3 mars 2026 |

Ecrit par le 3 mars 2026

À Rochefort-du-Gard, un geste symbolique pour faire entendre la colère agricole

Dans le contexte de la mobilisation nationale du monde agricole, la commune de Rochefort-du-Gard a choisi un acte fort et volontairement symbolique : le retrait temporaire du drapeau européen du fronton de l’hôtel de ville. Une décision assumée par le maire, Rémy Bachevalier, pour relayer les inquiétudes des agriculteurs, en particulier autour de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur.

À l’instar de plusieurs communes du territoire, Rochefort-du-Gard a procédé au retrait provisoire du drapeau européen hissé devant la mairie. Une initiative voulue comme un acte de soutien au monde agricole, durement mobilisé depuis plusieurs semaines face à la dégradation de ses conditions économiques.

Un signal politique, sans rupture institutionnelle
La municipalité insiste sur le caractère strictement symbolique et temporaire de cette décision, qui ne remet ni en cause l’appartenance de la France à l’Union européenne ni les valeurs européennes portées par la commune. Il s’agit avant tout d’un outil d’interpellation, destiné à faire remonter les préoccupations locales dans un débat perçu comme trop éloigné du terrain.

Le Mercosur, cristallisation des tensions agricoles
Au cœur des revendications figure l’accord de libre-échange négocié entre l’Union européenne et le Mercosur, un marché commun regroupant notamment le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay. Pour de nombreux agriculteurs français, cet accord incarne les déséquilibres d’une mondialisation jugée défavorable aux productions européennes.

La concurrence des produits importés
Les organisations agricoles dénoncent une concurrence accrue de produits importés : viande bovine, volaille, sucre ou soja, issus de pays soumis à des normes sanitaires, environnementales et sociales souvent moins exigeantes que celles imposées aux exploitants européens. Une situation vécue comme une distorsion de concurrence, dans un contexte déjà marqué par la hausse des coûts de production et la pression sur les prix agricoles.

Rémy Bachevalier Copyright MMH

Un malaise agricole qui dépasse le cadre local
Si le geste de Rochefort-du-Gard est symbolique, il s’inscrit dans un mouvement plus large de remise en question du modèle agricole européen. Les agriculteurs pointent un écart croissant entre les objectifs affichés, transition écologique, souveraineté alimentaire, et les accords commerciaux internationaux, perçus comme contradictoires avec ces ambitions.

De la cohérence des politiques commerciales
Pour les élus locaux, cette mobilisation traduit un malaise profond : celui d’un monde agricole qui peine à vivre de son travail et demande une cohérence accrue entre politiques commerciales, exigences environnementales et rémunération des producteurs.

Zoom sur le Mercosur
Le Mercosur (Marché commun du Sud) est un bloc économique sud-américain créé en 1991. L’accord de libre-échange avec l’Union européenne, négocié depuis plus de 20 ans, vise à faciliter les échanges entre les deux zones en réduisant droits de douane et barrières commerciales.

Le danger des denrées à bas coût
S’il promet des débouchés pour certaines industries européennes, il suscite de vives oppositions dans le secteur agricole, qui redoute l’arrivée massive de produits à bas coût ne respectant pas les mêmes normes que celles en vigueur en Europe. En France, le débat reste ouvert et l’accord n’a, à ce stade, pas été ratifié.

Un geste local pour une question européenne
En retirant temporairement le drapeau européen, la commune de Rochefort-du-Gard a voulu donner une visibilité concrète à une inquiétude largement partagée dans les campagnes. Un geste mesuré, destiné à rappeler que derrière les accords commerciaux se jouent des enjeux humains, économiques et territoriaux majeurs, bien au-delà des seuls chiffres du commerce international.
Mireille Hurlin


À Rochefort-du-Gard, un geste symbolique pour faire entendre la colère agricole

Ce vendredi matin à Avignon, Cours Jean Jaurès, les agriculteurs se sont mobilisés contre l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. Une action éclair et déterminée, reflet d’un malaise profond qui traverse l’ensemble des filières agricoles françaises, confrontées à une crise économique, sociale et sanitaire sans précédent.

Dès les premières heures de la matinée, les tracteurs ont convergé vers Avignon. En toile de fond, un mot d’ordre clair : dire non à un accord jugé destructeur pour l’agriculture française. « Toutes les filières sont en crise », alerte Christian Borde, exploitant agricole à Apt, engagé en Vaucluse et dans les Alpes-de-Haute-Provence. Lavande, lavandin, céréales, vigne ou cultures fourragères : aucun secteur n’est épargné selon lui.

