1 octobre 2026 |

Ecrit par le 1 octobre 2026

À Angladon, l’art se respire, se dessine, se fait collage aussi

À Avignon, le Musée Angladon prolonge l’été en proposant une expérience sensorielle. Jusqu’à la fin août, l’exposition « Un compagnonnage artistique » revient sur l’histoire du couple d’artistes Jean Angladon et Paulette Martin, tandis qu’un stage destiné aux 6-12 ans, du 25 au 28 août conçut et réalisé par l’artiste Nathalie Saint-Oyant, propose d’explorer le musée autrement. Quatre jours pour observer, sentir, toucher, collecter et s’ouvrir à la création.

Au Musée Angladon les œuvres s’épanouissent dans leur environnement : elles prennent place dans l’ancienne demeure de Jean Angladon et Paulette Martin, artistes avignonnais et héritiers de leur grand-oncle, le couturier et collectionneur Jacques Doucet.

Une maison devenue musée
Le couple avait souhaité que cette maison et les œuvres qu’elle abritait puissent un jour être ouvertes au public. Leur volonté a donné lieu à la Fondation Angladon-Dubrujeaud et l’ouverture du musée au public en 1993, avant son installation définitive sous le nom de Musée Angladon-Collection Jacques Doucet. Dans les salons, la bibliothèque, les chambres ou la galerie du XIXe siècle, le visiteur découvre autant une collection qu’un univers intime. Van Gogh, Cézanne, Degas, Sisley, Modigliani ou Picasso y côtoient aux étages suivant mobilier, objets et souvenirs d’une maison d’artistes.

Copyright Musée Angladon

Angladon et Martin, un dialogue à deux voix
C’est précisément cette relation entre création et vie quotidienne que l’exposition « Un compagnonnage artistique. Jean Angladon et Paulette Martin » remet en lumière. Jusqu’au 30 août, elle propose une traversée de leur univers artistique dans les lieux mêmes où le couple a vécu et travaillé. Peintres et graveurs, Jean Angladon et Paulette Martin ont construit une relation artistique faite de proximité, d’influences croisées et de sensibilités pourtant distinctes.

Un héritage familial
Les deux artistes ont hérité d’une partie considérable de la collection de Jacques Doucet, figure majeure de la haute couture et mécène des avant-gardes. Leur demeure avignonnaise a ainsi abrité des œuvres de quelques-uns des grands noms de l’art moderne, de Manet à Picasso, en passant par Cézanne, Degas, Sisley, Van Gogh et Modigliani. L’exposition ne se contente donc pas de présenter deux parcours individuels. Elle raconte une manière de vivre avec l’art, de l’observer au quotidien et de faire de la création une affaire de couple. Des visites commentées sont proposées les vendredis de juin, juillet et août, de 14h30 à 15h30. Le musée recommande la réservation.

Quatre jours pour réveiller les sens
Le musée change ensuite de tempo avec un stage d’été destiné aux enfants de 6 à 12 ans. Du mardi 25 au vendredi 28 août, Alexandra Siffredi et l’artiste associée Nathalie Saint-Oyant invitent les jeunes participants à sortir des habitudes de la visite traditionnelle. Le principe ? « Sentir avant de voir. Toucher avant de comprendre. »

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Sentir, toucher, changer d’univers
La première journée commence ainsi à l’extérieur, dans les jardins d’Avignon. Feuilles, fleurs, fragments végétaux et impressions personnelles sont collectés puis rapportés au musée. Les enfants découvrent ensuite la ‘bibliothèque d’odeurs’ de Nathalie Saint-Oyant, composée de dizaines de flacons. Une manière de faire entrer dans le musée ce que l’on ne voit pas. Le lendemain, les trouvailles se transforment en herbier. Les enfants jouent avec les odeurs de plantes, d’épices ou de fleurs, auxquelles ils associent ensuite des couleurs, des mots, des matières. Une odeur peut devenir un dessin ; une sensation, un collage.

Quand les salles deviennent terrain d’exploration
Jeudi, changement de décor. Les enfants investissent la maison-musée elle-même. Ils observent les motifs, les tissus, les meubles, les cadres et les objets qui composent les différentes pièces. Le but est de se servir de ce qui est exposé, pour construire un univers imaginaire personnel.

