2 juin 2026 |

Ecrit par le 2 juin 2026

Louise Cara, papesse de L’encre, du vide et de l’invisible

À Avignon, l’artiste peintre Louise Cara fait dialoguer deux montagnes mythiques dans une exposition immersive et contemplative présentée à l’église des Célestins. Entre encre japonaise, spiritualité et patrimoine, ‘Du Mont Ventoux au Mont Fuji – Rapprochements inédits’ esquisse un pont sensible entre Provence et Japon.

Dans le silence minéral de l’église des Célestins, à Avignon, Louise Cara convie le public à une étonnante expérience, le dialogue entre le mont Ventoux et le mont Fuji, deux géants géographiques séparés par près de 10 000 kilomètres mais réunis ici par la peinture, le souffle et la contemplation. À travers une quarantaine d’œuvres réalisées principalement à l’encre japonaise sur papier de mûrier, l’artiste avignonnaise poursuit une recherche menée depuis plus de 20 ans autour de l’épure, du sacré et du paysage comme espace de révélation.

Deux montagnes, un même vertige
D’un côté, le Ventoux, ‘géant de Provence’ cher à Pétrarque, qui le gravit le 26 avril 1336 depuis Malaucène, classé réserve de biosphère par l’Unesco (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) depuis 1990. De l’autre, le mont Fuji, volcan sacré japonais inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2013. Deux silhouettes immédiatement reconnaissables, deux sommets devenus mythes nationaux.

L’habit de l’ange, oeuvre de Louise Cara, copyright MMH

Le dialogue des géants
Lors du vernissage, la maire adjointe au patrimoine et à l’industrie culturelle, Violetta Lukic, a résumé ce rapprochement inattendu en évoquant ‘un dialogue des géants’ rendu possible grace au dispositif quartet +. Car chez Louise Cara, les montagnes ne sont jamais de simples motifs paysagers : elles deviennent des figures spirituelles, des lieux d’élévation intérieure et des passerelles entre Orient et Occident.

Une exposition poétique et spirituelle
Le consul général du Japon à Marseille, Hiroshi Kitagawa, a lui aussi salué une exposition « poétique et spirituelle » rappelant ce qui unit les cultures française et japonaise : « le respect de la nature, le sens du sacré et la quête d’élévation ». Une résonance d’autant plus forte que la France et le Japon célébreront en 2028 le 170e anniversaire de leurs relations diplomatiques.

L’encre, le vide et l’invisible
Ce qui frappe d’abord dans le travail de Louise Cara, c’est le dépouillement. Gris ardoise, noirs profonds, blancs laiteux : la palette est volontairement réduite pour mieux laisser affleurer le silence. Le geste, presque méditatif, emprunte autant à l’esthétique japonaise qu’à la lumière austère des paysages provençaux.

Une centaine de personnes était présente pour l’inauguration de l’exposition Copyright MMH

Une sobriété habitée
Mais derrière cette sobriété se cache une œuvre profondément habitée. Dans plusieurs toiles, des formes apparaissent presque malgré l’artiste : silhouettes humaines, anges, livres ouverts. Des présences que Louise Cara décrit comme des surgissements de l’invisible, révélés parfois seulement une fois l’œuvre achevée. Nourrie par la lecture des grands textes spirituels, Torah, Bible et Coran, la peintre développe une approche transversale du sacré, loin de toute démonstration religieuse. Ici, le livre devient symbole universel de transmission et de connaissance ; La montagne, elle, figure l’ascension intérieure.

Une exposition comme un voyage intérieur
Le choix de l’église des Célestins avec ses volumes gothiques, sa verticalité et sa lumière tamisée, agit comme une chambre d’écho à cette quête d’élévation. La scénographie emprunte d’ailleurs aux kakemonos japonais : des œuvres suspendues qui semblent flotter dans l’espace et invitent le visiteur à ralentir le regard, particulièrement sur la robe de l’ange dorée à l’or fin par Lucile Manguin.

