31 octobre 2026 |

Ecrit par le 31 octobre 2026

Avignon : la démocratie prise à la gorge

Sous la pression d’associations hostiles à la participation de certaines personnalités aux universités de rentrée d’Oser la France, le Rouge-Gorge a pris la décision de ne plus accueillir l’événement du mouvement de Julien Aubert. Alors que le préfet de Vaucluse assure qu’il n’y a aucun risque à l’ordre public, ce dernier annonce que les universités de rentrée de son mouvement se dérouleront bien dans un lieu tenu secret.

« Le théâtre qui accueillait nos universités de rentrée le 17 octobre prochain, a décidé d’annuler unilatéralement notre réservation, rompant ainsi le contrat qui nous liait, s’indigne Julien Aubert, président d’Oser la France et vice-président du parti Les Républicains. Cette décision intervient après une campagne de pression orchestrée contre lui par des collectifs d’extrême gauche déterminés à empêcher notre rassemblement. Ils ne se sont pas attaqués à nous, à nos invités mais au théâtre en le rendant responsable et solidaire de nos choix politiques. Confronté à une vague d’intimidation et de boycott, celui-ci a été contraint de rompre le contrat. »

Des invités clivants
Depuis plusieurs jours, une vingtaine de collectifs, d’associations de syndicats vauclusiens s’était mobilisé pour dénoncer la présence dans ce lieu culturel de certains participants à ces universités de rentrée. Tout particulièrement, Sarah Knafo, l’eurodéputée du parti d’extrême-droite Reconquête d’Eric Zemmour ou encore François Fillon, l’ancien premier ministre LR. Parmi les opposants à ces venues on retrouve notamment selon nos confrères d’Ici Vaucluse : No Pasaran 84, le Pôle LGBT Vaucluse, Noustes 84…

« Oser la France cherche à saper les valeurs fondamentales de notre République. »

Les opposants à la tenue des Universités d’Oser la France

« Derrière le masque d’un programme politique, ‘Oser la France’ cherche à saper les valeurs fondamentales de notre République avec un programme de ‘préférence culturelle’ clairement discriminatoire et islamophobe, expliquent les opposants à la tenue de l’événement dans une pétition réclamant l’annulation des universités à Avignon. En proposant d’ajouter un traitement différencié de l’islam par rapport aux autres religions à la loi de 1905, ils souhaitent détruire la laïcité française. Une telle action menacerait l’harmonie sociale et mettrait en péril l’égalité et la solidarité qui cimentent notre communauté. Le Rouge Gorge dissimule cette rencontre pour ne pas ternir son image et se réfugie derrière des arguments administratifs, refusant une prise de position ferme contre cette organisation discriminatoire. Nous devons donc agir maintenant pour empêcher ces événements de se dérouler à Avignon. En annulant leur venue, nous faisons un pas actif non seulement contre la propagation de discours de haine, mais affirmons notre engagement envers une société inclusive et respectueuse des différences. »

« La location de nos espaces ne vaut pas adhésion aux idées. »

La direction du Rouge Gorge

« Le Rouge Gorge est un lieu indépendant qui accueille tout au long de l’année des spectacles, des artistes, des entreprises, des associations et des événements privés, dans le cadre de sa programmation, de coopérations ou de prestations de location et de privatisation, rappelle la direction du lieu culturel avignonnais afin de justifier sa décision. La réservation concernée avait été conclue dès 2025 pour accueillir une édition de l’Université d’été de cette organisation, réservée à ses membres et sympathisants. Elle relevait d’une prestation de service privée, et non d’une programmation portée par le Rouge Gorge. Nous n’en avons déterminé ni les thèmes ni le contenu, et nous n’avons choisi ni invité ses intervenants. 

Oser la France au Rouge Gorge depuis 2024
C’est en septembre 2024 que Julien Aubert a organisé les premières universités de rentrée d’Oser la France à Avignon après les avoir tenues jusqu’alors à la Fruitière numérique de Lourmarin. Pour l’occasion, les invités ‘vedettes’ de cet événement inédit dans la cité des papes étaient Robert Menard, maire de Béziers, Karim Zeribi, co-fondateur du Conseil mondial de la diaspora algérienne (CMDA) ou bien encore l’ancien ministre Jean-Louis Borloo. La manifestation se tenant déjà au Rouge Gorge.
Même endroit l’année suivante pour l’édition 2025 où l’invité d’honneur était Bruno Retailleau. Alors ministre de l’Intérieur, l’actuel président Les Républicain, n’avait finalement pas pu être présent, retenu à Paris, en raison de la démission soudaine du gouvernement Bayron dont il était membre.

