18 mai 2026 |

Ecrit par le 18 mai 2026

Les Rencontres du Sud 2026 ont accueilli plus de 300 professionnels du cinéma

À l’occasion de la 14e édition du festival cinématographique Les Rencontres du Sud, le Vaucluse est devenu la capitale du 7e art du 10 au 20 mars. Cette nouvelle édition, qui s’est tenue dans les cinémas Capitole MyCinewest au Pontet, le Vox et Utopia à Avignon, et le Rivoli à Carpentras, a présenté 21 films en avant-première dont neuf en compétition.

Pour le plaisir

Pour le plaisir (sortie nationale le 6 mai 2026) est un film de Reem Kherici avec Alexandra Lamy, François Cluzet, Mitty Hazanavicius, François-Xavier Demaison, Delphine Baril, Camille Aumont Carnel.

La réalisatrice Reem Kherici (que l’on voit dans le film dans le rôle de la psy) était présente à Avignon le 17 mars pour présenter son long-métrage en avant première aux professionnels présents à la 14ème édition des Rencontres du Sud.  Une comédie dans laquelle Alexandra Lamy incarne Fanny, mariée depuis vingt ans à Tom (joué par François Cluzet). Fanny n’a jamais eu d’orgasme. Tom, ingénieur, décide alors de relever un défi audacieux : créer l’objet qui révolutionnera le plaisir féminin. Ensemble ils se lancent dans cette quête aussi déjantée qu’émouvante qui va transformer leur couple…

« Ce film est inspiré d’une histoire vrai mais de personnages de fiction. Quand on écrit un film on a une vision de sa mise en scène. Là j’ai été accompagnée d’une super scripte. Tous mes films sont une sorte de thérapie avec une résonance personnelle. La mémoire transgénérationnelle est réelle avec pour moi et mes sœurs une éducation en filles de bonne famille. Je traite là d’un sujet tabou mais nécessaire pour les femmes et les hommes. Dans le film Tom est attentif au plaisir de sa femme. L’orgasme est une coresponsabilité qui se prépare à deux. Il faut savoir dédramatiser les sujets profonds. Je ne suis pas une femme libérée mais une femme pudique. La parole se libère et au nom des femmes il était important de parler de notre plaisir. Je n’ai pas envie de mettre le public mal à l’aise. Ce n’est pas malaisant. Il suffit d’en parler avec humour, élégance et sous une forme éducative. Chaque individu à sa forme de pensée. Chaque femme dans le film a une sexualité différente », explique la réalisatrice qui conclut avec deux questions: pourquoi s’interdire le plaisir ? Pourquoi le juger ?

Reem Kherici. ©Jean-Dominique Réga

Derrière les Palmiers

Derrière les Palmiers est un film de Meryem Benm’Barek avec Sara Giraudeau, Driss Ramdi, Nadia Kounda, Carole Bouquet, Olivier Rabourdin, Soumay Akaaboune, Amine Ennaji, Ayoub Trombati, Raouya, Rachel O’Mear. La sortie nationale se fera le 1er avril 2026. 

Ce film a été primé le 19 mars 2026 dans le cadre de la 14e édition des Rencontres du Sud à Avignon. Il a reçu en présence de nombreux professionnels le prix des lycéens lors de la cérémonie des Victoires. 

À Tanger, Mehdi voit sa relation avec Selma bouleversée lorsqu’il rencontre Marie, une riche Française dont les parents ont acheté une luxueuse villa dans la kasbah. Attiré par sa vie mondaine, il délaisse Selma, feignant d’ignorer que ses choix le rattraperont 

« Ce film trouve sa source dans quelque chose de profondément intime : mes expériences amoureuses. J’ai pu être Selma, Mehdi et Marie. Mon vécu a façonné mon regard sur le monde et a donné naissance au récit que je voulais raconter. Mais ce film dépasse le seul plan personnel », révèle Meryem Benm’Barek. Il explore comment l’amour révèle les forces sociales, culturelles et historiques qui structurent nos vies. Mehdi a deux choix de vie qui s’offrent à lui. Et s’il court après une sorte de vie capitaliste qu’il ne peut pas réaliser du fait qu’il n’est pas socialement acceptable, il risque de tout perdre. Marie (Sara Giraudeau) doit le façonner pour qu’il soit acceptable aux yeux de ses parents. Elle a besoin que Mehdi soit plus qu’ouvrier de chantier pour être accepté par ses parents. Le désir de Marie révèle en réalité un mépris pour ce qu’il est réellement. Sans qu’elle en prenne conscience car elle-même subit une violence de ses parents, c’est une violence qu’elle fait sur lui. « Avec Selma, la situation est intense : il la désire et elle se refuse à lui. Elle tient à respecter les limites qu’elle s’est posées en tant que femme croyante, ce qui n’empêche pas le désir qu’elle éprouve pour lui. Marie elle s’ouvre et se donne à lui très vite, et son apparente liberté fascine Mehdi qui s’imagine qu’à ses côtés la vie sera plus facile », explique la réalisatrice. « Mais quand tout bascule Selma devient un autre personnage. Elle le traque et est capable de tout », conclut la réalisatrice de ce thriller sur le thème de l’amour.

Meryem Benm’Barek. ©Jean-Dominique Réga

L’Étrangère

L’Étrangère est un film de Gaya Jiji par Gaya Jiji et Sarah Angelini avec Zar Amir Ebrahimi, Alexis Manenti, Amr Waked, Megan Northam. Date de sortie le 17 juin 2026. Drame (1h41).

Selma fuit la Syrie en laissant derrière elle un fils de 6 ans et un mari disparu dans les geôles du régime. Arrivée à Bordeaux après un périple dangereux, elle enchaîne les heures de travail au noir, alors qu’un nouveau combat commence pour obtenir le droit d’asile et faire venir son fils Rami. Selma fait bientôt la connaissance d’un avocat, Jérôme. Leur histoire d’amour va tout remettre en question. 

C’est l’histoire lumineuse d’une femme qui reconstruit sa vie sur une terre étrangère, animée par un profond désir de guérison, de vivre et de redécouvrir l’intimité après le traumatisme de la guerre. Son parcours offre une perspective nouvelle incarnant la force et la résilience. Le personnage, interprété par Zar Amir Ebrahimi, rayonne d’espoir tout au long du film.

« Il y a une grande partie de moi dans ce film, notamment un nouveau pays qui peut changer votre destin », explique Gaya Jiji, réalisatrice syrienne née à Damas en 1979. Elle est invitée en 2014 au Festival de Cannes par la Fabrique des Cinémas du Monde. Elle séjourne alors en France grâce à l’obtention d’un visa artistique. Elle vient de passer deux ans en Syrie, au plus près de la guerre qui ravage son pays. « J’ai fait un travail de documentation sur le voyage que les syriens ont fait. Dans la procédure de Dublin, il y a de l’absurdité. Pourquoi doit-on rester dans le premier pays européen où le migrant arrive et laisse ses empreintes. Pourquoi rester dans un pays qui ne veut pas de vous ? »

Dans le film l’avocat (Alexis Manenti) se retrouve face à une tragédie et cela le bouleverse. Il décide de sortir de sa solitude en aidant cette femme. Mais au final chacun va aider l’autre à sortir de ce sentiment d’être étranger.

Gaya Jiji. ©Jean-Dominique Réga

C’est quoi l’amour ?

La comédie C’est quoi l’amour ? de Fabien Gorgeart avec Laure Calamy, Vincent Macaigne, Lyes Salem, Mélanie Thierry, avec la participation de Céleste Brunnquell, Saül Benchetrit, Grégoire Leprince-Ringuet, sort en salle le 6 mai 2026 (durée 1h46).

Marguerite (Laure Calamy) n’a aucune raison de refuser à Fred (Vincent Macaigne), son ex-mari, la demande en nullité de leur mariage à l’église. Elle est même heureuse d’apprendre que Fred projette de se remarier avec Chloé, sa nouvelle compagne. Pour démontrer aux autorités ecclésiastiques que leur union n’avait aucune raison d’être, les ex-époux s’embarquent dans une enquête sur leur propre passé… ce qui ne manque pas de faire resurgir des sentiments qu’ils croyaient éteints depuis longtemps…Mais ce qui devait être une simple formalité va s’avérer plus compliqué que prévu et va les mener jusqu’à Rome avec leurs enfants et leurs nouveaux conjoints. Un voyage haut en couleur pour tous les membres de cette famille recomposée, qui va les amener à répondre à la question : c’est quoi l’amour ?

Le réalisateur Fabien Gorgeart (qui est aussi metteur en scène au théâtre) et le comédien Lyes Salem étaient présents le 18 mars 2026 à Avignon dans le cadre de Rencontres du Sud. « Ce film vient terminer  une trilogie sur l’amour. J’avais envie de la clôturer sur une note plus légère. Ces comédiens m’inspirent beaucoup et cela m’a fait du bien d’aller vers la comédie », explique le réalisateur qui a fait un travail d’enquête sur la procédure en nullité du mariage qui est complexe et souvent méconnue pour annuler rétroactivement l’union sacrée. 

« Ce qui m’a séduit dans le scénario c’est que l’envie de l’ancien couple de se replonger dans un passé commun allait déborder sur leur présent », révèle le comédien Lyes Salem qui dans le film est celui qui a succédé à Fred dans le coeur de Marguerite.

Fabien Gorgeart et Lyes Salem. ©Jean-Dominique Réga

Juste une illusion

Neuvième long métrage du tandem Olivier Nakache, Eric Toledano, leur nouveau film Juste une illusion  est le portrait d’une famille de banlieue parisienne dans les années 80. Cette comédie flamboyante avec Louis Garrel, Camille Cottin, Pierre Lottin Simon Boublil, Alexis Rosenstiehl, Jeanne Lamartine, a été présentée par les deux réalisateurs le 18 mars 2026 en avant-première au Rencontres cinématographique du Sud. Un film de 1h54 dont la sortie nationale est prévue le 15 avril 2026.

Synopsis
Nous sommes en 1985, Vincent, bientôt 13 ans, vit en banlieue parisienne dans une famille de la classe moyenne, entre un grand frère distant et des parents en conflit permanent. Alors qu’il n’est déjà plus un enfant et qu’il n’est pas encore un adulte nous allons partager ses questions et ses doutes sur l’identité, l’amitié, la famille, la religion, le désir et les premiers élans amoureux.

Une comédie sur cette période de l’enfance où l’espoir de changer le monde n’était pas “Juste une illusion…”

Les deux réalisateurs ont décidé de tourner leur histoire en 1985. Le personnage principal est Vincent, un jeune garçon de 13 ans qui vit en banlieue parisienne. Ses parents sont en conflit permanent. Le film met en lumière les réflexions de Vincent interprété par le jeune acteur Simon Boublil. A treize ans plus un petit enfant mais rentrant dans l’adolescence il se questionne sur la vie, l’identité, la famille, la religion, l’amitié, le désir et l’amour. Vincent est dans ce moment charnière de la vie où l’on quitte l’enfance. Il aimerait bien avoir une chambre à lui, mais doit partager la chambre de son grand frère. Comme pour leurs longs-métrages précédents, les réalisateurs explorent les liens et les moments de vie que traverse une famille, à travers toutes les fragilités des personnages de l’enfance à l’âge adulte. 