Pas d’accords avec le Mercosur
Au cœur des inquiétudes, bien sur, l’accord Mercosur, qui ouvrirait davantage le marché européen aux productions agricoles sud-américaines. Pour les manifestants, il incarne une concurrence jugée déloyale : normes sanitaires moins strictes, traçabilité insuffisante, coûts de main-d’œuvre incomparables. « Nous produisons des aliments tracés, de qualité, respectant des règles strictes, pendant que des produits importés pourraient contenir des substances interdites chez nous », dénoncent-ils. Un paradoxe d’autant plus mal vécu que la France, jadis excédentaire, ne couvrirait plus aujourd’hui qu’environ 30% de ses besoins alimentaires.

Une crise économique et humaine
Dépôts de bilan, exploitations asphyxiées par des prix de vente inférieurs aux coûts de production, pression constante de la grande distribution : le modèle agricole vacille. En filigrane, un drame silencieux : celui de la détresse psychologique. « Les suicides d’agriculteurs augmentent, mais restent tus », regrette Christian Borde, également engagé auprès de la MSA (Mutuelle sociale agricole). Une souffrance diffuse, nourrie par l’endettement et le sentiment d’abandon.

Copyright MMH

Produits naturels contre produits de synthèse
Certaines filières cristallisent particulièrement les tensions. Les producteurs de lavande et de lavandin, en crise depuis six ans, s’inquiètent de l’évolution de la réglementation européenne sur les substances naturelles. Le classement potentiel des huiles essentielles comme allergènes, voire cancérogènes, contraste avec la tolérance accordée aux produits de synthèse, pourtant largement dominants sur le marché mondial. « Une distorsion qui menace, selon eux, l’avenir d’une production emblématique du territoire, expose Christian Borde. Nous produisons environ 1 400 tonnes d’huiles essentielles en France de plantes à parfum, alors que les produits de synthèse représentent 24 000 tonnes. Ca va être la  mort de la production française. »

Difficultés structurelles et crises sanitaires
À ces difficultés structurelles s’ajoutent des crises sanitaires. Les éleveurs bovins redoutent la propagation de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), détectée fin juin dernier, en Savoie. L’absence de vaccination obligatoire et les abattages massifs alimentent un sentiment d’injustice, alors même que des viandes issues de pays concernés par la maladie continuent d’entrer sur le territoire européen.

Une colère maîtrisée mais résolue
Les prises de parole se succèdent, portées par une colère maîtrisée mais résolue. Les responsables syndicaux insistent sur la dignité de la mobilisation et préviennent : ce rassemblement n’est qu’un signal. Derrière la contestation du Mercosur, c’est une dénonciation plus large d’un système jugé intenable : normes toujours plus contraignantes, négociations commerciales opaques, marges captées par les intermédiaires, et agriculteurs exclus des discussions sur les prix.

Christian Borde Copyright MMH

Un monde agricole en bout de souffle
À Avignon, la manifestation paysanne a fait entendre une alarme claire : celle d’un monde agricole à bout de souffle, refusant d’être la variable d’ajustement des politiques commerciales internationales. Au-delà du rejet du Mercosur, les agriculteurs réclament une reconnaissance concrète de leur rôle stratégique : nourrir la population, entretenir les territoires et garantir une alimentation saine. Une mobilisation qui, à en croire les syndicats, pourrait bien se prolonger dès le début de l’année prochaine si aucune réponse structurelle n’est apportée.

Mercosur : de quoi parle-t-on exactement ?
Le Mercosur est un marché commun sud-américain qui regroupe principalement le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay. Depuis plus de 20 ans, l’Union européenne négocie avec ces pays un accord de libre-échange visant à faciliter les échanges commerciaux, notamment industriels et agricoles. Concrètement, l’accord prévoit une baisse importante des droits de douane sur de nombreux produits, dont la viande bovine, la volaille, le sucre, l’éthanol ou encore certaines céréales.

Un très mauvais deal pour les paysans français
Pour les agriculteurs européens, et français en particulier, cet accord pose un problème majeur de concurrence réglementaire. Les productions agricoles des pays du Mercosur ne sont pas soumises aux mêmes normes sanitaires, environnementales et sociales que celles imposées en Europe : usage de pesticides interdits dans l’UE (Union Européenne), traçabilité plus faible, coûts de main-d’œuvre très inférieurs.

