geste patrimonial très encadré : la collection et l’hôtel particulier des fondateurs, héritiers de Jacques Doucet, ont été pensés pour rester un ensemble cohérent, préservé et transmis. Mais ces garde-fous deviennent aujourd’hui des verrous. Philippe Lechat rappelle deux interdictions : « les œuvres ne devaient pas sortir de France » et « aucun bien légué ne devait être vendu ». D’où la demande, auprès du Tribunal judiciaire d’Avignon, de révision des charges : obtenir la possibilité de faire voyager des œuvres à l’international et, si nécessaire, de lever ponctuellement l’inaliénabilité. L’enjeu n’est pas seulement administratif : « prêter, c’est exister dans le calendrier des grandes expositions, dans les échanges scientifiques et dans la circulation des publics, » rappelle Lauren Laz.

Philippe Lechat, Lauren Laz et Nathalie Saint-Oyant Copyright MMH

2029, Doucet centenaire : le rendez-vous international à ne pas manquer
L’horizon fixé est limpide : 2029 marquera le centenaire de la mort de Jacques Doucet (1853-1929), couturier, collectionneur et mécène, figure majeure des scènes artistique et littéraire de la Belle Époque. Lauren Laz le dit sans détour : « en 2029, nous allons fêter le centenaire de la disparition de Jacques Doucet ». Et d’expliquer que des projets d’expositions à l’étranger se dessinent déjà ; pour y participer pleinement, il faut que certaines pièces d’Avignon puissent, demain, franchir les frontières. Dans la collection, le symbole est connu : Wagons de chemin de fer à Arles (1888) de Van Gogh, conservé au musée. 

Déficit structurel : la mécanique qui érode l’avenir
Le discours interne est prudent, mais l’alerte est claire : le modèle économique, fondé sur les revenus du patrimoine de la Fondation, ne suffit plus. Philippe Lechat évoque une réalité “structurelle”, soumise en plus aux aléas des marchés financiers : quand les rendements faiblissent, la marge se réduit, et la réserve s’use. Durant l’interview, un chiffre revient : un déficit annuel évoqué autour de 500 000€, quand les recettes se situeraient un peu en deçà de 300 000€. L’objectif affiché n’est pas de dramatiser, mais de se donner des options. «On demande l’autorisation. Ça ne veut pas dire qu’on utilise l’autorisation», insiste-t-il à propos d’une éventuelle vente, présentée comme une solution de sauvegarde, « en dernier recours ».

Une saison 2026 sans “blockbuster”, mais pleine d’expériences
Conséquence directe : pas d’exposition d’été ‘classique’ en 2026, afin de concentrer l’énergie de l’équipe sur la réécriture du projet muséal à l’horizon 2030. Pour autant, le musée refuse l’hibernation culturelle et mise sur des formats plus vifs, plus proches, plus sensoriels.

Wagons de chemin de fer à Arles de Vincent Van Gogh en 1888 Copyright MMH

Parmi les temps forts annoncés
Théâtre : une relecture contemporaine de La Mouette de Tchekhov, pensée comme une déambulation dans les espaces du musée. Printemps des poètes : lecture-rencontre autour d’un poème d’Aragon, Le médecin de Villeneuve. L’agenda ici.

Accrochages de saison : focus d’œuvres et contrepoints dans la maison-musée
Médiation : les “Jeudi Art”, ateliers adultes, stages et propositions jeune public, maintenus comme colonne vertébrale. Et surtout, une proposition rare dans une maison-musée : un parcours olfactif conçu avec la créatrice Nathalie Saint-Oyant. Lauren Laz en décrit l’ambition : « une manière… de sortir du cadre, et d’avoir une dimension sensorielle un peu nouvelle », avec des installations pensées salle par salle, ‘délicates’, pour éviter toute saturation. Le musée évoque aussi un travail en cours avec l’Osmothèque, conservatoire dédié à la mémoire des parfums et des odeurs. 