Julie Bouriche, Farshad et Ava Soltani
L’exposition s’enrichit également de performances et de lectures. Les 15 et 16 mai, la danseuse Julie Bouriche proposera ‘Le Voyage de l’âme’, inspiré de la danse soufie, accompagnée des musiciens Farshad et Ava Soltani. Le 26 mai, l’écrivaine Karima Berger livrera une lecture imaginée autour de ce rapprochement inédit entre les deux montagnes. Plus qu’une exposition de peinture, ‘Du Mont Ventoux au Mont Fuji’ apparaît ainsi comme une invitation à la contemplation, à l’écoute du silence et à la redécouverte du paysage comme espace spirituel.

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L’église des Célestins, écrin de silence et de résonances
Il suffit de franchir les portes des Célestins pour comprendre pourquoi Louise Cara a choisi ce lieu. Ancienne église conventuelle désaffectée, fondée au XIVᵉ siècle au cœur d’Avignon, près de la tombe du saint Cardinal Pierre de Luxembourg où se produisaient des miracles, l’édifice conserve cette atmosphère rare où le temps semble suspendu. Entre pierres blondes, voûtes gothiques et lumière tamisée, l’architecture impose naturellement le recueillement. Dans cet espace marqué par la spiritualité, les montagnes de Louise Cara trouvent une résonance presque évidente. Le mont Ventoux et le mont Fuji, tous deux associés à l’élévation, au silence et à la contemplation, dialoguent avec l’histoire même du lieu.

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En équilibre
Cette rencontre entre patrimoine avignonnais et esthétique japonaise crée un subtile et parfait équilibre. D’un côté, la mémoire minérale des Célestins ; de l’autre, la délicatesse des papiers de mûrier et la fluidité ultra précise du geste à l’encre. Ensemble, ils composent un espace propice à la lenteur et à l’introspection, loin du rythme frénétique des grandes expositions contemporaines. Louise Cara elle-même évoque un ‘écrin de beauté’ capable de contenir symboliquement ces deux montagnes mythiques. Une formule qui prend tout son sens dans cette église où chaque pierre semble inviter le visiteur à lever les yeux, à ralentir et à habiter pleinement le silence.

Les infos pratiques
Du Mont Ventoux au Mont Fuji. Rapprochements inédits. Louise Cara. Jusqu’au 26 mai. Du mardi au dimanche de 14h à 20h. Les 15 et 16 mai, la danseuse Julie Bouriche proposera ‘Le Voyage de l’âme’, inspiré de la danse soufie, accompagnée des musiciens Farshad et Ava Soltani. Le 26 mai, l’écrivaine Karima Berger livrera une lecture imaginée autour de ce rapprochement inédit entre les deux montagnes. Église des Célestins, place des Corps-Saints, à Avignon. Entrée libre.
Mireille Hurlin

L’église des Célestins, lieu de l »exposition Copyright MMH

Louise Cara, papesse de L’encre, du vide et de l’invisible

À Avignon, l’artiste Louise Cara investit l’église des Célestins avec une exposition habitée, où le mont Ventoux dialogue avec le mont Fuji. Entre encre japonaise, minimalisme et quête intérieure nourrie par les grandes traditions spirituelles, son œuvre explore un territoire rare : celui où l’art devient passage, révélation et élévation. Ses œuvres, souvent de grand format, réalisées sur papier de mûrier à l’encre japonaise, invitent à discerner l’invisible.

Du 8 au 26 mai, dans l’écrin gothique de l’église des Célestins, à Avignon, Louise Cara propose une exposition ‘Du Mont Ventoux au Mont Fuji, rapprochements inédits’ Une exposition singulière qui nous traverse plus que nous ne la visitons, comme une expérience intérieure, presque initiatique, où la peinture devient le langage visible de l’invisible.

40 oeuvres de mystère
Une quarantaine d’œuvres y mettent en regard deux montagnes que tout semble opposer : le mont Ventoux et le mont Fuji,  et que l’artiste réunit dans un même geste. Toutes deux inscrites au patrimoine mondial, elles deviennent ici les pôles d’un dialogue universel, ‘un rapprochement inédit’ où les cultures d’Orient et d’Occident se rencontrent, se répondent et s’élèvent. Au-delà de leur géographie, Louise Cara voit dans le Ventoux et le Fuji des entités spirituelles. Le premier, enraciné dans la Provence, porte l’empreinte de Pétrarque et d’un humanisme naissant. Le second, volcan sacré du Japon, incarne une tradition où chaque pierre est habitée, où les esprits, les kami, peuplent le monde.