« Nous avons eu envie de capturer le temps. Il y a une génération venue d’un autre continent qui s’en va, et avec elle tous le décorum qui part. Mais il n’y a pas de nostalgie» indique Eric Toledano.

« Nous prenons aussi du plaisir à écouter la musique de l’époque (1985, Imagination, Téléphone, etc). À 13 ans on est pas encore dans la désolation, ce qui n’est pas le cas quand on prend de l’âge. L’adolescence c’est la découverte. On commence à mentir à cet âge là. Le mensonge c’est le début de la manipulation. Mais plus on avance dans la vie, plus le monde semble insensé. Treize à quinze ans c’est des années qui marquent et qu’on a tous vécues », poursuit Olivier Nakache. « Nous avons voulu faire un film de sensations. Celles du premier baiser, le bruit des parents qui s’embrouillent, Drucker à la télévision le dimanche, la voix de Fabrice à RTL. L’adolescence est difficile pour les ados mais aussi pour les parents. C’est tout ça qu’on avait envie de raconter », ajoute encore les réalisateurs qui se remémorent la scène où Camille Cottin danse : « Elle a su capter un moment de vérité qui nous a bouleversés. Nous avons tous pris plaisir à rentrer dans ce monde. Le cinéma c’est une illusion, un tour de magie. Pour nous c’est la plus belle des illusions. »

Eric Toledano et Olivier Nakache. ©Jean-Dominique Réga

Pour le meilleur

Le 22 avril 2026 sortira en salle au niveau national la comédie dramatique Pour le meilleur qui s’inspire d’une partie de l’histoire extraordinaire de Philippe Croizon. Un film réalisé par Marie-Castille Mention-Schaar, co-scénariste avec Christian Sonderegger. Les acteurs de ce long métrage sont Pierre Rabine (dans le rôle de Philippe Croizon), Lilly-Fleur Pointeaux (Suzana), Sandrine Bonnaire (Rossy), Corinne Masiero (Valérie Martueux), Pierre Deladonchamps (le docteur), Lolita Chammah (Nicole), Zinedine Soualem (huissier) et Julien Le Berre.

Marie-Castille Mention-Schaar était présente à Avignon le 19 mars pour présenter son film en avant première aux professionnels des Rencontres du Sud. Elle était accompagné de la comédienne Lilly-Fleur Pointeaux, et de Philippe Croizon avec Suzana.

En 1994, Philippe Croizon voit son destin basculer. Alors qu’il démonte une antenne de télévision de sa maison, celle-ci touche un ligne à haute tension et il est électrocuté. Il a reçu trois décharges de 20 000 volts et est resté deux mois dans le coma à la suite de son accident. Lorsque deux mois après le choc il se réveille, il est amputé des quatre membres. Philippe Croizon décide de vivre et de se reconstruire avec une incroyable volonté. C’est ainsi qu’il a recommencé ce qu’il appelle sa « deuxième vie », qui lui a permis de surmonter son handicap et de rencontrer sa compagne Suzana Sabino. Aujourd’hui il est devenu un athlète aux incroyables exploits, aventurier, chroniqueur et conférencier. 

Le film d’après cette histoire vraie retrace l’incroyable histoire d’amour entre Philippe Croizon et Suzana, une femme qui va lui redonner l’énergie et la possibilité d’avoir encore des rêves, dont celui de traverser la Manche à la nage. Pour le meilleur est adapté de deux livres de l’athlète français Philippe Croizon, J’ai décidé de vivre (2011) et J’ai traversé la Manche à la nage (2012).

Le film a été tourné entre février et avril 2025 dans plusieurs villes de l’Ouest de la France parmi lesquelles Les Sables-d’Olonne, La Roche-sur-Yon, Luçon et Angoulins. Des scènes ont également été filmées dans le Var, à Toulon. 

Dans le rôle principal (Philippe Croizon) il s’agit de la première expérience au cinéma de l’athlète quadri-amputé Pierre Rabine. Depuis 2022, ce dernier pratique la natation handisport au sein du club de La Roche-sur-Yon. À son palmarès, il y a notamment la médaille d’argent au Championnat de France en 2022 en 50 mètres brasse.

Marie-Castille Mention-Schaar a eu l’idée d’un biopic sur Philippe Croizon après être tombée sur un reportage qui lui était consacré. Bouleversée par son parcours, la cinéaste était étonnée qu’aucun réalisateur ne se soit penché, jusqu’à présent, sur son parcours. La réalisatrice a donc pris contact avec lui et l’a rencontré. Philippe Croizon connaissait certains de ses films. 

« Suzana c’est l’angle de mon film. Son amour, son aide, cette force donné à Philippe c’est essentiel et très inspirant. Je suis très respectueuse des personnes desquelles je m’inspire. C’est en passant du temps avec eux que j’ai découvert la personnalité de Philippe. J’ai découvert aussi Pierre Rabine qui est très beau. Il m’a raconté son histoire et son amour de la nage. Il a été électrisé comme Philippe. Il fallait mettre en lumière ces personnes, cet amour, ce courage.» « Il y a 11 millions d’aidants en France et personne n’en parle. Merci d’en parler dans ce film », déclare Suzana Sabino.

Marie-Castille Mention-Schaar (à droite), Lilly-Fleur Pointeaux (à gauche), Suzana Sabino et Philippe Croizon. ©Jean-Dominique Réga

Trois adieux

Le 19 mars dans le cadre des 14èmes Rencontres du Sud, Isabel Coixet réalisatrice de Trois adieux (titre original : Tre Ciotole) a présenté son film au cinéma Le Vox à Avignon. Un drame avec Alba Rohrwacher, Elio Germano et Francesco Carril. Ce long-métrage de 2 heures sortira dans les salles en France le 2 septembre 2026. 

La réalisatrice et scénariste espagnole dont la carrière a pris un essor international en 2003 avec le drame intime Ma vie sans moi où une jeune mère choisit de ne pas dire à sa famille qu’elle souffre d’un cancer incurable, revient dans cette dernière création sur le thème de la maladie grave avec l’histoire d’une femme seule qui découvre qu’elle souffre d’un cancer.

Synopsis
Marta et Antonio se séparent. Marta réagit à la rupture en se repliant sur elle-même. Le seul symptôme qu’elle ne peut ignorer est son manque soudain d’appétit. Antonio, un chef cuisinier en pleine ascension, se plonge dans son travail. Mais bien que ce soit lui qui ait mis fin à sa relation avec Marta, il n’arrive pas à l’oublier. Bientôt Marta découvre que sa perte d’appétit est plus liée à sa santé qu’à la douleur de la séparation.

« J’avais fait Ma vie sans moi, adapté d’une nouvelle de Nancy Kincaid. Cette fois c’est l’histoire d’une femme seule, un peu asociale, renfermée sur elle-même. Après sa séparation avec un compagnon qui la laisse, puis la découverte de sa maladie, il y a un véritable changement en elle. Au début elle pense qu’elle va guérir mais après elle sait qu’elle n’y arrivera pas. La scène de l’enterrement du pigeon tué par des élèves, c’était l’occasion pour elle de dire ce qu’elle ne pourra pas dire à ses proches. La vie est faite d’adieux et là il y en a trois », explique Isabel Coixet qui a écrit le scénario en italien. Isabel alterne films et documentaires. « J’étais à Avignon il y a vingt-cinq ans avec Agnès Varda (qui est morte à 90 ans des suites d’un cancer). A Barcelone dans mon bureau j’ai un portrait d’Agnès et je parle beaucoup avec elle », conclut la réalisatrice dont le film Lovers avec Ben Kingsley et Pénélope Cruz a été produit à Hollywood, et le long-métrage Carte des sons de Tokyo a été sélectionné en compétition officielle en 2009 au festival de Cannes.

Isabel Coixet. ©Jean-Dominique Réga

De la Comédie-Française

Le 19 mars Martin Darondeau et Bertrand Usclat les deux réalisateurs de De la Comédie-Française ont présenté leur première réalisation dans le cadre de la 15ème édition des Rencontres du Sud. Déjà auréolés de quatre prix avec cette comédie au Festival de l’Alpe d’Huez 2026 ils ont reçu à Avignon une véritable ovation du public de professionnels. De bon augure pour ce film qui amène les spectateurs dans les coulisses de la Comédie-Française (souvent appelée Théâtre-Français ou simplement Le Français). Sortie nationale le 22 juillet 2026.

Le film avec Pauline Clément de la Comédie-Française, Laurent Stocker de la Comédie-Française, Julien Frison de la Comédie-Française, Marina Hands de la Comédie-Française, Adeline d’Hermy de la Comédie-Française, Danièle Lebrun de la Comédie-Française, Sefa Yeboah de la Comédie-Française, Christian Hecq de la Comédie-Française, Serge Bagdassarian de la Comédie-Française, Séphora Pondi de la Comédie-Française, Florence Viala de la Comédie-Française, Guillaume Gallienne de la Comédie-Française, Benjamin Lavernhe de la Comédie-Française, Françoise Gillard de la Comédie-Française, Nicolas Chupin de la Comédie-Française, Elissa Alloula de la Comédie-Française, Nicolas Lormeau de la Comédie-Française, Gilles David de la Comédie-Française, Suliane Brahim de la Comédie-Française.

Synopsis
Dans 3 heures, Nina dévoile sa première mise en scène à la Comédie-Française. Mais dans l’agitation des dernières répétitions, rien ne se passe comme prévu : retards, coups de stress, problèmes techniques et problèmes d’égo secouent la troupe. Pourtant, Nina n’a pas d’autre choix que d’aller jusqu’au bout car s’il y a bien une règle d’or à la Comédie Française, c’est qu’on n’annule pas. Commence alors une course contre la montre pour sauver la représentation.

« Nous savions que les sociétaires de la Comédie-Française étaient de grands comédiens délivrant de grands textes mais c’est des gens qui quand ils ne sont pas sur scène, hors le cadre de la rigidité de la Comédie-Française, sont comme tout le monde. C’est ce qu’on voulait raconter dans notre film », explique Martin Darondeau. « Cédric Klapisch raconte bien cela quand il parle des métiers », relève Bertrand Usclat. « Ce qu’on montre c’est trois heures avant la pièce qui va être jouée en présence de la ministre de la culture, ce qui rajoute pour la troupe une dose d’angoisse. Il suffit parfois d’une seule personne dans le public pour mettre la pression. C’est Françoise Gillard qui a le rôle de la ministre de la culture. »

« Nous avons écrit le film en deux mois. Ce n’était pas facile mais il a été tourné en trois semaines. Dans ce film il n’y que des comédiens de la Comédie-Française. Nous n’avons eu aucun refus sur le script. Danièle Lebrun 87 ans a accepté. Marina Hands a même annulé ses vacances pour le film. Aucun problème pour le casting. Les sociétaires de la Comédie-Française donnent leur vie pour cette troupe », concluent les réalisateurs de cette comédie qui a fait l’unanimité des professionnels. Un film familial aussi, promis à un bel avenir.

Martin Derondeau et Bertrand Usclat. ©Jean-Dominique Réga

La poupée

La poupée, film de Sophie Beaulieu avec Vincent Macaigne, Cécile de France, Zoé Marchal, Adèle Journeaux, Gilbert Melki, Marianne Basler, fera sa sortie nationale le 22 avril 2026. Durée 1h20.