Partenariats : Orsay en ligne de mire, Avignon comme clé d’entrée
Autre axe : des synergies muséales, en particulier avec le Musée d’Orsay, ‘partenaire naturel’ au regard de la chronologie des collections. Lauren Laz mentionne des ‘hypothèses en construction’, avec l’idée de prêts de longue durée qui ‘muscleraient’ l’attractivité du parcours avignonnais. Mais le nerf de la guerre reste local. Dans l’interview, la directrice Lauren Laz résume la stratégie : plan 1, convaincre les collectivités de bâtir un soutien pérenne ; plan 2, se préparer au pire pour ne pas agir sous contrainte. « Le verrou, c’est un petit peu la Ville », glisse-t-elle, en espérant qu’un dialogue plus fécond s’ouvrira après les municipales.

Quand l’œuvre s’émancipe et sort de son cadre grâce à Nathalie Saint Oyant Copyright MMH

Un musée ‘réinventé’ plutôt qu’un musée ‘sauvé’
À l’échelle d’Avignon, l’Angladon tient une place singulière : une maison-musée, une collection resserrée mais prestigieuse avec de grands peintres comme Degas, Cézanne, Sisley, Picasso, Modigliani, Van Gogh… et plus de 4 000 œuvres d’art visuelles et objets, et la présence tutélaire de Jacques Doucet, dont l’héritage irrigue encore l’histoire de l’art. 2026 ne ressemble donc ni à une année blanche, ni à une simple parenthèse : c’est une année de travail, de test et de preuves, où l’institution cherche moins un miracle qu’une architecture durable. Comme le résume Lauren Laz, l’objectif est de « mettre sur la table toutes les opportunités possibles » pour construire, d’ici 2030, un musée capable de rayonner sans se renier.

Les infos pratiques
Musée Angladon – Collection jacques Doucet. Du mardi au samedi, de 13h00 à 18h. Dernière admission à 17h15. 5, rue du laboureur à Avignon 04 90 82 29 03. accueil@angladon.com
Mireille Hurlin

Alexandra Siffredi, médiatrice, Philippe Lechat, Nathalie Saint-Oyant et Lauren Laz Copyright MMH

Le Musée Avignonnais Angladon perd sa directrice, Lauren Laz

François Cance, ancien professionnel de la banque et de la finance est le président de l’association culturelle et de loisirs Artothèque à Cabrières d’Avignon. Depuis 25 ans, il organise des rencontres entre les artistes et les publics afin que l’art entre dans le quotidien de chacun et aussi « parce que c’est dans mon ADN et que très jeune, j’ai baigné dans les antiquités et donc l’art’ ».

«Dans le secteur bancaire, comme dans tout secteur, de fortes pressions s’exercent. Pour m’en extraire, et parce que je ne jouais pas au golf, je me baladais au gré des rues parisiennes bordées de galeries, repérant des œuvres. Evidemment celles-ci me donnaient envie d’entrer en relation avec les artistes, ce que j’ai fait pour mon propre plaisir en menant ma petite enquête, puis en poussant les portes des ateliers. C’est ainsi que j’ai rencontré le sculpteur Dominique Pollès qui, fait rarissime, fond lui-même ses œuvres. J’ai assisté à plusieurs fusions en bronze, c’était exceptionnel… Il y a 20 ans, j’ai organisé l’exposition de Pollès et Poliakoff au centre d’art Campredon dont la cour accueille une sculpture de Pollès à l’initiative du maire de l’époque, Xavier Battini. J’ai la chance d’être entouré d’amis qui ont du talent et qui souhaitent partager leur univers artistique autour de la peinture, de la sculpture et de la photographie. C’est ainsi qu’artistes, élus, chefs d’entreprise nous allons, ensemble, rencontrer de grands créateurs installés dans la région et organisons des expositions, souvent installées en plein air, dans de grandes propriétés ouvertes, pour l’occasion, au public.

Ainsi le grand photographe, Hans Silvester, a exposé ses ‘poules heureuses’ dans les jardins d’Edouard Loubet au domaine de Capelongue à Bonnieux puis ‘Et ta beauté me foudroie’, toujours de Hans, sur le thème des femmes Hamer d’Ethiopie à la mairie – visible jusqu’à la fin du mois d’octobre- Delphine Creps souhaitant apporter cette touche artistique dès son entrée à la mairie dont elle est devenue le 1er magistrat. J’aime organiser des pique-niques au cœur même des ateliers d’artistes, chacun apportant son panier, installant de fait, déjà cette convivialité qui nous rapproche. Je trouvais qu’il était important de découvrir l’artiste dans l’antre où il créé : son univers, la lumière de son atelier, ses outils. C’est chaleureux et moins sévère que les vernissages dans la mesure où la période que nous traversons avec la Covid-19, nous avions également du mal à les organiser. Il fallait trouver la possibilité de faire vernir 10 à 20 personnes dans un jardin ou un atelier et créer un événement à la fois festif et amical avec un artiste et un créateur.