Louise Cara Copyright Louise Cara

Les montagnes miroirs de nous-mêmes
«Les montagnes sont des miroirs de nous-mêmes», confie l’artiste dans l’entretien. Elles condensent des cultures, des récits, des croyances. Le Fuji, montagne sacrée, est au Japon un lieu de pèlerinage, une ascèse. Le Ventoux, lui, se révèle dans ses multiples visages : rude à gravir, doux à contempler, comme une réponse aux états intérieurs de celui qui le regarde.

Quand l’humain fait se déplacer les montagnes
Dans leur rapprochement, il ne s’agit pas de fusionner les cultures, mais de révéler leur fraternité profonde. « Rien ne les oppose, tout les réunit », écrit l’artiste dans ses textes, évoquant un « mariage sacré » entre ces géants. Ce qui frappe d’abord dans le travail de Louise Cara, c’est son dépouillement. L’encre japonaise, qu’elle explore depuis plus de vingt ans, devient son médium privilégié. Noir profond, sépia, blancs poudrés, gris ardoise : une palette réduite pour dire l’essentiel : ce qui est juste. Mais derrière cette apparente sobriété se joue un processus plus mystérieux. L’artiste ne ‘compose’ pas ses œuvres au sens classique. Elle les laisse advenir.

La visite des kamis
Ainsi, lors de la réalisation d’un Mont Fuji, des formes surgissent sans qu’elle les ait préméditées : un ange portant un livre, une figure humaine tout à fait distincte, lisant au cœur de la montagne. Des présences qui apparaissent à son insu, une fois l’œuvre achevée, comme si la peinture révélait ce que l’œil ne voit pas encore. « Je ne suis qu’un canal », dit-elle. Une phrase qui éclaire toute sa démarche.

Sur le coté droit de la montagne, un ange agenouillé, de profil, tend un livre. Louise Cara Copyright MMH

De l’ombre à la lumière
L’un des récits les plus saisissants de sa création raconte une expérience troublante. En peignant, des formes sombres, presque inquiétantes, surgissent de de- dedans elle. L’artiste s’interrompt, déstabilisée, empreinte de quelque chose qui ne lui convient pas et qu’elle bloque sur le champ. Puis, dans un geste simple, elle retourne l’œuvre. Et là, apparaît une autre image, parfaitement intégrée à la montagne : celle d’un ange, paisible, agenouillé, tendant un livre sacré. Ce renversement n’est pas seulement plastique. Il est symbolique. Il dit le passage de l’obscurité à la lumière, du chaos à la révélation. Dans une autre œuvre, un homme se dessine spontanément, au cœur de la montagne, tenant un livre, regardant celui qui le contemple se révélant ou non à lui. Je demande à Louise si ces interventions spontanées ont déjà eu lieu. Elle acquiesce tout en confiant qu’elle-meme fait le choix de révéler ou non ces étranges interventions. J’en ai fait l’expérience, lorsqu’elle révèle la présence de l’ange, sidérée, je ne vois que lui. Je remarque qu’à chaque fois, le motif du livre revient : celui de la transmission, de la parole, de la lecture.

Une spiritualité transversale
Ce livre, omniprésent, n’est jamais nommé. Ou plutôt, il les contient tous. Louise Cara s’inscrit dans une démarche profondément spirituelle, nourrie par l’étude des trois grands textes monothéistes : la Torah, la Bible et le Coran. Cette triple filiation irrigue son œuvre sans jamais l’enfermer dans une religion particulière. Elle évoque notamment l’épisode fondateur de la Révélation dans l’Islam, lorsque l’ange Gabriel ordonne au prophète : « Lis ». Une injonction répétée, insistante, qui devient dans sa peinture un motif universel : celui de l’accès au sens, à la connaissance, à la lumière. Dans ses œuvres, l’ange n’impose pas, il invite. Le livre n’est pas dogme, mais passage. Cette approche confère à son travail une dimension rare : une spiritualité ouverte, transversale, où les traditions dialoguent plutôt qu’elles ne s’opposent.