Synopsis
Rémi (Vincent Macaigne) ne s’est jamais remis de sa dernière séparation. Depuis, il s’est mis en couple avec une poupée (Zoé Marchal), c’est plus simple. Elle s’appelle Audrey. Le jour où Patricia (Cécile de France), une nouvelle collègue, arrive dans l’entreprise de Rémi, Audrey va mystérieusement prendre vie.

Sophie Beaulieu scénariste et réalisatrice de cette comédie romantique était le 20 mars à Avignon pour rencontrer les professionnels du cinéma et leur présenter au cinéma Le Vox son premier long-métrage.

« Les poupées en général c’est dans les films d’horreur ce qui m’a tenté, mais la piste de la comédie romantique s’est finalement imposée. Il y a une forme de détresse chez Rémi qui ne s’est jamais remis de sa séparation. Je voulais prendre en compte ses émotions, notamment le fait qu’il était réellement amoureux de sa poupée. J’avais envie qu’on ait de l’empathie pour ce personnage. C’est assez intrigant que l’homme veuille posséder cet objet, mais ça existe. C’est un film humaniste, féministe. J’adore les hommes. Je mets toutefois en avant certains sentiments contradictoires. Tout cela en riant. Aujourd’hui il y a un retour au vivant Le film a été tourné dans le Jura. Je voulais des montagnes et des lacs. J’avais envie d’un paysage fort. » Concernant la poupée qui évoque un univers très sexué et glauque, Sophie Beaulieu reste assez pudique. « Je ne montre rien mais je dis les choses. De fait, je ne pouvais pas éluder la question du sexe en mettant en scène une poupée pour adulte. Ainsi, lorsque Rémi retrouve Audrey vivante, on la voit se mettre à quatre pattes et prononcer des phrases comme si elle sortait tout droit d’un film porno… On comprend très bien, alors, que leur relation ne consiste pas seulement à faire du parapente ensemble. Mais on le comprend implicitement, inutile d’appuyer davantage. L’idée, c’était de tourner en dérision la situation. On a mis la poupée à l’image de la comédienne (Zoé Marchal) dont le corps a été moulé pour que la poupée soit le plus possible à son effigie. »

Sophie Beaulieu. ©Jean-Dominique Réga

Un beau succès pour les Rencontres du Sud 2026

Cette 14e édition s’est déroulée avec succès du 10 au 20 mars dans les cinémas Capitole MyCinewest au Pontet, le Vox et Utopia Manutention à Avignon ainsi qu’au Rivoli à Carpentras. Plus de 300 professionnels ont pu découvrir de nouveaux films et ont échangé entre gens du métier. Ils se sont réunis dans la cité des papes faisant d’Avignon un carrefour du cinéma et une capitale du 7ème art. Cette manifestation cinématographique idéalement placée après le Festival de Berlin en février et avant le festival de Cannes en mai, a permis de découvrir 21 films en avant-première dont neuf en compétition. Dix équipes sont venues présenter leurs films. Par ailleurs la manifestation a été également ouverte au grand public.

Lors de la soirée des Victoires, un hommage a été rendu à François Aymé, exploitant à Pessac en Gironde et documentariste reconnu. Il a été président plusieurs années de l’association française des cinémas art et essai (AFCAE). 

François Aymé a été honoré. ©Guillaume Samama

Claude Damianthe, décédé en décembre 2025, a reçu l’hommage de la profession. Président d’honneur des Rencontres du Sud, il s’était occupé des Victoires du cinéma et a été un très grand distributeur de films, aux Artistes Associés, chez Parafrance, puis AAA (Acteurs et Auteurs Associés). « Un personnage d’exception », a rappelé René Kraus.

Au cours de cette soirée des Victoires deux films ont été primés parmi ceux qui étaient en compétition :
– Le prix du jury des montreurs d’image a été attribué No good men (non vu par la presse)
– Le prix des lycéens a été attribué à Derrière les palmiers, film de Meryem Benm’ Bareck

Jean-Dominique Réga


Les Rencontres du Sud 2026 ont accueilli plus de 300 professionnels du cinéma

Les Rencontres du Sud manifestation cinématographique créée en 2011 pour implanter dans le sud de la France un événement contribuant aux rencontres entre les différents professionnels du cinéma se déroulent cette année du mardi 10 au vendredi 20 mars dans les cinémas Capitole MyCinewest au Pontet, le Vox et Utopia à Avignon, et le Rivoli à Carpentras. Cette 14e édition (2020 et 2021 annulées en raison du covid) va permettre de découvrir 21 films en avant-première dont neuf en compétition. Dix équipes de films seront présentes. L’événement va rassembler les professionnels à Avignon du lundi 16 au vendredi 20 mars. Il sera par ailleurs ouvert au grand public, aux scolaires (le Petit Festival), les enfants dès le mardi 10 mars et le Ciné Pitchoun au Capitole le dimanche 15 mars.

Rencontre avec René Kraus président des Rencontres du Sud, de l’Union des Cinémas du Sud de la France, et directeur général du multiplex Capitole MyCinewest au Pontet.

Quel est le chemin parcouru aujourd’hui par les RdS ?
Au départ avec une petite équipe nous avions aussi pour objectif de redéployer le Capitole centre Avignon devenu aujourd’hui La Scala Provence. Au fil des années les Rencontres du Sud ont pris de l’ampleur et on peut dire aujourd’hui qu’elles sont les plus importantes rencontres cinématographiques de France. Il y a celles du Nord à Arras, celles de Bretagne, les Rencontres de Gérardmer dans les Vosges, celles du Sud Ouest mais les nôtres ont une telle ampleur que c’est un point d’orgue dans l’année pour les exploitants, les distributeurs, et certains producteurs.

C’est une belle évolution…
Nous sommes très fiers de cela. On dit souvent que pour qu’un évènement prenne une certaine ampleur, il faut plus dix ans. Nous avons passé ce cap depuis longtemps et je crois que les personnalités que nous recevons, et nous allons encore le confirmer cette année, montrent bien que ce cap est vraiment passé. Nous avons une ampleur non seulement régionale car nous sommes liés à notre région, mais aussi nationale avec des festivaliers qui viennent de toute la France pour notre manifestation cinématographique programmée juste avant le festival de Cannes. 

Quels étaient les objectifs à la création ?
Ces rencontres professionnelles n’existaient pas dans le Sud de la France. Il fallait les amener ici avec un programme capable de répondre au besoin d’informations des professionnels que nous sommes, mais aussi d’enchanter notre âme de spectateur. Dans le but de découvrir, promouvoir, accompagner les films qui sortiront bientôt sur le territoire national, et d’échanger avec des confrères de tous horizons. 

Cela a pris une nouvelle dimension ?
Elles ont évolué avec le prix des montreurs d’images délivré par un jury de professionnels, le prix du jury lycéen Philippe de Girard à Avignon, l’hommage à un exploitant emblématique sachant qu’on ne récompense que rarement les exploitants dans notre métier, et évidemment une ouverture sur le grand public. Nous avons créé la journée cinéma collèges et lycées scolaires, proposé des films d’animation et le ciné pitchoun pour les petits. 

Quelle est la place du grand public ? 
Nous faisons entre 6000 à 7000 spectateurs. L’essentiel des entrées se fait au Vox et au Capitole MyCinewest à la fois sur les scolaires et les films grand public. Il y a aussi un nouveau concept, un film surprise. Le public doit venir dans une salle sans savoir quel film sera projeté. Personne ne sait quelle équipe de film sera présente. Et cette année nous avons associé Le Rivoli à Carpentras où il y aura aussi une programmation spécifique dans le cadre de Rencontres du Sud. 

Combien de professionnels seront présents à Avignon ?
Trois cents et onze équipes de films. Le point d’orgue c’est la présence pour Juste une illusion de Éric Toledano et Olivier Nakache avec Camille Cottin qui a été récemment la présidente des César. Ils viennent présenter au Vox le film pour les professionnels, et au Capitole MyCinewest le 18 mars pour le grand public. Éric et Olivier étaient en avril 2009 au Capitole Studios au Pontet pour l’ouverture et l’inauguration du cinéma avec Tellement proche, leur 2e film avec Omar Sy et François-Xavier Demaison. 

Juste une illusion est dans la compétition ?
Non mais le duo Toledo Nakache est très emblématique pour le Capitole MyCinewest, pour notre public et les exploitants. Le film devait sortir le 15 octobre et en fait ils l’ont ramenés au 15 avril 2026. C’est pour cela que nous l’avons eu. Justement Gaumont y croit énormément et veut faire participer les exploitants. Il y a d’autre part La corde au cou, un film très fort de Gus Van Sant qui est dans la compétition. Cela me paraît être un temps fort. 

Autre grand moment, les Victoires ? 
En fait cette cérémonie a été créée par Claude Damianthe et Frédéric Perrin. François Aymé sera le président du jury formé de professionnels : Laura Roupioz directrice du cinéma Les Toiles du Lac à Aix-les-Bains, Priscilla Schneider directrice du cinéma Quai des Lumières à Frontignan, Philippe Wernert directeur du complexe loisirs Megarex à Haguenau, et Nicolas Charret, directeur des ventes chez UGC Distribution.  Le prix des montreurs d’images sera dévoilé ainsi que le prix des lycéens de Philippe de Girard. Un hommage sera rendu à François Aymé et à Claude Damianthe.

Des figures majeures ?
François Aymé est un très bon exploitant à Pessac en Gironde et un documentariste reconnu. Il a été président plusieurs années de l’association française des cinémas art et essai (AFCAE). Il a soutenu tout ce mouvement pendant les années difficiles du covid. C’est une personne importante dans le métier. Il est aussi un réalisateur reconnu de documentaires. Il avait fait un documentaire sur Chaplin qui avait été présenté aux Oscars. C’est passé il n’y a pas longtemps sur Arte. On a vu une émission sur France 3 sur sa famille où il y avait cinq frères dont son père qui ont tous fait la guerre d’Algérie.

Et Claude Damianthe ?
Il est décédé en décembre 2025. Un personnage d’exception qui a été président d’honneur des Rencontres du Sud. Il s’est occupé des Victoires du cinéma et a été un très grand distributeur de films, aux Artistes Associés, chez Parafrance, puis AAA (Acteurs et Auteurs Associés). Il a distribué Trois hommes et un couffin, d’autres films qui ont marqué leur époque et le prodigieux La porte du paradis de Michael Cimino qui n’avait pas fait un grand résultat mais que maintenant on considère comme un des plus grands films des 40 dernières années. On a toujours dit que Claude allait nous manquer.

Avez-vous amené des nouveautés cette année ?
Nous avons associé Le Rivoli à Carpentras où il y aura aussi une programmation spécifique dans le cadre des RdS. On veut rejaillir sur l’ensemble du département. Nous avions déjà fait des avant-premières de films dans le cadre des Rencontres au Rivoli et à la Cigale à Cavaillon, mais cette année Florence et Alice Passlacqua sont totalement intégrées et il y aura plusieurs avant-premières avec le label ‘Rencontres du Sud’. On étend notre développement. L’an prochain cela sera peut-être aussi à Cavaillon.