Collages et trouvailles
Le dernier jour pousse l’expérience un cran plus loin. Inspirés par les portraits et leurs costumes, les participants composent des collages mêlant les trouvailles de la semaine et des éléments puisés dans les œuvres. Chacun imagine ainsi sa propre collection de mode. À 16h, le vendredi 28 août, les créations seront présentées lors d’une exposition finale, avant un goûter partagé.

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L’art comme terrain de jeu
Le Musée Angladon développe auprès des jeunes publics, via des parcours, une approche de l’observation et de la pratique de la peinture, du modelage, du collage ou encore du pastel. Le stage d’août va au-delà en demandant, à l’enfant, ce qu’il voit devant un tableau et à dire ce qu’il ressent, ce que l’œuvre lui évoque, à quelle odeur une couleur pourrait correspondre ou encore comment transformer une découverte en création. Mission ? Aiguiser la curiosité.

Madeleine Lemaire, les fleurs en filigrane
En parallèle, le musée présente jusqu’au début septembre un accrochage consacré à Madeleine Lemaire, peintre, pastelliste, graveuse et illustratrice de la Belle Époque. Deux œuvres de l’artiste, dont Corbeille d’œillets, sont présentées. Données au musée par Dominique et Philippe Tailleur en 2017, elles permettent de retrouver une artiste qui occupait une place remarquée dans la vie culturelle parisienne de son époque. Madeleine Lemaire tenait, en effet, un salon musical et littéraire fréquenté par des écrivains, musiciens et artistes. Robert de Montesquiou et Marcel Proust comptaient parmi ses proches. Elle illustra notamment de ses aquarelles florales Les Plaisirs et les Jours, le recueil de jeunesse de Proust.

Copyright Nathalie Saint-Oyant

Les infos pratiques
Musée Angladon-Collection Jacques Doucet, Avignon. Le musée est ouvert du mardi au dimanche, de 13h à 18h, avec une dernière admission à 17h15. « Un compagnonnage artistique. Jean Angladon et Paulette Martin » : jusqu’au 30 août 2026, les vendredis, samedis et dimanches. Visite commentée 15€. Plein tarif 12€, tarif réduit 8€.

Stage sensoriel 6-12 ans : du mardi 25 au vendredi 28 août, de 11h à 16h. Tarif : 20€ la journée ou 80€ les quatre jours. Réservation conseillée auprès d’Alexandra Siffredi : a.siffredi@angladon.com. Madeleine Lemaire, Compositions florales à l’aquarelle : jusqu’au début septembre 2026. Musée Angladon-Collection Jacques Doucet. 5, rue Laboureur à Avignon. 04 90 82 29 03.
Mireille Hurlin


Quand le musée Angladon fait naitre le printemps entre fleurs et mémoire

À Avignon, le Musée Angladon, Collection Jacques Doucet célèbre le printemps en deux temps : une mise en lumière délicate des aquarelles florales de Madeleine Lemaire dès le 21 mars, puis une lecture habitée de Jeanne Heuclin d’un texte de Louis Aragon, le 24 mars, dans le cadre du Printemps des poètes. Entre grâce picturale et mémoire historique, une programmation qui tisse un dialogue sensible entre art et histoire.

C’est une figure aujourd’hui discrète mais autrefois centrale de la vie artistique que le Musée Angladon remet en lumière. Madeleine Lemaire (1845-1928), aquarelliste renommée de la Belle Époque, fut bien plus qu’une peintre de fleurs : une femme d’influence, au cœur des cercles littéraires et mondains de son temps.

Une peintre au cœur du Tout-Paris
Dans son salon de la rue de Monceau, se croisent alors écrivains, artistes et figures politiques, de Sarah Bernhardt à Robert de Montesquiou, jusqu’à un jeune Marcel Proust, profondément marqué par ces rencontres. Elle illustrera d’ailleurs son premier ouvrage, Les Plaisirs et les Jours, en 1896, et inspirera certains traits du personnage de Madame Verdurin dans ‘À la recherche du temps perdu’.