Copyright MMH

Les syndicats agricoles
Les syndicats agricoles dénoncent ainsi une distorsion de concurrence, estimant que l’accord favoriserait surtout les grandes industries agroalimentaires et les centrales d’achat, au détriment des producteurs et, à terme, de la souveraineté alimentaire européenne.

La Dermatose nodulaire contagieuse : une menace sanitaire pour l’élevage
La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) est une maladie virale qui affecte les bovins. Transmise principalement par des insectes piqueurs (moustiques, mouches), elle provoque fièvre, lésions cutanées, amaigrissement et pertes de production, sans danger direct pour l’homme. Jusqu’à récemment cantonnée à certaines régions d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Amérique du Sud, la maladie a été détectée fin juin en Savoie, suscitant une vive inquiétude chez les éleveurs français.

La stratégie sanitaire
La stratégie sanitaire repose aujourd’hui sur l’abattage des animaux infectés, la mise sous surveillance et la restriction des mouvements de troupeaux. Les organisations agricoles critiquent toutefois l’absence de vaccination obligatoire préventive et redoutent des abattages massifs, vécus comme un gaspillage économique et animal. Dans le même temps, Christian Borde dénonce une incohérence : alors que leurs troupeaux sont bloqués et invendables, des viandes importées de pays où la maladie est présente, continuent d’entrer sur le marché européen, alimentant un sentiment d’injustice et d’abandon.

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Suicide chez les agriculteurs : des chiffres alarmants
En France, les agriculteurs présentent un risque de suicide supérieur de 46% à celui de l’ensemble de la population active. Pour les chefs d’exploitation non-salariés, ce sur-risque atteint environ 70 à 80%, selon les périodes étudiées par la Mutualité sociale agricole (MSA). Les données consolidées de la MSA et de Santé publique France estiment qu’un agriculteur se donne la mort tous les deux jours en moyenne. Un chiffre qui, malgré les dispositifs de prévention, reste stable depuis plusieurs années. Plus de 90% des suicides concernent des hommes, principalement âgés de 40 à 65 ans, souvent à la tête d’exploitations fragilisées économiquement.

Les causes ?
L’endettement chronique ; Des revenus inférieurs aux coûts de production ; La pression administrative et réglementaire ; L’isolement social ; Les crises sanitaires ou climatiques : la détresse agricole résulte d’un enchevêtrement de facteurs économiques, sociaux et psychologiques.

Vaucluse : une souffrance aux chiffres tabous
Il n’existe pas de données rendues publiques et détaillées spécifiques au Vaucluse. Les acteurs de terrain (MSA, syndicats, chambres d’agriculture) évoquent toutefois une détresse bien réelle, comparable à celle observée dans d’autres territoires agricoles, avec une difficulté persistante à rendre ces chiffres visibles.
Mireille Hurlin


À Rochefort-du-Gard, un geste symbolique pour faire entendre la colère agricole

Y aura-t-il un accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays sud-américains du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) ? Lors du sommet qui s’est tenu à Bruxelles le 17 et 18 juillet 2023, les dirigeants des pays concernés ont réaffirmé leur ambition de finaliser un accord d’ici la fin de l’année, bien que des conflits perdurent sur plusieurs points, comme les pratiques environnementales, la durabilité ou encore les conditions d’accès au marché agricole européen.

Les négociations au sujet d’un accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur ont démarré au début des années 2000, mais elles ont été suspendues par l’UE il y a quatre ans, car les pays européens souhaitaient plus de garanties notamment en matière de lutte contre la déforestation et de développement durable.

Comme le montre la carte ci-dessous, le Mercosur fait partie des principales zones de libre-échange au monde. Toutefois, son poids dans l’économie internationale (3,9 % du PIB mondial en 2019) reste modeste comparé aux autres grandes communautés économiques. Économiquement parlant, l’accord UE-Mercosur revêt davantage d’intérêt pour les pays sud-américains. De son côté, l’UE y voit l’opportunité de renforcer la protection environnementale et les pratiques durables en Amérique du Sud.

Avec le Partenariat économique régional global (RCEP), la Chine et 14 pays de la région Asie-Pacifique ont signé en 2020 le plus grand accord de libre-échange au monde. Le RCEP occupe la première place des zones économiques avec une contribution d’environ 30 % au PIB mondial, suivi de près par l’ALENA – auquel les États-Unis, le Canada et le Mexique sont parties (27,9 % en 2019). Quant à l’UE-27, elle représente actuellement environ 18 % de la production économique mondiale.

Tristan Gaudiaut, Statista.

https://www.echodumardi.com/tag/mercosur/   1/1