Cavaillon où un cinéma a fermé…
Cavaillon avait trois cinémas, le Fémina, la Cigale, le Paradiso, tous gérés par Éric Tellenne. Il a dû fermer le Fémina qui comprenait trois salles. Une concurrence s’est faite suite à l’ouverture en 2024 d’un cinéma à l’Isle-sur-la-Sorgue les deux villes n’étant distantes que de dix km. Quand il y a un cinéma qui ouvre à côté forcément il prend des parts de marché. Il faut faire attention quand on développe des cinémas dans des zones où d’autres salles sont assez proches. De plus les chiffres ont été mauvais l’an passé au niveau national. On est tombé en 2025 à 157 millions d’entrées alors qu’on faisait 181 millions en 2024 et 205 millions d’entrées en 2019.

Êtes-vous soutenus pour cette manifestation culturelle ?
Les institutions nous ont soutenus dès le départ, et à fortiori maintenant que notre manifestation culturelle a pris une belle ampleur. Les institutions sont là pour nous aider, notamment la Région, le Département, le Grand Avignon, la mairie d’Avignon mais aussi celle du Pontet. Nous sommes appréciés et soutenus par tous les institutionnels. Nous avions aussi encore l’an passé l’aide de la CCI de Vaucluse.

C’est votre dernière présidence ?
Oui. Je pense que c’est nécessaire de transmettre. Cela fait plus de 15 ans que je m’occupe des Rencontres du Sud avec une équipe extraordinaire : Laurence Lega, notre directrice générale, Jimi Andreani, Jean-Paul Enna, Fanny Dulau, Emmanuel Luc, Christian Dupré qui s’occupe maintenant du Capitole,Laurent Demangeon, et Marie-Pierre Ebert. J’ai vécu de belles choses avec cet évènement que j’ai vu monter en pression, avec des années plus difficiles et des moments emblématiques pour tous les exploitants. Mais il faut savoir transmettre.

Qui va vous succéder ?
Cela devrait être Frédéric Perrin, actuel vice-président et exploitant au Prado à Marseille. Il a l’intelligence, l’aisance, la culture pour faire perdurer cet évènement et le faire évoluer. Mais il faut attendre le vote du conseil d’administration. Souvent on croit qu’on est là ad vitam æternam. Il faut relancer pour que des personnes qui ont une autre vision aillent plus loin et amener d’autres choses.

Si vous deviez retenir un moment qui vous a marqué ? 
Pour ma part j’ai vécu à travers ces Rencontres pas mal de moments extraordinaires. Je retiens ce moment unique quand Viggo Mortensen est venu présenter son film. Il est allé à la Mirande, au Vox, à la CCI. C’est un monsieur qui a une dimension internationale et qui a marqué l’histoire du cinéma mondial. Cette rencontre exceptionnelle nous a donné une aura. Je pense que j’ai fait un travail suffisant avec des points d’ancrage exceptionnels pour cet évènement et pour les exploitants.

Avez-vous une anecdote ?
J’avais dit à Cécile Helle, maire d’Avignon qui nous a beaucoup aidés pour les Rencontres, que si elle arrêtait la mairie, j’arrêtais de présider les Rencontres du Sud. Pour le coup je tiens une sorte de promesse qui est sympathique. Mais aussi je veux m’impliquer d’une manière plus importante au sein de la Fédération Nationale des Cinémas Français (FNCF). Je suis président du syndicat régional du Cinéma Français. J’aimerais avoir des responsabilités plus importantes au sein de la Fédération Nationale.

Restez-vous optimiste pour le cinéma en France en 2026 ? 
Après une année 2025 en berne (159 millions d’entrées en France contre 180 millions en 2024 et 205 millions en 2019) nous avons eu beaucoup d’inquiétude. Mais là depuis novembre-décembre 2025 avec des blockbuster comme Avatar ou La femme de ménage et des films français de qualité comme L’affaire Bojarsky, Le mage du Kremlin ou Le Marsupilami, on sent vraiment qu’il y a une reprise. Des films porteurs qui amènent plus de public en salle. Le problème vient de l’offre. Quand les films sont là, le public vient.

Les plateformes font mal ?
On oppose toujours les plateformes et le cinéma. Ces dernières travaillent essentiellement sur des séries. Quelquefois elles font des films de qualité comme le Frankenstein de Guillermo del Toro sur Netflix, et là elles nous prennent des entrées c’est une évidence. Mais d’un autre côté leurs cibles c’est vraiment les séries. Notre début d’année est très bon, et avec les perspectives et les projections du Centre National du Cinéma, on espère remonter avec un deuxième semestre très fort à plus 185 millions d’entrées.

Et votre souhait de création de studios de cinéma à Avignon ?
C’est un sujet très fort mais il faudrait que le politique soit d’accord pour développer ce projet là. On peut le faire mais il faut des hectares de terrain et des accords peut-être dans le cadre de plan 2030 du CNC. Le projet est toujours dans l’esprit de nos responsables. J’espère qu’il reviendra sur la table après les élections. En attendant il y des studios à Martigues et à Montpellier. L’avantage à Avignon c’est qu’on est à 2h40 de Paris, qu’il y a beaucoup de tournages dans la région et que les terrains sont là. Cela serait aussi en total complémentarité avec le théâtre. Les décors de théâtre et de cinéma pourraient être stockés dans les différents studios. 

Vous investissez-vous encore dans la production ?
Je devais. J’étais sur la reprise de 20% des films du Kiosque mais pour le moment on est un peu à l’arrêt. Je regrette. Je sais que dans le département nous avons accueilli le film d’Agnès Jaoui, L’objet du délit. Il y a d’autres films en perspective, notamment celui de Vincent Perez qui pourrait m’intéresser. Un film qui pourrait être tourné dans la Cour d’Honneur du palais des papes en septembre prochain…

Quel genre ?
Il y aurait une thématique entre la réalité théâtrale et la réalité tout court. Tout n’est pas encore en place.  Il reprendrait à l’époque où Patrice Chéreau tournait dans le Cour d’Honneur en même temps que son père est en train de mourir. Vincent Perez sera présent aux Rencontres du Sud. C’est un projet qui est vraiment très fort, qui pourrait être complémentaire d’autres sites dans la région.

Propos recueillis par Jean-Dominique Réga


Les Rencontres du Sud 2026 ont accueilli plus de 300 professionnels du cinéma

À l’occasion de la 13e édition du festival cinématographique Les Rencontres du Sud, Avignon est devenue la capitale du 7e art du 12 au 21 mars. Le public a pu découvrir une dizaine de films en avant-première dans les cinémas du centre-ville le Vox et Utopia, ainsi qu’au Capitole MyCinewest au Pontet, les plus petits ont pu voir six films qui leur était réservé avec le ciné-pitchoun le 16 mars, et les professionnels du cinéma ont pu assister à des projections, des débats, et des moments de convivialité du 17 au 21 mars.

Les Musiciens

Le 19 mars le réalisateur Grégory Magne était présent aux Rencontres du Sud à Avignon pour présenter en avant-première aux professionnels son film Les Musiciens. Il était accompagné du comédien Frédéric Pierrot (qui joue le personnage de Charlie, le compositeur). 

Le film, dont la sortie nationale est prévue le 7 mai 2025, raconte l’histoire d’Astrid Thompson. Pour réaliser enfin le rêve de son père décédé avant d’avoir pu l’accomplir, elle réunit quatre Stradivarius pour un concert unique attendu par les mélomanes du monde entier. Mais elle se rend compte que les quatre virtuoses recrutés pour l’occasion, deux femmes et deux hommes, sont incapables de jouer ensemble. Les crises d’égo et les incidents se succèdent au rythme des répétitions. Sans solution, Astrid se résout à aller chercher le seul qui peut-être pourra sauver l’événement : Charlie Beaumont, le compositeur de la partition…

« C’est un film sur les musiciens et l’harmonie, explique Grégory Magne. Il va falloir le regarder avec les oreilles. Pour moi la musique n’a pas besoin de mots. » Le réalisateur s’est imprégné de ce milieu spécifique du classique et de celui des instruments anciens. « J’ai rencontré des dizaines de virtuoses et quantité de luthiers. J’ai découvert des gens totalement habités, obsessionnels.  Dans ce milieu, chacun a souvent une idée très arrêtée sur la manière dont il convient de jouer ceci ou cela. Ce qui est propice à faire jaillir du conflit. L’un des défis était de rendre compréhensible et explicite que de tels musiciens puissent ne pas forcément jouer parfaitement lorsqu’il s’agit de jouer ensemble. Chacun a sa certitude. Je ne suis pas musicien, j’ai même un complexe par rapport à la musique classique, mais pour sentir l’harmonie il n’y a pas besoin d’être musicien. » Frédéric Pierrot poursuit : « Il est intéressant de confronter des musiciens avec toute leur rigueur à d’autres musiciens classiques qui ne sont pas passés par le conservatoire mais qui ont acquis une légitimité. »

Ce film a reçu le prix des lycéens du Campus d’Avignon lors de la cérémonie des Victoires des Rencontres du Sud 2025.

Grégory Magne et Frédéric Pierrot. ©Jean-Dominique Réga

Des jours meilleurs

Des jours meilleurs, film d’Elsa Bennett et Hippolyte Dard avec Valérie Bonneton, Michèle Laroque, Sabrina Ouazani et Clovis Cornillac, a été présenté en avant-première aux Rencontres du Sud à Avignon, rendez-vous incontournable des professionnels du cinéma dans le Sud de la France. La réalisatrice Elsa Bennett est venue présenter cette comédie dont la sortie nationale est programmée pour le 23 avril 2025.

C’est l’histoire de trois femmes qui se battent contre leur dépendance à l’alcool. À la suite d’un accident de voiture, Suzanne (Valérie Bonneton) perd la garde de ses trois enfants. Elle n’a plus le choix et doit se soigner dans un centre pour alcooliques. À peine arrivée, elle y rencontre Alice (Sabrina Ouazani) et Diane (Michèle Laroque), deux femmes au caractère bien trempé. Denis (Clovis Cornillac), éducateur sportif, va tenter de les réunir autour du même objectif : participer au rallye des Dunes dans le désert marocain… 

« C’est un sujet sur les femmes pratiquement jamais abordé au cinéma. Un film militant. Après ‘Me Too’, il y a une certaine nécessité. L’alcoolisme touche aussi les femmes. Il y a eu une augmentation de la consommation chez ces dernières. Et cela touche divers milieux. L’alcoolisme est une maladie. Ces femmes sont en souffrance. Il faut leur tendre la main. Les écouter et les aider », indique Elsa Bennett. « Encore trop de femmes ne parviennent pas à se faire aider car la pression sociale, professionnelle et familiale est trop forte. Ainsi, le sujet reste très sensible, en particulier pour les mères de famille », poursuit la réalisatrice qui a recueilli de nombreux témoignages et a consulté avec Hippolyte Dard, Laurence Cottet ancienne alcoolique qui donne aujourd’hui des conférences sur la manière dont elle s’en est sortie. « Elle nous a permis d’accéder aux centres d’addictologie, de voir des médecins. Nous avons rencontré plein de femmes qui ont perdu la garde de leurs enfants. C’est un film qui s’adresse aussi à l’entourage. »

Une comédie dramatique et sociale bourrée d’humanité, de tendresse et d’émotion.

Elsa Bennett. ©Jean-Dominique Réga

Le Mélange des genres

Le Mélange des genres de Michel Leclerc avec un beau casting regroupant Léa Drucker, Benjamin Lavernhe (de la Comédie Française), Judith Chemla, Julia Piaton, Vincent Elbaz, Melha Bedia, a été présenté en avant première aux 13e Rencontres du Sud à Avignon. La date de sortie nationale de cette comédie dramatique sur un sujet brûlant (le mouvement #MeToo) sujet de société qui concerne les femmes comme les hommes, est fixée au 16 avril 2025. 

