Installé à Lauris, dans le Luberon, Jacques Debionne est un luthier amateur autodidacte qui a fait de sa passion pour cette activité un nouveau métier. Aujourd’hui, la réputation de ses guitares de jazz manouche a largement dépassé le cadre de la Provence.
Si la quasi-totalité des instruments de musique est aujourd’hui fabriquée par des industriels, les luthiers indépendants n’ont pour autant pas disparus. En France, on en compte environ 1 200. Ce chiffre est relativement stable. Ils fabriquent et réparent des instruments pour des musiciens passionnés et exigeants. Jacques Debionne, installé à Lauris depuis quelques années, fait partie de ces artisans au savoir-faire peu commun. Artisan luthier, c’est à la fois savoir travailler le bois mais aussi savoir bien le faire sonner. « Avoir une bonne oreille c’est important, mais la fabrication d’un instrument à cordes s’est d’abord beaucoup de géométrie, il y a de nombreux paramètres à respecter », explique Jacques.
En 2012, il fabrique sa première guitare, la sienne
Sa passion pour la guitare il l’a découverte alors qu’il avait 13 ans. « Je ne suis pas d’une famille de musiciens, mais la première fois que j’ai vu une guitare je suis tombé amoureux », dit-il. Il a voulu alors entrer à l’école nationale de Lutherie à Mirecourt (Vosges) – la référence – malheureusement la vie en a décidé autrement. Finalement, Jacques s’est orienté vers un autre métier qui lui a apporté sans doute davantage de sécurité et de confort. Pour autant il n’a pas mis de côté cette passion. Il y a une quinzaine d’années alors qu’il cherchait un bout de nacre pour un manche de guitare il découvre qu’on peut facilement trouver tous les matériaux pour en fabriquer une intégralement. Merci internet. On peut aussi y voir des tutoriels qui expliquent avec moult détails les différentes étapes de leur fabrication. « Je crois que je les ai presque tous vus et c’est comme cela que l’idée de me lancer m’est venue…», explique Jacques. Ainsi en 2012, il fabrique sa première guitare, la sienne. « Il s’est trouvé qu’elle sonnait plutôt bien et cela m’a encouragé à en faire d’autres, essentiellement pour les copains », précise-t-il. A l’époque Jacques travaillait à Paris et il passait beaucoup de ses soirées dans des boites de jazz. C’est là qu’il rencontre Samy Daussat, un guitariste reconnu dans le milieu. « Si je te fabrique une guitare tu jouerais avec ? », lui lance-t-il. Le guitariste accepta et il adoptera une guitare fabriquée par Jacques pendant plusieurs années. Elle sera même son compagnon de scène dans des salles prestigieuses en France et à l’international. Une consécration.


« Mon métier c’est faire plaisir avant tout »
« Pour le premier concert où Samy a utilisé ma guitare j’étais mort de trouille, j’avais peur que la guitare ne tienne pas le coup, mais finalement ça c’est bien passé, confie Jacques. Samy a été ma meilleure publicité. » Aujourd’hui un peu partout dans la région et ailleurs en France, nombre de guitaristes de jazz utilisent ses guitares.
Jacques s’est véritablement lancé dans cette activité une fois la retraite atteinte. Mais avant de se lancer dans la fabrication, il a fallu beaucoup investir dans l’outillage et mettre au point au processus de fabrication, même si chaque pièce est réalisé à l’unité.
A la question pourquoi fait-on appel à un luthier pour s’acheter une guitare Jacques vous répondra que seule la fabrication artisanale peut apporter du sur-mesure.
C’est essentiel de comprendre la nature et les besoins de chaque musicien, car ils sont à chaque fois différents. S’étant spécialisé dans les guitares de jazz manouche (bien qu’ayant aussi fabriqué des violons) Jacques en connais aujourd’hui toutes les techniques et est capable de répondre aux besoins de chacun.
L’atelier de Jacques Debionne voit aussi passer des instruments endommagés. Seuls les artisans font aujourd’hui des réparations. « J’adore aussi faire revivre des anciens instruments. Récemment un client m’a amené une guitare en très mauvais état elle n’avait pas beaucoup de valeur mais sentimentalement elle comptait beaucoup pour son propriétaire, j’ai redonné vie à cet instrument. Mon métier c’est faire plaisir avant tout », conclut-il.


Jacques Debionne a en projet d’organiser dans la région une nuit du jazz manouche
Si tout se passe bien (ce qui est rarement le cas, confie-t-il) il faut une centaine d’heure pour fabriquer une guitare. La pièce la plus importante c’est la table d’harmonie (la face avant de la guitare) « C’est 80% du son de la guitare. » Cette pièce est généralement faite en cèdre ou en épicéa. Par contre les autres pièces doivent obligatoirement être faites d’un autre bois comme le noyer, l’érable ou des bois exotiques. Notre luthier privilégie des essences d’arbres qui proviennent de la région. Jacques Debionne, un fan absolu de Django Reinhardt, a en projet d’organiser dans la région une nuit du jazz manouche en mettant en avant les talents régionaux et quelques pointures nationales et internationales. Il cherche actuellement un lieu pour cet événement. A suivre…