Ce que je ferai en 2021 sera sans doute dans le même esprit. Quatre à cinq rencontres interviendront entre avril et septembre. Pourquoi ne pas concevoir une galerie numérique avec tout ce portefeuille d’artistes ? Non, car je pense et travaille comme un artisan. Il y a de très belles galeries qui se sont emparées de cette technologie. Je crois en la rencontre, en l’enveloppement d’une atmosphère.»


Le Musée Avignonnais Angladon perd sa directrice, Lauren Laz

Lauren Laz, directrice du Musée Angladon-Collection Jacques Doucet, détaille avec impatience la rentrée du bel hôtel particulier avec trois temps forts : la saison Degas, la participation aux Journées du patrimoine, la semaine italienne et le festival ‘C’est pas du luxe’. Elle  invite à retrouver, avant leur départ, ‘la Dame aux bijoux’ de Courbet et l’exposition ‘Choses’. 

«La pandémie du Coronovirus nous a tous bousculés et l’ensemble des événements annulés ont été reportés, relate Lauren Laz, directrice du Musée Angladon-Collection Jacques Doucet. Le prochain événement est la venue d’Anne Pingeot, la conservatrice honoraire du musée d’Orsay qui est une femme éblouissante, généreuse offrant une analyse fine du monde de l’art. Elle promet une rencontre extraordinaire autour d’une conférence spectacle le 17 septembre avec : ‘L’impossible interview de Degas’.

Pourquoi ?

Parce que Degas détestait la presse et les journalistes. Alors, Anne Pingeot s’est mise dans la peau d’une journaliste relevant dans les correspondances et les écrits de Degas, de ses éditeurs et amis artistes ses propos, reconstituant ainsi les réponses du grand peintre, graveur, sculpteur, photographe, naturaliste et impressionniste français (juillet 1834-septembre 1917). C’est enthousiasmant parce qu’Anne Pingeot connaît remarquablement la vie de l’artiste et l’incroyable histoire de la petite danseuse qui a marqué l’histoire de la sculpture. Il est également très surprenant que cette grande dame endosse la posture de comédienne pour interpréter l’histoire de l’art face à la posture habituelle de donner une conférence. Un rendez-vous, qui devait avoir lieu en mars dernier et qui avait détonné dans le paysage avignonnais car, à peine l’annonce faite de sa venue, toutes les places avaient été retenues dans l’après-midi même. Nous proposerons également une projection : ‘Degas à l’Opéra’, le 14 octobre, documentaire  réalisé par l’Avignonnaise Blandine Armand –qui sera présente lors de la projection- et Vincent Trisoli, travail issu d’une commande du Ministère de la Culture, du musée d’Orsay et de l’Opéra de Paris. A l’occasion de la Nuit des musées qui a d’habitude lieu en mai mais qui a été reportée le 14 novembre, nous proposons une performance de danse de la chorégraphe Balkis Moustashar avec ‘Les soli, attitudes habillées’  compagnie marseillaise conseillée par les Hivernales. Une danseuse va ainsi déambuler dans la collection, au gré de 6 scènes de danse.

Le lien entre la chorégraphe et le musée ?

L’intérêt de l’artiste pour le vêtement de la femme -puisqu’ici nous sommes chez les héritiers du couturier Jacques Doucet- et cette problématique : ‘Comment du vêtement de la femme irradient beauté, statut social, enfermement, libération… Le19 septembre, en association avec le festival ‘C’est pas du luxe’ porté par la fondation Abbé Pierre, nous proposons une visite contée suivie d’un atelier dédié aux acteurs du festival. Pour la semaine italienne nous entamerons une visite guidée des majoliques (faïence) et des arts de la table entre la Provence et l’Italie.» 

Musée Angladon-Collection Jacques Doucet, 5, rue Laboureur à Avignon 04 90 82 29 03. Angladon.com

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