La location de nos espaces ne vaut pas adhésion aux idées, aux prises de position ou aux engagements des organisateurs et de leurs intervenants. La diversité des événements accueillis depuis quatre ans, notamment à l’initiative de formations politiques telles que Place Publique ou le Parti socialiste et d’associations culturelles ou militantes, témoigne de cette pratique. Nous maintenons pleinement cette distinction. Notre responsabilité est également de préserver l’indépendance de notre établissement, son fonctionnement et le travail que nous menons avec les artistes, les publics et les partenaires du territoire. La dimension prise par cet événement dépasse désormais le cadre de la prestation initialement convenue, susceptible qui plus est, de venir troubler l’ordre public. Nous en avons pris acte et nous l’avons entendu. Or, en responsabilité nous souhaitons conserver la maîtrise de notre activité, de nos engagements et de l’identité de notre lieu. C’est aussi au regard de cette exigence que nous avons décidé de ne pas donner suite à cette prestation de location. »

« Agiter le spectre de la violence pour empêcher une réunion politique est inacceptable. »

La préfecture de Vaucluse

Un potentiel trouble à l’ordre public que ne semble cependant pas partager Thierry Suquet, le préfet de Vaucluse. « Cet événement devait réunir plusieurs personnalités politiques de gauche comme de droite, explique la préfecture de Vaucluse. Il est annulé sous la pression conjuguée d’associations et de syndicats dénonçant la présence parmi elles de François Fillon ou encore de Sarah Knafo. L’organisateur mentionne à l’appui de sa décision des risques de troubles à l’ordre public. La préfecture conteste tout risque avéré pour l’ordre public, et toute incapacité des forces de police à faire face aux éventuelles manifestations. Le préfet de Vaucluse regrette qu’un climat de pression conduise à l’annulation d’un événement politique et fasse peser le risque d’une restriction de fait du débat public. Agiter le spectre de la violence pour empêcher une réunion politique est inacceptable, et constitue une vraie menace pour la démocratie. La confrontation des idées doit relever du débat, non de l’intimidation ou de la censure des idées divergentes. Attaché au pluralisme, à la liberté d’expression et au respect des principes démocratiques, le préfet de Vaucluse appelle à faire vivre, par le dialogue et la contradiction, une vie publique ouverte à la diversité des opinions. »

Crédit : DR/Oser la France

Des universités de rentrée à celles de la résistance
Au final, les universités de rentrée d’Oser la France devrait bien se tenir dans la cité des papes.
« Face à cette tentative de censure, Oser la France ne cède pas. Nos universités auront bien lieu le samedi 17 octobre à Avignon, dans un nouveau lieu tenu secret pour le protéger des intimidations », assure Julien Aubert.
« Quand l’intimidation, les menaces à peines voilées et les pressions visent à faire taire le débat, les personnes et les idées ou les œuvres, cela porte un nom : le fascisme, dénonce l’ancien député de Vaucluse, également un temps candidat à la maire d’Avignon. Parce que la liberté de débattre ne se négocie pas, nos universités de rentrée deviennent les universités de la résistance ! »


Le barreau d’Avignon apporte son soutien à l’écrivain Franco-algérien Boualem Sansal

Incarcéré arbitrairement par les autorités algériennes pour délit d’opinion*, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, reçoit le soutien du barreau d’Avignon qui vient de voter une motion dont voici le contenu :