Une policière aux idées conservatrices est infiltrée dans un collectif féministe. Elle enquête sur les militantes qu’elle soupçonne de complicité dans le meurtre d’un mari violent. A leur contact, Simone s’ouvre progressivement aux idées féministes. Sa couverture est mince et les « Hardies » devinant qu’il y a une taupe parmi elles, se mettent à la soupçonner. Pour se sortir de ce mauvais pas la policière ne trouve rien de mieux que d’accuser au hasard un homme de l’avoir agressée sexuellement. L’accusation devient publique et l’homme est la cible du collectif.

« Le mouvement #MeToo concerne tout le monde et chacun est légitime pour en parler. Mes films racontent les gens qui se mélangent », lance Michel Leclerc qui était à Avignon pour l’avant première en compagnie de la comédienne Julia Piaton. « Je n’ai pas fait un film qui délivre un message, mais un ressenti. J’ai essayé d’être dans les nuances. A travers la fiction on peut exprimer des avis différents. Après c’est aux spectateurs de ressentir ce dont ils sont le plus proche. Les masculinistes ne sont pas épargnés et mon film amène plus de questions que de réponses », poursuit le réalisateur qui questionne : Que va être la réaction des hommes et des femmes après le mouvement #MeToo ?

Julia Piaton joue le rôle de la femme de l’homme accusé de viol (Benjamin Lavernhe). « C’est un couple moderne ce qui se répand de plus en plus. La personne que je joue est très humaine. Il y a une lueur de doute mais elle l’aime et décide de le croire…  J’ai eu beaucoup de plaisir avec ces acteurs. Michel plus Benjamin c’est un collectif de rire. »

Ce film a valu à Benjamin Lavernhe le prix d’interprétation masculine dans le festival international de comédie de l’Alpe d’Huez 2025. 

Michel Leclerc et Julia Piaton. ©Jean-Dominique Réga

Différente

Différente, comédie romantique de Lola Doillon avec Jehnny Beth et Thibaud Evrard, sortira le 11 juin 2025. C’est une magnifique histoire d’amour qui questionne aussi sur la différence et l’autisme.

Écrit par Lola Doillon, le scénario est centré sur Katia une brillante documentaliste de 35 ans qui fait preuve de singularité dans sa manière de vivre ses relations, toutes plus ou moins chaotiques. Sa participation à un nouveau reportage l’amène enfin à mettre un mot sur sa différence. Cette révélation va chambouler une vie déjà bien compliquée…

La réalisatrice est venue présenter son quatrième long métrage aux professionnels des Rencontres du Sud : « Ce qui m’importait dans ma démarche, c’est la justesse. Je ne suis pas spécialiste de l’autisme, c’est un sujet qui est venu à moi. J’ai pris conscience que je n’y connaissais pas grand-chose, donc je me suis lancée dans de longues recherches. J’ai ainsi découvert les spécificités de certaines femmes autistes sans déficience intellectuelle ce qui est le cas de Katia. Jehnny la comédienne a également rencontré beaucoup de femmes autistes et s’est accrochée à ça pour le rôle. Elle m’a bluffée. Ce qui m’a troublée dans mes recherches c’est que beaucoup de ces femmes ont été diagnostiquées tardivement, ce qui questionne. Comment peut-on passer à côté de son autisme ou de celui de ses proches ? Mais chacun peut se sentir pas totalement normé sans penser à l’autisme » ,explique la réalisatrice qui analyse le déni de la mère de Katia quand cette dernière lui apprend qu’elle a été diagnostiquée autiste. « Quand on ne connaît pas on a des préjugés. C’est une personne qui n’a pas les codes et qui ne veut pas que sa fille soit différente. Elle ne veut pas passer pour une mauvaise mère. Il pourrait y avoir une hérédité. L’acceptation de soit va aussi avec l’acceptation des autres. »

Lola Doillon. ©Jean-Dominique Réga

L’amour c’est surcoté

L’amour c’est surcoté, film de Mourad Winter qui fait suite à son roman du même nom paru aux éditions Robert Laffon, est une comédie romantique qui sortira au cinéma le 23 avril 2025.

Diagnostiqué “nul avec les meufs” depuis son plus jeune âge  Anis mène une existence charnelle inexistante. Trois ans jour pour jour après la perte d’Isma, son meilleur ami, il se décide enfin à sortir faire de nouvelles rencontres. Alors qu’il n’a jamais pu se relever du drame qu’il a vécu, son histoire avec la jeune femme va tout changer pour lui dans sa tête et son cœur et il se libère. Avec Madeleine, Anis ignore que débute une grande aventure qui s’appelle “l’amour”. 

Après avoir été auteur pour le cinéma, le stand-up et la télévision, Mourad Winter  a sorti son premier roman en 2021. « L’écriture a été le fil conducteur de ma vie et le cinéma est arrivé un peu par hasard. À la sortie de mon premier roman, on m’a proposé de réaliser l’adaptation et je me suis dit pourquoi pas ? J’ai toujours travaillé dans le stand up. J’aime bien mélanger les genres, bosser avec des potes et raconter des histoires du quotidien. Akim Jemili (Anis) et Laura Felpin (Madeleine) sont bien rentrés dans les personnages. Là l’histoire d’amour est centrale Anis se recroqueville derrière l’humour pour ne pas assumer ses blessures. Débuter avec la mort de son ami d’enfance permet aussi d’accepter plus facilement l’humour incisif qui anime le film. Ce début change tout. On a de l’empathie pour lui », explique le jeune réalisateur dont le film a reçu le mention spéciale du jury au festival du film de comédie de l’Alpe d’Huez 2025.

Mourad Winter. ©Jean-Dominique Réga

Le Répondeur

Le répondeur, film de Fabienne Godet avec Denis Podalydès (de la Comédie Française), Salif Cissé, Aure Atika, Clara Bretheau, dont la sortie nationale est fixée au 4 juin 2025 est une comédie très originale et à l’écriture ciselée qui a reçu le prix du public au festival international de l’Alpe d’Huez avant d’être présentée en avant première aux professionnels des Rencontres du Sud majoritairement séduits par l’originalité de l’intrigue et la qualité de jeu des interprètes.

Baptiste (Salif Cissé) imitateur de talent, ne parvient pas à vivre de son art. Un jour, il est approché par Pierre Chozène (Denis Podalydès) romancier célèbre constamment dérangé par les appels téléphoniques incessants… Ce dernier qui a besoin de calme pour écrire une nouvelle oeuvre, propose alors à Baptiste de devenir son ‘répondeur’ en se faisant passer pour lui au téléphone… Peu à peu, celui-ci ne se contente pas d’imiter l’écrivain : il rentre dans la vie de Pierre et développe son personnage.

« Ce film questionne notre dépendance au téléphone portable. Nous sommes toujours connectés au monde sauf à nous-mêmes… », lance la réalisatrice Fabienne Godet qui a lu le livre Le Répondeur de l’écrivain Luc Blanvillain qu’elle a trouvé génial. Ce qui l’a intéressé d’abord c’est l’argument du romancier. « Invraisemblable mais jouissif, cela donne lieu à des quiproquos et rebondissements multiples. L’objectif de Chozène est d’écrire un livre sur son père. Pour cela il a besoin de calme et de solitude. Mais s’il choisit de se mettre à l’écart d’une vie sociale en confiant son portable, c’est aussi parce que ce qu’il vit lui pèse. D’obligations en compromis, sa vie s’est sclérosée, sa liberté s’est restreinte. Jusqu’à ce qu’il en prenne conscience et ait le courage de dire non. Mais il ne se doute pas des conséquences que cela va avoir. »

Salif Cissé présent avec Fabienne Godet à l’avant première à Avignon, a montré dans son premier grand rôle au cinéma tout son talent. Baptiste qu’il incarne ne va pas se contenter de répondre, il va prendre des initiatives et quelques libertés au point d’inventer et de réorienter complètement la vie de l’écrivain faisant bouger des lignes sans le vouloir…  « J’ai pris conscience que j’avais une responsabilité artistique. Savoir mon texte, bien jouer n’allait pas suffire. Il fallait que je propose un apport personnel important. Baptiste est un imitateur original, il fallait que je le serve dans ce sens. Il a une forme de légèreté et d’intégrité mais aussi une capacité à s’intégrer dans n’importe quel milieu. J’ai aussi cette capacité donc je me sens cousin de Baptiste », conclut l’artiste qui a mis beaucoup de lui, travaillant la voix et le corps sans effacer sa propre nature. 

Fabienne Godet et Salif Cissé. ©Jean-Dominique Réga

Oxana

Oxana de Charlène Favier sortira dans les salles le 16 avril 2025. Pour les professionnels des Rencontres du Sud, la réalisatrice et Diane Brasseur, co-scénariste sont venues présenter leur film à Avignon. Un long métrage (1h43) avec notamment Albina Korzh, Maryna Koshkina, Lada Korovai, sur la naissance du mouvement féministe des Femen en Ukraine et son développement à l’international notamment en France. 

Oksana Chatchko fonde le mouvement Femen en 2008, en Ukraine, avec Anna Hutsol et Aleksandra Shevchenko. Dès leurs débuts, le mouvement se revendique féministe, politique et artistique. Leurs premières actions dénoncent la corruption qui règne dans le pays ainsi que le harcèlement et les inégalités dans les universités. En 2009 apparaît pour la première fois le geste qui deviendra l’identité du mouvement agissant contre un gouvernement arbitraire et corrompu. Lors d’une manifestation à Kiev, Oksana Chatchko n’hésite pas à montrer sa poitrine. C’est à elle qu’on doit l’esthétique de chaque action, le symbole des seins nus, les couronnes de fleurs dans les cheveux et les dessins sur le corps. Oksana Chatchko née en1987 en Ukraine s’est suicidée le 23 juillet 2018 à Montrouge en France. 

« La personnalité d’Oxana qui était aussi une artiste dont les œuvres se sont perdues, m’a interpellée. J’ai fait des recherches et découvert sa vie et les traumatismes qu’elle a subis. Elle était visionnaire, artistiquement mais aussi politiquement. Faire ce film, c’était aussi une manière pour moi de lui rendre hommage et justice. C’était important de montrer Oxana, Anna et Sacha tenir tête à Poutine et Loukachenko qui sont toujours en place aujourd’hui. En militant contre eux, elles voulaient dénoncer les régimes autoritaires, la collusion entre l’État et l’Église, les fraudes aux élections… », explique Charlène Favier.  « Nous avons la chance de vivre en France et de faire notre métier. Si on arrive à faire comprendre ce qu’est ce mouvement et que l’histoire devient accessible à tout le monde cela sera une satisfaction », conclut Diane Brasseur.

Diane Brasseur et Charlène Favier. ©Jean-Dominique Réga

Marco, l’énigme d’une vie

Marco, l’énigme d’une vie, de Aitor Arregi et Jon Garaño, sortira dans les salles en France le 7 mai 2025. Ce long métrage de 1h41 avec Eduard Fernández, Nathalie Poza, Chani Martin est inspiré de faits réels.