© Fabrice Lepeltier 

Des œuvres en don au musée
«Nous avons choisi cette artiste avec une thématique printanière, autour de compositions florales», explique Alexandra Siffredi, médiatrice du musée. Les deux œuvres présentées, issues d’un don des frères Dominique et Philippe Tailleur, offrent un aperçu rare de ce travail délicat, rarement montré au public. Dans ces aquarelles, une corbeille d’œillets se déploie dans une composition à la fois riche et aérienne, où l’on devine un héritage rococo revisité à l’aube du XXᵉ siècle. « Il y a quelque chose de très décoratif, mais aussi une atmosphère qui compte beaucoup », précise-t-elle.

Une redécouverte au fil du temps
Longtemps éclipsée, Madeleine Lemaire connaît aujourd’hui un regain d’intérêt. Après avoir été célébrée en son temps, notamment lors de l’Exposition universelle de 1900 et jusque sur la scène internationale, aux États-Unis, son œuvre a progressivement disparu des radars avant d’être redécouverte au début du XXIᵉ siècle, dans le sillage d’expositions consacrées aux femmes artistes de la Belle Époque.

Aragon, ou la mémoire à vif
À cette douceur printanière répond, quelques jours plus tard, une tout autre intensité. Le 24 mars, le musée accueille la comédienne Jeanne Heuclin pour une lecture du poème Le Médecin de Villeneuve, de Louis Aragon. Écrit dans le contexte tragique de l’Occupation, ce texte, interdit sous le régime de Vichy, évoque les rafles de Juifs en Provence, notamment à Villeneuve-lez-Avignon. «C’est un poème comme un petit film tragique, qui nous parle du toujours, du maintenant», confie Jeanne Heuclin. Une œuvre qui ne s’inscrit pas seulement dans l’histoire, mais dans une mémoire encore vive.

Jeanne Heuclin Copyright MMH

En face de la maison d’Elsa Triolet et de Louis Aragon
La comédienne, formée au Conservatoire de Paris et cofondatrice de la compagnie Houdart-Heuclin, entretient un lien intime avec ce territoire : elle a vécu face à la maison où Aragon et Elsa Triolet trouvèrent refuge pendant la guerre. « Villeneuve faisait partie d’un chemin de résistance, entre Paris et le Sud, où se sont cachés de nombreux résistants », rappelle-t-elle. Son interprétation, annoncée en deux registres, voix portée et voix chuchotée, promet une expérience immersive, où le texte se fait à la fois cri et confidence.

Entre poésie et engagement
La lecture est proposée dans le cadre du Printemps des poètes 2026, placé sous le thème de «La liberté, force vive déployée ». Un choix qui résonne particulièrement avec ce texte d’Aragon, écrit à la suite d’une rafle en 1942, et longtemps empêché de circuler. Jeanne Heuclin souligne d’ailleurs l’importance de faire entendre ces œuvres censurées : « Il nous a semblé essentiel de rappeler des textes qu’on a empêchés d’être lus. » Un travail de transmission qui trouve ici un écho contemporain, alors que les questions de mémoire et de liberté étreignent les peuples et les territoires. En réunissant ces deux propositions, le Musée Angladon compose une programmation subtile, où la légèreté florale de Madeleine Lemaire dialogue avec la gravité d’Aragon. Deux façons, en somme, d’explorer ce que l’art peut dire du monde : sa beauté fragile, mais aussi ses blessures.

Les infos pratiques
Accrochage de saison Madeleine Lemaire, compositions florales à l’aquarelle. À partir du samedi 21 mars 2026 (du mardi au samedi, 13h-18h). Entrée du musée : 8€ / 6,50€ / 5€ (Avignonnais) / 3€. Lecture, Le Médecin de Villeneuve de Louis Aragon, par Jeanne Heuclin. Mardi 24 mars 2026 à 19h. Musée Angladon-Collection Jacques Doucet, Avignon. Tarif unique : 12€ (réservation obligatoire). Jauge de 20 personnes dans la bibliothèque. Musée Angladon-Collection Jacques Doucet. 5, rue Laboureur à Avignon. Réservation : accueil@angladon.com – +33 (0)4 90 82 29 03.
Mireille Hurlin

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