À Avignon, l’artiste peintre Louise Cara fait dialoguer deux montagnes mythiques dans une exposition immersive et contemplative présentée à l’église des Célestins. Entre encre japonaise, spiritualité et patrimoine, ‘Du Mont Ventoux au Mont Fuji – Rapprochements inédits’ esquisse un pont sensible entre Provence et Japon.
Dans le silence minéral de l’église des Célestins, à Avignon, Louise Cara convie le public à une étonnante expérience, le dialogue entre le mont Ventoux et le mont Fuji, deux géants géographiques séparés par près de 10 000 kilomètres mais réunis ici par la peinture, le souffle et la contemplation. À travers une quarantaine d’œuvres réalisées principalement à l’encre japonaise sur papier de mûrier, l’artiste avignonnaise poursuit une recherche menée depuis plus de 20 ans autour de l’épure, du sacré et du paysage comme espace de révélation.
Deux montagnes, un même vertige
D’un côté, le Ventoux, ‘géant de Provence’ cher à Pétrarque, qui le gravit le 26 avril 1336 depuis Malaucène, classé réserve de biosphère par l’Unesco (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) depuis 1990. De l’autre, le mont Fuji, volcan sacré japonais inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2013. Deux silhouettes immédiatement reconnaissables, deux sommets devenus mythes nationaux.

Le dialogue des géants
Lors du vernissage, la maire adjointe au patrimoine et à l’industrie culturelle, Violetta Lukic, a résumé ce rapprochement inattendu en évoquant ‘un dialogue des géants’ rendu possible grace au dispositif quartet +. Car chez Louise Cara, les montagnes ne sont jamais de simples motifs paysagers : elles deviennent des figures spirituelles, des lieux d’élévation intérieure et des passerelles entre Orient et Occident.
Une exposition poétique et spirituelle
Le consul général du Japon à Marseille, Hiroshi Kitagawa, a lui aussi salué une exposition « poétique et spirituelle » rappelant ce qui unit les cultures française et japonaise : « le respect de la nature, le sens du sacré et la quête d’élévation ». Une résonance d’autant plus forte que la France et le Japon célébreront en 2028 le 170e anniversaire de leurs relations diplomatiques.
L’encre, le vide et l’invisible
Ce qui frappe d’abord dans le travail de Louise Cara, c’est le dépouillement. Gris ardoise, noirs profonds, blancs laiteux : la palette est volontairement réduite pour mieux laisser affleurer le silence. Le geste, presque méditatif, emprunte autant à l’esthétique japonaise qu’à la lumière austère des paysages provençaux.

Une sobriété habitée
Mais derrière cette sobriété se cache une œuvre profondément habitée. Dans plusieurs toiles, des formes apparaissent presque malgré l’artiste : silhouettes humaines, anges, livres ouverts. Des présences que Louise Cara décrit comme des surgissements de l’invisible, révélés parfois seulement une fois l’œuvre achevée. Nourrie par la lecture des grands textes spirituels, Torah, Bible et Coran, la peintre développe une approche transversale du sacré, loin de toute démonstration religieuse. Ici, le livre devient symbole universel de transmission et de connaissance ; La montagne, elle, figure l’ascension intérieure.
Une exposition comme un voyage intérieur
Le choix de l’église des Célestins avec ses volumes gothiques, sa verticalité et sa lumière tamisée, agit comme une chambre d’écho à cette quête d’élévation. La scénographie emprunte d’ailleurs aux kakemonos japonais : des œuvres suspendues qui semblent flotter dans l’espace et invitent le visiteur à ralentir le regard, particulièrement sur la robe de l’ange dorée à l’or fin par Lucile Manguin.
Julie Bouriche, Farshad et Ava Soltani
L’exposition s’enrichit également de performances et de lectures. Les 15 et 16 mai, la danseuse Julie Bouriche proposera ‘Le Voyage de l’âme’, inspiré de la danse soufie, accompagnée des musiciens Farshad et Ava Soltani. Le 26 mai, l’écrivaine Karima Berger livrera une lecture imaginée autour de ce rapprochement inédit entre les deux montagnes. Plus qu’une exposition de peinture, ‘Du Mont Ventoux au Mont Fuji’ apparaît ainsi comme une invitation à la contemplation, à l’écoute du silence et à la redécouverte du paysage comme espace spirituel.

L’église des Célestins, écrin de silence et de résonances
Il suffit de franchir les portes des Célestins pour comprendre pourquoi Louise Cara a choisi ce lieu. Ancienne église conventuelle désaffectée, fondée au XIVᵉ siècle au cœur d’Avignon, près de la tombe du saint Cardinal Pierre de Luxembourg où se produisaient des miracles, l’édifice conserve cette atmosphère rare où le temps semble suspendu. Entre pierres blondes, voûtes gothiques et lumière tamisée, l’architecture impose naturellement le recueillement. Dans cet espace marqué par la spiritualité, les montagnes de Louise Cara trouvent une résonance presque évidente. Le mont Ventoux et le mont Fuji, tous deux associés à l’élévation, au silence et à la contemplation, dialoguent avec l’histoire même du lieu.

En équilibre
Cette rencontre entre patrimoine avignonnais et esthétique japonaise crée un subtile et parfait équilibre. D’un côté, la mémoire minérale des Célestins ; de l’autre, la délicatesse des papiers de mûrier et la fluidité ultra précise du geste à l’encre. Ensemble, ils composent un espace propice à la lenteur et à l’introspection, loin du rythme frénétique des grandes expositions contemporaines. Louise Cara elle-même évoque un ‘écrin de beauté’ capable de contenir symboliquement ces deux montagnes mythiques. Une formule qui prend tout son sens dans cette église où chaque pierre semble inviter le visiteur à lever les yeux, à ralentir et à habiter pleinement le silence.
Les infos pratiques
Du Mont Ventoux au Mont Fuji. Rapprochements inédits. Louise Cara. Jusqu’au 26 mai. Du mardi au dimanche de 14h à 20h. Les 15 et 16 mai, la danseuse Julie Bouriche proposera ‘Le Voyage de l’âme’, inspiré de la danse soufie, accompagnée des musiciens Farshad et Ava Soltani. Le 26 mai, l’écrivaine Karima Berger livrera une lecture imaginée autour de ce rapprochement inédit entre les deux montagnes. Église des Célestins, place des Corps-Saints, à Avignon. Entrée libre.
Mireille Hurlin