Enric Marco est le fondateur et le président de l’association des victimes espagnoles de l’Holocauste. À l’approche d’une commémoration, un historien conteste son passé d’ancien déporté. Marco se bat alors pour maintenir sa version alors que les preuves contre lui s’accumulent…

Jon Garaño co-réalisateur était à Avignon pour présenter le film aux professionnels à l’occasion des Rencontres du Sud 2025 : « La majorité des Espagnols qui se sont retrouvés dans les camps de concentration nazis venaient de France où ils se sont exilés après avoir perdu la guerre civile en 1939. Ils étaient les vaincus, ceux qui ont dû fuir le régime de Franco. Plus de 9 000 Espagnols sont passés par les camps et les deux tiers n’ont pas survécu. Les autres n’ont pas pu rentrer en Espagne car le régime franquiste les considérait comme des ennemis. Pendant des décennies ils ont été ignorés. Longtemps la mémoire des déportés espagnols a été reléguée dans l’ignorance générale. En 2010 nous avons invité Enric Marco à San Sébastien en Espagne. Il avait 90 ans. Nous l’avons interrogé pendant trois jours. De cet entretien nous avons tiré 15 heures de tournage pour en nourrir l’acteur. La première chose qui nous a fasciné chez Enric Marco, c’est sa personnalité. Lorsque le scandale de son mensonge a éclaté et qu’il est devenu un ennemi public, au lieu de se cacher, il s’est montré dans tous les médias pour justifier son histoire et raconter ce qu’il appelle « sa vérité ». Il ne s’est jamais excusé de s’être approprié les récits des déportés, et il a défendu que d’une certaine manière son mensonge avait été utile, tant pour la société que pour les déportés eux-mêmes ». Finalement, nous avons décidé de transformer l’histoire en film de fiction pour réfléchir sur la vérité et ses limites. La vie d’Enric Marco est devenue le véhicule idéal pour illustrer la manière dont les récits façonnent notre perception », a expliqué Jon Garaño pour qui Eduard est un acteur intuitif doté de nombreuses compétences.

Jon Garaño. ©Jean-Dominique Réga

Les Victoires

Jeudi 20 mars au cinéma Le Vox à Avignon la cérémonie des Victoires a fait salle comble de professionnels venus de toute la France. Le jury des « Montreurs d’Images » présidé par Marie-Christine Désandré, exploitante dirigeante des cinémas Loft de Châtellerault et Amboise, et présidente du groupement Cinéo et de la commission écologie de la Fédération Nationale des Cinémas Français (FNCF) a décerné le prix à Familiar touch, un film dramatique américain de 2024 écrit, réalisé et produit par Sarah Friedland dans son premier long métrage. Un drame poignant sur la maladie d’Alzheimer et la perte progressive de contact avec la réalité.

Le film Familiar touch, vainqueur du prix des « Montreurs d’Images. » ©Guillaume Samama

Le prix des lycéens du Campus d’Avignon décerné par un jury d’élèves du lycée polyvalent Philippe de Girard à Avignon a été attribué au film Les Musiciens

Le film Les Musiciens a remporté le prix des lycéens du Campus d’Avignon. ©Guillaume Samama

Dix  films étaient en compétition : 

  • La chambre de Mariana
  • Familiar touch
  • Marco l’énigme d’une vie
  • Loveable
  • Sukkwan Island
  • Différente
  • Les Musiciens
  • Familia
  • Oxana
  • Small things like these

Jean-Dominique Réga


Les Rencontres du Sud 2026 ont accueilli plus de 300 professionnels du cinéma

À l’occasion du festival cinématographique Les Rencontres du Sud, la ville d’Avignon s’est transformée en carrefour du cinéma et capitale du 7ᵉ art du lundi 18 au samedi 23 mars. Réservé aux professionnels, cet événement s’est ouvert ensuite aux étudiants s’orientant vers les métiers du cinéma, puis partiellement au public, notamment avec le ciné pitchoun pour les enfants.

Jusqu’au bout du monde

Viggo Mortensen, artiste à la renommée internationale avec des rôles marquants, était de passage à Avignon à l’occasion des Rencontres du Sud pour présenter et faire la promotion de son film Jusqu’au bout du monde, un western qui sort dans les salles le 1ᵉʳ mai 2024. Acteur à la filmographie impressionnante, réalisateur, scénariste, producteur, musicien, photographe, peintre et poète, l’américano-danois de 65 ans né à New York s’est notamment révélé au monde entier dans le rôle de d’Aragom dans Le Seigneur des Anneaux, la trilogie de Peter Jackson.

C’est la première fois qu’il venait à Avignon, mais était déjà allé à Lourmarin dans le Vaucluse sur les pas d’Albert Camus. L’homme aux multiples récompenses a été nominé plusieurs fois aux Oscars en tant qu’acteur. Dans ce long métrage de 2h09 qu’il a écrit et dont il a créé la musique, il est à la fois réalisateur et acteur principal aux côtés de Vicky Krieps dans le rôle de Vivienne Le Coudy. Son premier film derrière la caméra Falling l’a encouragé à renouveler l’expérience.  

À la question de savoir si le personnage de Holger Olsen qu’il incarne est à son image, il sourit. « Je ne sais pas. Je mets mon corps, ma voix, mes sentiments, mais l’idée au départ ce n’était pas de jouer le rôle. Je voulais vraiment avoir Vicky Krieps, et avec elle un autre acteur. Cela a traîné cinq mois, mais ce dernier a décidé de faire autre chose. J’en ai contacté deux autres, mais impossible, ils n’étaient pas disponibles ou il fallait que j’attende. J’ai décidé de jouer le rôle moi-même. Avec un personnage plus vieux que celui que j’avais écrit, ce qui nous a amenés à changer certaines choses. Vicky est formidable dans ce rôle de femme forte au centre de l’histoire. Son jeu est toujours vrai, communique même dans le silence. Elle a une chose qu’on ne peut pas expliquer. Je n’aurais pas imaginé une autre actrice. »

S’il se lance dans un western, c’est qu’il a toujours aimé les westerns classiques même s’il avoue que certains ne sont pas toujours en lien avec l’époque. « Pour moi, c’est important de s’approcher de la réalité historique aussi bien avec les vêtements, les objets, la manière d’être, le vocabulaire, les paysages. J’ai grandi avec les chevaux, c’est un avantage. C’est étrange quand on voit qu’un acteur ne monte pas bien. Mais voir comment un acteur s’approche du cheval, c’est plus important que le galop. La façon d’être avec le cheval est primordiale. Il faut que cela soit simple, naturel, efficace. »

Là, l’action se passe aux États-Unis entre les années 1861 et 1865. Le tournage s’est effectué au Mexique et au Canada. Dans son film, le réalisateur fractionne et explore le temps, utilise des flashbacks comme c’est fréquent dans la littérature.

« Quand j’ai commencé à écrire, la première image qui m’est venue, c’est une petite fille qui jouait et qui rêvait dans une forêt d’érables. Et je me suis demandé ce que cet enfant allait devenir. C’est inspiré par ce que je sais de l’enfance de ma mère et les paysages où elle a grandi. J’ai pensé que cela pourrait être intéressant d’essayer de commencer avec les faits avant de montrer les causes. On débute avec Vivienne adulte à la fin de sa vie et ensuite, on montre comment elle est arrivée là », analyse l’artiste qui a dédié le film à sa mère.

Ce qui intéresse Viggo Mortensen dans la réalisation, c’est un travail collectif pour faire du cinéma. Les bons films sont toujours le résultat d’un travail d’équipe. Pour lui, c’est important de rester ouvert aux idées, aux suggestions des équipes techniques, des comédiens. C’est, dit-il, ce qu’il a appris des bons réalisateurs.

Dans son film, il met en lumière une femme indépendante, libre, courageuse dans une époque et dans un endroit où la frontière était ouverte physiquement et dans une société hors la loi avec des hommes qui dominent les autres. Cette femme va rencontrer un homme de la même trempe, progressiste et ouvert. « Chacun va apprendre de l’autre et ce qui est important savoir pardonner.

Les êtres humains sont capables de faire beaucoup de mal. Il faut éduquer chaque génération et c’est ce que ce père va faire avec ce petit garçon. On vit dans l’espoir », conclut l’humaniste et citoyen du monde qui parle français. Un western aux sensations fortes et un drame romantique.

Viggo Mortensen. ©Jean-Dominique Réga

Frères

Lundi 18 mars, le réalisateur Olivier Casas a présenté en avant-première Frères, film avec Mathieu Kassovitz et Yvan Attal qui sortira dans les salles le 24 avril 2024. Il était accompagné de Michel de Robert qui a vécu cette histoire qu’il a très longtemps tenue secrète sans même la révéler à ses proches.

Le film raconte l’histoire vraie de deux frères de 5 ans et 7 ans. Abandonnés par leur mère en 1948, ils se sont réfugiés dans la forêt où ils ont vécu seuls pendant sept années. Une aventure qui les unira pour toujours dans un lien indéfectible. Des décennies plus tard, alors que chacun a fait sa vie, les deux frères quittent tout pour se rejoindre dans une forêt au fin fond du Canada…

« J’ai été frappé par ce lien, cet amour infini entre deux frères. Personne ne les cherchait. Leur survie n’a tenu que par cette symbiose. Malgré tout, dans cette forêt, ils ont vécu un certain niveau de bonheur », explique le réalisateur Olivier Casas.

« Olivier me l’a extirpé de ma mémoire, bout par bout. À l’époque, il y avait des enfants dans les rues à Paris et dans les campagnes qui allaient de village en village, et personne ne leur demandait rien. Nous mangions ce que nous trouvions dans la nature ou ce qui nous chapardions. Ce n’est pas la faim qui a été le plus dur, même si plus tard des carences ont été constatées dues à la malnutrition. La plus grosse difficulté, c’était le froid et la pluie. Je me suis complètement revu dans ce film », conclut Michel de Robert.

Olivier Casas et Michel de Robert. ©Jean-Dominique Réga

Pendant ce temps-là sur terre

Pendant ce temps-là sur terre, film de Jérémy Clapin, genre drame, fantastique. Sortie le 3 juillet 2024.

Elsa, 23 ans, a toujours été très proche de son frère aîné Franck, spationaute disparu mystérieusement trois ans plus tôt au cours d’une mission spatiale. Un jour, elle est contactée depuis l’espace par une forme de vie inconnue qui prétend pouvoir ramener son frère sur terre…

« Tout est parti de ma fascination pour l’espace, pour ce territoire que la plupart d’entre nous ne visiterons jamais. Ce territoire infini que nous observons depuis la Terre autant qu’il nous observe. Je mets des choses personnelles dans mes films. L’imaginaire est influencé par la réalité. Je n’ai pas représenté les extra-terrestres, on ne les voit pas. Là, on va à l’intérieur du personnage principal, Elsa, et à travers elle le spectateur suit un dialogue entre deux univers différents. C’est un film de prise d’otage. Elsa est une femme coincée entre deux mondes, entre espoir et résignation, entre Terre et espace », explique le réalisateur. La fin est coincée entre deux réalités, mais reste ouverte.

Le film a principalement été tourné dans le Puy-de-Dôme.