L’église comme résonance
Egalement, le choix de l’église des Célestins n’est pas anodin. Ce lieu du XIVe siècle, chargé d’histoire et de silence, agit comme une chambre d’écho. La lumière filtrée par la pierre, la verticalité de l’architecture, la mémoire des prières : tout concourt à amplifier la dimension contemplative de l’exposition. Chaque œuvre y devient « icône contemporaine », vibrante et silencieuse, inscrite dans une continuité entre sacré ancien et création actuelle. La scénographie elle-même est pensée comme un parcours d’élévation. Le visiteur chemine, d’une œuvre à l’autre, comme on gravit une montagne.

Au coeur de la montagne, dans de cette oeuvre, un ange assis en tailleur, tient un livre, Louise Cara Copyright MMH

Une œuvre habitée, offerte au regard
Ce qui demeure, au-delà de l’esthétique, c’est cette sensation d’une œuvre habitée. Non pas au sens mystique spectaculaire, mais dans une présence discrète, presque intime, qui se révèle à celui qui prend le temps de regarder. Car chez Louise Cara, voir ne suffit pas. Il faut apprendre à percevoir. Entrer dans la peinture comme dans un paysage intérieur. Accepter de ne pas tout comprendre. Laisser surgir les formes, comme elles sont venues à l’artiste elle-même. Et peut-être, au détour d’un regard, apercevoir à son tour cette silhouette, cet ange, ce livre, signes d’un invisible qui affleure.

Un cheminement inspiré
Ce qui frappe également chez Louise Cara ? Sa prédisposition pour les lieux sacrés : Ainsi ses œuvres nouvelles sont systématiquement conçues au regard de ces phares divins qui les accueilleront comme le furent les Tracés de lumière en 2024 à la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon ; Les manteaux des éveillés en 2022 lors du Festival de Fès de la culture soufie ; Le Chateau de Gordes en 2019, L’ancien archeveché d’Avignon en 2016 ; Le Grenier à sel en 2010 ; La Chapelle des Ursulines en 2012…

Infos pratiques
Du mont Ventoux au mont Fuji – Rapprochements inédits. Une exposition de Louise Cara.
Du 8 au 26 mai 2026. De 14h à 20h sauf lundis. A l’Église des Célestins, place des Corps Saints, à Avignon. L’exposition comprendra 40 peintures originales, grand et moyen formats ; Les dessins préparatoires ; Les textes poétiques liés au sujet ; L’installation immersive sonore ou visuelle ; Une vidéo de création. Pendant l’exposition : Regards croisés d’experts en art : L’art japonais et le japonisme occidental ; L’inspiration liée au Mont Ventoux en peinture à travers les siècles ; Lectures avec des auteurs ; Danse buto et Sama/Derviche tourneur.
Mireille Hurlin


Louise Cara, papesse de L’encre, du vide et de l’invisible

Dans le cadre d’Avignon, Terre de culture et de la semaine japonaise au théâtre Golovine, l’artiste plasticienne avignonnaise, Louise Cara, de retour du Japon et inspirée depuis toujours par son esthétique picturale présente ‘Le paravent des deux mondes’ dans son atelier. Le paravent des deux mondes interviendra également dans le spectacle de Kana, Kitty, danseuse butô pour ‘Sacred rythms-awaken with a sense of loss’, (Les rythmes sacrés perdus) au théâtre Golovine. 

Retour de voyage au Japon
Louise Cara présentera, dans son atelier, le paravent des deux mondes, œuvre inspirée par les paravents japonais, ainsi que d’autres œuvres les jeudi 15 mai de 18h30 à 19h30 et samedi 17 mai de 14h à 17h. 
Ateliers de la Manutention. Cour Maria Casarès, à côté du Cinéma Utopia, après les Jardins UrbainV. 4, rue des Escaliers Sainte Anne. Louise Cara 06 08 34 47 37

Théâtre Golovine
Le paravent des deux mondes’ interviendra dans l’oeuvre de Kana Kitty, danseuse Butô lors de son spectacle ‘Sacred rythms, awaken with a sense of loss’, ‘Les rythmes sacrés perdus’ vendredi 16 mai, au théâtre Golovine. 1, rue Sainte-Catherine à Avignon. La semaine d’Art japonais du 14 au 17 mai 2025.

Copyright Kan Kitty

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