  • Considérant les principes universels consacrés notamment par la Déclaration universelle des droits de l’Homme, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques,
  • Considérant l’engagement constant de la communauté internationale en faveur du respect de la dignité humaine, de la liberté d’expression, et de la protection des personnes privées de liberté,
  • Nous, soussignés, membres du Conseil de l’Ordre et Bâtonnier des Avocats du barreau d’Avignon,
  • Réaffirmons notre attachement indéfectible aux droits fondamentaux et à la protection de toute personne, indépendamment de sa nationalité, de ses opinions ou de sa situation ;
  • Rappelons que le respect des conventions internationales relatives aux droits de l’Homme s’impose à tous les États, sans distinction ;
  • Soulignons que la situation de Monsieur Boualem SANSAL, en raison de son état de santé et des circonstances particulières de sa détention, appelle à une application pleine et entière des principes humanitaires ;
  • Appelons solennellement les autorités compétentes à examiner, dans les meilleurs délais, la demande de libération pour raisons humanitaires de Boualem Sansal, dans le strict respect des engagements internationaux et des valeurs universelles de justice et d’humanité ;
  • Exprimons notre soutien au Comité de Soutien présidé par Maître Lenoir, et à l’action de Maître François Zimeray, avocat de Boualem Sansal, dans leur engagement pour la défense des droits fondamentaux, et pour l’exercice des droits de la défense et à un procès équitable ;
  • Invitons l’ensemble des institutions, organisations et personnes attachées aux droits de l’Homme à se joindre à cet appel apolitique, dans un esprit de solidarité et de respect des conventions internationales.

*Arrêté à Alger le 16 novembre 2024 par les autorités algériennes, Boualem Sansal a été condamné le 27 mars 2025 à cinq ans de prison ferme pour avoir « nui à l’unité nationale, à l’économie nationale, à la sécurité et la stabilité du pays ».

L.G.


L’Eurovision 2025 vu par Wingz pour l’Echo du Mardi


“La Meute“, le livre-enquête sur LFI vu par Wingz pour l’Echo du Mardi


A quoi servent les réseaux sociaux ?

Cette question on se la pose tous alors qu’ils prennent toujours plus de place dans nos vies. A l’origine de simples outils permettant à des personnes de rester en contact, les réseaux sociaux sont aujourd’hui omniprésents. Il servent à communiquer, s’informer (et désinformer), influencer, vendre, et sans doute encore plus… On y côtoie le meilleur comme le pire. Mais si on faisait le tri ?

Le rôle joué par les réseaux sociaux numériques a pris une nouvelle dimension avec l’élection présidentielle américaine en 2017. Facebook avait cédé des données personnelles de millions d’utilisateurs à une société liée à la campagne de Donald Trump, qui a pu les utiliser à des fins électorales. En 2024, le réseau X racheté par Elon Musk s’est mis au service de son nouvel ami redevenu Président des États-Unis. Faisant par la même la démonstration que les médias dit traditionnels ne pesaient plus grand chose face à l’influence de ces outils numériques. Dans cette catégorie on pourrait aussi y ajouter les nombreuses officines étrangères qui se sont spécialisées dans les fake news. Mais aux côtés de ce côté sombre il existe quelques raisons de se réjouir.

Malgré la censure les images ont pu circuler partout dans le monde…

Primé lors du dernier festival de Cannes, « les graines du figuier sauvage », est un film qui se fait le récit, au travers de la vie d’une famille de Téhéran, de la condition des femmes en Iran. Mohammad Rasoulof, son réalisateur a choisi comme toile de fond la révolte des femmes iraniennes, qui en 2022 ont fait vaciller le régime. Le point de départ de ces manifestations a été la mort d’une jeune étudiante iranienne Jina Mahsa Amini dans les geôles de la police des mœurs, suite à son arrestation.

Bande annonce du film « les graines du figuier sauvage »

Les images de ces manifestations et de leurs répressions tournées avec des smartphones ont donné à cette révolte une ampleur inédite dans tout le pays. Et malgré la censure les images ont pu circuler partout dans le monde créant ainsi une communauté de soutien qui donnait à ces femmes d’avantage de détermination et de force. Le 2 novembre dernier, une étudiante iranienne a été arrêtée alors qu’elle se promenait en maillot de bain sur le campus de l’université Azad de Téhéran. D’abord interpellée pour un voile jugé mal ajusté la jeune étudiante s’est ensuite déshabillée en signe de protestation. La vidéo est devenue virale sur les réseaux sociaux partout dans le monde. Certes, la théocratie iranienne est toujours en place mais un jour les digues finiront pas céder…

Vidéo de la femme iranienne en maillot de bain à Téhéran

Si les réseaux sociaux numériques pouvait dans certains cas faire avancer la démocratie et la liberté ce serait une bonne chose. Mais côté utilisateurs, il faut savoir raison garder et ne pas leur donner trop de place. Si tout le temps qui leur est aujourd’hui consacré l’était à la lecture ou la fréquentation des vrais réseaux sociaux ceux où les gens se voient, dialoguent et partagent le monde irait sans doute un peu mieux.

https://www.echodumardi.com/tag/liberte-dexpression/   1/1