Jérémy Clapin. ©Jean-Dominique Réga

Les trois fantastiques

Les trois fantastiques de Michaël Dichter avec Raphaël Quenard, Emmanuelle Bercot, Diégo Murgia. Sortie le 15 mai 2024

Max, Vivian et Tom ont 13 ans et sont inséparables depuis toujours. Ce début d’été est plein de bouleversements : la dernière usine de leur petite ville des Ardennes va fermer, Vivian va déménager, et Seb, le grand frère de Max, sort de prison. Il va entraîner peu à peu Max dans ses combines, et toutes ces épreuves vont mettre à mal le lien qui les unit.

Michaël Dichter est un jeune réalisateur qui a réalisé trois courts-métrages et joué dans deux longs-métrages. Il s’inspire dans les trois fantastiques de son propre vécu. « À l’époque, nous étions les cinq copains de 13-14 ans, inséparables et il nous est arrivé une histoire où on retrouve la famille, l’amitié, la loyauté, la trahison. Là, je me sens un peu des trois mais pas un en particulier. Tom est un enfant. Vivian qui a parfois le rôle d’ange-gardien envers ses amis se prend pour un adulte. Max est comme un adulte qui se prend pour un enfant. Il cherche l’amour de sa mère et de son frère. C’est le personnage qui vit le plus de conflits. Mais parfois, on arrive de façon mauvaise à faire le bien… », analyse le réalisateur d’une œuvre avec de la tension dramaturgique et du suspense, qui sort le lendemain de l’ouverture du Festival de Cannes.

Michaël Dichter. ©Jean-Dominique Réga

Une affaire de principe

Une affaire de principe est une adaptation cinématographique du livre paru en 2015 Hold-up à Bruxelles, les lobbies au cœur de l’Europe, écrit par José Bové avec Gilles Luneau. Ce film de 1h30 dont la sortie est prévue le 1er mai 2024 est un thriller dramatique dont l’action se déroule à Bruxelles en 2012.

L’histoire débute avec le limogeage soudain du commissaire à la santé, un événement qui suscite des questions. Le député européen José Bové accompagné de ses assistants parlementaires, se lance alors dans une enquête pour élucider cette affaire.

Antoine Raimbault le réalisateur était présent à Avignon avec son assistant réalisateur et José Bové pour faire la promotion du film qui explore les dynamiques du pouvoir et les influences cachées de certains lobbies comme celui du tabac.

« Le Parlement européen a laissé rentrer le cinéma dans l’institution. Ils se sont laissés pénétrer par la fiction. Les gens ont une méconnaissance complète de ce qui s’y passe C’est un film qui montre les dysfonctionnements des institutions et le travail des parlementaires. L’incarnation du contre-pouvoir c’est ce qui me plaît dans la figure de Bové », explique le réalisateur. 

« Les faits rapportés sont rigoureusement exacts. Le cadre est important et ça renforce la crédibilité. Il y a plein de choses dans lesquelles je me retrouve. Ma rencontre avec Bouli Lanners (l’acteur qui l’incarne) a été sympathique. On s’est bien entendu », renchérit José Bové. 

«Comme on le voit dans le film, ma jeune stagiaire veut la justice. Le droit ce n’est pas la justice… Là l’enjeu c’était que le président de la Commission Européenne respecte le droit », conclut le syndicaliste et homme politique qui fume toujours la pipe.

Antoine Raimbault, José Bové et l’assistant réalisateur. ©Jean-Dominique Réga

N’avoue jamais

La nouvelle comédie d’Ivan Calbérac avec André Dussollier, Sabine Azéma, Thierry Lhermitte, sort dans les salles de cinéma le 24 avril 2024.

Après 50 ans de mariage, François général à la retraite est encore fou amoureux d’Annie, sa femme. Lorsqu’il découvre qu’elle l’a trompé 40 ans plus tôt, son sang ne fait qu’un tour. Afin de laver son honneur, une seule solution : la quitter et partir manu militari retrouver Boris, l’ancien amant, pour lui casser la figure. Mais à son âge, l’affaire n’est pas si simple… 

« Ce fait divers en Italie m’a bien fait rire, et m’a donné l’idée de faire un film léger dans une époque un peu anxiogène où on pourra oublier tous nos problèmes. L’histoire montre qu’à n’importe quel âge on peut être amoureux, blessé, jaloux. Les enfants aussi sont touchés. Cela montre que même vieux on peut évoluer », explique le réalisateur heureux de revenir à Avignon à l’occasion des Rencontres du Sud.

Il se marre : « D’habitude c’est les maris qui trompent leur conjointe. Là c’est les femmes ».

Chaque personnage a un secret. « Il y a des gens qui gardent chez eux des choses qui peuvent être compromettantes. Quand on a aimé, c’est difficile de jeter des lettres d’amour », lâche Yvan Calbérac, qui a écrit le scénario et a réuni des acteurs qui étaient heureux de se retrouver. 

Un film ludique, divertissant, et un véritable parcours initiatique.

Yvan Calbérac. ©Jean-Dominique Réga

Le tableau volé

Pascal Bonitzer, 78 ans, critique de cinéma, écrivain, scénariste, réalisateur, était présent aux Rencontres du Sud à Avignon pour présenter son dernier film Le tableau volé. Un long-métrage de 1h31 qui sort le 1er mai 2024, avec pour interprètes Alex Lutz, Léa Drucker, Nora Hamzawi, Alain Chamfort, Louise Chevillotte. 

L’histoire d’un chef-d’œuvre d’Egon Schiele disparu depuis 1939, spolié par les nazis, qui réapparaît des décennies plus tard à Mulhouse, découverte chez un jeune ouvrier par un spécialiste d’art moderne d’une grande maison d’art internationale. Une histoire qui va confronter des personnages issus de milieux socialement différents et amener le spectateur dans le monde des commissaires-priseurs et des salles des ventes.

Pascal Bonitzer a cherché à montrer non pas l’univers d’un peintre mais celui de ceux qui en tirent profit, à savoir le monde marchand. « Le monde de l’art est vraiment fascinant, mais pas celui du profit et de l’argent. Mensonge, bluff, trahison, quand il est question de fric tout est possible. Je me suis inspiré d’une histoire vraie de 2006. J’ai rencontré des commissaires-priseurs dont la personne qui a trouvé le tableau. Quand on fait la découverte d’un tel chef d’oeuvre on est un peu Indiana Jones… J’ai imaginé le personnage de la stagiaire qui est une personne de pure fantaisie. C’est une femme qui est un peu dans ce monde des commissaires-priseurs et maîtres du marché de l’art, et en même temps en dehors comme pour donner accès au public à un univers un peu secret.  Dans le coup, je mets des fausses pistes », explique le réalisateur.

« Les gens qui croient que leur destin va basculer parce qu’ils touchent beaucoup d’argent, cela risque de se retourner contre eux », conclut-il.

Pascal Bonitzer. ©Jean-Dominique Réga

Amal, un esprit libre

Amal, un esprit libre de Jawad Rhalib. Drame, 1h51 avec notamment Lubna Azabal, Fabrizio Rongione, Catherine Salée. Sortie le 17 avril 2024.

L’histoire d’une enseignante enthousiaste d’un lycée de Bruxelles, qui avec son amour du métier et ses méthodes pédagogiques audacieuses, encourage ses élèves à cultiver leur goût de la lecture et la liberté d’expression, même lorsque cela peut s’avérer dangereux. Peu à peu la menace va se préciser…

«Je refuse de n’être qu’un spectateur du monde. Je préfère prendre un part active. Cela fait des années que je fais des films sensibles. J’ai parlé des saisonniers exploités en Espagne, des petits pêcheurs marocains à l’arrêt pendant que les gros chalutiers étrangers équipés de sonars raflaient les poissons, des paysans boliviens victimes des mafias et des politiques. Là je fais un film à l’image de ce que je vois. Les gens qui ont peur subissent la censure des islamistes qui distillent la peur et la haine. Pour moi les écoles doivent rester des sanctuaires. La minorité qui menace, les prêcheurs qui peuvent dire n’importe quoi, ne doivent pas avoir gain de cause. Après les drames survenus, il y a une urgence », explique le réalisateur musulman qui défend l’islam. «Je respecte la foi et la croyance des gens, et je fais partie de ceux qui défendent le vrai islam », conclut Jawad Rhalib. 

Un film engagé, courageux qui aborde de façon frontale les difficultés du monde scolaire face à l’extrémisme. Après les assassinats de Samuel Paty et de Dominique Bernard et la pression des islamistes radicaux sur les établissements scolaires, il résonne fortement. Lubna Azabal y est magistrale. 

Jawad Rhalib. ©Jean-Dominique Réga

La cérémonie des Victoires du cinéma

Jeudi 21 mars au cinéma le Vox à Avignon devant une salle remplie de professionnels venus de toute la France, le prix du jury des Montreurs d’images a été décerné au film Un amor d’Isabel Coixet. Le jury des lycéens a récompensé le film Notre Monde de Luàna Bajrami. La cérémonie des Victoires a mis à l’honneur François Thiriot qui a reçu l’hommage de ses pairs.

François Thiriot. ©Jean-Dominique Réga

Dossier élaboré par Jean-Dominique Réga


Les Rencontres du Sud 2026 ont accueilli plus de 300 professionnels du cinéma

Cet homme-là a bien plus d’une corde à son art, jugez plutôt : comédien, réalisateur, scénariste, producteur, musicien, poète, peintre, photographe. Viggo Mortensen est né en octobre 1958 à New-York, d’un père danois et d’une mère américaine. Ballotté après le divorce de ses parents entre USA, Vénézuéla et Danemark, il fait  une apparition dans « Witness » de l’australien Peter Weir en 1985, ses débuts sur les planches en 1992. Puis Joue dans « La rose pourpre du Caire » mais Woody Allen coupera la scène au montage.

Il enchaîne avec « Massacre à la tronçonneuse 3 » , est choisi par Sean Penn pour incarner un homme violent, hanté par la guerre du Vietnam dans « The Indian Runner » en 1991. Suivront des films avec les plus grands réalisateurs, Brian de Palma pour « L’impasse » en 93, Jane Campion pour « Portrait de femme » en 96, Ridley Scott et « A armes égales » en 97 avec Demie Moore.

Mais c’st la fameuse trilogie du « Seigneur des Anneaux » qui le révèle au monde entier grâce à Peter Jackson à partir de 2001 dans le rôle d’Aragorn. Il est cité au « Screen Actors Guild Awards » en 2002 et reçoit 11 oscars en 2004 pour « Le retour du roi ». Ses 4 collaborations ave  David Cronenberg (Les promesses de l’ombre, Les crimes du futur, La route) lui vaudront également une large reconnaissance du public.

Derrière la caméra, Viggo Mortensen réalisera son 1er film « Falling » en 2020. Mais il ne se limite pas au 7ème art, il expose aussi, à Los Angeles, à Cuba, et en Nouvelle-Zélande ses peintures et ses photos. Passionné de foot américain et de hockey sur glace, il aime porter les maillots de ses équipes favorites. Il est aussi musicien et affectionne le jazz alternatif.

Ce touche à tout de talent est de passage à Avignon, comme un certain QuentinTarrentino à l’époque, en 2012, encore inconnu lors du Festival du Film Indépendant « Le Workshop » de Jerry Rudes. Il avait alors 19 ans avant de filer vers le Festival de Cannes et de connâitre la gloire. Viggo, Mortensen, lui fait le chemin inverse : il est déjà tout auréolé d’étoiles, d’oscars  et grands prix, et il a choisi en toute discrétion les « Rencontres du Sud » pour venir face à ceux qu’il enchante depuis plus de 30 ans.


Les Rencontres du Sud 2026 ont accueilli plus de 300 professionnels du cinéma

Le festival cinématographique Les Rencontres du Sud, qui a lieu du lundi 18 au samedi 23 mars à Avignon, rend hommage à Disney qui a fêté ses 100 ans en 2023, en lui dédiant une matinée ‘Ciné Pitchoun’ ce samedi 23 mars au cinéma Capitole MyCinewest au Pontet.

Les enfants pourront choisir leur séance de cinéma parmi huit films cultes proposés. La Reine des neiges, Winnie l’Ourson, Ratatouille, Cars, ou encore La Petite Sirène, il y en aura pour tous les goûts. Les enfants sont invités à venir déguisés en leur personnage Disney préféré. Des animations seront organisées et de nombreux cadeaux seront à gagner.

Pour l’occasion, la place sont au prix de 6€. Pour réserver, cliquez ici.

Samedi 23 mars. 9h30. 161 Avenue de Saint-Tronquet. Le Pontet.


Les Rencontres du Sud 2026 ont accueilli plus de 300 professionnels du cinéma

Les Rencontres du Sud 2024 investissent Avignon du 18 au 23 mars. Cette manifestation cinématographique, créée en 2011 pour implanter dans le Sud de la France un évènement capable de contribuer aux rencontres et aux échanges entre les différents professionnels, est devenue un évènement qui prend de l’ampleur. Cette 12ᵉ édition (2020 et 2021 ayant été annulées en raison de la crise sanitaire) va permettre de découvrir 17 films en avant-première dont neuf en compétition. Dix équipes de films seront présentes. Un événement partiellement ouvert au grand public. Rencontre avec René Kraus président des Rencontres du Sud et directeur général du multiplex Capitole MyCinewest au Pontet.

Quelle est la place aujourd’hui de cette manifestation dans le milieu du cinéma ?

D’une idée de départ qui était de relancer le Capitole centre Avignon, c’est devenu rapidement des rencontres professionnelles importantes. Un passage incontournable en début d’année. Il y a trois manifestations cinématographiques importantes de ce type, les Rencontres de Bretagne, celles de Gérardmer dans les Vosges et les Rencontres du Sud à Avignon. Ce qui montre la bonne forme de cet évènement, c’est qu’il y a de plus en plus d’exploitants, de films, et un jury de haute qualité. 

Le jury va attribuer le prix des « Montreurs d’images » …

L’an passé, le prix a récompensé Chien de la casse qui a eu cette année deux Césars, un pour Raphaël Quenard et un pour le réalisateur Jean-Baptiste Durand. On a un peu prophétisé ce qui arrivait grâce à notre jury présidé par Raphaël Maestro et nos programmateurs qui avaient fait déjà une très belle sélection. Cette année, nous passons à un niveau supérieur. Il y aura les réalisateurs Bruno Podalydès, Pascal Bonitzer, un film américain majeur Laroy qui a eu trois prix à Cannes, et le film Jusqu’au bout du monde de Viggo Mortensen.

Quel est le but de cette compétition ?

À Cannes, Thierry Frémaux choisit dans son jury des réalisateurs, acteurs, musiciens de cinéma, des critiques, mais jamais d’exploitants. On voit toujours le côté très glamour, mais il y a aussi les exploitants et les distributeurs qui sont essentiels et méritent d’être mis à l’honneur. Notre commission de professionnels est donc composée d’exploitants qu’Agnès Varda appelait montreurs d’images, et de distributeurs comme cette année Isabelle Laherrere de Metropolitan. Indépendamment, nous avons un jury de lycéens qui délivre son propre prix. 

Comment s’est faite la programmation ?

Nous avons deux programmateurs : Jimmy Andréani et Jean-Paul Enard. La programmation s’organise à ce moment-là de l’année avec les films qui vont sortir. Il y a toujours cette difficulté par rapport au Festival de Cannes. Si un film est sélectionné pour Cannes, il ne peut être montré que là-bas, pas dans un autre festival. Notre sélection s’effectue selon des critères qualitatifs. Nous choisissons des films qui sont dignes du Festival international de Cannes. 

Ces rencontres, c’est pour les professionnels du Sud ?

C’est plus pour eux, mais on a des exploitants qui viennent de Bretagne, de Paris et d’ailleurs parce qu’ils apprécient Avignon, la douceur de vivre du Sud, l’organisation de la manifestation qui se passe pour eux entièrement dans l’intra-muros au Vox, à Utopia, avec aussi un passage à la CCI de Vaucluse et à la mairie d’Avignon. Hôtels, restaurants tout est central, ça leur plaît. Pour le grand public, les cinémas Capitole MyCinewest au Pontet, Utopia, et le Vox présenteront des films à 5,50€.

Le jeune public est à la fête aussi ?

Samedi 23 mars est organisé au Capitole My Cinewest au Pontet le Ciné Pitchoun. Une matinée spécial Disney avec huit films au choix au tarif unique de 6€. Avec des animations, des cadeaux à gagner. Trois programmes sont proposés au public scolaire des maternelles et écoles élémentaires de la petite section au CM2. Les films sont proposés en matinée à Utopia et au Capitole au Pontet. Il y a également au Pontet le 19 mars la Journée des collèges et lycées. 

Et les Victoires du cinéma cette année ? 

Nous mettons en avant un exploitant emblématique comme nous avons pu le faire pour la famille Bizot à Avignon ou l’an dernier Jocelyn Jouissy l’ancien directeur général de CGR. Cette année, cela sera François Thirriot dont la famille a eu un premier cinéma dans les années 1915-1920 à Paris. Une passion familiale qui s’est poursuivie. François a été reconduit pour la 4ᵉ fois à la tête du plus grand syndicat de cinémas français : le syndicat français des théâtres cinématographiques (SFTC). Nous allons l’honorer comme il se doit. Le président de la Fédération Richard Patry sera là. C’est amplement mérité pour tout son travail. 

Quelle est la place du cinéma en France actuellement ? 

L’an passé, nous avons fait 180 millions d’entrées, ce qui est une bonne année, mais je me souviens qu’avant 2019 on disait qu’on faisait une mauvaise année avec 190 millions d’entrées. Les prix ont augmenté, d’autres types de salles ont émergé comme l’Imax, la 4dx, ou des salles plus technologiques, mais on peut considérer que l’ensemble du parc français avec plus de 6000 salles est calibré pour faire 200 millions d’entrées. Quand on est en dessous, il y a des difficultés, selon les exploitations. 

Les conséquences de la crise sanitaire ?

Le covid nous a totalement esquintés. Des habitudes ont été prises par rapport au streaming, notamment Netflix et d’autres plateformes. Mais la production américaine, notamment les majors se rendent compte que ce n’est pas là où ils gagnent plus d’argent, mais lorsqu’ils sortent des films importants dans les salles du monde entier. Le reste est toujours en devenir. Le modèle Netflix leur est propre, les plateformes Disney, Paramount, Werner, luttent toujours un peu. 

Il reste un cap à passer ?

Exactement. En ce début d’année jusqu’à fin août, à mon avis, on ne fera pas des entrées exceptionnelles, l’offre américaine étant beaucoup moins importante. Il y a eu la grève des auteurs, des artistes, des scénaristes américains pendant plus de huit mois et cela se reporte maintenant. Après la grève, il faut reprendre les tournages et il y a un décalage. Il y a moins de films commerciaux américains, plus de films d’auteurs évidemment européens ou américains comme LaRoy. 

L’offre française est là ?

Oui, mais les comédies françaises fonctionnent moins bien. Il faut compter sur plus de films d’un certain niveau comme Anatomie d’une chute, Palme d’or à Cannes qui a triomphé avec six Césars et au niveau international avec l’Oscar du meilleur scénario original. C’est un très grand film. Il peut faire 1 500 000 à 1 800 000 entrées, ce qui est déjà énorme pour ce type de film. Nous n’avons pas pour le moment un film français qui serait à 4 ou 5 millions d’entrées. 

Vous restez optimiste ?

Ce premier semestre est difficile, mais je ne perds pas espoir. Je crois que le 2ᵉ semestre, avec la reprise de l’offre américaine et des comédies en place, permettra de rebondir et nous amener vers les 160 à 170 millions d’entrées. Au niveau mondial, les trois plus gros marchés sont les États-Unis, la Chine, la France. Nous avons une politique culturelle, un parc de salles exceptionnel, une production cinématographique française qui existe et qui marche bien aussi à l’international.

Vous êtes soutenus par une politique culturelle favorable ?

 Le monde entier nous envie le système lié au centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) avec une taxe (TSA)  qui est ponctionnée sur le prix du billet pour aider au financement. Cela fonctionne, mais il faut qu’on fasse des entrées. Si comme le début d’année va le montrer, on est un peu en déficit d’entrées, il peut y avoir problème. Surtout qu’on a beaucoup « d’attaques » administratives via la réforme de l’art et essai, les engagements de programmation qui n’ont pas encore débouché, et le nouveau rapport Cluzel sur la distribution alors que le reste n’est pas réglé…

Comment va le cinéma local ?

La petite exploitation et l’art et essai s’en sont bien sortis, la preuve, le Vox qui était à 20 000 entrées est passé à 60 000 et Utopia a récupéré ses entrées. Mais le Pathé Cap Sud et le Capitole MyCinéwest n’ont pas récupéré les chiffres de 2019. Le Capitole faisait 800 000 entrées, l’année dernière, il en a fait 600 000. C’est la grande exploitation qui est la plus touchée et comme c’est la plus grande pourvoyeuse de taxe sur les entrées en salles de spectacles cinématographiques, cela peut poser problème. 

Avez-vous un projet en particulier ?

Depuis octobre 2023, je suis président de l’Union des Cinémas du sud de la France (UCF). Je représente plus de 400 salles. Dans ce cadre, je travaille sur un changement de projecteurs. Ils sont numériques, mais on veut changer la puissance de diffusion en remplaçant les lampes au xénon par du laser. Ainsi, nous ferions une économie sur l’électricité qui serait très importante. J’ai fait une demande d’aide à Michel Bissière représentant de la Région Sud et j’attends la réponse. Cela serait en lien avec le développement durable et tout le monde ferait des économies.

Programme complet sur www.lesrencontresdusud.fr

Propos recueillis par Jean-Dominique Réga


Les Rencontres du Sud 2026 ont accueilli plus de 300 professionnels du cinéma

Dans le cadre du festival Les Rencontres du Sud, qui a lieu à Avignon du lundi 18 au samedi 23 mars, le cinéma Capitole MyCinewest, situé au Pontet, diffusera en avant-première la nouvelle œuvre d’Ivan Calbérac N’avoue jamais, en présence de l’équipe du film, le mercredi 20 mars. Le film, qui réunit André Dussollier, Sabine Azéma et Thierry Lhermitte, sortira dans toutes les salles le 24 avril.

La comédie suit François Marsault, un ancien haut gradé de la marine qui est très attaché aux traditions. Seulement, lorsqu’il apprend que son épouse l’a trompé 40 ans plus tôt, une seule solution s’offre à lui : divorcer. Mais à 73 ans et après 50 ans de mariage, ça n’est pas si simple…

Réservations en ligne ou sur place.
Mercredi 20 mars. 19h30. Cinéma Capitole MyCinewest. 161 Avenue de Saint-Tronquet. Le Pontet.

V.A.

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